Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

vendredi 8 novembre 2013

L'épée du Rocher

Tous trois retournèrent vers la ville, il n’était plus question de tournois pour eux. Antor emmena Arthur à l’écart et quand ils furent seuls, le père mit un genou en terre devant son fils.
« Mais mon père, dit le jeune homme, c’est moi qui te dois respect et obéissance, c’est à moi de m’agenouiller devant toi et non l’inverse !-
-Tu fais erreur, Arthur , je plie le genou devant toi parce que tu es mon roi !
-Mais père, j’ai retiré l’épée, mais je n’en suis pas moins ton fils ?
- Oui, Arthur, tu es mon fils par le cœur et ce que je vais te révéler ne change rien à l’amour que j’ai pour toi : tu n’es pas mon fils par le sang !
Antor vit de la détresse dans les yeux de l’adolescent ; il lui prit les deux mains :
« Ecoute-moi, Arthur : une nuit, il y a de cela bien longtemps, un homme dont j’ignore tout m’a demandé si je voulais prendre soin d’un nouveau-né abandonné. Il m’a fait jurer de prendre soin de lui, de l’élever et de l’aimer comme mon propre fils ; il l’a fait jurer à ta mère qui t’as nourri de son lait. Tu n’avais pas encore ouvert les yeux, tes langes étaient de fine dentelle. Nous avons accepté et depuis, tu es vraiment notre fils… »
Arthur pleurait : «  Si tu ne veux plus être mon père, que vais-je devenir ? – Tu as un père et une mère, mais l’homme qui t’a confié à moi m’a fait jurer de ne jamais chercher à savoir qui ils sont. Peu importe, Arthur, tu es notre fils et nous t’aimons ! – Quoiqu’il advienne, répondit Arthur en l’embrassant, tu seras toujours mon père ; mais pourquoi me dis-tu cela aujourd’hui et pourquoi suis-je le seul à pouvoir retirer cette épée de l’enclume ? – Parce que c’est toi l’élu, celui qui es notre roi ! Et tu seras toujours mon fils bien-aimé, cependant promets-moi une chose : quels que soient les défauts de Keu, n’oublie jamais qu’il est ton frère et garde le toujours près de toi. »
Arthur jura que quoi qu’il advienne, il ne se séparerait jamais de Keu.

Alors Antor s’en fut trouver l’archevêque et lui demanda de laisser le jeune Arthur qui n’était pas encore chevalier tenter l’épreuve avant les hommes du peuple. Le prélat qui savait Antor un homme droit, vaillant et sage promit qu’après les vêpres, Arthur serait le premier admis à monter sur le perron. Antor heureux qu’un chef soit donné au royaume, fier que ce roi soit son fils mais le cœur lourd de perdre l’enfant qu’il a élevé s’en retourna près de ses fils.

jeudi 7 novembre 2013

L'Epée du Rocher

Mais ni rois, ni duc, ni comtes ni barons ne purent à leur grande honte retirer l’épée de l’enclume. Vint le tour des chevaliers qui ne purent faire mieux ; l’épée ne bougeait pas d’un pouce. La garde de la dalle fut confiée à neuf hommes tandis qu’on convoquait les gens du peuple à venir tenter leur chance. Toute cette noblesse frustrée commentait les évènements avec aigreur ; le danger de voir sortir les armes était grand. Aussi les plus sages des chevaliers décidèrent-ils d’organiser joutes et tournois pour tromper l’attente de la venue de l’élu de Dieu. Tout le monde voulait voir le spectacle des chevaliers aux montures richement caparaçonnées et les neuf gardes de l’épée comme les autres ; ils abandonnèrent leur poste.
Antor, ses deux fils et Bedwyr un de leurs amis,  ne perdaient pas une miette des affrontements et l’ainé des garçons, Keu qui venait d’être armé chevalier brûlait d’y participer. Mais il n’avait pas son épée avec lui. Il envoya le jeune Arthur la chercher. Arthur n’était pas encore chevalier et servait d’écuyer  à son frère. Le garçon, fort serviable courut à leur logis, mais il ne put découvrir où Keu avait laissé son épée. Penaud, redoutant les reproches, il revenait vers le lieu des tournois, quand passant près du tertre, il vit l’épée dans l’enclume.
« Après tout, se dit-il, Keu a besoin d’une épée ; peu importe laquelle. Je vais lui apporter celle-ci ! »
Sans descendre de son cheval, il prit le pommeau, tira sans peine l’épée qu’il cacha sous un pan de sa tunique.
Keu, impatient d’en découdre, guettait son frère un peu à l’écart de la foule. Arthur commença à lui expliquer qu’il n’avait pas trouvé son épée, mais qu’il en apportait une autre qu’il tendit à son frère.
Keu, reconnaissant l’épée dont il avait en vain cherché à se saisir, fut un instant déconcerté : « Où as-tu pris cette épée ? – C’est celle qui était fichée dans l’enclume ! Elle n’est à personne, je crois. »
Keu prit l’épée, la dissimula sous sa tunique et alla trouver Antor.
« Père ! dit-il fièrement, voici l’épée de l’enclume… c’est moi qui serai roi ! »
Antor avait vu ce matin même son fils s’efforcer en vain de prendre l’épée. « Où as-tu trouvé cette épée ? lui dit- il sévèrement – Mais dans l’enclume, mon père, je viens juste de la prendre !-  Keu, mon fils, ne ment pas, je te prie ! Qui t’a remis cette épée ? »
Keu était vantard, belliqueux, facilement moqueur, mais il était un vrai chevalier. Il baissa les yeux rougit et dit d’une vois incertaine : « Pardon, mon père ! Je n’ai pas pris l’épée ; c’est Arthur qui me l’a donnée, mais je ne sais pas comment il a pu l’avoir.- Je te pardonne, répondit Antor ; donne-moi cette épée maintenant ! » Et Keu la lui remit. Antor appela Arthur et lui dit d’aller remettre l’épée où il l’avait prise. Le garçon sans discuter, remit l’épée dans l’enclume.
« Maintenant, dit Antor, Keu mon fils, va prendre cette épée ! » Keu obéit, mais en dépit de tous ses efforts, il ne put la faire bouger.

« C’est bon, dit le père. A toi, maintenant Arthur : va prendre l’épée. » Arthur s’approcha de la dalle et sans le moindre effort s’empara de l’épée. « C’est bien dit Antor ! remet-là en place et vous deux, suivez-moi. »

mercredi 6 novembre 2013

L'Epée du Rocher

La veille de Noël, il y avait foule à Carduel. Puissants seigneurs comme humbles chevaliers, de l’archevêque au moindre diacre, grands savants comme ignorants, riches ou pauvres, le ban et l’arrière-ban du royaume et dans la foule, on ne distinguait plus les personnages importants des serviteurs et des valets. Un grand vieillard vêtu en pèlerin, parcourait la foule, parlant avec les uns plaisantant avec les autres. Il sourit en voyant un vavasseur et ses deux fils.
Le père se nommait Antor, le fils aîné était Keu et le plus jeune, Arthur.
Vers minuit, on sonna la messe que devait célébrer l’archevêque de Caerlion sur Wesgre, le plus saint et le plus vénéré des prélats du royaume. Tout le monde pria avec ferveur pour qu’un roi soit désigné et le prélat dans son homélie ajouta que Noël était le temps des miracles et très certainement Dieu leur accorderait la faveur qui allait les tirer d’embarras. La messe dite, certains partirent et d’autres attendirent sur place la messe de l’aube.
De nouveau la foule se mit en prières, mais le service était à peine terminée qu’un homme fit irruption dans l’église porteur de cette stupéfiante nouvelle : sur un tertre où la veille encore ne se voyait rien, était apparue une dalle de pierre sur laquelle se trouvait une enclume, et dans l’enclume était fichée une épée. La foule se précipita vers la merveille sans toutefois oser approcher trop. Sans doute était-ce là quelque diablerie. On avait vu rôder Merlin et Merlin était le fils du Diable, tout le monde le savait.  L’archevêque imposa silence et fit apporter de l’eau bénite. Puis, prononçant les paroles d’exorcisme, il en aspergea l’étrange monument.
A la stupeur générale, sur la pierre mouillée apparurent des lettres d’or. Tout le monde ne savait pas lire aussi l’archevêque prononça-t-il à voix hautes les paroles inscrites sur la dalle : « Celui qui cette épée retirera, sur le pays régnera ! ». La foule hurla de joie et d’un seul mouvement, les barons se précipitèrent  vers l’enclume. L’archevêque les fit tous reculer. Puis il confia la surveillance des lieux à dix nobles, cinq clercs et cinq hommes du peuple et emmena tout son monde dans l’église pour chanter un Te Deum. Puis il s’adressa aux fidèles : « Messeigneurs et vous tous, gens de bien, ne vous bousculez pas pour vous emparer de cette épée. Très certainement, Dieu a déjà choisi celui à qui elle doit appartenir et il est parmi vous. Mais sachez que ni noblesse, ni richesse, ni puissance et encore moins force ou audace ne peuvent vous y donner droit. Chacun ici, du plus puissant au plus modeste, du plus riche au plus pauvre, du plus fort au plus faible a le droit de tenter sa chance. Mais il est juste et raisonnable que barons et seigneurs soient les premiers à subir l’épreuve ».
Puis l’archevêque désigna cent cinquante de ceux qu’il considérait comme les plus vaillants défenseurs du royaume. Beaucoup, comme Uryen ou le roi Loth d’Orcanie avaient été les compagnons d’Uther. 

lundi 4 novembre 2013

L'Epée du Rocher

Résumé des épisodes précédents :

Merlin a révélé à Vortigern la raison pour laquelle le tour qu’il fait construire s’écroule régulièrement.
On met au jour les deux dragons qui se battent dans les fondations ; les deux monstres  s’entretuent   et la tour est érigée.
Mais Vortigern est un usurpateur et les deux dragons représentaient lui-même et les deux frères Pendragon qu’il a contraint à l’exil après avoir poussé les barons à assassiner leur frère aîné qui régnait sur la Bretagne.
Les deux frères reviennent , luttent contre Vortigern, sont vainqueur et Pendragon monte sur le trône. Il meurt en combattant les saxons et son frère Uther hérite de la couronne.
Uther il allie les barons, et avec eux repousse Pictes et Saxons.
A sa mort  le royaume est relativement uni et pacifié. Un équilibre toutefois fragile : le trône est vacant et on ne connait pas d’héritier au roi défunt.
Il fallait donc élire un roi. Les grands du royaume s’assemblèrent mais ne purent tomber d’accord sur aucun nom. Chacun faisait valoir ses droits et il s’en fallut de peu qu’il y eut recours aux armes. Quelques anciens conseillers du roi Uther, se souvenant des sages avis de Merlin proposèrent de le consulter. Des émissaires furent envoyés par tout le royaume mais il était difficile de trouver Merlin qui se montrait uniquement quand il le jugeait bon.
Uryen, le vieil ami et compagnon d’Uther avait bien connu l’Enchanteur. Il observa un nombre inhabituel de pages insolents et de vieillards ironiques allant et venant dans les salles et les couloirs du palais. Des rires sonores éclataient à tout propos aussi ne manquât-il pas de dire bien haut et pour qui voulait l’entendre que Merlin devrait bien ne pas tarder à se montrer car le sort du royaume allait finir par se régler au fil des épées.
Et c’était bien ce qu’attendait Merlin  Il fallait en arriver là  pour que ces ambitieux seigneurs soient disposés à l’écouter. Quand il finit par se montrer, Uryen prit la parole et lui demanda de les aider à choisir un roi, mais il refusa. Ce n’était pas son rôle : Dieu seul devait décider du sort du royaume. Que tous les barons, tous les chevaliers, tous les prêtres et les clercs du royaume se réunissent pour Noël devant la forteresse de Carduel. Là, Dieu saurait désigner celui qui devrait les conduire.

Tous avaient confiance en Merlin et se rangèrent à cet avis. On envoya hérauts et messagers aux quatre coins du royaume afin que personne quel que fut son rang ne manque à l’appel… puis Merlin disparut comme il était venu.

samedi 2 novembre 2013

LA TOUSSAINT

Quelque temps qu’il fasse en Novembre,
Commence le feu dans ta chambre



Voici venir le premier jour de novembre ; il faut faire provision de friandises. Des bandes d’enfants costumés en créatures infernales vont venir vous couvrir de malédictions si vous n’emplissez pas leurs sacs de bonbons. On fera semblant d’avoir peur et on obtempérera.
Quelques esprits chagrins vont pester contre cette sotte fête récemment importée des USA. Et alors ? Pas plus que le Père Noël qui… mais ceci est une histoire pour plus tard.
Oui, Halloween, son nom l’indique vient d’Amérique. C’est la contraction de « All Hallow Even », la « Veille de la Toussaint ».
Cette fête de la Toussaint qu’on a tendance à confondre avec le Jour des Morts qui se célèbre le lendemain. Il est vrai qu’en cette saison, depuis la nuit des temps, les frontières qui séparent les deux mondes deviennent plus floues.
Halloween en fait, n’a fait que retraverser l’Atlantique puisque c’est en l’an 800 de notre ère que l’église chrétienne a plaqué cette fête des Saints sur la très ancienne fête celte de Samain.
Samain était une nuit de sabbat pendant laquelle les sorcières dansaient avec les démons et faisaient revenir les morts dans le monde des vivants. L’Eglise trouvant ces réjouissances peu convenables les a remplacées par la très ennuyeuse Toussaint où les vivants vont attraper la mort dans les cimetières en couvrant de fleurs les tombes de leurs défunts.
Au cours des deux derniers siècles, les émigrants qui partaient faire fortune en Amérique ont emporté cette fête dans leurs maigres bagages. Certains d’entre eux, fortune faite dans la grande distribution, ont jugé profitable de nous la retourner.
Et si au lieu de bouder la coutume ou de faire le jeu des commerçants, on faisait la fête ; une vraie belle fête d’automne ?
En commençant au mois de mai par semer quelques graines de citrouille ou de potiron ; le « Gros Rouge d’Etampes » par exemple, dont quelques spécimens sont si gros qu’ils font croire au carrosse de Cendrillon. Vous n’avez pas la place, pas de jardin ou de balcon ami à squatter ? Passez directement à l’étape suivante : achetez-en un au marché.
Ca y est ? La grosse boule orange trône sur votre table ? Coupez-la aux deux tiers dans la largeur, évidez-la, sculptez des yeux et une bouche, placez dedans une bougie, éteignez lampes et télé : voyez comme sa lumière est belle. Le potiron n’est pas cher, vous pouvez en préparer plusieurs, poser un lumignon sur chaque fenêtre. Pensez à en avoir de plus petits dont vous ferez des lanternes.
Il faudra aussi montrer aux enfants comment réaliser eux-mêmes leurs costumes. Pas le temps ? Allons donc ! Combien d’heures passez-vous devant la télé ?.
Le Grand Soir est venu, les enfants se sont faits horribles, ils ont pris les lampions, se sont munis d’un grand sac, il ne vous reste qu’à les accompagner dans les rues, dans les couloirs d’immeubles. Vous craignez l’appréciation de vos voisins ? Un grand drap, deux trous et qui saura que c’est vous le fantôme ?
Voilà une fête qui n’aura pas coûté grand-chose et qui vous aura de plus débarrassé de quelques chiffons encombrants.
Et puis vous aurez perpétué les sages coutumes des anciens qui savaient qu’il faut habiller de lumière les plus longues nuits de l’année.

jeudi 31 octobre 2013

On n'y coupe pas à cette date


Ceux qui l'ont déjà lu... révisez en pensant à ceux qui viennent ici pour la pour la  première fois...
 Jack à la lanterne


Il y avait en Irlande autrefois, un sale type nommé Jack. Il était méchant, brutal, sale, avare, voleur, menteur, ivrogne, fourbe et s’il vous vient à l’idée d’autres défauts, vous pouvez les ajouter à la liste : il ne lui en manquait aucun !
Un soir d’automne, comme il en avait l’habitude, Jack traînait au pub au lieu de rentrer chez lui. Il avait déjà bu pas mal et n’avait pas l’intention d’en rester là, seulement il n’avait plus d’argent ou du moins, il n’avait plus l’intention d’en dépenser. Au fond de la salle, assis dans un coin sombre, un étranger observait. L’aubergiste n’avait pas plus envie de continuer à servir Jack que ce dernier d’arrêter de boire. Jack furieux devenait violent et menaçait de tout casser quand l’inconnu se leva et jeta de la monnaie sur le comptoir :
-« Allons, allons, mes amis, ne gâchons pas la soirée pour quelques pièces ! »-
Le ton était aimable mais la voix grinçante et le personnage qui venait de parler assez inquiétant ; noir de poil, le teint basané, les yeux étrangement luisants sous des sourcils épais, son costume de riche étoffe noire et rouge tranchait sur la pauvreté du lieu. L’aubergiste, qui aurait bien voulu fermer servit bien à contre cœur, deux verres ; Jack fut le seul à vider le sien. Quand il eut fini, il en voulut un autre et un autre, et encore un autre ; toujours l’inconnu payait.
Derrière les vitres, le jour avait disparu ; il faisait noir dehors.
-« Ne croyez-vous pas, mon cher Jack, dit l’étranger, qu’il serait temps de rentrer chez vous ? »-
La voix pâteuse, Jack réclama encore un verre qui lui fut refusé :
-« Quand on n’a pas d’argent, mon ami, il faut savoir se modérer. »-
-« Que le Diable m’emporte, gémit l’ivrogne, pourquoi suis-je si pauvre ? »-
L’étranger ricana :
-« Il ne tient qu’à vous… Vous pourriez avoir tout l’argent que vous voulez… Pendant un an ! »-
-« Un an ? Tout l’argent que je veux ? Que faut-il faire ? »-
-« Pas grand’ chose… Simplement signer ce papier… »-
Jack ne savait pas lire mais il était rusé et pas encore assez saoul pour avoir perdu la mémoire : un étranger qui propose de l’argent contre une signature… On lui avait déjà raconté cette histoire ! N’importe, quel que soit cet étranger, il n’allait pas berner le vieux Jack…
-« Et avec quoi faut-il signer ? »-
-« Cette pointe de couteau fera l’affaire. »-
-« Avec laquelle je prendrai un peu de sang à mon poignet ? »-
-« Tout juste ! »-
-« Vous avez dit un an ? »-
-« Allons Jack, tu m’as reconnu ! Pendant cette année tu auras tout l’argent dont tu auras besoin ; mais dans un an, jour pour jour… »-
-« Je devrai vous suivre ? »-
-« C’est cela même ! »-
Jack s’accorda une minute de réflexion :
-« D’accord, dit-il, je signe si vous m’offrez encore un verre. »-
-« C’est que… je n’ai plus rien sur moi… »-
-« Vous voulez rire ! Riche comme vous êtes ? Je ne peux pas le croire ! »-
-« Si pourtant… » et le Diable retourna ses poches ; il n’imaginait pas avoir affaire à pareil ivrogne et n’avait pas emporté assez de monnaie.
-« Tant pis, ricana Jack, si je ne bois pas je ne signe pas ! »-
-« C’est bon, signe ! »-
Et le Diable lui fit servir encore un verre. Terrorisé, l’aubergiste ne se demanda même pas comment il allait être payé ; pendant qu’il verse, Jack se pique le poignet et fait une croix sur le parchemin. Dans le même temps, le Diable saute sur le comptoir et se transforme en pièces de monnaie ; plus rapide encore, Jack les rafle et les fourre dans son sac dont la fermeture est en forme de croix.
Voilà le Diable prisonnier qui s’agite et se débat comme lui-même ; le sac saute et fait des bonds ; Jack rigole et siffle son verre pendant que Satan étouffe et implore pour qu’on le sorte de là. Le rusé se frotte les mains :
-Je vous ouvre si vous me donnez un an de plus. »-
Bien obligé, le Diable consent et, à peine hors du sac, disparaît au grand soulagement de l’aubergiste qui met Jack à la porte. Après une soirée comme celle là, le pauvre homme a besoin de repos !
La nuit est tout à fait tombée, le vent souffle et pour trouver le chemin de sa maison dans le noir, Jack allume une bougie qu’il place dans une rave creuse qui lui sert de lanterne.
Bien entendu, pendant deux années, Jack mène sa vie de mauvais sujet.  Un soir d’automne, il se rend au pub comme il en a l’habitude, mais devant la porte,  le Diable qui ne se soucie pas de lui payer encore un verre, lui barre le passage :
-« Allons Jack, c’est l’heure ! »-
-« Déjà, fait-il l’air résigné, c’est bon ! Allons. »-
Et voilà Jack et le Diable sur la route qui mène en enfer. Ils passent devant un pommier ; quelques pommes sont restées, tout en haut de l’arbre. Jack soupire :
-« J’aimais tellement les pommes ; ça m’aurait fait plaisir d’en manger une dernière. »-
-« Si tu veux », dit le Diable, bon prince.
Et Jack se met à sauter pour attraper les pommes qui sont trop hautes. Le Diable ne se plaît pas trop sur terre ; il est pressé de regagner l’enfer, il s’impatiente :
-« C’est bientôt fini, cette comédie ? »-
-« Elles sont trop hautes ; vous voyez bien que je n’y arrive pas ! Vous feriez mieux de m’aider. »-
Alors le Diable lévite jusqu’aux plus hautes branches, tend la main vers une pomme… Pendant ce temps, Jack a sorti son couteau et sur le tronc, il trace une grande croix.
Le Diable hurle ; le voilà prisonnier dans les branches du pommier ! Alors commence une nouvelle négociation et le Diable achète sa liberté au prix de dix ans de vie supplémentaire pour Jack.
Qui, incorrigible, recommence à rôder, à mentir, à voler, à boire, à boire surtout : à boire comme un trou. Il n’était plus tout jeune, Jack, quand il a rencontré le Diable. La vie déréglée, les excès de boisson l’avaient usé ; avant que les dix ans soient écoulés, un soir d’hiver qu’il avait encore trop bu, il tomba dans un fossé. Sa lanterne roula et s’éteignit de sorte que personne ne le remarqua. Il gela fort cette nuit là et Jack en mourut.
Sa vilaine âme monta jusqu’à Saint Pierre qui le renvoya en enfer. Mais une fois là, le Diable voyant le bonhomme arriver bien avant l’échéance du contrat crut à une nouvelle ruse et refusa tout net de le laisser entrer. Jack remonta au paradis plaider sa cause mais Saint Pierre sévère, le renvoya :
-« Mon pauvre ami, puisque même Satan ne veut pas de toi, tu n’as plus qu’à retourner sur terre pour  y attendre  le jugement dernier ; ce jour là, on reverra ton cas. »-
Tout penaud, Jack retourne sur terre ; passant devant la porte de l’Enfer, il demande qu’au moins on lui donne une braise pour rallumer sa lanterne. Le Diable lui aurait donné n’importe quoi pour le voir s’en aller ; une braise, ce n’était pas grand’ chose !

Depuis, sa lanterne à la main, Jack arpente les routes la nuit, entre octobre et novembre, ne sachant pas où s’arrêter.
Pendant les grandes famines, quand les Irlandais partirent en masse vers l’Amérique, Jack avec eux monta sur un  bateau. En débarquant, il perdit sa lanterne qui tomba à la mer. Il erra pendant longtemps dans les rues sans lumière, puis un jour, il vit sur un marché, de gros fruits oranges, bien plus beaux que les raves de son pays natal. Il vola une citrouille, la creusa ; dans une église, il piqua un cierge et c’est avec cette nouvelle lanterne qu’il est revenu chez nous.
Dans la dernière nuit d’octobre si quelqu’un frappe à votre porte, s’il porte une lanterne faite dans une citrouille, n’hésitez pas : donnez lui des bonbons ! Sinon, il pourrait bien vous jeter un sort…

mercredi 30 octobre 2013

L'Univers en Folie



" S'il existe une infinité d'univers, dit Keith d'un ton songeur, alors toutes les combinaisons possibles doivent exister. Alors quelque part tout doit être vrai. Je veux dire qu'il serait impossible d'écrire un conte, par exemple, parce que, si invraisemblable qu'il soit, les événements qui y sont racontés doivent pourtant se passer quelque part. C'est cela?
- Bien sûr. Il existe un univers dans lequel le Petit Poucet est un personnage réel, qui fait exactement ce que Perrault a décrit. Il y a en fait un nombre infini d'univers dans lequel un Petit Poucet se livre à toutes les variations possibles sur ce que Perrault aurait pu imaginer qu'il ferait."...

Aussi faites gaffes à vos pensées... Imaginez un seul instant qu'une fusée interstellaire mal dirigée explose dans votre jardin, près du fauteuil où vous somnolez, et qu'ensuite vous vous trouviez projeté dans l'univers de votre imagination...Rêve ou cauchemar?
C'est pourtant ce qui est arrivé à Keith Winton, auteur de nouvelles de science-fiction...
Pour en savoir plus, lisez( ou relisez) de Fredric BROWN : L'Univers en Folie... Un voyage qui ne vous décevra pas

mardi 29 octobre 2013

A quoi servent les contes Posé sur 2021 FB 29/06/22

"Au temps où les bêtes parlaient... Quand les poules ont perdu leurs dents... Du temps où les oies tricotaient des chaussettes... Il était une fois... Once upon a time..."
Imaginez-vous le soir, au coin du feu... dans un lit, sous la couette... Un adulte, un "grand" raconte une histoire, une histoire du temps passé, une histoire qui fait peur, qui fait rire ou qui fait rêver; une histoire dont on veut connaître la fin même si l'on n'a pas compris tous les mots...
"Tire la chevillette et la bobinette cherra"


C'est une formule magique comme "Abracadabra"ou "Sésame ouvre-toi!"; celle-ci permet aux portes de s'ouvrir et il faudra bien des années avant d'apprendre que chevillette et bobinette sont les éléments d'un ancien système de fermeture et que cherra est l'indicatif futur du verbe choir. Peut-être alors, irons-nous consulter un dictionnaire où nous trouverons (ou pas) la signification exacte de chevillette et bobinette. Nous aurons alors tout en rêvant et en douceur enrichi notre vocabulaire.

lundi 28 octobre 2013

La tortue


Une fois il y eut un orage.
C'est quand j'ai fait voeu d'être
une tortue.
Je veux dire une tortue sur la terre!
Celle qui porte une tente dure
sur son dos.
Je ne voulais pas flotter!
je voulais tout rentrer à l'intérieur
et me faire sécher.
Mais les vagues sont venues
qui me secouaient,
et voilà que je commence à être malade en dedans.
Je voulais être une tortue
qui mange les pousses des fleurs et des baies.
Il faut que je fasse mes voeux soigneusement.
Ce sera ainsi
désormais.


dimanche 27 octobre 2013

Féeries

Durant la nuit de Notre-Dame-de-Roubigneaux, des "Enchanteresses à Rebours" vendent à la sauvette, au creux des sentiers tortes, des galettes nigaudes: sortes de pâtisseries sourcières faites d'os de grenouilles pilées. Les mères qui les achètent sont assurées de trouver à leurs fils ou fille une femme ou un homme très riche à épouser.
Ces négoces doivent cependant se conduire en silence car, à la moindre parole échangée, les noires mégères leur emporteraient l'esprit.

Pierre DUBOIS - Elficologue




samedi 26 octobre 2013

Jouez avec les chiffres et votre destin


Illustration : GOYA

Voici un jeu très ancien basé sur le rapport entre les mois, les chiffres et les noms.
Les noms et prénoms sont censés avoir une influence sur ceux qui les portent et donc le total chiffré de leurs lettres représente une valeur symbolique qui,  combinée avec le chiffre symbolique du mois de naissance peut  vous indiquer ce qui vous attends dans le mois en cours et comment faire face aux évènements.

Mode d’emploi : traduisez en chiffres selon le tableau ci-dessous vos noms et prénoms. Pour les femmes, prendre le nom de naissance.
A=1     B=2     C=2    D=4     E=5     F=8     G=3     H=8     I=1     J=1     K=2     L=3     M=4     N=5     O=7     P=8     Q=1     R=2     S=3     7=4     U=6     V=6     W=6     X=1     Y=7     Z=7
TH=9    TS=9     PH=8     DE=9

Chiffre symbolique de chaque mois
Janvier=2     Février=2     Mars=1     Avril =2     Mai=3     Juin=4     Juillet=5     Août=6     Septembre=7
Octobre=8     Novembre=9     Décembre=1

On additionne les chiffres ; prenons pour exemple  PAUL DURAND : 8+1+6+3+4+6+2+1+5+4=40
Admettons que Théodule Morlemoy soit né en Août et il veut savoir ce qui l’attend en octobre : il ajoute à ses 40 le 6 du mois d’août et le 8 du mois d’octobre ; on obtient :
40+6+8=54. On réduit ce nombre par addition pour obtenir un chiffre entre 1 et 9
Ce qui nous donne : 5+4=9 Théodule Morlemoy devra alors consulter le paragraphe 9 du tableau du mois d’octobre. Ce chiffre 9 sera également son chiffre porte-bonheur du mois.
A vous de jouer. Voici les prévisions pour les trois mois qui viennent :

Octobre
1/Dans la seconde semaine du mois, ne négligez pas une solide amitié, tant pour le côté affectif que pour une aide matérielle possible.
2/Conciliation et bienveillance seront actives tout le mois. Entre le 10 et le 19, offrez votre cœur ou vos services  l’un autant que les autres seront bien accueillis.
3/Amélioration dans tous les domaines ; possibilités de travail fructueux. Jusqu’au 23 la providence veille sur vous
4/ Probables soucis familiaux vers le milieu du mois, assortis de déplacements coûteux. En revanche, une proposition de travail bien rémunéré se présentera : nouvel essor vers de belles réalisations.
5/ Surveillez vos paroles ; attention à ce que les autres en font ! Principalement entre le 6 et le 18, ne coupez pas les verges pour vous faire battre. Attention également aux dépenses dans les derniers jours du mois.
6/ Mois parfait pour reprendre des forces ; la providence vous décharge des poids les plus lourds. Ouvrez votre cœur à l’espoir.
7/Tout le monde sera prodigue de conseils qui ne vous conviennent pas forcément. Restez vigilants ne vous engagez à rien sans réfléchir surtout si on vous demande une signature.
8/Vous êtes trop confiants ; attention aux gestes et aux propos qui peuvent être mal interprétés. Du 16 au 22 possibilités de rentrées d’argent.
9/ Surveillez vos intérêts dans la première quinzaine du mois. Cependant la tendance dominante est aux relations de cœur. Transactions à l’amiable possibles,  belles réalisations de projets.

Novembre
1/ Vos talents  seront reconnus ; droiture et sincérité récompensées. Succès sur tous les plans. Attention toutefois à votre santé.
2/ Amour et argent favorisés dans les premiers jours du mois. Attention à votre goût du jeu qui pourrait vous entraîner trop loin.
3/ Peu d’influences ce mois-ci. Ne comptez que sur vous-même tout en ménageant vos forces.
4/ Bonnes influences, succès professionnel. Belle amitié au hasard d’une rencontre. Vos mérites seront reconnus.
5/ Prenez grand soin de votre travail ; concurrence déloyale en vue. Défendez vos droits.
6/ Beau succès intellectuel ; avenir prometteur. Mais attention, pas de négligence : le présent est encore là. Pas de découragement, redoublez d’efforts.
7/ Perte de moral, chagrin dans le courant du mois. Gardez confiance et puisque dans quelque temps vous rirez du problème, commencez donc maintenant.
8/ Attention aux sautes d’humeur vers le 13. Ne compromettez pas la bonne ambiance familiale.
9/ Réussite d’un projet qui vous tient à cœur. Attention à votre santé vers le 12 ; mais après le 21 plus d’obstacles sur votre chemin.

Décembre.
1/ Bonne influence sur la famille et le foyer. Consacrez-vous à votre intérieur. Belles propositions vers le 24.
2/ Le domaine sentimental est mal influencé. Nouvelles relations dans la deuxième semaine.
3/ Dans les premiers jours du mois, prenez le temps de réfléchir jusqu’au 7/10 qui sont jours favorables. Attention à votre santé en fin de mois.
4/ Vos forces physiques sont en baisse ; ne vous surmenez pas . Détente côté cœur.
5/ Peines de cœur, contrariétés. Secouez-vous et ne regardez pas en arrière.
6/ Tout va bien, tout est à votre portée. Tendez la main !
7/C’est en famille que vous trouverez le bonheur ; les affaires sont en baisse mais la santé est bonne.
8/ Du 17 au 20, votre cœur bat. Prenez soin de votre corps.
9/ Profitez des premiers jours du mois pour vos déplacements. Vos affaires sentimentales vous intéressent plus que votre travail. Grandes joies le 11 et aussi le 18.





















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