Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

mercredi 10 mars 2021

Canicule


Ca y est, on est en plein dedans;c'est la canicule! 
On ne dirait pas, dites-vous cramponnés d'une main à votre parapluie retroussé et de l'autre à votre chapeau qui batifole au gré du vent...
Mais si, mais si! Car la  canicule ne signifie pas forcément chaleur intense... La canicule commence aux alentours du 21 juillet pour se terminer un mois plus tard. C'est le moment où l'étoile Sirius, la plus brillante de la constellation du Grand Chien, se lève et se couche en même temps que le soleil.
Sirius était la petite chienne du chasseur Orion. Quand Artémis , abusée par Apollon, tua d'une flèche le beau jeune homme, elle l'envoya chasser pour l'éternité au milieu des étoiles. Et comme chacun sait qu'un chasseur ne peut chasser sans son chien, elle y expédia également le petite Sirius.
Comme la petite chienne brille particulièrement au coeur de l'été,  on donne généralement le nom de canicule à toute période de forte chaleur.


jeudi 21 janvier 2021

21 Janvier – Sainte Agnès, martyre en 304.

 



Froidure d’Agnès

N’est que caresse.

 

C’est Jacques de Voragine qui nous raconte dans la Légende Dorée la courte vie et le martyre d’Agnès, enfant de la noblesse romaine.

Elle avait juste douze ans quand le fils du préfet de Rome en tomba fou amoureux. Il la demande en mariage mais Agnès lui répond qu’elle est déjà promise à quelqu’un de beaucoup plus important que lui. Le malheureux jeune homme en tombe malade de douleur. Si malade qu’il est sur le point de mourir Agnès vient à son chevet et prie. Le garçon se rétablit.

Le père alors convoque Agnès. Pourquoi refuse -t-elle d’épouser son fils. C’est, répond la jeune fille qu’elle est chrétienne et promise à Jésus Christ. Furieux le préfet lui ordonne d’abjurer et de sacrifier aux dieux romains. Fidèle à son engagement, Agnès refuse. Le préfet insiste : si elle n’obéit pas elle sera conduite dans un lupanar et offerte à qui la voudra. Confiante en sa foi, elle pense que son Dieu la protégera.

Alors on la déshabille et c’est nue qu’on va la conduire à travers la ville jusqu’au bordel. Alors ses cheveux se mettent à pousser et à recouvrir son corps. Au moment où elle va franchir la porte, un ange paraît qui l’enveloppe de lumière et le lupanar est changé en oratoire.

Le jeune homme toujours amoureux vient la retrouver et veut la sortir de là mais un démon se jette sur lui et veut l’étrangler. Agnès s’interpose se jette à genoux et prie de toutes ses forces. Le démon disparaît et le jeune homme respire.

Le père alors veut gracier Agnès mais la foule hurle à la sorcellerie. Et le préfet de crainte d’être lui aussi accusé de sorcellerie la laisse aux mains des juges.

Condamnée au bûcher, le feu l’épargne et s’en prend à la foule qui assiste au supplice.

Il faut bien en finir : Agnès sera égorgée et avant de mourir se dira heureuse de rejoindre enfin « Celui qui l’a choisie. »

 

 

mardi 19 janvier 2021

19 Janvier – Sainte Prisca, martyre romaine. (1° siècle)

 



 

A l’âge de treize ans, Prisca eût le privilège d’être baptisée une des premières par Saint Pierre venu évangéliser les Romains.

Issue d’une famille patricienne, elle est dénoncée à l’empereur Claude, grand persécuteur des chrétiens. Il lui ordonne de rendre hommage à Apollon. Elle refuse. Emprisonnée, battue, torturée, elle finit par être libérée.

Elle continue à proclamer sa foi. Arrêtée à nouveau elle est condamnée à être flagellée, puis ébouillantée avant d’être attachée à un lion dans l’arène. Mais le lion, avait-il du trop ingérer de martyrs, n’aimait-il pas la viande cuite ? Plus simplement, comme la plupart des fauves n’était-il pas friand d’humains ? Toujours est-il que loin de toucher à Prisca, il s’est couché à ses pieds.

La jeune martyre de nouveau jetée dans un cachot sans manger ni boire, subit une nouvelle épouvantable torture au moyen de crochets qui lui déchirent le corps. C’est désormais le bûcher qui l’attend mais la bois brûle mais pas la martyre.

Alors comme il faut bien en finir, elle est décapitée. Les chrétiens récupèrent son corps en l’enterrent sur l’Aventin dans une catacombe qui portera son nom.

Selon la tradition chrétienne, Prisca serait la première de toutes les saintes martyrisées au nom de leur foi.

samedi 16 janvier 2021

16 Janvier – Sainte Nina (IV°siècle)

 

Née dans une riche famille de Cappadoce, son père officier de l’armée Romaine et sa mère s’étaient convertis au christianisme.

Nina avait douze ans quand ses parents ont vendu et distribué aux pauvres tous leurs biens. Puis ils se sont retirés dans des couvents après avoir confié la petite fille à Niamfora une femme âgée probablement religieuse qui s’est chargée de l’instruire en médecine comme en botanique. La nonne lui parlait beaucoup de la Georgie qui se nommait alors Ibéria. Nina priait pour le salut de ce peuple encore totalement païen. Tant et tant qu’une nuit, la Vierge lui est apparue et dans son rêve Marie lui offrait un voile tissé dans les fibres de la vigne en lui demandant d’aller évangéliser le pays.

Sans hésiter Nina se met en  chemin mais elle est bientôt capturée par des brigands. Dans la ville de Mtskha, alors la capitale elle est vendue au jardinier du roi. Bien entendu elle commence à prêcher mais c’est surtout ses dons de guérisseuse qui font sa notoriété.

Quand la reine tombe gravement malade, c’est Nina qu’on envoie chercher. Efficacité de la prière ou des tisanes, toujours est-il que la reine se rétablit. On lui offre de l’or et des présents mais elle déclare ne demander que la conversion du couple royal comme récompense. Seule la reine accepte.

En 337, le roi Mirian au cours d’une partie de chasse est frappé par la foudre. Il perd la vue. Nina est appelée. Si elle rend la vue au monarque alors il se fera chrétien. Bien entendu Nina le guérit et le rois alors déclare le christianisme religion d’état.

Plus tard, un autre songe révèle à Nina l’endroit où dans Jérusalem est cachée la Sainte Tunique de Jésus. On la trouve et apportée à Mtskha elle est ensevelie et c’est à cet endroit qu’est édifiée la première église chrétienne de Georgie qui est devenue l’actuelle cathédrale de Svetskhoveli.

 

Soleil de Sainte-Nina,

L’hiver est long rentre ton bois.




mardi 12 janvier 2021

12 Janvier – Sainte Tatiana martyre (+226)

 


Fille d’un consul romain, convertie au christianisme. Dénoncée, elle refusa d’abjurer et fut condamnée à être décapitée.

Sentence trop clémente ! Il fallait d’abord l’humilier et la faire souffrir. Dénudée, tondue et suspendue à une potence on lui laboura le corps au moyen de peignes de fer et enfin seulement juste avant qu’elle perde la vie, on lui coupa la tête.

 

vendredi 8 janvier 2021

8 janvier, Sainte Gudule

 




Au jour de sainte Gudule
Le jour croît mais le froid ne recule.
 
Vous êtes dispensés, vous qui me lisez de tous quatrains à la rime douteuse que le nom de la sainte pourrait vous inspirer.
Gudule était fille du duc Witger de Brabant et de son épouse Amalberge de Maubeuge.
Elevée par sa marraine Gertrude de Nivelles qui lui enseigna la foi Chrétienne, Gudule à la mort de celle-ci retourna vivre dans son château natal de Moorsel où elle passa le reste de ses jours dans le jeune et la prière.
Chaque matin, avant le lever du jour elle allait prier en l’église du Saint-Sauveur à deux lieues de sa demeure. Le diable toujours facétieux éteignait sa lanterne dans l’espoir de l’égarer dans la nuit.
Mais Dieu veille et ne manque jamais de déjouer les pièges de celui que bien à tort on nomme le Malin. Un ange était chargé de veiller sur Gudule et de rallumer la lanterne. Et le Diable, de rage, s’en mordait le bras.
 



Bonne année

 Et la promesse de revenir plus souvent vers vous

L'infidèle...

samedi 2 janvier 2021

Sainte Geneviève, patronne de Paris et de la Gendarmerie Nationale-

 


 

Née à Nanterre vers 420 et morte à Paris vers l’an 500. 80 ans ! un bel âge pour son temps. Ce qui démontre bien que l’activité, l’engagement au service des autres est gage de longévité.

Qui était Geneviève ? La seule source d’informations sur laquelle se basent ses hagiographes serait une Vita de Geneviève relatée vers 520 par un clerc parisien anonyme. C’est une compilation sans chronologie et fortement teintée de merveilleux des rares témoignages de ses contemporains encore vivants mais qui nous informe qu’elle n’était pas une fille du peuple comme une certaine imagerie populaire tente de nous la montrer.

Geneviève serait selon certains un prénom d’origine celtique mais d’autres écrits plus fiables disent que le latin Genovefa serait la latinisation du prénom féminin Kenuwefa.

D’ailleurs, Geneviève était la fille unique de Séverus, un riche aristocrate Gallo- Romain. Un Franc romanisé d’abord officier puis régisseur des Terres d’Empire. Sa mère était prénommée Géroncia.

Séverus signifiant austère et Géroncia sage et vertueuse on sent bien la prédestination.

Geneviève est baptisée et très jeune elle manifeste l’intention de se vouer à Dieu. Elle avait compris sans aucun doute que Dieu serait un époux moins contraignant qu’un simple mortel.

La légende raconte que vers 430- elle avait alors 10 ans- Saint Germain d’Auxerre et Saint Loup de Troyes en route vers l’Angleterre se seraient arrêtés à Nanterre et auraient eu avec elle des échanges non dénués d’intérêt.

On nous dit qu’à 16 ans, elle menait déjà une vie ascétique et c’est entre sa dix- huitième et sa vingtième année qu’un évêque Willicus inconnu des historiens lui aurait remis le voile des vierges.

Elle a vingt ans à la mort de ses parents. Fille unique, elle va hériter de la charge de membre du conseil municipal de Nanterre détenue par son père. Charge qu’elle continuera à exercer quand elle quittera Nanterre pour Paris et s’y installera dans l’île de la Cité chez sa marraine Procula. Elle fait alors partie des dix « principales » qui constituent l’aristocratie de la ville.

Notons au passage qu’à cette époque le fait d’être femme n’était en rien un obstacle à l’exercice de fonctions importantes dans la vie politique.

Et heureusement puisqu’en 451 quand les hordes d’Attila menacent Paris, Geneviève alors trentenaire retient les parisiens qui veulent abandonner la ville en leur tenant ce discours :

« Que les hommes fuient s’ils le veulent, s’ils ne sont plus capables de se battre. Nous les femmes, nous prierons Dieu tant et tant qu’il entendra nos supplications. »

Sans vouloir mettre en doute les croyances sur l’efficacité de la seule prière, on peut imaginer que Geneviève du fait de sa position parmi les notables parisiens à soutenu la foi des saintes femmes par des moyens plus terrestres. Certains avancent qu’elle avait envoyé des émissaires propager dans les rangs de l’armée d’Attila que le choléra sévissait à Paris. D’autres prétendent qu’elle aurait appris qu’Attila en route vers l’Aquitaine n’avait pas l’intention de faire un détour par Paris. Peu importe, l’important est qu’elle ait réussi à empêcher les Parisiens de fuir au risque de se faire massacrer sur les routes. Contrairement aux légendes jamais elle n’a rencontré Attila.

Attila passé, en 465 Paris est de nouveau menacé. Cette fois c’est Childéric roi des Francs Saliens qui profite de l’affaiblissement de l’Empire Romain pour étendre son territoire. Il assiège Paris. Geneviève aidée par la corporation des Nautes force le blocus. En remontant la Seine, des navires vont jusqu’en Brie et en Champagne chercher du blé pour ravitailler Paris. Paris qui va garder dans ses armoiries le souvenir de cet exploit.

Paris délivré, elle fait bâtir une chapelle sur le tombeau de Saint Denis et plus tard, fine politique, elle devient la conseillère du fils de Chilpéric, Clovis et l’amie de Clotilde son épouse. Elle fait encore construire une église dédiée aux saints Pierre et Paul sur l’actuelle montagne Sainte Geneviève avant de disparaître âgée de 89 ans. Elle y est inhumée, rejointe par Clovis et plus tard Clotilde.

En 1793, sa châsse est transportée à la monnaie. On fond les métaux, on récupère les pierreries. Le 21 novembre, le Conseil Général de Paris fait brûler ses ossements sur la place de Grève et on jette les cendres dans la Seine. On aurait pu augurer là de la considération que ces fils des Lumières et leurs descendants allaient accorder aux femmes dans les siècles à venir.

vendredi 6 novembre 2020

Hercule et le Sanglier d’Erymanthe.

 



Avant de laisser Hercule partir à la chasse au sanglier pour accomplir sa quatrième mission, un résumé de la situation s’impose parce que j’en vois qui ne suivent pas, là-bas, dans le fond.

Donc, le royaume de Mycènes est en proie à de grosses difficultés ; les catastrophes se succèdent et Zeus qui en a marre des plaintes d’Eurysthée et qui n’a pas que ça à foutre, prend la peine (avec plaisir on s’en doute) de fabriquer un héros préposé à résoudre les problèmes.

Prenant en compte les conseils de sa grand-mère Gaïa, il fabrique à l’aide d’une mortelle un demi-dieu ce qui met son épouse Héra une fois de plus en rage.

Héra se fait aider d’Hermès pour rendre le héros, Hercule, à demi-fou ce qui le conduit à incendier sa famille. Faute horrible qu’il doit expier aussi  Zeus le condamne-t-il à se mettre au service d’Eurysthée, roi de Mycènes

Hercule, vient à bout de Lion de Némée, de l’Hydre de Lerne, et de la Biche de Cérynie. Tout est en place pour la quatrième mission : neutraliser le Sanglier d’Erymanthe.

Encore un animal sacré auquel les Dieux interdisaient qu’on fît le moindre mal. Il vivait sur le mont Erymanthe dont il descendait souvent pour saccager les terres des cultivateurs qui se plaignaient à Eurysthée qui de son côté rappela Hercule à ses devoirs. Notre Héros se met en route, tue en chemin le brigand Sauros, passe une nuit de beuverie qui finit mal chez Pholos le Centaure, mais ce sont là d’autres histoires que je pourrai vous raconter plus tard. Bref, le voilà sur zone et il s’agit de capturer vivant ce sanglier géant, monstrueux, sauvage. Puisqu’il ne peut employer la force, il va falloir ruser. Hercule tend des pièges. Il neige, alors sur les traces du sanglier, il creuse un fossé profond, recouvre le trou de branchages. Par chance il neige et bientôt toute trace du piège est effacée. La bête est tapie dans des fourrés. Hercule pousse des hurlements qui la poussent à sortir de son refuge. Le sanglier file droit sans regarder où il pose ses sabots et… tombe dans le piège. Il ne reste plus qu’à lui sauter sur le dos et c’est au galop sur cette étrange monture qu’Hercule regagne Mycènes. Eurysthée que le courage n’étouffe pas en voyant le terrible équipage se cache dans une jarre de bronze.

Ce que devient le sanglier, l’histoire est confuse sur le sujet. Tout ce qu’on sait c’est qu’Hercule apprend alors que les Argonautes s’apprêtent à partir en Colchide chercher la Toison d’Or. Une expédition qu’il ne veut manquer à aucun prix et du coup il oublie le sanglier. Qu’est-il devenu ? Longtemps après on a su que ses défenses étaient conservées à Cumes dans le temple d’Apollon.

mardi 3 novembre 2020

Hercule - La Biche de Cérynie

 




Dépité notre héros rajuste sa peau de lion, et la massue sur l’épaule il s’en va songeant que, aidé ou pas l’Hydre est vaincue et que sans cette aide elle ferait encore des ravages.

Mais Eurysthée le rappelle. Il est encore sous contrat et une biche énorme, de la taille d’un taureau parait-il, dévaste les champs et les jardins de Mycènes : il faut la déloger.

Ce n’est pas si simple ; la biche en effet est énorme elle a le pelage tacheté d’un félin, des sabots d’airain et une ramure d’or. Une ramure, c’est donc un cerf ? Non c’est une biche et elle appartient à Artémis. Elle est sacrée et on ne doit pas verser son sang. Artémis est la sœur d’Apollon et quand les deux jumeaux se fâchent leur vengeance est terrible.

Artémis possède cinq de ces biches extraordinaires. La déesse en a attelé quatre à son char mais la cinquième s’est échappée. Elle gîte habituellement sur la colline de Cérynie. Hercule s’en approche mais la biche se sauve. N’importe comme tant d’autres héros de légendes après lui, Hercule se lance à sa poursuite et elle le fait voyager ! Elle l’entraîne jusqu’aux confins du monde chez les Hyperboréens. Dans ces contrées humides et étranges , il découvre bien des légendes qu’il va rapporter en Méditerranée. Et la biche continue à le faire courir. Il ne sait pas que la terre est ronde ni comment bien qu’en allant tout droit il se retrouve en Grèce et reconnaît l’Arcadie. La biche qui s’épuise se repose sur une montagne et tente de franchir le fleuve Ladon. Fatiguée, elle est moins agile et Hercule en profite pour choisir une flèche non empoisonnée du sang de l’Hydre, il vise et atteint la bête  entre l’os et le tendon des deux pattes avant qu’il lie ensemble. Pas une goutte de sang n’est versée et la biche est prise. Il la charge sur ses épaules et retourne à Mycènes.

Mais qui voilà en travers de sa route ? Apollon et Artémis ! Les jumeaux sont furieux : cette brute d’Hercule a maltraité la biche !

Désemparé le héros plaide sa cause. Il est au service d’Eurysthée, la biche ravage cultures et moissons et d’ailleurs il ne lui a fait aucun mal.

Artémis se calme, elle aurait dû mieux surveiller sa biche. Hercule pourra la montrer à Eurysthée pour preuve de la tâche accomplie, avant de la relâcher sur la colline de Cérynie.


lundi 12 octobre 2020

La vieille et le bébé dragon.

 


C’est une vieille qui vit seule dans un hameau perdu dans la campagne. Depuis longtemps personne n’est plus là pour l'aider, pour allumer son feu. Elle a bien du mal à cueillir ses poires ; son échelle a perdu ses barreaux et c’est pareil pour ses grimoires : elle n’atteint plus ceux du haut.

Le jour s'achève ; c'est l'automne les cerfs appellent les biches. Elle entend un cri étrange, ce n'est pas le brame. On dirait un animal en détresse. Ca vient du côté de la mare aux biches. Elle ramasse ses cottes et tête en avant elle va voir ce que c'est.  Il y a longtemps qu'elle n'est pas allée dans le petit bois. La mare est cachée dans les broussailles ; elle entend toujours le cri de détresse. Elle approche, elle fait attention de ne pas glisser le bord de la mare est piétiné par les biches et les sangliers. Le cri est tout proche ce sont des pleurs et là blotti entre les ronces et les aubépines un petit dragon tout vert tremble de faim et de froid....

Il a faim le bébé dragon. La vieille a toujours dans ses poches des pommes crapies, les meilleures et des biscuits pour chien. Elle les lui montre mais il se méfie. Elle ne peut pas le laisser là, demain c'est l'ouverture de la chasse ! Heureusement sa chienne l'a suivie. C'est une bonne bergère, elle sait rassembler et ne fait pas trop de différence entre un mouton et un bébé dragon. Si sa mémère le veut, elle va lui ramener.  La chienne décrit une grande volte, et le dragon coincé entre la mare et la chienne n'a plus le choix, il doit avancer vers la main qui lui tend les friandises. La vieille en profite pour lui passer son écharpe autour du cou, elle félicite la chienne et tous trois rentrent à la maison en évitant le regard des voisins.

C’est une campagne rude, les gens ne se parlent pas, ne se fréquentent pas et maintenant, ça fait bien l’affaire de la vieille. Tant que le dragon est petit, personne ne le verra et d’ici le printemps il aura grandi et pourra s’envoler.

La chienne l’a pris sous sa protection ; elle croit toujours que c’est un mouton mais les chats ne s’y sont pas trompés. Ils ont craché, soufflé, ont rampé sous les lits, escaladé les armoires. Il va leur falloir plusieurs jours pour s’habituer.

L’automne est doux, il y a du travail au jardin. Et là le dragon fait merveille ; c’est un dragon omnivore il avale tout, les feuilles mortes, les branches coupées, les herbes folles, les épluchures, les croquettes de la chienne et les lapins que rapportent les chats et qu’ils ne mangent pas
Les semaines passent, le dragon grandit pas trop quand même il passe la porte de la petite maison.  C’est lui maintenant qui fait partir le feu et la vieille est heureuse entre ses chats, sa chienne et son dragon.

C’est une chienne extraordinaire qui comprend tout ce qu’on lui dit et qui explique tout à son mouton vert. Qu’il n’ait pas de poils ne la gêne pas du tout. L’hiver s’installe. Le dragon sort peu et dort beaucoup mais jamais des deux yeux à la fois. Entre deux siestes il observe. Il observe la vieille qui essaye d’attraper les grimoires qui sont en haut des étagères. Et ces grimoires, elle en a besoin. Depuis longtemps elle ne les utilise plus. Depuis qu’une jeune voisine malveillante est allée raconter aux gendarmes que la vieille est une sorcière et qu’elle lui jette des sorts.

Heureusement les gendarmes ne croient pas à ces élucubrations. Une sorcière ! et puis quoi encore. La méchante voisine est rentrée chez elle et puis un jour elle est partie et la vieille n’a plus touché à ses grimoires.

Maintenant elle en a besoin mais la vieille a vieilli et ne peut plus les atteindre. La chienne intelligente a tout compris. Avec les yeux, avec les oreilles elle parle au dragon qui hoche la tête. Il pose sa grosse patte sur les genoux de la vieille puis va se poster près des étagères ; la chienne de la truffe montre son dos. Elle gémit un peu, cette vieille vraiment a du mal à comprendre. Les chats perchés sur l’étagère d’en face ont tout compris eux, ils sourient dans leur moustache.

La vieille se lève et caresse le dos du dragon ; sous sa main elle sent les grosses écailles, qui font des bosses… mais oui, c’est ça sur le dos du dragon elle va pouvoir atteindre les grimoires du haut , ceux dont elle a besoin !

Ah oui, elle en avait bien besoin ! Parce qu’aux beaux jours, le voisinage change. Les maisons des « parisiens » s’ouvrent. Imaginez les soucis qu’auraient causés la présence d’un dragon dans le hameau. Tandis qu’un âne dans le jardin de la vieille, personne ne songe à s’en étonner.

Les Chouchous