Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis
Affichage des articles dont le libellé est dragons. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est dragons. Afficher tous les articles

lundi 12 octobre 2020

La vieille et le bébé dragon.alm

 

La vieille et le bébé dragon

C’est une vieille qui vit seule dans un hameau perdu dans la campagne. Depuis longtemps personne n’est plus là pour l'aider, pour allumer son feu. Elle a bien du mal à cueillir ses poires ; son échelle a perdu ses barreaux et c’est pareil pour ses grimoires : elle n’atteint plus ceux du haut.

Le jour s'achève ; c'est l'automne les cerfs appellent les biches. Elle entend un cri étrange, ce n'est pas le brame. On dirait un animal en détresse. Ca vient du côté de la mare aux biches. Elle ramasse ses cottes et tête en avant elle va voir ce que c'est.  Il y a longtemps qu'elle n'est pas allée dans le petit bois. La mare est cachée dans les broussailles ; elle entend toujours le cri de détresse. Elle approche, elle fait attention de ne pas glisser, le bord de la mare est piétiné par les biches et les sangliers. Le cri est tout proche ce sont des pleurs et là blotti entre les ronces et les aubépines un petit dragon tout vert tremble de faim et de froid....

Il a faim le bébé dragon. La vieille a toujours dans ses poches des pommes crapies, les meilleures et des biscuits pour la chienne. Elle les lui montre mais il se méfie. Elle ne peut pas le laisser là, demain c'est l'ouverture de la chasse ! Heureusement sa chienne l'a suivie. C'est une bonne bergère, elle sait rassembler et ne fait pas trop de différence entre un mouton et un bébé dragon. Si sa mémère le veut, elle va le lui ramener.  La chienne décrit une grande volte, et le dragon coincé entre la mare et la chienne n'a plus le choix, il doit avancer vers la main qui lui tend les friandises. La vieille en profite pour lui passer son écharpe autour du cou, elle félicite la chienne et tous trois rentrent à la maison en évitant le regard des voisins.

C’est une campagne rude, les gens ne se parlent pas, ne se fréquentent pas et maintenant, ça fait bien l’affaire de la vieille. Tant que le dragon est petit, personne ne le verra et d’ici le printemps il aura grandi et pourra s’envoler.

La chienne l’a pris sous sa protection ; elle croit toujours que c’est un mouton mais les chats ne s’y sont pas trompés. Ils ont craché, soufflé, ont rampé sous les lits, escaladé les armoires. Il va leur falloir plusieurs jours pour s’habituer.

L’automne est doux, il y a du travail au jardin. Et là le dragon fait merveille ; c’est un dragon omnivore il avale tout, les feuilles mortes, les branches coupées, les herbes folles, les épluchures, les croquettes de la chienne et les lapins que rapportent les chats et qu’ils ne mangent pas.
Les semaines passent, le dragon grandit pas trop quand même il passe la porte de la petite maison.  C’est lui maintenant qui fait partir le feu et la vieille est heureuse entre ses chats, sa chienne et son dragon.

C’est une chienne extraordinaire qui comprend tout ce qu’on lui dit et qui explique tout à son mouton vert. Qu’il n’ait pas de poils ne la gêne pas du tout. L’hiver s’installe. Le dragon sort peu et dort beaucoup mais jamais des deux yeux à la fois. Entre deux siestes il observe. Il observe la vieille qui essaye d’attraper les grimoires qui sont en haut des étagères. Et ces grimoires, elle en a besoin. Depuis longtemps elle ne les utilise plus. Depuis qu’une jeune voisine malveillante est allée raconter aux gendarmes que la vieille est une sorcière et qu’elle lui jette des sorts.

Heureusement les gendarmes ne croient pas à ces élucubrations. Une sorcière ! et puis quoi encore. La méchante voisine est rentrée chez elle et puis un jour elle est partie et la vieille n’a plus touché à ses grimoires.

Maintenant elle en a besoin mais la vieille a vieilli et ne peut plus les atteindre. La chienne intelligente a tout compris. Avec les yeux, avec les oreilles elle parle au dragon qui hoche la tête. Il pose sa grosse patte sur les genoux de la vieille puis va se poster près des étagères ; la chienne de la truffe montre son dos. Elle gémit un peu, cette vieille vraiment a du mal à comprendre. Les chats perchés sur l’étagère d’en face ont tout compris eux, ils sourient dans leur moustache.

La vieille se lève et caresse le dos du dragon ; sous sa main elle sent les grosses écailles, qui font des bosses… mais oui, c’est ça sur le dos du dragon elle va pouvoir atteindre les grimoires du haut , ceux dont elle a besoin !

Ah oui, elle en avait bien besoin ! Parce qu’aux beaux jours, le voisinage change. Les maisons des « parisiens » s’ouvrent. Imaginez les soucis qu’auraient causés la présence d’un dragon dans le hameau. Tandis qu’un âne dans le jardin de la vieille, personne ne songe à s’en étonner.

jeudi 19 février 2015

Les Trois Fléaux de l'Île de Bretagne récap 25

Résultat de recherche d'images pour "Llud"
Les trois Fléaux de l'île de Bretagne 19 02 15

Au temps où le roi Llud régnait sur la Bretagne,  trois fléaux se sont abattus sur l’ile.
Il y eût d’abord les Korrigans. De bien désagréables créatures  qui avaient le don de connaître tout ce qui se passait et se disait  dans tout le royaume et comme  rien ne leur échappait, ils étaient avertis de toute tentative de les supprimer.
Le roi Llud réunit son conseil mais aucun de ses pairs n’avait ma moindre idée sur la façon de venir à bout des Korrigans. Le frère du roi était un homme sage qui se nommait Llevelyn. Llud résolut de lui demander conseil.
Llevelyn fit embarquer son frère sur un bateau ; de la rive au milieu de la mer ils seraient à l’abri des oreilles indiscrètes. Mais là encore, le vent aurait pu porter leurs paroles jusqu’à la rive. Llevelyn eût l’idée d’une corne de cuivre pour communiquer avec son frère.. Pas de chance, un démon s’était logé dans la corne ! Aucune parole sensée n’en sortait ; pire ! la plupart étaient des injures. Alors llevelyn fit laver l’intérieur de la corne avec du vin. Le démon en bûtn se saoula et s’endormit ce qui permit de le déloger.
Llevelyn put alors donner à son frère le moyen de se débarrasser des Korrigans.
De retour dans son domaine, Llud fit proclamer une paix générale et donna un grand festin de réconciliation auquel tout le royaume fut convié y compris les Korrigans.
Quand tout le monde après avoir bu, mangé, écouté les bardes était sur le point des s‘assoupir, Llud fit répandre une mixture composée selon une recette de Llevelyn, d’eau et de certains insectes broyés. Cette potion ne troubla nullement les Bretons mais fut fatale aux Korrigans.
Ce premier fléau éliminé, en survint un second : chaque nuit de 1° mai se faisait entendre un cri si épouvantable que les hommes perdaient leur force, les femmes avortaient, les jeunes gens devenaient fous, les arbres perdaient leurs feuilles, les animaux et les plantes restaient stériles.
Llevelyn encore une fois consulté dit qu’il y avait au centre de l’île un dragon endormi et qu’un dragon étranger venait parfois attaquer. Chaque fois que les dragons se battaient, retentissait le cri épouvantable. Il fallait donc mesurer méthodiquement la Bretagne afin d’en trouver le centre. Il advint donc, que ce centre fut découvert non loin d’Oxford.
On y creusa une grande fosse que l’on remplit d’hydromel et qu’on dissimula sous un grand drap. Vint la nuit du premier mai et du combat des dragons. Aucun des deux ne parvint à terrasser l’autre et, épuisés, ils s’écroulèrent sur le drap, tombèrent dans la cuve où ils burent tout l’hydromel. Complètement ivres, assoupis, il ne restait plus qu’à replier le drap, les enfermer dans un coffre de pierre qui fut enterré sous la colline de Dinas Enrys. Ils y sont toujours et l’on dit que c’est grâce à eux que l’Angleterre ne peut être envahie.
Mais il restait le 3° fléau : c’était un sorcier, qui endormait tout le monde et s’arrangeait pour que les provisions amassées dans les greniers afin de  prévenir toute disette, disparaissent en une journée. Comme tout le monde dormait, personne n’arrivait à le surprendre.
Llevelyn cette fois fit préparer un grand festin et dit à Llud de placer non loin un cuveau d’eau froide.
A la nuit tombée commença la fête ; Llud se cacha près de la cuve. De là, il pouvait écouter la musique et les histoires extraordinaires que racontaient les bardes. Bientôt tout le monde s’endormit, Mais Llud sentant ses yeux se fermer se jeta dans l’eau froide. Bien réveillé, il put voir une sorte de géant, solidement armé et muni d’un panier gigantesque et qui semblait sans fond car il y entassait toutes les provisions du royaume. Quand il n’y eut plus rien, le géant s’en fut. Etonné par ce prodige, Llud ne perdit pourtant pas courage. Il s’élança à la poursuite du géant, finit par le rejoindre et l’attaqua. Le géant était faible et Llud courageux ; il terrassa le géant qui demanda grâce et jura fidélité à son vainqueur en échange de la vie.


vendredi 13 février 2015

Merlin et Vortigern rcap 25

Merlin et Vortigern 13 02 15
Résultat de recherche d'images pour "Vortigern dragon" 
Le roi qui les attendait avec impatience, dès qu’il apprit leur retour, fit venir ses messagers. Non sans appréhension, ils commencèrent à raconter leur quête et comment ils avaient trouvé l’enfant qui spontanément était venu à eux.
« Me rapportez-vous son sang ?
- Non Sire, mais l’enfant est là, avec nous.
-Qu’on l’exécute alors et vite !
-Sire, écoutez-nous d’abord. Il ne faut pas tuer cet enfant ! il est l’être le plus prodigieux que nous ayons jamais rencontré… Il sait l’avenir et le passé est ses conseils sont d’une grande sagesse.
-Alors, cet enfant est le diable ! rugit Vortigern et j’ai besoin de son sang !
-Sire, cet enfant s’est confié à nous et il sait pourquoi votre tour s’écroule et le moyen de la faire tenir. Nous lui avons promis que vous accepteriez  de l’entendre.
- Et pourquoi le devrais-je ? Mes mages m’ont donné la solution : elle est dans le sang de cet enfant.
-Il le sait, Sire… il sait tout sire, ce que vous ont promis vos devins, il savait que nous le cherchions et pourquoi. Il est venu à nous alors qu’il aurait pu se dissimuler…
-Bien, dit le Roi, faites venir cet enfant ! Et si vous m’avez trompé, il mourra et vous avec lui !
On fit venir Merlin qui salua le roi, considéra les messagers et se mit à rire.
Outré de cette insolence, Vortigern l’apostropha rudement :
« Qu’y a-t-il de si drôle ?
-Il y a que ces braves hommes risquent leur vie pour sauver la mienne et qu’ils ont bien raison, car ils sont désormais sous ma protection pour le reste de leur vie !
Le Roi irrité par l’outrecuidance de ce gamin reprit :
« Qu’as-tu à me révéler ?
- Que vos clercs vous ont menti : ils ne savent ni pourquoi votre tour s’écroule, ni le moyen de la faire tenir !
-Alors selon toi, ils ne sont pas devins ?
- Oh si ! mais ce qu’ils ont vu, c’est que je serais la cause de leur perte et c’est pourquoi ils me voulaient mort. Et pour leur donner raison, Sire, si je résoud l’énigme de la tour, vous devrez leur faire subir le sort qu’ils me destinaient. Ainsi, ils auront dit la vérité. Maintenant, Sire, faites-les venir et allons tus ensemble au pied de la tour.
Arrivés là, les messagers à la demande de Merlin questionnèrent les mages qui avouèrent ne pas savoir la raison de l’effondrement de la tour mais persistèrent à affirmer qu’ils savaient le moyen de la faire tenir et que ce moyen était le sang de cet enfant.
« Vous mentez encore, dit Merlin sévèrement et vous ne pensez qu’à sauver votre peau ! Car oui, je suis cet enfant sans père qui sait comment faire tenir la tour, et oui, je serai cause de votre perte, car quand j’aurais résolu le problème, le roi vous fera exécuter.
-Parle, maintenant, dit le Roi à Merlin
- Eh bien, Sire, votre tour ne tient pas car vous l’avez fait élever au-dessus d’une grande nappe d’eau souterraine. Et dans cette eau, dorment deux dragons aveugles. L’un est rouge , l’autre est blanc. Ils sont énormes et ne peuvent se voir, mais ils se sentent et se touchent. Ce qui les réveille ; alors ils se retournent et provoquent dans l’eau des remous qui font trembler le sol. Quand votre tour, Sire, est sur le point d’être achevée, si à ce moment- là, les dragons se retournent, votre tour s’écroule.
- Quelle histoire invraisemblable inventes-tu là dit Vortigern, incrédule.
- Vérifiez, Sire . Si j’ai menti, je demande à être écartelé vif, mais si j’ai raison je demande grâce pour moi et pour vos devins qui n’ont voulu que sauver leurs vie.
Vortigern accepta. Merlin fit venir des chevaux, des charrettes, des pelles, des pioches et de nombreux ouvriers.
Les gens du pays, devant cette entreprise insensée se demandaient si leur roi avait perdu la raison. Et l’on creusa, creusa tant et tant, qu’on finit par atteindre la nappe d’eau. Le roi vint en compagnie de Merlin, considéra la nappe d’eau et en présence de témoins reconnut que l’enfant n’avait pas menti pour la nappe d’eau, mais on n’avait pas encore vu les dragons !
« Il faut maintenant, dit Merlin, creuser des fossés pour évacuer l’eau. Pendant ce temps, Sire, convoquez tous vos sujets qui vont assister à un spectacle unique et terrifiant. Car dès que les dragons seront à l’air libre, ils vont se sentir et s’entretuer. Et devant tous vos pairs et vos conseillers, je vous ferai des révélations de grande conséquence pour l’avenir du royaume. »
Vortigern fit comme Merlin avait dit. Quand toute l’eau fut évacuée, on vit apparaître deux gros rochers.
« Les dragons , dit Merlin sont sous les rochers.
-Puisque tu sais l’avenir, dit le roi, dis-nous lequel des deux dragons sera le vainqueur.
- Je le sais, Sire, mais cette révélation est d’une telle importance que je ne peux vous la faire qu’en privé et en présence de vos plus fidèles conseillers.
Vortigern fit venir ses quatre plus fidèles compagnons
. Merlin lui demanda s’il avait libéré ses devins.
« Ils sont libres dit le roi !
Et Merlin dans le plus grand secret, révéla comment la bataille allais se passer.
« Bien, dirent les conseillers, Nous allons donc pouvoir constater  l’étendue des pouvoirs de cet enfant.
Et tous se rendirent au pied de la tour où les ouvriers venaient de dégager le premier rocher. De la fosse on vit sortir, un dragon blanc, énorme et d’une laideur effrayante. Il remuait lentement comme mal réveillé mais il était si terrifiant que les gens se sauvaient en le voyant.
Pendant ce temps, on avait dégagé l’autre rocher et le dragon rouge sentant la présence de l’autre allait à sa rencontre en grondant. Il était encore plus laid si possible que le premier et aussi gros. Dès qu’ils se furent flairés et touchés, la bataille s’engagea, effroyable, sauvage une lutte à mort qui dura tout le jour, toute la nuit et encore une journée et une nuit jusqu’au lendemain midi.
Le dragon rouge était si brutal, si féroce, que tout le monde pensait qu’il allait venir à bout du blanc, quand soudain, le blanc se mit à cracher du feu , des flammes, un véritable brasier et à l’étonnement général on vit s’écrouler et périr le dragon rouge, ce qui ne manqua pas d’effrayer Vortigern qui voyait s’accomplir le début de la prophétie que Merlin lui avait révélée en grand secret devant ses conseillers.
Voilà Sire, dit ce dernier, vous pouvez maintenant élever une tour aussi haute que vous le souhaitez, plus jamais elle ne s’écroulera.





mardi 17 septembre 2013

Qui sont les dragons?

Les dragons sont des êtres fabuleux, composites et complets puisqu'ils appartiennent aux quatre éléments. Ils vivent dans des grottes et comme tels font partie de la Terre; ils nagent comme des poissons;et sont familiers de l'Eau; ils ont des ailes et parcourent les Airs comme font les oiseaux et enfin leur terrible gueule crache le Feu de l'Enfer. 
On craint chez nous les dragons dangereux et maléfiques qui semblent crées par le Diable, alors qu'en Extrême-Orient, ils sont divinités fécondes et créatrices? Dans l'un ou l'autre cas, leur taille gigantesque, leur puissance, leur ruse, leur maîtrise des éléments, surtout du feu qui réchauffe mais aussi brûle et dessèche, impose sinon la crainte, du moins le respect.
En Occident, la fonction principale du dragon est celle de gardien de trésor. Issus du monde souterrain, ils n'ont aucun mal à trouver les grottes où sont cachées des richesses. Souvent cupides et avares, ils n'ont pas leur pareil pour débusquer cet or qui les attire. Egalement paresseux et indolents, il n'est pas rare qu'ils se couchent à l'entrée de la grotte ou sur le coffre au trésor et s'endorment pour ne s'éveiller qu'à l'approche du héros en quête de fortune. Ils tentent alors de le foudroyer en crachant le feu par une de leurs innombrables gueules car ils ont souvent plusieurs têtes qui repoussent au fur et à mesure qu'elles sont coupées. Le héros doit alors pour venir à bout du monstre, faire preuve d'une sagacité supérieure à la ruse de son adversaire. A moins qu'il ne soit aidé par un ou plusieurs de ces auxiliaires plus ou moins humains qui abondent dans les contes. 
Notons au passage que la célèbre Vouivre, bien qu'elle vive dans un lac, n'est pas une sirène mais bel et bien un dragon. Et même si elle ne possède qu'une seule tête, malheur à l'outrecuidant qui tenterait de lui ravir l'escarboucle qu'elle porte au front!
Le dragon enfin, semblable à certains humains, s'intéresse de bien trop près au vierges et aux princesses qu'ils gardent prisonnières jusqu'à ce qu'un héros tueur de dragon vienne les délivrer. Ainsi de Persée qui sauva Andromède ou de Saint Georges qui libéra Alcyone.

vendredi 5 octobre 2012

Le Grand Serpent de Malte



Il était une fois un sultan qui avait trois fils, et dans son jardin un arbre qui, une fois dans l’année, produisait une pomme d’or.
Hélas, à peine était-elle mûre qu’un serpent à sept têtes venait vers minuit la voler.
Quand son fils aîné arriva à l’âge d’homme, le sultan lui donna un sifflet et un couteau et l’envoya cueillir la pomme avant que le serpent ne s’en empare. Puis, ajouta-t-il, quand le serpent se montrera, siffle, coupe une de ses têtes et reviens vite ; nous prendrons des gardes avec nous, nous suivrons la trace du sang qui nous mènera au repaire de la bête et nous pourrons la capturer.
Le garçon écouta son père, se rendit au jardin, mais avant que minuit sonne, il s’endormit et ne vit pas le serpent voler la pomme et l’emporter. Il rentra tout honteux avouer la chose à son père.
L’année suivante, le sultan envoya son second fils qui, tout comme son aîné, s’endormit et laissa le serpent voler la pomme.
La troisième année, ce fut au tour du plus jeune fils d’aller monter la garde. Mais lui resta éveillé et put couper une des têtes du serpent qu’il mit en fuite. Il cueillit la pomme et l’apporta à son père.
Au matin, le sultan et ses trois fils se mirent en route, suivirent la trace du sang jusqu’au repaire du monstre. C’était un trou béant qui semblait s’enfoncer jusqu’aux entrailles de la terre. Le sultan déroula une corde, y attacha une cloche et dit à son fils aîné de descendre.
« Quand tu voudras plus de corde, sonne trois fois ; quand tu seras au fond, sonne deux fois : quand tu voudras remonter, sonne une fois. »
Le fils descendit dans le trou mais n’y resta pas longtemps : avant d’avoir touché le fond, il sonna une fois et fut remonté. Le second fils descendit à son tour et fit exactement comme son frère.
Le troisième sonna trois fois pour demander plus de corde, sonna deux fois en touchant le fond,  mais comme il se méfiait de ses frères, il attacha une grosse pierre à la corde avant de sonner une fois.
Il vit qu’on tirait la corde, mais arrivée à mi-hauteur , les frères la lâchèrent  et la pierre tomba rudement sur le sol de la caverne. Voilà donc pensa le cadet, le sort qui m’était réservé !
Sans se décourager, il commença à explorer la caverne ; elle était immense. Il erra un long moment avant de découvrir un nid. Des oisillons y pépiaient en ouvrant un bec affamé. Il y avait tout autour des graines éparpillées qu’il leur donna. La mère arriva furieuse et le bec en avant, mais voyant que ses petits avaient été nourris, elle dit au garçon :
-« Continues ton chemin ; tu vas arriver dans une grande salle pleine d’épées. Choisis la plus rouillée, c’est avec celle-là que tu viendras à bout du serpent.
Il suivit le conseil de l’oiseau, trouva la salle, choisit l’épée rouillée et continua d’explorer le souterrain. Soudain, il se trouva face à la bête :
-« Tu veux te battre, dit le serpent, mais ce sera selon mes règles : nous lutterons jusqu’à ce que tu aies coupé trois fois une de mes têtes, et chaque fois que je dirai assez, nous ferons une trêve.
Le garçon consentit et la lutte commença.
Chaque fois que le jeune homme coupait une tête, le serpent demandait la trêve et la tête coupée repoussait. Le combat dura longtemps , mais le jeune homme réussit à couper trois fois de suite la même tête, alors le serpent perdit peu à peu ses forces et le fils du sultan finit par en venir à bout.
Il était épuisé et ne savait plus comment quitter l’antre du serpent. C’est alors que survint l’oiseau qui lui dit :
« Prend la bête sur ton dos, monte entre mes ailes et je te porterai jusqu’au palais de ton père.
Ainsi fut fait et le sultan heureux d’être débarrassé du monstre, fit de lui son héritier qui plus tard gouverna tout l’archipel.

samedi 22 janvier 2011

La bête à sept têtes (glané à Malte)

Il y avait près de la ville de Mdina , dans l’île de Malte, un serpent à sept têtes . Chaque année, il exigeait en tribut une jeune fille qu’il dévorait … ou pire ! Sinon, il pissait dans la rivière qui n’était pas déjà bien vaillante.
Quand il eût dévoré (ou pire !) toutes les vierges de l’île, vint le tour de la fille du sultan, qui promit de la donner en mariage à celui qui oserait affronter le monstre. Bien évidemment, personne ne se montra.
Le jour venu, le sultan dut livrer sa fille qu’un esclave noir devait garder jusqu’à la venue de la Bête.
Pendant qu’ils attendaient, survint un Cavalier. La jeune fille lui cria de se sauver, mais le Cavalier était brave ; il répondit qu’il n’avait pas peur du monstre. Il s’approcha, tenant son cheval en main et s’étendit sous un arbre, à même le sol et après avoir dit à la jeune fille de le réveiller quand le serpent approcherait ; fatigué, il s’endormit.
Des gouttes d’eau sur son visage l’éveillèrent ; surpris, il se dressa. Le monstre approchait et la jeune fille paralysée de terreur, pleurait .C’étaient ses larmes qui avaient mouillé le visage du Cavalier. Il se retourne, saute sur son cheval, et d’un vigoureux coup d’éperon, le force à approcher du serpent. D’un seul coup d’épée, il coupe la tête principale, recule, charge à nouveau et coupe deux autres têtes. Le serpent affaibli bat en retraite et tente d’aller se cacher. Pendant ce temps, le Cavalier reprend son souffle, rattrape la bête et coupe les têtes restantes. Le serpent s’écroule dans une mare de sang.
Quand il cesse de respirer , le Cavalier descend de cheval, coupe les sept langues ,les emballe dans un mouchoir, puis reprend sa route.
La princesse retourne chez son père, toujours conduite par l’esclave noir qui se vante alors d’avoir abattu le monstre et réclame la main de la princesse.
Le sultan se souciait aussi peu  d’avoir un esclave noir pour gendre que sa fille de l’avoir pour mari.
-« Cet homme dit-il la vérité ?
. Mais non, dit-elle, un Cavalier qui se trouvait là s’est battu comme un lion ; c’ est lui qui a tué le dragon. !
L’esclave alors, retourne sur le lieu du combat , ramasse les têtes et les apporte au sultan pour preuve de sa victoire.
Le sultan obligé de tenir sa parole, fit une grande fête pour les noces de la princesse et l’esclave se tenait à la place d’honneur aux côtés de sa fiancée.
Dans la ville en liesse, arrive le Cavalier qui parvient au palais et se mêle aux invités. Les têtes sont exposées , l’inconnu les examine les têtes et très respectueusement demande au sultan : -« Sire, cette Bête n’avait donc point de langues ?
-Comment serait-ce possible ? Chaque tête à une langue bien sûr !
-Envoyez vos hommes vérifier, vous verrez qu’elle n’en a pas.
On vérifia ; la Bête n’avait pas de langues
-« Peut-être, continua le Cavalier , celui qui prétend avoir tué le serpent ne dit-il
pas la vérité ?
Le sultan était déconcerté ; l’esclave noir lui, pâlissait à vue d’œil. La princesse avait retrouvé le sourire et les invités ouvraient de grands yeux.
Quand le sultan eut retrouvé ses esprits, il dit sévèrement : »Mais alors, qui donc à tué le serpent ? Et où sont les langues ?
L’étranger sortit son mouchoir, l’ouvrit et montra les langues. Puis il dit : apportez les têtes et voyez si ces langues leur appartiennent. On ne put que constater : les langues s’adaptaient parfaitement aux têtes.
La jeune fillerose d’émotion, prit la main du Cavalier et dit au sultan « Je le reconnais, mon père. C’est cet homme qui m’a sauvée.
-« Fort bien dit le sultan soulagé ! Qu’on mette à mort cet esclave menteur. Quand à moi, Cavalier, je n’ai qu’une parole, ma fille sera votre épouse.
On les maria, la fête dura trois jours et trois nuits…
Mais quand les nouveaux mariés furent seuls dans la chambre nuptiale, le Cavalier tira son épée, la posa au mitan du lit et dit à sa nouvelle épouse de ne pas l’approcher. C’est ainsi qu’ils passèrent la nuit côte à côte sans se toucher . Le lendemain l’époux dit à sa femme de se donner à Dieu ; quand à lui , son rôle étant de pourchasser le mal à travers le monde, il devait continuer sa route.
Chacun s’en fut par son propre chemin….mais le conte ne dit pas si la princesse suivit le conseil de cet étrange époux….

On reconnaît un épisode du "Conte des Deux Frères.
Les chevaliers de Malte sont nommés dans l'île les Cavaliers ; ils font voeu de célibat. NDLC

Les Chouchous