Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis
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vendredi 19 juin 2015

Balius récap 25



Balius

Il vient du fond des âges, il se nomme Balius et c’est un cheval en or. On l’a vu mais en est-on bien sur, avec Charles Martel galoper sus au Sarrazin à la bataille de Poitiers. Costaud, il porta destrier à la guerre, palefroi à la parade, les chevaliers et leurs armures. Endurant, il les mena, croisés, jusqu’à Jérusalem ; il fut séduit là par les fines juments orientales.
De Terre Sainte, le comte Rotrou et Balius revinrent, ramenant avec eux les étalons qui engendrèrent les beaux chevaux de Mondoubleau. Roger de Belesme ensuite, introduisit la race Arabe dans ses écuries. En 1226, la famille de Rotrou éteinte, le Perche revint à la couronne de France. Habitants et chevaux connaissent un siècle de paix.
Mais en 1337 débute la Guerre de Cent Ans ; le Perche devient enjeu stratégique que se disputent France et Angleterre. En 1424, la désastreuse bataille de Verneuil est fatale à la noblesse française et à ses chevaux. Le Perche passe à l’Angleterre ; pas pour longtemps.
L’Anglais enfui, la paix revenue, Balius lentement assurera sa descendance, obscure, dans les manoirs du Perche. La Fronde le renverra au combat.
Et puis Balius définitivement cheval agricole, remplacera très progressivement le bœuf pour les travaux des champs. Sa race connaîtra des fortunes diverses jusqu’aux guerres Napoléoniennes. L’Empereur y engloutira autant de chevaux que d’hommes et Balius tirera ses canons jusqu’à Moscou.
Fin de l’épopée ! On sait combien le cheval percheron est fort, endurant ; il « trotte vite et tire lourd ». Tout naturellement la Poste, aux voitures pesantes, mais dont le service doit être rapide, à recours à lui. Parallèlement l’agriculture se développe ; trop demandée, la race se fragilise.
La création de comices agricoles et l’invention de la prairie artificielle vont y remédier, assurant une meilleure nourriture et une sélection plus rigoureuse .
En 1820, au château de Couesme arrivent les célèbres étalons arabes Godolphin et Gallipoly. De leurs œuvres naîtra en 1824 à Mauves sur Husnes, Jean le Blanc, considéré comme le fondateur de la race actuelle.
En 1850, la compagnie des omnibus de Paris encourage le développement du type « postier ». Le type « Gros trait » pour sa part, sera seul capable de tirer dans le sable et la boue les lourds chariots de la Conquête de l’Ouest Américain. Success et French Emperor seront les deux premiers étalons à suivre Mark W. Durham dans l’Illinois.
Grâce aux omnibus et aux Américains, le dix-neuvième siècle sera l’âge d’or du cheval percheron. Hélas, la race encore une fois victime de son succès, va s’altérer.
C’est le 23 juin 1883 que Louis Périot fonde la Société Hippique Percheronne de France. Charles Aveline de son côté, ouvre le Stud-Book Percheron. La race est enfin fixée !
14-18 : le grand massacre ! L’armée a besoin de chevaux et les exportations sont suspendues ; elle ne reprendront qu’en 1922. Jusqu’à la guerre suivante, la denière au moins pour les chevaux, la vente et l’élevage se maintiennent. Mais après la Libération, l’agriculture se mécanise en France comme à l’étranger. L’élevage décline et notre bon Balius survit c’est paradoxal et bien triste, comme cheval de boucherie. Le modèle alors n’a plus aucune importance ; seule la viande compte et l’on voit des percherons peser plus d’une tonne sur la bascule. Obésité qui provoque encore actuellement des problèmes lors du poulinage.
En 1980, le marché de la viande s’effondre et pour sauver la race, les Haras Nationaux et la SHPF, mettent en 1983 le percheron à l’attelage de loisir et de sport. Les éleveurs sont sceptiques ; leurs chevaux engraissés au pré, ne sont plus ni dressés ni ferrés. Trop lourds, trop gras, ils manquent d’allure ; dans les concours ils se traînent, la tête entre les genoux. Que va devenir Balius ? Dans le Perche, une dizaine seulement d’exploitations agricoles utilisent encore l’attelage. Mais nous avons pu voir au cours des siècles l ’extraordinaire faculté d’adaptation de notre cheval d’or.
Il perd eux à trois cent kilos et arrive à convaincre ses éleveurs que l’attelage est l’avenir du cheval percheron. Il faut une nouvelle fois adapter le modèle aux besoins et en 1992, Success et French Emperor me voici, débarque des Etats-Unis, Silver Shadow-Cheik . Plus grand, plus léger, aux allures enlevées, au port de tête fier, l’étalon américain va contribuer à faire retrouver le Percheron du début du siècle.
Après avoir séduit les Japonais, notre Balius mènera en France une campagne de charme. Le Percheron est un cheval calme, à sang-froid ; il est docile, facile à dresser ; quelques semaines suffisent pour lui apprendre à tirer en toute sécurité une carriole sur les routes de campagne. Avec un peu plus de temps, il sera capable de faire face à toutes les situations ;
Outre les concours d’attelage, il anime les fêtes locales, les démonstrations de travail à l’ancienne, et il figure souvent dans les mariages. A Chartres, Alençon, Bellême, Nogent le Rotrou, c’est lui qui tire la voiture de la visite guidée de la ville. De la même façon, on peut en sa compagnie découvrir les environs de Haras du Pin.
Mieux, à l’exemple de l’Allemagne, Saint Pierre sur Dives dans le Calvados emploie Uranie, 10 ans : quatre matinées par semaine, elle contribue à la propreté de la ville en aidant au ramassage des divers papiers et sacs en plastique égarés dans les rues. Amie des enfants et du Père Noël, elle participe aux fêtes de fin d’année. Uranie coûte à la municipalité moins de dix mille francs par an.
Autre utilité du Percheron : le débardage en forêt. Activité disparue dans les années 50, elle revient en 1996. Les avantages du cheval par rapport au tracteur dont les roues creusent de profondes ornières et déstabilisent les jeunes plants, sont de un à dix ; car le cheval laisse le sol intact et cause peu de dommages à la forêt. Malgré un léger surcoût temporaire, mais assurant une rentabilité à long terme, l’attelage reste une solution pour la sauvegarde de notre environnement.

lundi 3 février 2014

Comment est née sur la steppe la "Viole à Tête de Cheval récap 25

Comment est née sur la steppe la viole à tête de cheval 03 02 14

Tout au nord de l'Europe, presque en Chine, les cavaliers mongols galopent à travers la steppe. Le soir dans la yourte, ils chantent et jouent d'une étranjge viole dont le manche se termine en tête de cheval. C'est le morin-tehour et le morin-tehour a une histoire.
Figurez-vous qu'autrefois, un jeune garçon qui se nommait Suho vivait seul avec sa grand-mère. Ils étaient très pauvres. Lui était berger et malgré son jeune âge il travaillait dur; autant et souvent plus que bien des hommes. Il se levait à l'aube pour aider sa grand-mère aux soins du ménage et des repas, puis il s'occupait des moutons et des bergeries avant d'emmener la vingtaine de bêtes qui composaient son troupeau pâturer sur la steppe.
Suho aimait chanter, il avait une belle voix, connaissait beaucoup de chansons et les autres bergers aimaient à l'entendre. 
Un soir,alors que  le soleil avait disparu derrière les montagnes, la nuit s'étendait sur la steppe et Suho n'était pas rentré. La grand-mère était bien inquiète, les autres bergers allaient partir à sa recherche, quand le garçon est arrivé portant dans ses bras un animal tout blanc, bien trop gros pour être un mouton. Suho était fou de joie; il avait trouvé un poulain nouveau-né qui s'agitait pour se dresser sur ses faibles jambes; la mère as là pour l'aider. Il avait regardé partout: ni jument ni humain ne se trouvait dans les parages et le poulain risquait bien de finir sous les crocs d'un loup, alors il l'avait pris avec lui.
Du temps passa; Suho avait nourri au lait de brebis le poulain que personne n'était venu réclamer et qui grandissait comme grandissait l'amour entre le Suho et Cheval Blanc. Bientôt la robe immaculée à laquelle il devait son nom fit l'admiration de tous et jamais cheval ne fut soigné et aimé comme le fut Cheval Blanc qui ne se contentait pas d'être beau. Il était brave aussi et savait se rendre utile, comme pendant cette nuit où un vacarme insolite éveilla Suho: les moutons s'agitaient et bêlaient, Cheval Blanc hennissait et des grognements féroces se faisaient entendre du côté de l'enclos. Le berger ne fit qu'un bond pour voir Cheval Blanc dressé et menaçant de ses sabots un grand loup affamé.
Les loups sont peureux et Suho n'eut aucune peine à le faire déguerpir. Cheval Blanc avait eu très peur; il avait sauvé les moutons mais il était trempé de sueur. Suho le caressa, l'étrilla tout en le remerciant comme un frère.
Du temps passa encore, puis voilà qu'au printemps une grande nouvelle courut sur la steppe: le seigneur du pays allait donner sa fille en mariage au vainqueur d'une grande course qu'il organisait. Tous les bergers encourageaient Suho à y participer: monté sur Cheval Blanc, il n'aurait aucune peine  à remporter la victoire. Et c'est ainsi que Suho enfourcha Cheval Blanc pour se rendre à la ville. 
Il y avait foule autour du champ de course. Majestueux sur une estrade, le seigneur donna le signal du départ. Ce fut une course magnifique. Des jeunes gens, riches pour la plupart montés sur les plus beaux coursiers venus des provinces les plus reculées filaient comme le vent, les sabots martelant le sol dans un bruit de tonnerre. Bientôt on ne vit plus qu'un éclair blanc qui devançait tous les autres: c'était Cheval Blanc qui, portant Suho faisait voler la poussière de la steppe. 
Le seigneur admiratif le proclama vainqueur et fit venir devant lui cheval et cavalier. Mais quand il apprit que Suho n'était qu'un pauvre berger, il renia sa promesse; sa fille ne pouvait prendre un si pauvre homme pour époux!
"Tiens, dit-il au jeune homme, voilà pour toi trois pièces d'argent et je garde ton cheval."
Suho, fièrement lui répondit qu'il était venu là pour la course et non pour vendre son cheval! 
Un berger ne parle pas sur ce ton à un seigneur des steppes! Le maître furieux fit rosser Suho par ses valets. Le malheureux perdit connaissance tandis que des palefreniers conduisaient Cheval Balnc aux écuries du seigneur.
Les bergers amis de Suho le ramenèrent chez lui sanglant et couverts de bosses. Sa grand-mère mit longtemps à le soigner. Ses plaies finirent par se refermer mais pas celle qui saignait en son coeur. Il ne pensait plus qu'à son Cheval Blanc qu'il avait perdu. Desespéré de ne pas savoir ce qu'il était devenu, il ne dormait plus, mangeait à peine...
Le seigneur, lui n'en pouvait plus d'orgueil; fier de s'être emparé d'un si beau cheval, il voulut le montrer aux seigneurs ses voisin. Il les invita à une grande fête et à l'issue d'un festin, il fit amener Cheval Blanc et eut la mauvaise idée de le monter. A peine fut-il en selle que le cheval rua, se cabra, fit des sauts de mouton tant et si bien que le seigneur vida les étriers. La chute fut rude et il lâcha les rênes. Cheval Blanc se sentant libre partit au galop...
Le Seigneur furieux hurlait; " Rattrapez-le, rattrapez-le!!"
Mais on ne pouvait pas rattraper Cheval Blanc. Alors il ordonna à ses archers de tirer sur lui. Une volée de flèches se planta dans son dos, mais il continua sa course folle.
Suho, qui allait se coucher triste comme à l'accoutumée, entendit une galopade. La grand-mère qui n'était pas encore rentrée lui cria: "Suho, Suho! C'est cheval blanc qui revient!"
Suho sortit en courant. Oui, c'était bien son Cheval Blanc, mais sa belle robe était rouge de sang, les flèches lui déchiraient le dos et les flancs. Suho en larmes les retira doucement une à une, mais Cheval Blanc épuisé s'était couché et perdait des flots de sang. Le berger eut beau le panser, le soigner, le supplier de boire, de manger, de ne pas mourir, il était de plus en plus faible . Au matin, il ferma les yeux.
Suho pensa mourir avec lui de chagrin. Il pleura, sanglota à en perdre les yeux. Terrassé de fatigue et de désespoir, il finit par s'endormir... Il eut un rêve: Cheval Blanc se serrait contre lui et tandis qu'il le caressait, le cheval lui parla: "Prends mes os, lui dit-il, prends ma peau, mes crin, mes tendons. Tu en feras un viole et chaque fois que tu chanteras c'est moi qui t'accompagnerai. Ainsi, personne ne nous séparera plus.
Suho se leva, fit tout ce que Cheval Blanc lui avait dit; bientôt il eut fabriqué un magnifique instrument 
dont il sculpta le manche à la ressemblance de son cheval aimé. Bien sûr cette viole lui rappelait la perte de son ami, mais aussi la joie qu'il avait eue en galopant avec lui à travers la steppe. Il en tira la plus belle musique du monde. Le soir, autour du feu, dans la yourte, les bergers en oubliaient la fatigue du jour. Dans toute la steppe, les musiciens voulurent égaler Suho et se mirent à fabriquer des violes à tête de cheval; ils en fabriquent encore. Mais aucune jamais n'aura les accents de celle qui perpétua l'amour d'un jeune garçon pour un beau cheval blanc!

Les Chouchous