Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

mercredi 6 juin 2012

Les Deux Frères....d'après Grimm



 Il était une fois deux frères ; l’un était riche et l’autre pauvre. Le riche était orfèvre ; c’était un homme dur. Le pauvre gagnait sa vie tant bien que mal en fabriquant des balais ; il était bon et honnête. Ce pauvre homme avait deux fils ; des jumeaux qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau. Ils ne mangeaient pas toujours à leur faim ; aussi leur tante, qui avait bon cœur les faisait souvent venir dans sa cuisine où elle leur donnait en cachette de l’orfèvre des restes de repas et quelques friandises.
Un jour, le pauvre homme alla dans la forêt pour chercher des branches de bouleau dont il avait besoin pour ses balais ; d’un arbre, il vit s’envoler un oiseau comme il n’en avait jamais vu ; un bel oiseau au plumage doré. Il ramassa un caillou, visa et toucha l’oiseau, mais il ne fit tomber qu’une plume et l’oiseau prit son envol. Il ramassa la plume, la porta à son frère ; l’orfèvre l’examina et dit : « Cette plume est faite de l’or le plus pur ; je la garde ! ». Il donna une belle somme  d’argent à son frère. Le lendemain, celui-ci retourna dans la forêt ; il grimpa sur un bouleau pour couper des branches hautes, et voilà que l’oiseau s’envola de cet arbre. L’homme se mit à la recherche du merveilleux volatile et trouva son nid : il y avait dedans, un œuf d’or. Il le prit et alla l’offrir à son frère qui lui en donna un bon prix et ajouta : « Je voudrais bien avoir cet oiseau. » Le pauvre homme retourna dans la forêt, il vit l’oiseau d’or perché sur le bouleau, prit une pierre et cette fois, le fit tomber du premier coup. Il le porta chez son frère qui lui donna en échange un gros sac d’or. Tout content le fabricant de balais rentra chez lui, pensant qu’il ne connaîtrait plus la misère.
Or, l’orfèvre était un peu sorcier ; il connaissait les propriétés de l’oiseau. Il  fit venir sa femme et lui dit de le faire rôtir : « Et fais bien attention : qu’il ne s’en perde pas un morceau ! Personne d’autre que moi ne doit en manger ! 
Il savait, cet homme cupide, que s’il mangeait le cœur et le foie du bel oiseau il trouverait chaque matin une pièce d’or sous son matelas. La femme mit l’oiseau à la broche et continua de s’occuper ailleurs dans la maison. C’est le moment que choisirent les jumeaux pour entrer dans la cuisine,  espérant y trouver quelque chose de bon.
 Ils virent l’oiseau à la broche qui dorait un peu trop d’un côté. Pour se rendre utiles, ils donnèrent deux ou trois tours et voilà que deux petits morceaux sont tombés ; les enfants ne purent résister à l’envie de les goûter, pensant que personne ne verrait rien.
Le femme revint et les voyant mâcher leur demanda ce qu’ils mangeaient. « Juste deux petits bouts de l’oiseau qui étaient tombés dans la braise », avouèrent-ils. Or, c’était justement le cœur et le foie qui s’étaient détachés. La femme, craignant des reproches, tua un coq et mit son cœur et son foie à l’intérieur de l’oiseau. Quand il fut rôti à point, elle l’apporta à son mari qui l’engloutit tout entier et tout seul ; il n’en laissa pas même un os ! Le lendemain au réveil, il passa la main sous son matelas et n’y trouva rien.
Les jumeaux, en revanche, furent bien surpris d’entendre tinter du métal en se levant ; et bien joyeux de trouver deux pièces d’or. Ils les portèrent à leur père qui fut bien surpris à son tour.
Le lendemain et les jours suivants il en fut de même. Le naïf faiseur de balais s’en alla conter à son frère l’étrange phénomène. L’orfèvre comprit aussitôt que les garçons avaient mangé le cœur et le foie de l’oiseau d’or. Malade de rage, il dit au père : « Tes enfants sont possédés du démon ! Ne touche pas à cet or et chasses-les de ta maison avant qu’ils ne te mènent à ta perte. » Le pauvre homme aimait ses enfants, mais il redoutait le diable encore plus et c’est avec désespoir qu’il conduisit les jumeaux au cœur de la forêt où il les abandonna.
Les deux enfants voulurent  retrouver leur maison ; ils marchèrent de ci, de là dans les sentiers ; plus ils avançaient, plus ils s’égaraient. Enfin, ils rencontrèrent un chasseur qui leur demanda ce qu’ils faisaient tous seuls dans la forêt. « Nous sommes les fils du fabricant de balais ; notre père ne veut plus de nous à cause de la pièce d’or que nous trouvons chaque matin à notre réveil. – Bon, dit le chasseur, je ne vois pas où est le mal, si ça ne vous rend pas paresseux ! » Le chasseur n’avait pas d’enfants et ces deux là lui plaisaient bien ; il les prit avec lui. Il les éleva comme un père, leur apprit à chasser et mit de côté les pièces d’or pour les aider plus tard à s’établir.
Les jumeaux grandirent et vint le jour où le chasseur les emmena dans les bois pour faire leurs preuves. Ils se mirent à l’affût et attendirent… longtemps…longtemps… aucun gibier ne se montrait. Le chasseur en regardant le ciel aperçut un vol d’oies sauvages ; elle formaient un triangle : il dit à un des garçons : « Abats-en une à chaque coin. », ce que fit le garçon, avec succès. Peu de temps après, un autre vol traversa le ciel ; il formait le chiffre deux ; le chasseur dit à l’autre jumeau d’en abattre une à chaque coin et le garçon réussit. « Bien, dit le chasseur, vous êtes à présent des hommes et des chasseurs accomplis ! » Les jumeaux s’enfoncèrent dans la forêt, discutèrent longtemps et revinrent d’accord chez leur père adoptif. Le soir au dîner, ils lui dirent : « Nous avons une prière à formuler et nous ne mangerons rien tant que vous ne l’aurez pas exaucée ! – Quelle prière ? – Nous voulons connaître le vaste monde ; laissez-nous faire notre tour de compagnons. » Le chasseur répondit tout joyeux : « J’espérais cette demande ! Vous voilà devenus de fiers chasseurs ; partez, vous avez ma bénédiction ! ». Ils burent et mangèrent joyeusement tous les trois.
Quand vint le jour du départ, le chasseur donna à chacun un bon fusil et un chien et toutes les pièces d’or dont ils avaient besoin. Il les accompagna un moment et avant de les quitter, leur donna en plus un couteau de métal brillant  et leur dit : « Si vous devez un jour vous séparer, plantez ce couteau dans un arbre à la croisée des chemins ; le premier qui reviendra saura ce qu’il est advenu de son frère : s’il est rouillé, c’est qu’il est mort ; s’il est resté brillant, il est toujours en vie. »
Les jumeaux poursuivirent leur route ; ils arrivèrent dans une forêt si étendue qu’à la fin de la journée, ils n’en avaient pas vu le bout. Ils y passèrent la nuit et mangèrent leurs provisions. A la fin du deuxième jour, ils n’étaient toujours pas sortis de la forêt ; ils n’avaient plus rien à manger.
Un des deux frères chargea son fusil et chercha du gibier ; un vieux lièvre  traversa le chemin, il le mit en joue, mais le lièvre s’arrêta et pria :

« Gentil chasseur, laisse moi la vie

Et je te donnerai deux petits. »

Il sauta dans le fourré d’où il ramena deux petits ; ils étaient si jolis et si confiants que les chasseurs n’eurent pas le cœur de les tuer ; ils les gardèrent avec eux et partirent en quête d’un autre gibier, suivis des deux levrauts. Un renard alors, traversa le chemin, ils allaient l’abattre quand le renard chantonna :
« Gentil chasseur, laisse-moi la vie
Et je te donnerai deux petits. »

Il poussa devant lui deux renardeaux si jolis et si confiants que les chasseurs n’eurent pas le cœur de les tuer. Ils repartirent suivis des jeunes et renards et des levrauts. Un loup sortit alors des fourrés ; quand il les vit épauler, il aboya :
« Gentil chasseur, laisse-moi la vie
Et je te donnerai deux petits. »

Et voilà nos chasseurs escortés deux louveteaux, deux renardeaux et deux levrauts et toujours rien à manger. Un ours  qui aimait bien la vie grogna à son tour

« Gentil chasseur, laisse-moi la vie
Et je te donnerai deux petits. »

Les deux oursons s’ajoutèrent à la compagnie ; ils étaient huit désormais avec toujours rien à manger. Et qui croyez-vous qui montra son museau ? Un lion énorme qui secouait férocement sa crinière. Sans se démonter, les deux braves chasseurs le mirent en joue mais le lion rugit :

« Gentil chasseur, laisse moi la vie
Et je te donnerai deux petits. »

Il alla chercher les lionceaux. Les jumeaux avaient désormais une escorte de deux lions, deux ours, deux loups, deux renards et deux lièvres. Tous étaient à leur service mais ils avaient toujours faim. Ils dirent aux renards : « Vous deux, les malins, trouvez-nous quelque chose à manger. Vous devez savoir faire ça ! – Bien sûr, répondirent les renards, il y a un village pas très loin ; il est plein de poules. Nous allons vous montrer le chemin. » Enfin sortis de la forêt, les frères ne volèrent pas de poules mais achetèrent au village de quoi les nourrir eux et leurs animaux et reprirent leur route.
Ils allèrent ainsi à l’aventure en cherchant du travail ; mais ils ne purent trouver aucun emploi qui leur permit de rester ensemble. Ils durent se résoudre à se séparer ; ils se partagèrent les animaux, se jurèrent de s’aimer jusqu’à la mort, plantèrent dans un arbre le couteau de leur père adoptif et se dirent adieu et bonne chance. L’un partit vers l’est, l’autre vers l’ouest.
L’un d’eux arriva, suivi de ses animaux dans une ville entièrement tendue de crêpe noir. Il chercha une auberge où l’on accepterait ses bêtes. Il en trouva une dont le patron leur laissa une écurie ; par un trou du mur, le lièvre put aller se chercher un chou et le renard une poule et un coq. Mais le trou était trop petit pour le lion l’ours et le loup ; l’aubergiste leur indiqua un pré où une vache était couchée. La bête serait leur repas du soir. Quand il eut bien pris soin de ses bêtes, le chasseur entra dans l’auberge et demanda pourquoi la ville était ainsi tendue de crêpe noir. « Parce que demain, dit l’aubergiste, la fille du roi doit mourir. – Elle est donc bien malade ? – Mais non, pensez vous ! Elle est fraîche et belle comme une rose, mais elle doit mourir. – Mais pourquoi ? – A cause du dragon ! – Quel dragon ? » Et l’aubergiste raconta que sur la haute montagne qui dominait la ville, habitait un dragon. Un dragon qui dévastait le pays jusqu’à ce qu’on lui donne tous les ans une jeune fille vierge. On lui avait déjà livré toutes les jeunes filles de la ville et il ne restait que la fille du roi. On devait sans rémission, la livrer le lendemain au dragon. Et ensuite… ensuite… à la grâce de Dieu !
« Qu’attend-on pour tuer ce monstre ? » demanda le chasseur. « Tant de chevaliers y sont allés qui ont perdu la vie ! Le roi a promis sa fille en mariage et son royaume en héritage à celui qui vaincrait le dragon, mais personne ne veut plus s’y risquer ! » Le chasseur ne répondit rien.

Le lendemain, il prit avec ses bêtes la direction de la montagne. Au sommet se dressait une chapelle ; sur l’autel étaient posées trois coupes et devant, une inscription : « Qui videra les coupes deviendra le plus fort du monde. Il pourra prendre l’épée qui est fichée dans le parvis. » Le chasseur ne toucha pas aux coupes et sortit pour prendre l’épée ; elle était impossible à bouger. Alors il rentra dans la chapelle, vida les coupes et se sentit assez fort pour prendre l’épée qui lui sembla même fort légère à manier. Puis il attendit. Au bas de la montagne, apparut un cortège : le roi, sa cour et son connétable accompagnaient la princesse, qui eut d’abord un mouvement de recul, puis, se souvenant que son devoir était de sauver sa ville, elle gravit courageusement le chemin du sommet. Le roi et toute la cour s’en retournèrent éperdus de douleur ; seul, le connétable resta pour assister au sacrifice.
Quand elle arriva au sommet de la montagne, la princesse ne vit pas de dragon, mais le beau chasseur  qui l’entoura d’un bras protecteur : « Ne craignez rien, princesse, je suis ici pour vous sauver. Enfermez vous dans la chapelle et n’en bougez sous aucun prétexte. » . Le dragon arrivait et la princesse s’évanouit d’horreur avant que le chasseur ait fini de fermer la porte.
Voyant un solide gaillard à la place d’une jeune fille, le dragon furieux gronda : « Que viens-tu faire ici ?
- Je viens me battre avec toi !
 – De plus solides que toi y ont perdu la vie ; je me débarrasserai de toi comme des autres ! »
Et ses sept gueules se mirent à cracher du feu, l’herbe sèche flambait tout autour et une épaisse fumée allait étouffer le jeune homme, quand ses animaux se mirent à piétiner le sol pour éteindre le feu. Le dragon se jeta sur le chasseur, mais celui-ci brandit son épée si vite qu’elle siffla en l’air et trancha trois têtes d’un seul coup. De plus en plus furieux, le dragon se dressa, se précipitant sur le jeune homme en crachant des flammes par les gueules qui lui restaient ; il brandit à nouveau son épée et trancha encore trois têtes. Le monstre était à bout de forces et le chasseur épuisé.
Comme le dragon se jetait encore une fois sur lui, il parvint à lui trancher la queue ; il aurait du abandonner la lutte sans le secours de ses animaux qui se jetèrent sur le dragon et le mirent en pièces. Il souffla un peu, puis alla ouvrir la porte de la chapelle où il trouva la princesse toujours sans connaissance. Il la porta dehors. L’air frais la ranima ; elle ouvrit les yeux et vit ce qui restait du monstre. Elle soupira de bonheur : elle était délivrée et aussi, comme elle était promise à celui qui vaincrait le dragon, elle allait devenir l’épouse de ce beau chasseur.
Quand elle sut la part qu’avaient pris les animaux à sa délivrance, elle détacha de son cou un collier de corail et pour les remercier, en donna à chacun un morceau ; le lion eut pour sa part le fermoir en or. Elle avait encore un mouchoir brodé à son nom dont elle fit cadeau à son fiancé. Celui-ci, qui venait de couper les langues du dragon, les emballa dans le mouchoir et mit soigneusement le paquet de côté.
Mais il était fatigué par le dur combat qu’il venait de mener, autant que la jeune fille par les émotions. Il lui proposa de dormir un moment dans la chapelle avant de regagner la ville. « Tu monteras la garde, dit-il au lion » Et les deux fiancés s’endormirent.
 Le lion se coucha devant la porte, bien décidé à défendre son maître en cas de besoin ; mais lui aussi était fatigué. Il appela l’ours : « Couche-toi à côté de moi et réveille moi si je m’endors. » L’ours se coucha à côté de lui, mais lui aussi était fatigué ; il appela le loup : « Couche toi à côté de moi et réveille-moi si je m’endors. »
Comme le loup était fatigué, il appela le renard : « Couche-toi à côté de moi et réveille moi si je m’endors. »
Le renard était fatigué, il appela le lièvre : « Couche-toi à côté de moi et réveille moi si je m’endors. »
Mais le lièvre s’était battu autant que les autre, le pauvre était aussi fatigué et il s’endormit sans avoir personne pour veiller à sa place.
La princesse, le chasseur, le lion, l’ours, le loup, le renard et le lièvre étaient tous profondément endormis.
Quand il fut bien certain que la bataille était finie, le connétable,  n’écoutant que son courage, grimpa jusqu’au sommet de la montagne ; il vit le dragon mis en pièces et ses vainqueurs assoupis. Le traître alors, prit son épée, trancha la tête du chasseur et prenant la princesse par un bras
il la traîna jusqu’au bas de la montagne. Elle vit avec terreur la tête tranchée de son sauveur : elle était aux mains du connétable qu’elle détestait. Il menaçait de la tuer si elle ne disait pas que c’était lui qui avait vaincu le dragon. La princesse qui n’avait jamais menti répondit : « C’est impossible, puisque c’est l’œuvre du chasseur et de ses animaux ! » Mais il tira son épée et la jeune fille terrorisée donna sa parole.
Le roi, fou de joie de voir revenir sa fille vivante, la serra dans ses bras.
Le connétable alors, exigea la princesse pour femme, puisqu’il avait, prétendait-il, délivré le royaume du dragon. Le roi était méfiant : « Dit-il la vérité ? » demanda-t-il à sa fille. « Il faut le croire, répondit-elle. » Mais elle demanda un délai d’un an et un jour pour se préparer à ses noces, espérant elle ne savait trop quoi. Le roi y consentit  et le connétable, contrarié, ne put faire autrement que patienter.

Pendant ce temps, sur la montagne, les animaux dormaient toujours près du cadavre de leur maître. Un gros bourdon vint se poser sur le nez du lièvre qui le chassa d’un coup de patte sans se réveiller. Le bourdon revint et sans interrompre son somme, le lièvre le chassa encore. Le bourdon revint une troisième fois et piqua le nez du lièvre si fort que cette fois, il s’éveilla. Aussitôt, il réveilla le renard, qui réveilla le loup, qui réveilla l’ours, qui réveilla le lion. Le lion en ouvrant les yeux ne trouva plus la  princesse et vit son maître décapité. Il rugit comme un fou : « Qui a fait cela ? Ours, pourquoi m’as-tu laissé dormir ? »
 L’ours grogna affolé : « Qui a fait cela ? Loup, pourquoi m’as-tu laissé dormir ?. »
Le loup hurla de désespoir : « Qui a fait cela ? Renard, pourquoi m’as-tu laissé dormir ? »
Et le renard glapit : « C’est de ta faute, lièvre, je t’avais dit de me réveiller ! »
Le lièvre désespéré ne sut qu’agiter le nez et les oreilles ; les autres se jetaient sur lui. Alors il retrouva l’esprit et la parole et les implora : « C’est de ma faute, mais ne me tuez pas ; je sais comment rendre la vie à notre maître : à deux cent lieues d’ici, je connais une montagne où pousse une racine magique ; elle guérit les blessures et préserve des maladies. » Le lion dit : « Tu as vingt-quatre heures pour faire l’aller et retour et rapporter la racine. » Le lièvre fila comme le vent, et le jour suivant, il était de retour avec la racine. Le lion remit la tête du chasseur sur ses épaules, le lièvre lui plaça la racine dans la bouche et l’on vit les morceaux se rassembler, le cœur se remettre à battre, la vie revenir. Le chasseur se réveilla et ne voyant pas la jeune fille, il crut qu’elle s’était sauvée pour ne pas l’épouser. Cette pensée le rendit si triste qu’il resta longtemps sans bouger, plongé dans de sombres pensées. Vers le milieu du jour, les animaux le prièrent de manger un peu ; pour cela, il dut bouger. Il était très gêné dans ses mouvements et ne pouvait marcher qu’à reculons. Le lièvre dit tout bas au renard : « Notre maître à la tête à l’envers ; c’est le lion qui a fait ça, mais je n’ose pas le dire ! » Le renard alla trouver le loup : « Comment dire au lion qu’il a mis la tête de notre maître à l’envers ? » Et le loup dit à l’ours : « Notre maître a la tête à l’envers ; il faut le dire au lion. » L’ours qui était assez fort pour ne pas craindre le lion l’apostropha : « Tu as vu ce que tu as fait ? La tête de notre maître est à l’envers ! – Et pourquoi ai-je la tête à l’envers, demanda le chasseur ? »
Le lion s’arrachait la crinière : « Tout va de plus en plus mal ! » Et il raconta au chasseur comment ils s’étaient tous endormis, comment le connétable lui avait coupé la tête et enlevé la princesse, comme le lièvre était allé chercher la racine et comment il avait replacé la tête, mais à l’envers. « Et maintenant, qu’allons-nous faire ? »

Le lièvre dit timidement en fronçant le nez et en remuant les oreilles : « J’avais pris deux racines ; maître mordez-là solidement pendant que le lion vous détache la tête et la remet à l’endroit. »
Bien que remis en état, le chasseur resta triste d’avoir perdu sa fiancée qu’il croyait mariée au connétable.
 .Il partit à travers le monde, et faisait danser ses animaux pour gagner leur vie. Une pièce d’or par jour, c’est peu pour nourrir un lion, un ours, un loup, un renard et un lièvre ; sans compter lui-même et son chien. En allant ainsi d’un ville à l’autre, il finit par se retrouver dans celle qu’il avait délivrée du dragon. Elle était cette fois toute tendue d’écarlate. Il prit pension chez l’aubergiste qui avait bien accueilli ses animaux : « Pourquoi, demanda-t-il, la ville est-elle tendue d’écarlate alors qu’il y a un an elle était voilée de crêpe noir ? » « Il y a un an, répondit l’aubergiste, la fille du roi devait être livrée au dragon ; mais le connétable l’a tué et aujourd’hui, il va l’épouser. » Le chasseur alla se coucher sans rien dire.
Le lendemain au déjeuner, il dit à l’aubergiste : « Croyez-vous possible que ce jour même, je mange du pain provenant de la table du roi ?- C’est tellement impossible que je suis prêt à parier cent pièces d’or que vous n’y arriverez pas. » Le chasseur accepta le pari et donna sa bourse en gage : elle contenait exactement cent pièces d’or. Puis il appela son lièvre : « Mon petit ami agile, saute jusqu’au palais et rapporte moi du pain de la table du roi. ». C’était une mission dangereuse ; en sautant à travers la ville, il aurait tous les chiens à ses trousses ; ce qui ne manqua pas d’arriver. Toujours poursuivi, il arriva près du palais et se cacha dans la guérite d’un garde. Les chiens tentèrent de l’en faire sortir en sautant, en grattant et en aboyant, mais le garde qui n’avait pas vu le lièvre cogna sur les chiens avec la crosse de son fusil pour les faire cesser ; ils s’enfuirent tous en hurlant et en gémissant. Le lièvre sortit de la guérite, traversa la cour du château,  alla tout droit chez la princesse ; il se cacha sous son fauteuil et avec sa patte, lui gratta le pied. « Veux-tu bien finir ! », dit la princesse croyant que c’était son chien. Le lièvre recommença, mais la princesse croyait toujours que c’était son petit chien ; elle voulut le chasser. Le lièvre obstiné, gratta un troisième fois et la princesse se baissa pour voir qui lui grattait le pied ainsi. Elle vit le lièvre et le reconnut à son collier de corail. Elle le prit dans ses bras, l’emmena dans sa chambre où elle lui dit : « Que veux-tu, gentil lièvre ? – Mon maître qui a tué le dragon m’envoie vous demander du pain de la table du roi » Tout heureuse de savoir le chasseur revenu, la princesse fit chercher le boulanger et lui ordonna d’apporter un pain semblable à celui qu’il pétrissait pour le roi. Le petit lièvre alors plissant le nez et remuant les oreilles dit : « Il faut que le boulanger le porte avec moi et qu’il empêche les chiens de me courir après. » Le boulanger l’accompagna jusqu’à l’auberge : le lièvre prit le pain avec ses pattes de devant et le porta à son maître. Le chasseur appela l’aubergiste : « Vous avez perdu ! Les cent pièces d’or sont à moi. Mais, le pain tout seul, c’est un peu sec ! Il me faudrait avec du rôti du roi. » L’aubergiste se mit à rire : « Je voudrais bien voir ça ! – Vous pariez ? – Dame, non ! J’ai perdu cent pièces d’or ; c’est bien assez. »
Le chasseur appela son renard : « Mon petit rouquin, va donc me chercher un morceau du rôti que mange le roi. » Ce n’était pas le renard qui allait risquer de se faire courser par les chiens ; il connaissait tous les passages dérobés qui menaient jusqu’à la chambre de la princesse ; il se glissa sous son fauteuil et lui gratta le pied. Elle glissa tout de suite la main dessous, ramena le renard qu’elle reconnut tout de suite à son collier : « Que veux-tu, gentil renard ? – Mon maître qui a tué le dragon m’envoie vous demander un morceau de rôti de la table du roi. » Elle fit venir le cuisinier, qui prépara le rôti, qui accompagna le renard jusqu’à l’auberge. Le renard prit le plat, chassa de sa queue quelques mouches qui étaient posées dessus et le porta à son maître. «  Aubergiste, mon ami, dit le chasseur, voici le pain et la viande ; il me faudrait à présent quelques légumes du jardin du roi ! » L’aubergiste hocha la tête et le chasseur siffla son loup : « Mon cher loup, va donc me chercher des légumes du jardin du roi. » Le loup qui ne craignait rien ni personne, fila tout droit chez la princesse ; il lui tira l’épaule avec sa patte ; en se retournant, la princesse reconnut le collier : « Cher loup, que veux-tu ? – Mon maître qui a tué le dragon demande des légumes du jardin du roi. » La princesse fit venir le jardinier qui prépara un panier de légumes, le porta jusqu’à l’auberge. Le loup prit le plat et l’apporta à son maître : « Messire aubergiste, j’ai le pain, la viande et les légumes ; il me manque à présent le dessert du roi. » L’aubergiste soupira et le chasseur fit venir son ours : « Mon bon ours, toi qui es si gourmand, va au château demander pour moi une part du dessert du roi. » L’ours trotta jusqu’au château et tout le monde s’écartait pour le laisser passer, sauf les gardes qui sortirent leur fusil ; mais un coup de patte à gauche, un coup de patte à droite et la garde s’écroula.
Il se rendit tout droit chez la princesse, se mit derrière elle et grogna doucement. Elle se retourna, vit le collier : « Cher ours, que veux-tu ? – Mon maître qui a tué le dragon, voudrait une part du dessert du roi. » Elle fit venir le pâtissier qui apporta un plat de gâteaux semblables à ceux dont s’était régalé le roi ; il les porta jusqu’à l’auberge . L’ours prit le plat et en goûta un peu avant de le porter à son maître. « Vous voyez, monsieur l’aubergiste qu’il ne me manque rien du dîner du roi…. Sauf… un bonne bouteille de vin de la cave du roi . » L’aubergiste sourit, haussa les épaules et le chasseur fit venir son lion. « Mon cher lion, toi qui aimes bien boire un coup, va donc me chercher du vin de la cave du roi. » Sur le passage du lion, les gens prenaient la fuite et les plus braves des gardes qui voulurent l’empêcher de passer s’écartèrent au premier rugissement. Il monta chez la princesse, s’arrêta devant la porte et frappa trois fois avec sa queue. La princesse fit ouvrir et voyant le fermoir d’or commanda le calme à ses suivantes affolées. Le lion entra : « Gentil lion, que veux-tu ? – Mon maître qui a tué le dragon m’envoie demander du vin de la cave du roi. » La princesse fit venir le sommelier et lui demanda le vin que buvait le roi et le lion dit : « Je vais avec lui, pour vérifier qu’il me donne le bon vin. » Il descendit avec le sommelier dans la cave ; celui-ci alla vers le tonneau du vin qu’on servait à l’office, mais le lion voulut le goûter : « Non, dit-il, ce vin n’est pas le bon ! » Le sommelier alla vers le tonneau qu’on réservait au connétable, mais le lion exigea de le goûter : « Celui-ci est meilleur mais ce n’est pas encore le bon ! » Le sommelier grommela : « Je me demande un peu ce qu’un lion peut bien connaître en vin ! »Le lion qui avait entendu, lui donna derrière les oreilles un maître coup de patte qui le fit tomber sur le sol. Le sommelier se le tint pour dit et une fois relevé, conduisit le lion à une petite cave où étaient les fûts réservés au roi. Le lion goûta, et approuva : « Celui-ci pourrait bien être le bon ! »  Il en fit remplir six bouteilles. Mais en remontant de la cave, le lion qui avait si bien goûté les vins, chancelait un peu, si bien que le sommelier dut porter les bouteilles jusqu’à l’auberge. Le lion prit le panier de bouteilles, le porta à son maître : « Eh bien, dit le chasseur, nous avons maintenant un dîner semblable à celui du roi ; mes animaux et moi pouvons nous mettre à table. » Ils s’installèrent et mangèrent joyeusement, surtout le chasseur qui avait compris que la princesse l’aimait toujours.

 Le repas fini, il dit : « Ami aubergiste, j’ai mangé et bu comme un roi ; maintenant, je vais aller à la cour  et j’épouserai la princesse. – Impossible, répondit l’aubergiste, la princesse est déjà fiancée. Elle doit aujourd’hui épouser le connétable. » Alors le chasseur tira de sa poche les sept langues du dragon enveloppées dans le mouchoir que lui avait donné la princesse : « Voyez-vous,  aubergiste,  ce que je tiens dans cette main va m’y aider. » L’aubergiste considéra le paquet sanglant et dit : « Je veux bien tout croire, mais pas ça ! Tiens, je parie ma maison et mon auberge ! » Le chasseur posa sur la table une bourse contenant mille pièces d’or et lança : « Pari tenu ! »
Le roi, pendant ce temps, dînait avec sa fille : « D’où venaient ces bêtes féroces qui se promenaient partout dans le château et dans tes appartements. – Je ne peux pas vous le dire, mon père, mais faites chercher le maître de ces animaux vous n’aurez pas à le regretter. » Le roi envoya un messager à l’auberge qui arriva juste au moment ou le chasseur pariait avec l’aubergiste : « Vous voyez, ami aubergiste, le roi envoie son messager pour m’inviter aux noces de sa fille. Mais attendez… » Et il dit au serviteur : « Je ne peux me rendre au mariage de la princesse dans un si modeste équipage. Demandez lui de me faire envoyer les habits, le carrosse, les chevaux et les serviteurs qui conviennent à un invité du roi. » Le messager porta cette réponse au roi qui demanda à sa fille : « Que faut-il faire ? – Faites ce qu’il demande, père.  Vous n’aurez pas à le regretter. » Le roi envoya de riches habits, un carrosse, six chevaux et des domestiques . « Vous voyez, ami aubergiste, dit le chasseur, le roi me fait chercher comme je l’ai demandé. »
Il revêtit les beaux habits et sans oublier les langues du dragon, il monta dans le carrosse pour se rendre à la cour. Le roi, qui pressentait un mystère, en le voyant arriver dit à sa fille : « Comment faut-il le recevoir ?- Allez à sa rencontre, mon père, vous n’aurez pas à le regretter. » Le roi alla au devant de lui et le conduisit, suivi de ses animaux dans la grande salle du trône. Il le fit asseoir à côté de lui et de la princesse. Le connétable était assis de l’autre côté, mais il ne reconnut pas le chasseur.
(Or, on apportait solennellement les sept têtes du dragon et le roi dit : « Voici les sept têtes que le connétable a coupées au dragon ; pour ce service, je lui donne aujourd’hui ma fille. » Le chasseur se leva, ouvrit les sept gueules et dit : « Pourquoi ces têtes n’ont-elles pas de langues ? » Le connétable devint tout pâle mais dit avec aplomb : « Parce que les dragons n’ont pas de langues ! – Ce sont les menteurs qui devraient n’en pas en avoir, répondit le chasseur, car pouvez-vous dire d’où viennent celles-ci ? » Il sortit le paquet, défit le mouchoir ; les sept langues s’adaptaient parfaitement aux sept gueules dont elles avaient fait partie.  Puis il montra à la princesse le mouchoir brodé à son nom et lui demanda à qui elle l’avait donné : « Je l’ai donné a celui qui a tué le dragon. » Il fit venir ses animaux, ôta à chacun son collier et au lion le fermoir d’or ; il demanda à la princesse à qui ils appartenaient : « Ce collier et son fermoir d’or étaient à moi, mais je les ai partagés entre les animaux qui ont aidé à vaincre le dragon.
Et le chasseur fit devant la cour le récit de ses aventures depuis le moment où il s’était endormi après avoir tué le dragon, jusqu’au moment où il avait appris de l’aubergiste, l’imposture du connétable.
Le roi demanda à sa fille : « Ce chasseur dit-il vrai ? » et la princesse qui ne savait pas mentir, répondit : « Oui, père ; mais le connétable m’avait menacé de mort si je racontais la vérité ; c’est pourquoi j’avais demandé ce délai d’un an avant de l’épouser. »
Le roi institua immédiatement un tribunal de douze juges et l’on fit le procès du connétable qui fut condamné à être écartelé par quatre bœufs. Après l’exécution, le roi maria sa fille au chasseur et le nomma gouverneur du royaume.
Le nouveau marié n’oublia pas son père adoptif qu’il combla de présents. Il n’oublia pas non plus le brave aubergiste ; il le fit venir et lui dit : « Vous voyez , ami aubergiste, que j’ai épousé la princesse ; donc votre maison et votre auberge sont à moi ? – C’est juste, puisque j’ai perdu mon pari, répondit piteusement l’aubergiste. – Ce qui est juste, c’est de ne pas vous priver d’un bien dont vous avez plus besoin que moi ; mais puisque vous étiez prêt à honorer votre parole, je vous donne en plus ma mise de mille pièces d’or. »


Les jeunes mariés étaient gais et heureux de vivre ensemble ; cependant le nouveau gouverneur n’oubliait pas ce qu’il avait été et allait souvent à la chasse, suivi de ses animaux.
Or, il y avait dans la voisinage une forêt dont on disait qu’elle était enchantée : qui y pénétrait risquait de ne jamais en sortir. Le jeune gouverneur, naturellement, mourait d’envie d’y aller chasser ; aussi ne laissa-t-il pas de repos au vieux roi tant qu’il ne le lui eut pas permis.
Il se mit en route avec une forte escorte ; à peine entré dans la forêt, il vit une grande biche, blanche comme neige. Il commanda à sa suite de l’attendre car il voulait la poursuivre seul. Il galopa sur les traces de la bête, suivi seulement de ses animaux. Ses gens, selon ses ordres l’attendirent, mais le soir venu, il ne revint pas. Ils durent rentrer au château et annoncer à son épouse la triste nouvelle. La jeune femme se mit à craindre pour sa vie .
Le chasseur, lui, avait suivi la biche, mais sans parvenir à la rattraper. Chaque fois qu’il croyait l’atteindre, elle bondissait toujours plus loin et il finit par perdre définitivement sa piste. Il était alors au plus profond de la forêt : il sonna de la trompe mais rien ne répondit.  Il était trop loin de ses gens pour qu’ils puissent l’entendre. La nuit tombait ; il descendit de cheval et fit du feu, résolu à dormir sur place et pensant retrouver sa route avec le jour.
Il s’établit près du foyer, ses animaux autour de lui et allait s’endormir quand il lui sembla entendre une voix humaine. Il regarda autour de lui mais il faisait sombre et il ne vit rien. Il se disposait à nouveau à dormir quand il entendit cette fois, des gémissements.
)Ils semblaient provenir d’au-dessus de lui ; il leva la tête et aperçut dans un arbre, une vieille femme, qui se lamentait en grelottant : « Oh ! Que j’ai froid, que j’ai froid ! » Il lui dit : « Viens près du feu, te chauffer- Non, non, toutes ces bêtes féroces me font peur – Elles ne sont pas méchantes ! Allez, descend de ton arbre, viens te chauffer ; - Je vais d’abord te lancer mon bâton ; tu leur en donneras un petit coup sur le dos, comme cela je serai sûre qu’elles se tiendront tranquilles. »
Et le naïf qui n’avait pas compris que la vieille était une sorcière, prit le bâton, toucha ses bêtes qui instantanément furent changées en pierres. Profitant de sa stupeur, la vieille sauta lestement à bas de l’arbre, prit le bâton et toucha le jeune homme qui devint pierre à son tour. Elle éclata d’un méchant rire et le poussa lui et ses animaux dans une fosse où se trouvait déjà un grand nombre de pierres semblables.
C’est dans ce temps que l’autre jumeau, celui qui était parti vers l’est,  arriva dans le royaume. Il avait cherché du travail, n’en avait pas trouvé et lui aussi avait erré de ci, delà, à l’aventure,  en faisant danser se animaux, quand sa pièce d’or quotidienne ne suffisait pas. Et puis, son frère commença à lui manquer et il retourna à la croisée des chemins, là où ils s’étaient séparés. Le couteau était toujours planté dans l’arbre, mais il était brillant d’un côté et rouillé de l’autre. Il comprit que son frère était en danger mais qu’il était encore temps d’aller à son secours. Il prit donc la route de l’ouest. Quand il arriva aux portes de la ville, suivi de ses animaux, les gardes vinrent à sa rencontre : « Nous allons dit le chef, annoncer votre retour à la reine ! Elle en sera bien heureuse, car elle vous croit disparu dans la forêt enchantée. Il comprit qu’on le prenait pour son frère. Il résolut de se faire passer pour lui. La jeune reine, heureuse de retrouver son époux lui reprocha de s’être absenté si longtemps. « C’est que répondit-il, je me suis égaré dans la forêt et j’ai eu bien du mal à retrouver mon chemin. Le soir, il partagea la chambre et le lit de la reine, mais il mit entre eux deux une épée à double tranchant ; elle en fut surprise et peinée mais n’osa pas poser de question. Pendant plusieurs jours il se renseigna sur la forêt enchantée et quand il en sut assez, il annonça qu’il retournait à la chasse. Le roi et sa fille voulurent l’en dissuader, mais il s’obstina et partit comme la première fois, suivi d’une forte escorte. A peine entré dans la forêt, il vit la biche blanche et dit à ses gens de l’attendre, pendant qu’il poursuivrait la biche. Ses animaux coururent derrière lui, mais pas plus que son frère, il ne put rattraper l’animal.
Comme son frère, il ne put sortir de la forêt, comme son frère, il fit un feu, et comme lui entendit gémir et grelotter. Il dit à la vieille de descendre se chauffer, elle dit qu’elle avait peur des animaux et proposa de lancer son bâton ; mais contrairement à son frère, il se méfia : « Je ne frappe pas mes animaux ! Descend, ou c’est moi qui viens te chercher ! – Qu’est-ce que tu crois, ricana la sorcière, on ne me touche pas si facilement ! -  Descend, ou je te tire dessus ! – Tire, donc ! ça m’est bien égal ! » Elle savait bien que les balles de plomb ne pouvaient pas l’atteindre. Il épaula, visa, tira : et la sorcière ne fit que ricaner. Le chasseur avait compris ; il arracha trois boutons d’argent de son gilet et en chargea son fusil.
Si elle était invulnérable au plomb, en revanche, l’argent pouvait l’atteindre et le jeune homme visait juste ; elle s’écroula en hurlant. Il posa le pied sur elle et lui dit : « Si tu ne veux pas finir dans ce feu, dis moi à l’instant ce que tu as fait de mon frère. » Prise de peur, elle avoua : « Je l’ai pétrifié ! Il est couché dans cette fosse avec ses animaux. » Il l’empoigna et la força à descendre avec lui dans la fosse. « Méchant vieux hibou, rends la vie à mon frère et à tous ceux qui sont avec lui, sinon, je te jette dans le feu ! »


La sorcière prit son bâton et en toucha toutes les pierres.
Le frère et ses animaux, et aussi  d’autres chasseurs, des bergers, des bûcherons et bien d’autres, s’ébrouèrent et remercièrent les deux frères, heureux d’être délivrés et de pouvoir rentrer chez eux.
Après s’être embrassés, les deux frères s’emparèrent de la sorcière et la jetèrent dans le feu. Quand elle fut entièrement consumée, la forêt s’éclaircit soudain et par une large ouverture on put voir le château royal à quelques lieues de là.
Les deux frères rentrèrent ensemble en se racontant leurs aventures ; l’un ayant  expliqué comment il avait épousé la princesse et qu’il était maintenant gouverneur et plus tard régnerait à la place du roi, l’autre, dit : « C’est pour cela qu’on m’a rendu les honneurs royaux quand je suis arrivé ! La jeune reine m’a pris pour toi et j’ai dîné avec elle et dormi dans ton lit. » Quand il entendit ces mots, fou de jalousie, le gouverneur tira son épée et trancha la tête de son frère. Mais quand il vit le sang couler, il fut pris d’un violent remord ; il se mit à gémir : « Je suis maudit ! Mon frère m’a délivré de la sorcière et moi, ingrat, je l’ai tué ! » Il pleurait, inconsolable ; alors son lièvre vint près de lui : « Maître, souvenez-vous ! Je vais aller chercher la racine de vie ; »
Le gentil lièvre, fit un bond, prit une bonne provisions de racines – on ne sait jamais – fit un bond dans l’autre sens, mit une racine entre les dents du décapité. On recommanda au lion de faire attention et il recolla la tête à l’endroit. Le mort se ranima et ne se ressentit pas du tout de sa blessure. Les deux frères reprirent le chemin du palais. Puisqu’ils étaient exactement semblables, vêtus de la même façon et avec la même escorte d’animaux, ils résolurent de rentrer chacun par une porte de la ville. Et c’est ainsi que le roi vit la sentinelle de la porte de l’est et la sentinelle de la porte de l’ouest, venir annoncer que le gouverneur était rentré. « Impossible dit le roi, il ne peut être rentré par deux portes à la fois ! » A ce moment, les deux frères, suivis de leurs animaux, entraient dans la cour du château, chacun par un côté.
Le vieux roi se frotta les yeux et dit à ses fille : « J’espère que tu peux savoir lequel des deux est ton époux ! Car pour moi, ils sont tellement semblables que j’en suis incapable ! ». La jeune reine était bien embarrassée, elle ne savait que dire. Puis elle se souvint du collier, elle chercha dans les crinières et trouva sur l’un des lions, le fermoir d’or. Soulagée, elle s’écria : « Celui que suit ce lion, celui-là est mon époux bien-aimé ! » tout le monde rit, s’embrassa, puis l’on passa à table. Après avoir bu, mangé, écouté les troubadours et admiré les jongleurs. Quand les époux regagnèrent leur chambre, la jeune reine osa enfin demander : «  Pourquoi cher époux, la dernière nuit que nous avons passé ensemble, as-tu mis entre nous cette épée à double tranchant ? J’ai cru un moment que tu voulais ma mort ! » . Le jeune homme la serra contre lui, heureux et soulagé d’être certain que sa femme et son frère lui avaient toujours été fidèles.


jeudi 10 mai 2012

Opéra-fantôme 43

Marlon qui ne savait pas ce que « faut voir ! » signifie dans le Thymerais, continua sur sa lancée. Le concert devait avoir lieu dans une église, de la musique religieuse lui semblait toute indiquée. Pergolèse vint se percher sur son épaule et accrocha fermement son Stabat Mater dans ses cheveux. Il pénétra de là profondément dans l’esprit du musicien, qui prit la route direction Paris où il comptait bien trouver dans les conservatoires où il avait gardé des relations, les artistes dont il avait besoin et pourquoi pas ?  la trace de Soline .
Estournelle, dans sa campagne était seule ; elle avait appris à s’en accommoder, parfois même à y trouver un certain confort. La venue de Marlon dans le voisinage avait un peu modifié ses habitudes et les soirées passées à épiloguer sur le manoir et ses fantômes commençaient  à lui manquer.
Ce matin-là, elle traînait sans conviction dans les allées d’un vide-grenier. Son intérieur ressemblait déjà tant à un grenier qu’il aurait fallu vider, qu’elle souhaitait presque ne rien trouver. Pourtant dans les caisses ici ou là, peut-être un vieux bouquin l’attendait, ou encore un numéro de cet ancien magazine qu’elle collectionnait, espérant y trouver quelque épisode manquant du « Vautour de la Sierra », le roman « d’amour et d’aventures » dont le héros était un bandit laid, vieux et cruel… Les exploits de Don Quebranta la faisaient rêver depuis qu’elle avait dix ans, quand son arrière- grand-mère lui avait offert trois années reliées de ce magazine oublié au grenier. Depuis, elle achetait à n’importe quel prix et sans discuter chaque exemplaire qu’elle pouvait dénicher.
Le butin était maigre ce matin-là, ni bouquin ni quelque autre vieux papier, juste un petit bol à peine ébréché. La voix désagréable à son ouïe de la conseillère chargée de la commission culture lui fit tendre ses deux oreilles tandis qu’elle s’effaçait derrière une armoire à glace qui se dressait , désorientée, sur une pelouse parsemée de caisses de vaisselle et de bric à brac plus ou moins utilisable. Ah ! Marlon allait comprendre la totale portée de ce « Faut voir ! » auquel il n’avait guère prêté attention ! Pourquoi aurait-on songé à le prévenir que les crédits destinés à la réhabilitation de l’église avaient été différés ? La charpente fragilisée, il était hors de question d’y organiser un concert ; on allait même pour un temps, ne plus y dire la messe.
Et ce pauvre garçon est à Paris, pensait Estournelle,  qui se démène pour rassembler des artistes, qui se donne un mal fou pour organiser un évènement, sans aucun budget… Et tel que je le connais,  continuait-elle à ruminer, il va probablement proposer d’en financer une partie ! Depuis ce dernier Noël où elle avait appris que Marlon était sans famille, elle s’était mise à éprouver pour lui une affection que ne justifiait pas de simples rapports de voisinage. Un penchant qu’elle réfrénait pour avoir compris que le musicien se passait aussi bien de mère qu’elle-même se passait d’enfant.
Son problème était que le physique de son voisin lui rappelait une silhouette oubliée et une période de sa vie qu’elle avait enfermée à double tour dans sa mémoire, luttait pour retrouver la liberté. Fallait-il donner un tour de clé supplémentaire ou au contraire libérer des souvenirs qui n’étaient pas tous pénibles ? Et comme elle préférait penser à autre chose, elle rentra chez elle, décrocha la clé des Authieux et retourna éveiller des souvenirs qui n’étaient pas les siens.
Louis avant raconté l’histoire de Lucrèce avec un intérêt que ne justifiait pas un simple passage de quelques semaines dans sa vie. Elle survenait là, entre un amour passé pour une Mariette oublieuse et une union de convenance avec cette Angélique dédaigneuse… Estournelle , impatiente, compulsait les cahiers en désordre sans trouve la suite de l’histoire. C’est au milieu d’un gros soupir de désappointement, que des pages s’éparpillèrent sur le sol. En les ramassant, elle en profita pour les classer ; reconnaissantes, elles lui offrirent une nouvelle histoire…

mercredi 9 mai 2012

Opéra-fantôme42

Lucrèce leva vers lui des yeux inquiets. « Je pourrais vous loger pour un temps dans un endroit que je partage avec des amis, mais…, » Et comme on se jette à l’eau, il lança : « Je suis comédien ! » Lucrèce eut un sursaut ; comédien ! un saltimbanque, un de ces êtres rejetés par l’église… elle ne pouvait vraiment pas… Vraiment pas quoi ? Ses pensées tournaient à toute vitesse ; rejetés par une Eglise qui soutenait l’homme abject qui avait voulu la violer, qui ne lui donnait d’autre alternative que de s’enfermer pour la vie parmi les nonnes ? Et l’envie lui vint de prendre sa revanche : sa famille l’avait contrainte à la rue, elle leur apporterait le déshonneur. Oui, elle allait suivre le comédien ; oui, et si on voulait d’elle, elle ferait partie de la troupe, elle monterait sur scène et sa famille en mourrait de honte !
Et voilà comment changea le destin de Lucrèce… une nouvelle vie pleine d’attraits, de difficultés aussi, mais Lucrèce ne les redoutait pas les difficultés. Elle fut bien accueillie, elle sut se rendre utile, se contenter de ce qu’on lui proposait et puis, Florimond l’aidait beaucoup.
Il y avait bien longtemps qu’il la regardait quand elle venait prier à Saint Gervais ; bien longtemps qu’il se demandait comment l’aborder et puis ce hasard ,cette chance finalement qui l’avait jetée à la rue au moment où lui pouvait l’aider. Ils auraient pu s’aimer, mais le hasard encore lui, fit qu’une étincelle allumée embrasa le théâtre ; de la charpente en bois, des décors de carton, des costumes, il ne resta rien. De Florimond non plus, on ne retrouva rien.
On rassembla de quoi monter un spectacle, on trouva un chariot, un cheval ; Lucrèce suivit la troupe au gré des routes. Ces routes dont une passait par les Authieux.
Voilà ce que contait le journal de Louis…

Estournelle éternua ; ses ongles s’effritaient, ses paupières la brûlaient, sa peau était sèche ; l’effet du vieux papier. Mais pour rien au monde, elle n’aurait abandonné l’entreprise. Quelle histoire ! que d’histoires révélées dans ces vieux cahiers !!! Elle allait en avoir des choses à raconter quand Marlon serait de retour.. Marlon qui semblait pour lors s’intéresser moins au passé de sa maison qu’à l’avenir du village.
Le compositeur, était parisien, artiste et il avait acheté le château : trois bonnes raisons pour que la commune renâcle à l’intégrer. Et puis un jour, il avait participé à une remise de prix, on l’avait vu à la télé ; mieux encore, il avait eu sa photo dans un magazine à ragots qu’on pouvait lire chez le coiffeur. Du coup, le village l’avait reconnu comme une personnalité et on le saluait aimablement.  Aux Authieux soudain, les travaux avançaient. La récente notoriété locale de Marlon motivait l’artisan flatté d’entrer dans la demeure d’un homme dont sa femme avait vu le portrait dans la presse.
L’église venait d’être restaurée ;le conseil municipal vint en délégation pour demander à la « pipeule » communale de les aider à y organiser un concert. Marlon pas rancunier, accepta. Il en oublia pour un temps Soline et les fantômes.
Il allait falloir trouver des musiciens qui acceptent de jouer contre un week-end à la campagne, puisque le budget de la commune ne prévoyait aucune dépense à motivation culturelle. Marlon décida de se rendre à Paris dans l’idée de convaincre des copains sans engagements des bienfaits du grand air. Et d’ inviter d’autres copains à venir les écouter. Les uns engageraient les autres... pour le plus grand bien de tout le monde.
Il commença par passer deux semaines à concocter différents programmes et décida d’en soumettre deux à la commission  des fêtes : un moderne et un plus classique. Il ne se doutait pas du désarroi qu’il allait provoquer ! Rassemblés autour de la longue table de la salle du conseil, les membres de la commission culture hochaient la tête, se raclaient la gorge : ils n’avaient manifestement jamais entendu parler ni des œuvres ni des compositeurs que leur proposait Marlon . « Faut voir !… » fut-il conclu.


mardi 8 mai 2012

Opéra- Fantôme 41


Elle monta dans sa chambre, rassembla dans un sac un peu de linge, quelques bijoux que lui avait laissé sa mère et un peu, oh si peu d’argent. Elle attendit et quand tout fut calme dans la maison, quand elle eut entendu la voiture quitter la cour emmenant les deux époux, elle sortit  par la porte de l’office, dissimulant son sac sous son grand manteau. C’était l’heure où souvent, elle allait à l’office à Saint-Gervais.
Elle aimait cette église aux murs de pierre blonde qui la rendaient plus lumineuse que les autres. En passant devant le porche ouvert sur les jardins du couvent, au fond du corridor sombre, les fleurs du jardin ensoleillée se découpaient sur l’ovale du porche et une branche de prunus en fleurs se balançait doucement en diagonale, rose sur le ciel bleu. Elle ressentit cette douceur comme une caresse amicale du destin, et elle continua vers l’église alors que quelques instants avant, elle se demandait ce qu’elle venait y faire. Le curé ne lui serait d’aucun secours : elle s’était confiée à lui en confession et si, bien entendu, il ne pouvait lui conseiller de céder à son beau-père, il lui prêchait la docilité et lui vantait, dans son cas, les mérites du couvent. Oui, qu’allait-elle chercher dans cette jolie église blonde et paisible ? Pourtant, elle poussa la porte et s’approcha du bénitier ; sa main en rencontra une autre : celle d’un homme qui ne lui offrait pas l’eau bénite pour la première fois. Un grand escogriffe, maigre, aux traits anguleux ; il était loin d’être beau, mais son regard noir était attachant.
Un regard qui venait de se fixer sur son bagage :  « Venez, dit-il à mi-voix, et lui prenant le coude, il la dirigea vers la sortie. Dehors, ils firent quelques pas, franchirent le porche sombre et se retrouvèrent dans le jardin. Un banc au soleil les attendait.
Elle se sentait gênée d’avoir suivi un parfait inconnu et pourtant, elle n’aurait pu faire autrement. L’homme se présenta fort civilement : Florimond d’Estivelle. Lucrèce ne savait trop que lui répondre et lui qui avait remarqué le gros sac posé à ses pieds, la voyant embarrassée se mit à parler théâtre, littérature.  Elle restait silencieuse tandis que lui, faisait questions et réponses. Enfin,  la jeune fille se souvenant  qu’elle était fugitive et ne devait pas trop s’attarder dans les parages, elle prit congé. Florimond lui demanda s’il pouvait l’accompagner ; elle rougit, balbutia et soudain l’évidence lui apparut, elle ne savait où aller. On a beau n’être pas une mauviette, on a beau vouloir rester maîtresse de son destin, on a beau détester se faire plaindre, il est des moments où le courage fait défaut… L’après-midi touchait à sa fin ; elle pourrait se passer de dîner, mais où aller dormir. La nuit est dangereuse au cœur de la ville. Elle eut comme un vertige que le comédien remarqua. : « Auriez-vous besoin d’aide ? Où voulez-vous aller ? Loin de moi l’idée de vous importuner, mais il semble… » Il n’acheva pas : Lucrèce était retombée sur le banc, et laissait des sanglots trop longtemps contenus la secouer. «  Voyons, voyons … que vous arrive-t-il ? Où habitez-vous ? Venez, ne craignez rien, je vous raccompagne… »  Entre deux hoquets, elle eut un rire bref : « Me raccompagner ? Mais où ? » - « Mais… chez vous ! » - « Chez moi ? Mais je n’ai plus de chez moi ; je n’habite plus nulle part ! »
Elle n’avait rien d’une vagabonde ; Florimond reprit : « Je peux peut-être vous aider…racontez-moi… »
Alors, comme la porte qui s’ouvre d’un placard trop chargé, les mots vinrent à Lucrèce et son cœur, son âme, son esprit, si lourds d’angoisses et de chagrins s’ouvrirent pour cet inconnu ; un inconnu plus rassurant que les êtres qui faisaient depuis toujours partie de sa vie.
Quand elle eut tout raconté, le jeune homme resta silencieux un moment. Enfin, il soupira et tout en hésitant, il lui dit : « Je sais où vous seriez en sécurité, au moins pour un temps mais…je crains que ma proposition ne vous agrée pas… »



lundi 16 avril 2012

Opéra-Fantôme (38)


- Oui, mais depuis une semaine les contraintes de ma vie de femme ordinaire ne correspondent pas à ses attentes de chat.
-Pourtant... la maison est bien calme ces temps-ci !
-Oui, la plupart du temps, mais figurez-vous que la semaine dernière, mon amie…mais peu importe, vous ne la connaissez pas ! Donc cette amie vient me voir accompagnée de ses deux filles et d’un bouledogue, vous savez, les petits, noirs, marrants… Jasmine l’a trouvé horrible, bruyant, remuant ; elle est allée bouder sous les thuyas du voisin.
-Je ne lui donna pas tort ! ils sont hideux , ces clébards !
-Mais non… ils ont de beaux yeux…Bon, nous autres humains, avons ri, bavardé et pour finir fait des crêpes avant leur départ. Après quoi, la chipie en a profité pour disparaître  et ne rentrer qu’à cinq heures du matin. Imaginez mon désarroi !
-J’imagine bien dit en riant Marlon..
Mais c’est que le lendemain, elle a tenté de récidiver, mais comme en ce moment, il fait encore jour à six heures du soir, elle s’est fait avoir !
Et ce n’est pas tout continua Estournelle, voilà que le jeudi, un voisin vient prendre le thé et changer ses livres (J’officie aussi à domicile, comme vous savez) accompagné de son boxer. Jasmine qui siestait sous l’épicéa n’en est pas revenue:
- Horreur ! a-t-elle, ils les ont aussi en king size !!!
Marlon souriait « Oh, comme je la comprends !
-Bon, c’est votre  opinion et aussi la sienne, mais j’ai du mal à comprendre son animosité, car après tout, étant d’origine persane, elle aussi fait partie de la grande tribu des « Nez Froncés ».
-Ce n’est pas pareil, voyons !Jasmine a d’admirables yeux turquoise, elle ne ronfle pas comme un aspirateur asmathique, elle est gracieuse, d’un calme olympien..
-Je vous en prie… pas de flagornerie ; elle a en tout cas un fort mauvais caractère et donc voilà que la jeune personne a tenté de disparaître, mais une assiette de dindonneau coupé menu l’a circonvenue. Alors, dépitée, elle est montée à l’étage et a fait un pipi vengeur sur une étoffe à laquelle elle pensait que je tenais beaucoup. Feintée, la minette : ce n’était qu’un vieux dessus de table plus que trentenaire en route pour finir ses jours dans le garage.
Cependant, je suis désolée de l’avoir contrariée à ce point et depuis je fais des bassesses pour rentrer dans ses bonnes grâces…. »
            Enfoncé dans le grand fauteuil de cuir, Marlon buvait du thé, sans trop écouter le récit des scènes de ménage entre Estournelle et sa chatte. Il pensait à Soline… Comment aborder le récit de cette impalpable rencontre avec une amie si chaleureuse et si peu sentimentale ? Il l’avait entendue entretenir le moral de ses copines éplorées de manière énergique sinon discutable. Et de ses sentiments à elle, elle ne parlait jamais. Elle laissait son époux aller et venir à sa guise, semblant parfois soulagée de le savoir ailleurs. Etait-ce une attitude, un voile destiné masquer ses sentiments  réels ? une carapace durcie au fil des ans ? Elle ne parlait d’amour qu’à travers littérature ou poésie. Toute sa tendresse allait à ses chiens, ses chats ou son cheval. Les humains n’avaient droit qu’à son amitié dont elle professait qu’elle valait mieux que l’amour, puisqu’une amitié nouvelle ne chassait pas l’ancienne. Elle était une amie remarquable : chaleureuse, attentive, dévouée parfois jusqu’à l’absurde. Jamais maternelle cependant ; elle était, pensait Marlon, la grande sœur idéale.
Allait-il, à cette grande sœur, confier sa nostalgie ? Il redoutait le commentaire ironique et de bon sens qu’elle était capable de lui asséner. En avait-il vu depuis qu’il la fréquentait, des romances assassinées d’un calembour plein d’à-propos ? Médecine efficace selon les amies d’Estournelle, mais qu’il ne tenait pas à s’administrer.
Allons, décida-t-il, pas de confidences, retournons à nos vieux papiers…et après tout…
combien sommes-nous, à n’avoir d’autre vie affective que le deuil d’amours saccagées ? »


vendredi 6 avril 2012

Opéra-fantôme(33)


La neige tomba toute la nuit et c’est dans un décor de carte postale que se montra le jour suivant. Le soleil brillait sur les arbres givrés ; tous avaient une envie enfantine de laisser les traces de leurs pas sur la neige intacte des sentiers. Ils montèrent au château réveiller Marlon qui pour leur laisser la place avait dû non sans appréhension rentrer dormir dans son chantier en compagnie des revenants qui, ayant décidé de fêter Noël entre eux, ne se manifestèrent pas.
Le parc redevenu forêt les invitait à la promenade. Toufette, la chienne aimée d’Estournelle, sautait et hurlait de joie , galopait en tous sens et finit par filer dans le sous-bois derrière un chevreuil qui avait traversé l’allée. Estournelle inquiète, s’égosillait à la rappeler. On n’entendit plus rien pendant quelques minutes, puis des hurlements de détresse firent blêmir sa maîtresse.
-« Si elle crie, c’est qu’elle est vivante ! » la rassura Ysolan impavide comme à l’ordinaire. Furieuse, elle l’assassina du regard avant de courir vers les fourrés d’où provenaient les abois désespérés de la fugitive.
Traverser un roncier enneigé, vieux de plusieurs années ne fut pas une mince affaire. Mais rien n’arrête la mère affolée d’un chien en danger, Griffée, trempée, Estournelle finit par localiser sa chienne au fond d’une large fosse, profonde de quelques mètres et dont les bords de pierre très droits rendaient le sauvetage difficile. Un épais matelas de feuilles mortes avait amorti la chute et Toufette sautait comme un cabri, grognait comme un porc, en essayant de sortir de là. « Une échelle !glapissait  Estournelle.. ou une corde… Ah mon Dieu ! Ah là là … du calme ma chérie… Elle va se tuer… du calme… »
« Du calme toi-même ! intervint Ysolan, elle n’a rien ta chienne ! On va la sortir de là.  Laisse-nous réfléchir. »
« Il faut sonder le fond pour savoir s’il est solide et descendre, dit un des garçons qui était cascadeur, si je peux descendre je vous passe la chienne et vous m’aiderez à remonter. »
« Il vaudrait mieux aller chercher une corde dit Marlon, joignant le geste à la parole »
Mais le cascadeur, armé d’une longue branche, avait évalué la solidité du fond et avait déjà sauté.
Toufette dans son affolement avait gratté les feuilles mortes et la terre ; le garçon poussa un cri  angoissé.
« Elle est blessée, sanglota Estournelle ! »
« Non, non, mais il y a une main ! »
« Une main ? »
« Des os, je veux dire, un squelette de main !!! oh, et même il y a tout le reste, dit le garçon qui avait continué le travail de la chienne ; »
« Pour le coup, dit Marlon, je vais chercher une échelle ! »
« Non, intervint Ysolan, ne touchez à rien, il faut prévenir les gendarmes ! »
Trop tard ! On entendit un cri perçant : une des filles à force de se pencher pour voir le squelette était tombée dans la fosse. Toufette voyant de la compagnie s’était calmée et sur le dos, pattes en l’air cherchait des caresses. Estournelle en revanche sanglotait à s’étouffer suppliant qu’on lui rende sa chienne. L’identité du squelette pour l’instant, elle n’en avait rien à faire.
Le reste de la troupe au contraire s’agitait avec passion….Ysolan, redevenu pour la circonstance capitaine de navire, calme et résolu, remit la troupe en ordre. Estournelle, sa chienne sous le bras, fut envoyée à la maison avec mission de préparer du thé pour tout le monde ; les filles devaient la suivre. Marlon, lui et les « hommes » iraient à la gendarmerie.




jeudi 5 avril 2012

Opéra-fantôme (32)



Travel et Marlon, qui s’étaient perdus de vue,  avaient été surpris de se retrouver chez Estournelle. Surpris et pas mécontents au fond ; le hasard leur permettait de se retrouver simplement, sans explications,  sans justifications. Ils ne s’étaient rien fait, rien dit, aucun  mot regrettables, juste deux lignes qui s’écartent et que le hasard rapproche.
 Par une étrange coïncidence, il se trouvait qu’Estournelle et Marlon, sans s’être jamais rencontrés ni avoir entendu parler l’un de l’autre, étaient tous deux amis de Travel. Tous deux s’étaient rêvés chanteurs et s’étaient  connus grattant la guitare et courant le cachet sans grand succès. Il leur était même arrivé, certains jours de dèche de faire la manche ensemble devant les cinémas. Leurs destins s’étaient séparés quand, après une famine prolongée, Estournelle avait accepté un petit emploi dans une maison de disques où progressivement elle avait démontré un talent pour le marketing et la communication qui dépassait de beaucoup ses capacités musicales. Avec sagesse, elle avait renoncé à la bohème et était devenue en quelques années une bonne attachée de presse. Dans la foulée, elle épousa Ysolan, un marin. Femme de marin était la situation idéale pour Estournelle éprise de liberté.
 En contournant la quarantaine, elle perdit son job, son ménage battait de l’aile. Tout ne peut pas aller bien tout le temps ; elle coupa les amarres et partit vivre à la campagne dans une maison qu’Ysolan avait achetée peu de temps avant leur mariage. Lui avait quitté la marine et trouvé une retraite dans un  phare désaffecté, et là dans la seule compagnie de vent et des tempêtes, il apprit à jouer du violon.
Estournelle entra en dépression ; elle eut des insomnies. Un jour, lassée des diverses médications qui l’enchaînaient à son toubib, elle décida d’occuper ses nuits. Elle lut et comme on ne peut lire des nuits entières sans réveiller son conjoint les jours où il dort là, elle prit l’habitude en éteignant la lumière de se raconter des histoires. Certaines l’intéressaient, mais il arrivait qu’elle en perdît le fil. C’est pour s’en souvenir qu’elle prit l’habitude de les écrire.
Elle s’occupa enfin de ce qu’elle aimait vraiment : ses animaux, son jardin, ses amis ; sa vie privée ne s’en trouva pas plus mal, bien au contraire. Ysolan semblait heureux de trouver une maison ouverte et chaleureuse quand il rentrait de l’autre bout du monde et connaissant le plaisir que sa femme ressentait en racontant des histoires, il l’encourageait à écrire un roman. Ce roman était pour Estournelle l’alibi qui lui évitait de se déclarer femme au foyer. En réalité, elle écrivait bien sûr, de temps en temps, mais il y avait toujours une plantation urgente, une nouvelle recette de confiture  à expérimenter qui l’empêchaient de « se concentrer ». Il y avait aussi ses amis, plus nombreux en été et parmi eux,  Travel, devenu réalisateur. Il venait souvent dans la maison de son     amie, il s’y sentait bien et rentrait à Paris un peu moins oppressé.
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Par le plus grand des hasards et l’efficacité des marchands de bien, Marlon avait au début de l’automne,  acheté les Authieux et fait la connaissance d’Estournelle. Il avait liquidé son appartement parisien, gardant juste une chambre de bonne. Tous ses meubles, ses instruments de musique, sa sono, tout était installé au manoir. Il était certain d’y trouver le calme et la concentration dont il avait besoin pour enfin composer une musique bien à lui. Son entourage parisien leva les bras au ciel ; on parla de suicide professionnel. Marlon s’en moquait ; il serait heureux aux Authieux et il le fut. Enfin, autant qu’il pouvait l’être.
D’abord il y avait cette oeuvre qu’il portait en lui mais dont il ne pouvait accoucher et puis il y avait Soline. De cette fille, il n’avait pas parlé à sa voisine ; pas encore. D’ailleurs, qu’aurait-il pu en dire ? Il ne savait presque rien d’elle, même pas son nom de famille et il s’était passé entre eux si peu de choses. Une aventure d’une nuit comme il en avait tant connu. S’il en avait parlé c’est ce qui serait ressorti des faits énoncés, alors qu’il en gardait une impression d’une force étonnante.
Ce fut un joyeux Noël avec dinde, sapin, feu de bois et nombreux desserts. Les parisiens fatigués et les campagnards habitués à se coucher tôt ne purent veiller longtemps.

mercredi 4 avril 2012

Opéra-fantôme (31)


Lise, silencieuse écoutait de toutes ses oreilles tandis qu’Angélique, enfin à son affaire, dans la conversation mondaine retrouvait une partie du charme que la campagne lui avait fait perdre. Pierre tout à fait largué dès lors qu’on ne parlait plus chasses, forêts ou cultures se leva pour raccompagner le curé qui en avait bien assez entendu. Mariette aurait bien aimé rester mais par solidarité envers son époux, elle prit congé sous couleur d’aller vérifier que tout était prêt dans les chambres pour les hôtes imprévus.
On eut besoin de plusieurs jours pour remettre en état l’équipage des baladins.  Il fallut faire monter un charron aux Authieux ; on eut aussi besoin de matériel. Le mauvais temps ralentissait le travail ; tantôt il pleuvait et les routes étaient glissantes, puis il gelait et les voitures auraient patiné, bref, on ne pouvait guère sortir. Personne ne songea à s’en plaindre ; les habitants du château avaient de la visite distrayante et les baladins étaient mieux aux Authieux  que sur  les routes. On apprit  à se connaître.. ;
Qui pourrait dire les hasards et les passions qui avaient conduit une poignée de baladins sur les routes boueuses du Thymerais en hiver ? Quel Dieu malin les avait renversés un soir de Noël dans les fossés du château des Authieux ?
Estournelle n’en savait rien…
Le vieux monsieur qui avait précédé Marlon et qui lui avait raconté une partie de l’histoire était mort sans lui en révéler la fin. Si ses héritiers ne l’avaient pas trouvé, le coffret renfermant le journal de Louis et divers autres documents était resté dans sa cachette quelque part dans la bibliothèque. Il appartenait désormais au compositeur de le retrouver…

Le compositeur, au village, on le nommait l’Artiste, le Parisien, ou encore pour les plus sympathisants, le Monsieur du Château. C’est dire qu’il ne faisait pas partie et n’était pas près de devenir membre à part entière de la population indigène. A ce titre, on avait pour lui peu d’égards. On le soupçonnait riche et l’avancement des travaux commandés par lui était inversement proportionnel au montant des factures qu’il avait l’ingénuité de régler sans délai et parfois même avant l’achèvement du chantier.
Il ne pouvait toujours pas loger convenablement chez lui ; les revenants non plus. Dérangés sans doute par ce remue-ménage, ils avaient dû se réfugier dans les caves ou les greniers. Marlon, quand il passait une nuit aux Authieux, ne les entendait plus. Le reste du château étant encore moins habitable que la partie en travaux, il lui arrivait souvent de dormir chez Estournelle qui lui avait prêté une chambre où abriter son matériel et sa personne.
Ysolan présent ou non, ils passaient de longues soirées à épiloguer sur l’histoire des Authieux et le destin de ses hôtes du temps passé.
Noël arriva.
Période problématique… La famille d’Estournelle,  les Sanzoiseaux, se voulant originale à tout prix, par défi, ne fêtait jamais Noël ni les anniversaires, ni aucune fête officielle ; moyennant quoi, on ne fêtait jamais rien. Aussi avait-elle pris l’habitude de recevoir ce soir-là ceux qu’elle nommait ses chiens errants, solitaires de toutes provenances.
Ysolan avait perdu sa mère quelques années auparavant, le reste de sa famille vivait à l’étranger ; Marlon, enfant de la DASS,avait grandi trimballé de foyer d’accueil en foyer d’accueil dont il ne gardait  pas que de bons souvenirs et ses amis parisiens n’avaient aucune envie de venir s’embourber dans le Thymerais en hiver
Cette année-là, Estournelle jeta son dévolu sur Travel qui arriva flanqué de sa copine du moment, elle-même escortée d’une copine destinée à Marlon et d’une poignée de comédiens et techniciens avec lesquels il travaillait à ce moment-là. Elle savait recevoir et Ysolan, une fois décidé à sortir de sa réserve pouvait se montrer un hôte agréable ; il avait quand il en usait, un humour assez subtil.
Ce fut un joyeux Noël avec dinde, sapin, feu de bois et nombreux desserts. Les parisiens fatigués et les campagnards habitués à se coucher tôt ne purent veiller longtemps.

mardi 3 avril 2012

Opéra-fantôme (30)


Un chariot versé dans le fossé, une roue cassée ; quatre forts chevaux broutant l’herbe maigre du talus ; dans un carrosse dételé, trois femmes d’âges variés, grelottantes de froid, et autour de ce triste équipage, trois hommes désemparés devant la catastrophe, aux hardes bousculées par le vent de décembre. Voilà sous quelle forme se présentait  ce soir- là, l’Hôte de Noël aux alentours des Authieux. L’équipe envoyée du château eut tôt fait de rapatrier les naufragés à la lueur des torches ; les voitures furent laissées où elles étaient jusqu’au lendemain ; il ne pouvait de toutes façons plus rien leur arriver de pire. Les chevaux bouchonnés ne boudèrent pas les stalles sèches et les mangeoires garnies de foin et d’orge ; dans la salle à manger, on fit de la place à table pour les nouveaux arrivants…
Un peu fripés, les nouveaux arrivants, et mal réchauffés. Leurs chambres n’étaient pas faites et ils durent se présenter à table tels qu’on les avait sortis du fossé.
Des baladins ! Voilà ce que pensèrent tous les convives… mais comme l’expression aurait été différente si chacun l’avait exprimée à voix haute !
Des baladins ! se serait récrié le curé avec toute l’indignation du saint homme auprès de qui l’on place des excommuniés.
Des baladins … aurait murmuré Angélique avec un certain mépris qu’un peu de curiosité aurait bientôt remplacé ; après tout, les baladins venaient de Paris…
Des baladins, se serait étonnée Lise qui n’en avait jamais vu…
Des baladins aurait pensé Mariette inquiète pour le linge et l’argenterie ; on ne sait pas d’où viennent et de quoi sont capables ces gens-là
Des baladins réfléchissait Pierre songeant à les loger d’une façon convenant à leur état.
Des baladins se réjouissait Louis… et aussi… des baladines, ma foi, et son œil devenait coquin.
Des baladins, méditait Rinaldo et surtout ce grand, là qui se tait … Etrange personnage ! immense adolescent fripé, aux membres trop longs, au visage imberbe à peine visible entre un col remonté et un amas d’écharpes.  Une légère bouffissure dénonçait l’obésité qui l’aurait guetté, n’eut été l’état de famine auquel il était réduit. Il  semblait être le souffre-douleur de la troupe et de toute la soirée, on n’entendit pas le son de sa voix. De ces grands- là , il en avait vu beaucoup, naguère en Italie, au conservatoire. Qu’était-il venu faire en France où l’on n’aimait pas beaucoup ses pareils ?
Réchauffés, nourris réconfortés, les baladins n’hésitèrent pas à satisfaire les curiosités de leurs hôtes ; ils avaient quitté Paris depuis peu et savaient les derniers potins des salons : Le Grand Cyrus venait de paraître ; Georges de Scudéry l’avait signé, mais tout le monde savait que c’était Madeleine, sa sœur qui l’avait rédigé. Et puis, ces Scudéry avaient pris le parti,( c’était clair à la lecture du roman), de la duchesse de Longueville et des frondeurs. Paris s’était encore une fois trouvé sens dessus dessous ; la Grande Mademoiselle avait fait tirer les canons de la Bastille contre les troupes du Roi, son cousin. Enfin, la Régence était finie ; le roi était majeur désormais et imaginez : le roi avait dansé le ballet de Cassandre. Il a dit-on la jambe fort belle et danse à merveille. Tout comme son père, savez-vous ? Le roi défunt dansait aussi… et composait ; il était capable de composer et mettre en scène un mélodrame. Oui, le fils autant que le père est musicien… mais… imaginez : il a pris un maître de guitare … un maître de guitare ?? Mais oui : Bernard Jourdan de la Salle !!! La guitare ? Mais… ce n’est pas un instrument noble, la guitare ! Un roi devrait... jouer du luth, enfin ! C’est l’influence italienne, certainement… enfin… il est parti le Cardinal… et patati et patata et bla,bla, bla…




Les Chouchous