Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

lundi 3 février 2014

Lancelot du Lac - Le Beau Trouvé récap 25

Lancelot du lac - le beau trouvé 0302 14

Celle qui sans pitié, venait d'arracher un enfant à sa mère était une fée. On donnait ce nom dans les temps anciens aux femmes qui connaissaient les remèdes offerts par les plantes et la nature; on les disait aussi sages-femmes car elles présidaient aux naissances, sachant les mener à bien autant que les éviter quand c'était nécessaire. Elles savaient lire dans les étoiles et pouvaient écouter le vent et les nuages qui leur annonçaient le temps à venir. Sages oui, elles l'étaient et savantes. Elles savaient écouter et connaissant le coeur des hommes,  le passé et son histoire elles pouvaient en déduire l'avenir probable et donner de judicieux conseils. C'est ainsi qu'on les croyait aussi devineresses et que le clergé craintif en fit plus tard des sorcières.
Celle-ci était une fée puissante; c'était Viviane, La Dame du Lac, celle à qui Merlin avait transmis son savoir. Merlin qu'elle tenait captif dans une tour invisible et à qui chaque soir elle rendait visite pour lui raconter ce qui advenait du monde. Ainsi Merlin reclus par amour, pouvait encore par ses sages conseils influencer le cours des évènements.
Il avait offert à Viviane sa bien-aimée, un palis merveilleux où nul mortel ne pouvait pénétrer sans le consentement de la fée. Les murs en étaient de diamant, le mobilier d'or et de pierreries. Des jardins l'entouraient fleuris toute l'année car ble domaine jouissait d'un éternel été. Dans le verger les arbres donnaient en abondance les fruits les plus sucrés. L'eau d'une rivière y était limpide et nombreux les poissons que l'on y pêchait. Ceux qui vivaient là ne connaissaient ni maladie, ni vieillesse, ni chagrin ni douleur d'aucune sorte.
Quand arriva la fée, portant le bébé dans ses bras, toutes ses suivantes accoururent et s'émerveillèrent de la beauté de l'enfant, de son sourire lumineux; toutes voulaient jouer avec lui, l'embrasser ; il passait de bras en bras gazouillant de bonheur. Viviane choisit une nourrice à qui il fut confié et le petit garçon grandit en force et en beauté si bien qu'à l'âge de trois ans on aurait dit qu'il en avait cinq. On lui donna alors un arc et des flèches à sa mesure et un petit cheval. L'enfant s'exerçait à la chasse sur les oiseaux du jardin et la basse-cour du domaine. Il était de plus en plus beau, et toujours aussi charmant, souriant,  généreux mais il lui arrivait certaines fois, quand il estimait avoir été trompé ou négligé, d'entrer dans de violentes colères dont retentissaient les voûtes de diamant. Il pouvait alors casser ou déchirer tout ce qui lui tombait sous la main, frapper sa nourrice, puis il se calmait soudainement et redevenait l'aimable Beau Trouvé. C'est le nom qu'on lui donnait le plus souvent même si parfois, Viviane lui disant Fils de Roi.
La fée jugea qu'il était temps pour son protégé qu'elle aimait autant que si elle avait vraiment été sa mère, d'avoir un maître et d'étudier. Il apprit à lire et à écrire, les mathématiques, la musique pour laquelle il avait un don véritable assorti d'une voix mélodieuse. Il apprit aussi l'art de la chasse et l'équitation. Il assimilait tout avec aisance tant il avait l'esprit vif.
Un jour, il avait environ dix ans, il partit chasser accompagné de son maître et de trois des suivantes de la Dame; il avait avec lui son chien braque et portait son arc à l'épaule et un carquois plein de flèches à sa ceinture. Passe un chevreuil et Beau Trouvé s'élance, sans se soucier des trois jeunes filles qui ne pouvaient soutenir cette allure, ni de son maître dont le cheval avait bronché et qui s'était retrouvé à terre. La poursuite dura longtemps et le garçon était au plus profond de la forêt quand enfin, une flèche parvint à atteindre le chevreuil. Beau trouvé chargea la bête morte sur la croupe de son cheval et prit devant lui son chien braque épuisé par la longue course qu'il avait fournie pour suivre son maître. Puis il prit un chemin qui allait le mener vers sa suite.
Un chevalier de triste figure croisa sa route; il était à pied, tenant par la bride un cheval fourbu et blessé. Beau Trouvé le salua poliment et lui demanda ce qui lui était arrivé pour être dans un aussi piteux équipage. "C'est dit l'homme, que je dois me rendre à la cour du roi Claudas pour affronter demain un traître qui a tué mon frère pour lui voler sa femme. Le déloyal m'a tendu une embuscade qui m'a laissé dans l'état que vous voyez. Mon cheval est blessé et je serai déshonoré si je ne me présente pas demain devant le roi pour soutenir ma cause."
"Y arriveriez- vous avec un bon cheval? demanda Beau Trouvé. - Certainement, répondit le chevalier. - Dans ce cas, prenez le mien et donnez-moi le vôtre! Et sitôt dit, Le garçon mit pied à terre, chargea le chevreuil sur le cheval blessé, prit son chien en laisse et poursuivit sa route sous les bénédictions du pauvre chevalier.
Il n'avait pas marché longtemps quand il rencontra un vavasseur d’âge mûr, monté sur un palefroi qui tenait en laisse deux lévriers. Beau Trouvé le salua poliment et l’homme en retour le complimenta du beau gibier qu’il rapportait. « Je n’ai pas eu la même chance, ajouta-t-il, et c’est bien dommage car je viens de marier ma fille et j’aurais bien voulu régaler mes invités. » « Prenez-en la moitié, lui proposa l’enfant. – Bien volontiers, mon garçon ! Quelle part m’offres-tu ?
Beau Trouvé réfléchit et lui dit : « Vous avez du monde à nourrir ; prenez-le donc tout entier. » Emu de tant de générosité, le vavasseur lui proposa de choisir un de ses deux lévriers et l’invita à la noce. Le garçon accepta le chien mais déclina l’invitation ; il lui fallait. maintenant retrouver son maître et les trois jeunes filles qui devaient s’inquiéter.
Le vavasseur lui demanda qui il était. On me nomme Beau Trouvé répondit-il.
« Je n’ai connu qu’un homme aussi généreux que toi ; il était roi de ce pays. Mais il est mort à présent et tu lui ressembles étrangement. Il avait un fils dont on ne sait ce qu’il est devenu ; serait-ce toi ?- Certains parfois, me nomment Fils de Roi, mais je ne pense pas l’être ! »
Ils prirent congé l’un de l’autre, enchantés de la rencontre, mais cependant pensifs.
Beau Trouvé reprit son chemin, tenant en laisse le lévrier avec son braque. Il ne tarda pas à retrouver son maître et les trois jeunes filles de sa suite. Comme il s’en doutait, inquiets, ils le cherchaient.
Le maître voyant revenir son élève à pied, son arc au cou et suivi d’un cheval blessé et tenant en laisse deux chiens, prit un air sévère : « Qu’as-tu fait de ton cheval ? – Je l’ai échangé contre celui-ci, et Beau Trouvé qui ne savait pas mentir lui conta toute l’aventure.
Le maître se mit en colère : comment avait-il osé sans sa permission, échanger son beau coursier contre un cheval fourbu et blessé et de plus, offrir à un inconnu le gibier qui devait revenir à la Dame du Lac ?
« Ne te fâches pas répondit l’enfant ! Ce lévrier vaut à lui seul plus que deux beaux chevaux. »
Le maître furieux gifla le jeune garçon si fort qu’il le fit tomber, puis, hors de lui, il s’en prit au lévrier qui se mit à hurler. Beau Trouvé s’empourpra de colère, arracha l’arc de son cou et le cassa sur la tête de son maître qui, assommé tomba à terre. Et l’enfant qui ne se contrôlait plus, le bourra de coups de pieds et de poings. Les jeunes filles tentaient de le calmer, mais tirant des flèches de son carquois il les en menaça si bien qu’elles prirent la fuite à travers bois. « Personne, hurlait-il, personne n’a le droit de s’en prendre à un chien innocent. Personne n’a le droit de me reprocher d’avoir agi sans mauvaise intention, sans avoir cause de tort à personne. »
Puis il sauta sur un des chevaux qui étaient là, mit un des chiens et croupe et l’autre sur l’arçon et s’engagea dans la forêt. C’est alors qu’il croisa une harde de biches ; il fit le geste de prendre son arc et, se souvenant qu’il l’avait cassé, il se remit en colère, furieux de manquer un si beau gibier. Enfin, il se calma et c’est apaisé qu’il rentra chez la Dame du Lac, impatient de lui montrer son beau lévrier. Le maître était déjà là, sanglant et tuméfié.
Viviane était fâchée : « Comment, méchant garçon, as-tu  osé frapper le maître à qui je t’ai confié pour qu’il fasse ton éducation ?
« Dame, répondit Beau Trouvé, il m’a le premier frappé, pour lui avoir raconté des actes qu’on ne peut me reprocher, puis il a frappé mon chien qui ne lui avait rien fait. Aussi j’ai dû lui casser mon arc sur le dos ce qui m’a fait manquer une fort belle biche que j’aurais aimé vous offrir. Qu’il reste bien sous votre protection, car partout ailleurs, si je le rencontre, il me faudra le tuer pour laver l’affront qu’il a fait subir tant à moi qu’à mon lévrier. Je sais ma Dame, que je suis ici sous votre gouvernance, mais je ne veux plus être dirigé par un écuyer assez lâche pour s’en prendre à un chien inoffensif. J’accepte de vous obéir, ma Dame, à vous ou à un seigneur, mais jamais plus à qui me reproche de donner ce qui m’appartient quand je le juge bon. Vous me nommez parfois Fils de Roi ; un fils de roi peut faire des dons à qui les mérite !
-Mais tu n’es pas un fils de roi, répondit Viviane. Tu n’es que le Beau Trouvé.
-J’en suis peiné, ma Dame, car mon cœur désire être Fils de Roi !
Viviane alors l’entraîna à l’écart et lui dit :
« Console-toi : tu n’auras désormais d’autre maître que toi-même. Et je te permets de faire des dons à qui te semblera les mériter ! »

Viviane avant cédé à l’enfant qu’elle aimait, heureuse de lui découvrir que son cœur était bien celui du vrai fils de roi qu’il était en réalité. Mais elle avait aussi compris que le Beau Trouvé ne pouvait plus rester seul ; il lui fallait des compagnons de son âge.

mercredi 29 janvier 2014

Lancelot du Lac- (1) La dame du Lac récap 25

Lancelot - La Dame du Lac 29-01 14
Avec l'aide du roi Arthur et de Merlin aux mille tours, le roi Ban de Bénoïc et son frère Bohort de Gaunes avaient pu repousser leur ennemi Claudas de la Terre Déserte. Celui-ci s'était refugié à Rome où il s'était soumis à l'Empereur. Après quelques années de paix pour la Bretagne, Claudas était revenu et, secondé par l'armée romaine, il tentait à nouveau de s'approprier les terres de Ban et de Bohort.
Impuissants devant une telle force, les deux frères avaient de nouveau demandé secours à Arthur. Mais le roi, lui-même en butte aux attaques des Scots et des Saxons tardait à répondre. Ban résolut d'aller lui-même plaider sa cause à Kaamelott. Trèbe, sa belle ville était menacée, aussi emmena-t-il avec lui son épouse Helène et son fils à peine âgé de dix-huit mois. Il confia les clefs de la citadelle à son sénéchal et chevaucha enb direction de la mer. Trèbe était située dans une région de lacs et de marais où l'on peinait parfois, surtout par temps de brume, à distinguer l'eau de la terre.
Le soir venu, la troupe fit halte près d'un grand lac que l'on nommait le lac de Diane. Laissant Hélène et l'enfant sous la protection de l'escorte, Ban monta sur une colline proche pour voir une dernière fois sa citadelle aimée.
Mais à Trèbes, le sénéchal n'avait pas attendu longtemps pour trahir et livrer la citadelle. Claudas aurait voulu la garder intacte, mais ses troupes déchaînées et mal maîtrisées l'avaient mise à sac et incendiée.
Ban du haut de sa colline, vit s'élever la fumée, puis les flammes. Le choc fut tel qu'il tomba de cheval, une douleur lui broyant la poitrine. Au prix d'un effort inimaginable, il réussit à se remettre en selle pour aller annoncer la terrible nouvelle à son épouse. Mais à mi-chemin, il ressentit une souffrance telle qu'il vida les étriers et tomba à terre pour ne plus se relever.
Hélène, voyant la monture revenir sans son cavalier, déposa son bébé au pied d'un arbre et courut au secours de son époux, suivie par l'escorte. Il était Hélas trop tard. Hélène pleura longtemps tandis que les hommes tentaient de ranimer leur roi. Enfin, elle se souvint du bébé qui était resté seul et courut jusqu'à l'arbre où elle avait laissé le couffin. Elle vit alors une très belle jeune femme vêtue de blanc qui s'éloignait en tenant l'enfant dans ses bras. Hélène cria, pleura, la supplia de lui laisser son fils unique tout ce qui lui restait au monde après la mort de son roi, mais la femme ne s'arrêta pas. Elle se retourna, lui sourit étrangement et continua d'avancer, sans que la mère désespérée puisse la rattraper, en directrion du lac. La malhaureuse Hélène la vit s'enfoncer dans l'eau: les pieds, la taille, puis tout le corps avant que l'eau du lac se referme sans même une ride à la surface. Hélène perdit connaissance.

dimanche 26 janvier 2014

Holda la Chance Récap 25

Holda la chance 26/01 14
L'Epiphanie est passé et si quelques indigestes galettes vous guettent encore embusquées dans une morose salle polyvalente, vous pouvez au moins, peureux humains passer des nuits calmes sans redouter la fantastique et bruyante chasses des Ases menée par le char de Holda la fée des airs... Une chasse aérienne dont le vacarme, secondé par la sinistrose des journaux télévisés vous a fait craindre luttes, combats et attentats divers.
Holda pourtant n'est pas une fée malfaisante, bien au contraire. Si elle gouverne les vents tumultueux de l'hiver, sait accorder à ceux qui l'aiment, l'intelligence, un esprit vif et attire sur eux la chance.
Seulement voilà... avec l'Epiphanie Holda et sa suite sont passées. Alors, souvenez-vous l'année prochaine, dès le temps de l'Avent, quand vous entendrez s'entrechoquer les nuages au souffle du vent d'hiver, ne plongez pas craintivement sous la couette; mettez le nez à la fenêtre et souriez à Holda l'Aérienne.

samedi 25 janvier 2014

Un vrai malheur de la vraie Sophie

Sur la lande bretonne des loups chantent la pleine lune. Dans la chambre haute d’un manoir, une vieille dame les écoute. Elle ne peut pas dormir ; un vieux cœur fatigué l’étouffe ; l’empêche de bouger, de marcher, de vivre… D’ailleurs, elle ne vivra plus longtemps ; bientôt elle sera libre… Libre comme les loups.
Ceux là sont peu nombreux ; un couple et quelques jeunes. Du train où on les chasse, il n’y en aura bientôt plus
Elle ne craint pas les loups ; elle n’aime pas les chasseurs.
L’hiver, les loups affamés hurlaient par centaines dans les forêts de son pays natal ; on les voyait galoper sur les plaines glacées. Il fallait aux voyageurs une solide escorte pour leur échapper. Parfois même, devait-on leur livrer un cheval.
C’est ce qu’on racontait , ce qu’elle a raconté .
Mais jamais son père le gouverneur n’aurait sacrifié un seul des cent chevaux de son haras. Quand il voyageait, avec ou sans sa famille, plusieurs dizaines de cavaliers armés accompagnaient son traîneau et ceux de sa suite. C’était toujours escorté de cette véritable armée que se déplaçait le général-comte R… gouverneur de la capitale et sa famille . Des loups n’auraient jamais osé menacer un tel équipage. 
Les loups sont craintifs ; les bergers le savent bien et elle aussi. Dans son premier roman une des petites filles modèles le dit: « les loups sont poltrons » Il suffit de claquer les sabots l’un contre l’autre pour les faire déguerpir ; et puis, ils ont peur des chiens. 
Ce sont les lévriers de sa mère qui ont fait fuir ceux qui …. Mais à vrai dire ce n’étaient pas des loups. Les loups qui emportent la petite fille c’est dans le roman… La vraie histoire, elle s’en souvient : elle avait quatre ans. Sa mère lui avait dit qu’elle était assez grande désormais pour l’accompagner dans ses promenades en forêt.
« Mais prend bien garde, avait-elle ajouté, tu sais que je marche vite ; ne traîne pas en arrière, ne rentre pas dans le sous-bois, reste bien sur le chemin près de moi et des chiens. »
Et c’est vrai qu’elle marchait vite, la mère de Sophie ; la petite trottinait derrière faisant quatre enjambées pour une de sa mère. Sa mère si belle, si élégante, si sévère. Et l’écart se creusait ; les chiens joyeux bondissaient d’avant en arrière. Et la petite voyait la silhouette maternelle de plus en plus loin sur le chemin ; un bouffée de désespoir lui monta au cœur : elle en eut la certitude, sa mère l’avait emmenée en forêt pour la perdre. Pas parce qu’elle ne pouvait plus la nourrir comme Hansel et Gretel ou le Petit Poucet ; ses parents étaient riches. Mais parce qu’elle ne voulait plus d’elle. Elle en avait assez de la punir sans jamais l’améliorer.
« Taisez-vous bavarde ! On ne comprend rien à vos histoires ! » Elle aimait tant raconter des histoires !
« Vilaine menteuse ! Qu’avez-vous encore inventé ? » Elle ne croyait pas mentir ; elle arrangeait juste un peu la réalité pour la rendre plus belle.
« Montrez-moi vos mains, vilaine gourmande, petite voleuse ! ». Mais les bonbons, les fruits confits , les gâteaux qui sont là sur les tables, quand on a faim, c’est tentant ! 
« Voulez-vous bien rester un peu tranquille, ne courez pas, ne grimpez pas partout ! Comportez –vous comme une petite fille sage ». Mais les garçons, eux ont le droit de courir, de grimper aux arbres et elle peut le faire aussi bien qu’eux !
« Calmez-vous mademoiselle le coléreuse et filez dans votre chambre ». Comment ne pas se mettre en colère parfois, quand on vous reproche chaque geste que vous faites ?
Et pourtant, elle voudrait tant devenir telle que sa mère la souhaite !
C’est trop tard désormais, elle va rester dans la forêt ; devenir la proie d’une sorcière, ou d’un ogre qui l’engraissera avant de la manger. Le chagrin lui pique les yeux ; devra-t-elle sacrifier les deux gimblettes qu’elle a dans sa poche ? les émietter pour retrouver son chemin. Inutile ; les oiseaux mangeraient les miettes ; il vaut mieux les garder pour plus tard, quand elle aura faim. Elle a d’ailleurs un petit peu faim déjà. Elle trotte pour rattraper sa mère, mais à travers ses larmes elle voit le long du bois des points rouges et cette odeur, fruitée, sucrée, pas de doute ce sont des fraises ! elle adore les fraises… 
Ne pas rester en arrière, ne pas s’écarter du chemin… oh, juste une ou deux fraises et d’ailleurs elle sait que sa mère se rend chez son fermier ; elle n’aura qu’à courir. Elle s’accroupit… un ou deux fraises… Mais il y en a plein… elle suit les fraises dans le sous-bois…
Un autre enfant a vu aussi les fraises… Un enfant de sa taille mais qui n’a que quelques mois…
Qu’il est joli ce nourrisson poilu, tout brun, tout velouté, un gros jouet et Sophie veut le toucher, le caresser, mais elle lui fait peur. Le bébé crie et sa mère se précipite. Elle est là dressée devant la petite fille, griffes en avant gueule ouverte sur des dents énormes. Sophie accroupie le contemple médusée. Elle a peur un peu, mais ne panique pas ; elle a entendu les chasseurs raconter : devant un ours, on ne doit pas bouger.
L’ourse gronde, une galopade effrénée casse des branches mortes, les chiens aboient, mettent en fuite la mère et l’ourson. 
Et l’autre mère surgit alors ; elle s’empare de sa fille, la gifle à toute volée et dans le même mouvement la serre farouchement contre elle. De cette étreinte, Sophie devra se souvenir toujours, car elle ne recevra guère d’autre manifestation d’amour .

jeudi 23 janvier 2014

La Vie

"Qu'est-ce que la vie? C'est l'éclat d'une luciole dans la nuit. C'est le souffle d'un bison en hiver. C'est la petite ombre qui court dans l'herbe et se perd au couchant."
Crowfoot

mercredi 22 janvier 2014

Le Verseau récap 25

Le verseau 22/0114

Le 20 du mois, Janvier devient Pluviôse et entre dans le signe du Verseau. Il y trouvera, légèreté, souplesse, intelligence active. Ses pierres sont l’ambre, symbole de sa chance et l’améthyste à l’éclat froid et mystique.
Le Verseau, c’est le souffle de la liberté ; l’indépendance, l’innovation, le progrès, l’utopie. Il sait remettre en cause et de façon radicale son existence.
Ce grand vent peut enflammer le Bélier juvénile ; mais que ce dernier prenne garde à ne pas provoquer le grand souffle de tempête qui pourrait aussi bien  l’éteindre que  provoquer l’incendie destructeur.
Le Verseau entretiendra la chaude flamme du foyer du Lion, en cas de besoin rafraîchira sa canicule et ravivera les braises mourantes du Sagittaire
Après avoir été représenté par une jeune fille versant l’eau de ses amphores, le Verseau est désormais figuré par un jeune homme … Ganymède.

lundi 20 janvier 2014

Civilisation

Le dieu de la mer du sud s'appelle Shu (Ephémère),le dieu de la mer du nord s'appelle Hu (Fugitif), le dieu du centre s'appelle Hun Dun (Chaos). Ephémère et Fugitif se rencontrent souvent dans le domaine du Chaos qui les accueille fort bien. Ephémère et Fugitif cherchent à le remercier de sa gentillesse et ils se disent: "Les hommes ont tous sept orifices (deux yeux, deux oreilles,une bouche et deux narines) pour voir, écouter, manger et respirer. Celui-là n'en a pas, on peut essayer de lui en percer." Ils lui percent un orifice par jour et, au bout de sept jours, Chaos est mort. (Zhuangzi, ch 7).

Dans Wang Dongliang - Les signes et les mutations, p.24

lundi 13 janvier 2014

Phèdre




PHEDRE - 
Ah! douleur non encore éprouvée!
Tout ce que j'ai souffert, mes craintes, mes transports,
La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords,
Et d'un cruel refus l'insupportable injure
N'étaient qu'un faible essai des tourments que j'endure.
Ils s'aiment! Par quels charmes ont-ils trompé mes yeux?
Comment se sont-ils vus? Depuis quand? En quels lieux?
Les a-t-on vu souvent se parler, se chercher?
Dans le fond des forêts allaient-ils se cacher?
Tu le savais! Pourquoi me laissais-tu séduire?
De leur furtive ardeur ne pouvais-tu m'instruire?
Hélas! ils se voyaient avec pleine licence;
Le ciel de leur soupirs approuvait l'innocence.
Ils suivaient sans remords leur penchant amoureux,
Tous les jours se levaient clairs et sereins pour eux.
Et moi, triste rebut de la nature entière,
Je me cachais au jour, je fuyais la lumière.
La mort est le seul dieu que j'osais implorer.
J'attendais le moment où j'allais expirer.
Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée,
Dans mon malheur encore de trop près observée,
Je n'osais dans mes pleurs me noyer à loisir:
Je goûtais en secret ce funeste plaisir
Et, sous un front serein déguisant mes alarmes,
Il fallait bien souvent me priver de mes larmes.

OENONE 
Quel fruit recevront-ils de ces vaines amours?
Ils ne se verront plus.

PHEDRE - 
                                            Ils s'aimeront toujours .



Jean RACINE

Les Chouchous