Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

mardi 10 décembre 2013

Sainte Julie

A la Sainte- Julie,
Le soleil ne quitte pas son lit.


Encore un peu de courage! La solstice d'hiver approche. Les jours alors, n'auront plus que 8 heures et 11 minutes.... mais ... à partir de là, seconde après seconde, ils vont grignoter la nuit!

dimanche 8 décembre 2013

Les Contes de Noël

C'est un peu tôt? Au moins comme ça vous ne serez pas pris au dépourvu le soir venu..

Lanterne magique

Il y a bien longtemps, dans un pays de montagne au début de l’hiver : le brouillard dans la vallée était si dense que les jours ressemblaient aux nuits. Partout l’humidité s’infiltrait, pire que le froid.
Un jeune homme était berger ; ses parents disparus avaient laissé à sa garde non seulement les moutons mais aussi son jeune frère. Lassé de ce temps triste, de ce jour qui se montrait à regret et des bêlements du troupeau confiné dans l’étable,  le berger résolut de conduire tout son monde vers les sommets, au-dessus des nuages, là où toujours brillait le soleil. Certes, il y faisait froid, mais du moins le ciel était bleu.
Avant de se mettre en route, il confia à son frère un agneau nouveau-né. Et le troupeau s’ébranla, encadré par les chiens. On n’y voyait pas à deux pas ; l’enfant n’était pas rassuré, mais il avait un agneau à protéger et du coup, il se sentait plus fort.
Ils restèrent une semaine sur l’alpage ; l’agneau comme un jeune chien dormait contre le petit garçon qui tout le jour jouait avec lui. Et l’agneau, son grand frère l’avait prévenu pourtant, l’agneau devenait de plus en plus familier et intrépide. Il s’éloignait du campement au risque de tomber dans un précipice ou de se faire dévorer. Et le gamin passait son temps à lui courir après.
Quand le berger vit que l’herbe avait été broutée, il rassembla tout son monde et prit le chemin du retour. L’agneau avait disparu.
Le jeune homme était furieux !
- Ca t’apprendra ! dit-il à son frère. Je t’avais prévenu ; tu l’as trop gâté. Tu n’as plus qu’à le chercher maintenant. Moi, je dois rentrer les bêtes avant la nuit. Tu connais le chemin et tiens, voici une lanterne au cas où tu serais toujours dehors à la nuit tombée.
C’était une lanterne que son père gardait précieusement ; il l’avait reçue jadis d’un voyageur qu’il avait hébergé. Et l’on disait que quiconque avait avec lui cette lanterne ne pouvait pas s’égarer, ce qui réconforta un peu le gamin qui n’en menait pas large à l’idée de rester seul dans la montagne. Il regarda tristement le troupeau s’éloigner et entreprit  ses recherches. Mais il eut beau appeler, fouiller les buissons, explorer les anfractuosités des rochers, se pencher au-dessus des précipices, aucune trace de l’agneau. Le soleil tout rouge disparaissait derrière les sommets ; découragé, il ne savait plus que faire. Il aurait bien voulu regagner le village mais il ne pouvait abandonner son agneau. Il était sur le point de se mettre à pleurer quand venant de derrière un rocher, il entendit comme un bruit de branches et de feuilles remuées.
Il se précipita en appelant : « Agneau ! mon agneau ! viens mon petit, viens, je suis là ! »
Mais au lieu du gentil bêlement, il entendit une grosse voix rauque lui répondre : « Qui va là ? Hé, ho ! ch’uis pas un mouton, non mais ! »
En même temps, un être qui lui parut immense se dressa devant l’enfant, prêt à s’enfuir.
C’était un homme très grand, barbu, chevelu, porteur d’une cape, coiffé d’un feutre à larges bords ; il avait des pistolets croisés dans sa ceinture et une lourde canne à la main.
« Te sauve pas comme ça, gamin ! dit en riant le terrible personnage. C’est un agneau que tu cherches ? Il n’est pas loin ; je l’ai vu tout à l’heure dans le champ d’oliviers, là-bas. »
Il riait,  l’homme terrible en indiquant du bout de sa canne la direction du couchant. C’est que lui aussi avait eu peur en entendant du bruit. C’était un brigand recherché par tous les gens d’armes du royaume.
« Oh, merci, monsieur, merci ! Vous aussi semblez perdu ; est-ce que je peux vous aider ? »
Le bandit partit d’un rire énorme : comment ce petit qui cherchait un agneau pourrait- il l’aider ?
« Personne ne peut m’aider mon garçon ! Je ne peux que disparaître dans la nuit ! »
Il y avait dans sa voix une mélancolie qui émut le petit. Lui qui avait si peur du noir ! Alors il considéra sa lanterne; elle avait à l’intérieur quatre chandelles, il en prit une et la tendit à l’homme.
" Tenez, dit-il, elle vous guidera ; moi, il m’en reste encore trois ! »
Puis il s’en fut en courant vers le champ d’oliviers où il espérait retrouver son agneau. L’homme ému le regarda partir. C’était la première fois de sa vie qu’on lui faisait un cadeau, la première fois qu’on lui disait merci.
Sous les oliviers, l’enfant  ne trouva pas d’agneau,  mais tout au bout du champ, s’ouvrait  une grotte. Sans doute l’agneau, voyant tomber la nuit, s’était-il réfugié là. Il faisait sombre à l’intérieur ; une forme bougeait. Le garçon entra, les mains en avant et sentit une fourrure. Pas de mouton hélas, mais bien du poil de loup ! Affolé, il tourna les talons pour s’enfuir, mais il était retenu pas un pan de sa cape. Le loup l’avait attrapé ; tout tremblant, il tentait de se libérer, mais déjà l’animal l’avait lâché et s’était mis à gémir. Il regarda mieux et vit la patte du loup qui saignait. Alors il déchira un morceau de sa cape, nettoya la plaie du mieux qu’il put et fit un bandage de fortune. Le loup lui lécha la main et l’enfant oubliant d’avoir peur caressa la tête du fauve. Puis il se dirigea vers l’orée de la grotte, mais de nouveau le loup le retint par le bas de sa cape ;  comme les chiennes de son frère, ses yeux étaient d’ambre et fendus en amande. L’enfant poussa un gros soupir; il ressemblait tant à la plus grise , ce loup !
« Allons, il faut partir ; je resterais bien près de toi, mais je dois retrouver mon agneau ! »
Il réfléchit un peu et prit une bougie dans sa lanterne :
« Tiens, elle te tiendra compagnie et tu penseras à moi… Il m’en reste encore deux après tout ! »
Toute la nuit et le lendemain tout le jour, l'enfant chercha son agneau mais en vain… Il avait tant tourné, tant viré qu’il était perdu. Il fallait redescendre, son frère allait s’inquiéter. A la tombée du jour, il arriva près d’un village qu’il ne connaissait pas.
Un mendiant au bord du chemin lui demanda l’aumône, mais l’enfant n’avait rien. Ni argent, ni même un croûton de pain. Et d’ailleurs, il avait faim… si faim que la tête lui tournait.
« Je n’ai rien, dit-il au miséreux, rien que ces deux bougies. Tiens, prends-en une; j’ai assez avec celle qui me reste "
« Merci, dit le pauvre homme. Sois heureux et que tous tes vœux se réalisent ! »
« Mes vœux,  pensait l’enfant… je voudrais tant retrouver mon agneau et rentrer chez moi…!»
Il marcha encore un peu  ; la nuit était tombée. Une grange se trouvait là ; il se nicha dans la paille en songeant que c’était Noël et qu’il était là, tout seul, dans le noir. Il n’osait pas allumer se dernière bougie. Il fallait la garder au cas où il en aurait vraiment besoin. Roulé en boule dans les ballots, il se mit à songer aux Noëls d’avant, quand sa mère préparait des gâteaux et des présents qu’on mettait devant la crèche… Il eut de grosses larmes, puis des sanglots et comme tous les enfants, après avoir bien pleuré, il s’endormit en rêvant à la crèche.
Il faisait sombre encore quand il ouvrit les yeux dans une bonne odeur de paille sèche et de bétail bien soigné… des souffles chauds couraient sur ses joues… tendant les mains, il sentit des poils…sa main gauche se perdait dans une vaste oreille et la droite serrait une corne. Il se dressa, alluma sa dernière bougie. Un âne et un bœuf le veillaient et là, à ses pieds, innocent comme si jamais il ne s’était sauvé… son agneau, son agneau qu’il avait tant cherché !
Le jour se levait. Escorté des trois animaux,  le petit berger sortit de la grange et reconnut la route et les premières maisons de son village… Son père avait dit vrai… la lanterne avait guidé vers l’agneau et l’avait ramené chez lui.








vendredi 6 décembre 2013

L'Abraxas des sept

L'abraxas des sept

 Tout le monde (ou presque) connait la légende du bon Saint Nicolas. Je ne vais pas vous l'infliger une fois de plus... 
Il m'a semblé préférable de vous offrir ce rituel à pratiquer demain, préconisé par un de mes collègues, Pierre Dubois, dont le titre d'Elficologue rend crédible tout les propos...






C'est le 7 décembre qu'on dit l'Abraxas des 7:
"Le monde a été fait en 7 jours.
Il y a 7 orifices au visage de l'homme,
il y a 7 planètes gouverantes
et 7 métaux essentiels.
Il y a 7mers et 7 péchés capitaux.
Il y a 7 cierges autour du cercueil,
7 Pater et 7 Ave pour conduire l'âme au ciel.
Il y a 7 roses sur les 7 chemins de l'Eden.
C'est au 7 décembre que je fais 7 souhaits
car un sur les 7 sera exaucé."

Pierre DUBOIS - Elficologue

mercredi 4 décembre 2013

Mots d'auteurs

Lorsque le tonnerre tombera
Sainte Barbe te gardera


Si tu veux faire de ta vie un maillon d’éternité et rester lucide jusque dans le cœur du délire, aime… Aime de toutes tes forces, aime comme si tu ne savais rien faire d’autre, aime à rendre jaloux les princes et les dieux… car c’est en l’amour que toute laideur se découvre une beauté….

Celui qui passe à côté de la plus belle histoire de sa vie n’aura que l’âge de ses regrets et tous les soupirs du monde ne sauraient bercer son âme…

Yasmina KHADRA 

dimanche 1 décembre 2013

L'avent


"Le mois de l'Avent 
Est sujet aux vents."

Pour prendre le vent de l'Avent et le garder tout le temps, pour que les Tisseuses du Temps vous obéissent du premier jour de l'Avent jusqu'au nouvel an et au-delà et plus avant, l'Enfourcheuse d'Avent ira dans la nuit du 1° décembre là où se réunissent les vents. Après avoir écrit cent fois son nom sur cent petits billets blancs, elle les lancera en criant:" Bises, Bises et Aquilons, prends-moi comme je te prends, rends-moi comme j'y prétends."

LE LIVRE DU TEMPESTAIRE - Pierre DUBOIS , Elficologue

vendredi 29 novembre 2013

Quand vous serez bien vieille...

... au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers et vous émerveillant:
"Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle!"

Lors, vous n'aurez servante, oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi someillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,
Célébrant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

RONSARD


COURBET -La fileuse endormie



mercredi 27 novembre 2013

Pensée d'automne



le sumac est légèrement rouge, les chrysanthèmes 
peu à peu éclosent
haut dans le ciel le vent emporte les cris plaintifs
des oies sauvages
mon inspiration poétique est aussi tranchante
que des ciseaux de Ping-chow
elle découpe un morceau de paysage d'automne
pour le faire entrer dans mon poème.

Lu yu (1125-1210)

lundi 25 novembre 2013

Sainte Delphine (1284-1369)




Epouse d'Elzéar, comte de Sabran, elle ne connut d'autre mode de contraception que la continence. Est-ce de cette privation que mourut le pauvre homme?
Toujours est-il que devenue veuve, Delphine se dépouilla de tous ses biens et finit ses jours en prières.

A la Sainte-Delphine, 
Mets ton manteau à pèlerine

dimanche 24 novembre 2013

Sainte Catherine


A la Sainte Catherine,
Tout bois prend racine.




Au temps de l’empereur Maximin, (ou Maximilien on ne sait plus trop), vivait à Alexandrie , Catherine.  Elle était fille de roi, extraordinairement belle, intelligente, instruite et savante. Toutes ces belles qualités en faisaient une personne intouchable qu’aucun homme ne désirait prendre pour épouse ; Catherine était vierge, elle se fit chrétienne.
On parlait d’elle dans tout l’empire, aussi Maximin, passant par Alexandrie la fit venir devant lui et la questionna sur les raisons de son appartenance à cette secte réunissant surtout des esclaves et des pauvres gens. Catherine entreprit alors de lui prêcher les beautés de la parole du Christ. Ebranlé mais désireux avant tout de faire rentrer une si belle et si docte personne dans le droit chemin de la religion romaine, l’empereur fit appeler trente savants et philosophes chargés de démontrer ses erreurs à la belle. Pendant des heures et des heures, la jeune chrétienne leur tint tête et c’est eux qu’elle finit par gagner à sa foi. Furieux, César les fit brûler vifs.
Pour lui, séduit par la beauté de Catherine, il lui offrit la seconde place à sa cour, mais la jeune fille refusa. L’empereur outragé, la condamna au pire des supplices et comme aucun de ceux en vigueur ne lui semblait assez cruel, il en fit inventer. Son choix se porta sur une machine infernale faite de roues aux dents acérées qui tournaient en sens inverse ; un hachoir en somme, dans lequel on introduirait le tendre corps de la vierge afin de le réduire en une bouillie sanglante.
Mais les anges protégeaient Catherine,  les roues refusèrent de tourner et finirent par se briser. Maximin la fit décapiter. On était au cœur de l’automne dans les jours sombres et brumeux  qui sont maintenant novembre.  L’Eglise plus tard, en fit une sainte .La première à porter un chapeau extravagant fait de trois auréoles : la blanche des vierges, la verte des savants et la rouge des martyrs.
Au XVI° siècle , c’est au mois de novembre qu’en souvenir du martyr de Catherine, dans les églises, on confiait  à des célibataires âgées de 25 à 35 ans le soin de renouveler  la coiffe de la sainte .
Catherine la décapitée est devenue la sainte patronne des modistes qui la fêtent chaque année, le 25 novembre. Ce jour là, la tradition veut que salons et ateliers soient ouverts mais on n’y travaille pas. On rit, on chante, on s’amuse, on boit le champagne. Les clientes ne sont pas servies mais invitées à trinquer avec le personnel. Et si par chance , dans la maison on trouve une célibataire de 25 ans, on la coiffe du plus extravagant chapeau jaune et vert qu’on puisse inventer et on la couvre de cadeaux.
J’en connais (une au moins) qui pour ne pas manquer la fête, n’aurait pour rien au monde accepté de se marier avant ses 25 ans révolus.

samedi 23 novembre 2013

Pensée d'automne



une haie de ronces tressées, toute la journée le portail
reste fermé
mûriers et chanvres cachent le chemin, on ne distingue plus 
le village
toute ma vie mes poèmes se sont répandus sous le ciel
la tête blanche,je suis retourné au pays pour arroser le jardin

Lu Yu (1125-1210)

vendredi 22 novembre 2013

De l'élection de son sépulcre



Antres, et vous, fontaines,
De ces roches hautaines
Qui tombez contre-bas
D'un glissant pas,

Et vous forêts et ondes
Par ces prés vagabondes,
Et vous, rives et bois,
Oyez ma voix.

Quand le ciel et mon heure
Jugeront que je meure,
Ravi de beau séjour
Du commun jour,

Je défends qu'on ne rompe
Le marbre, pour la pompe
De vouloir mon tombeau
Bâtir plus beau;

Mais bien je veux qu'un arbre
M'ombrage au lieu d'un marbre;
Arbre qui soit couvert
Toujours de vert.

De moi puisse la terre
Engendrer un lierre
M'embrassant en maint tour
Tout à l'entour,

Et la vigne tortisse
Mon sépulcre embellisse,
Faisant de toutes part
Un ombre épars.

Là viendront chaque année
A ma fête ordonnée
Avecque leurs troupeaux
Les pastoureaux;

Puis, ayant fait l'office
De leur beau sacrifice,
Parlant à l'île ainsi,
Diront ceci:

"Que tu es renommée,
D'être tombeau nommée
D'un de qui l'univers
Chante les vers!"

Ronsard

Les Chouchous