Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

mercredi 15 septembre 2010

2- YAQUEQUAM et L’OURS GRIS-



Yaquequam, le garçon magique qui pouvait vivre aussi bien sur terre qu’au fond des eaux avait grandi ; il ne se contentait plus de jouets. Il voulait à présent, devenir un chasseur et il lui fallait pour cela de vraies armes.
« Avec quoi grand-mère, fabrique-t-on de bonnes flèches ? »
« Avec un arbuste, mon garçon, qui pousse dans la montagne où vit l’ours gris. Un ours féroce qui tue ceux qui tentent de couper des branches car il ne veut pas qu’on utilise cet arbuste pour fabriquer des armes. Des marmottes montent la garde et le préviennent dès que quelqu’un approche. »
Cet avertissement n’empêche pas Yaquequam de se mettre en route. Dès qu’il aperçoit les marmottes, il envoie le sommeil dans leurs yeux et continue de gravir la montagne. Il arrive enfin aux arbustes qu’il arrache. Il garde pour lui de quoi se faire des flèches et envoie le reste pêle-mêle avec les racines, en bas, dans la plaine. Les femmes les planteront se dit-il, et ainsi les guerriers pourront avoir de bonnes flèches sans avoir à se battre avec l’ours gris.
C’est alors que survient l’ours ; il voit ses buissons arrachés et se tourne furieux vers les marmottes :
« Et alors ? Voilà comment vous montez la garde ? Vous avez laissé voler mes arbustes ! »
« Ah ! Mais on n’a rien vu nous ; il y a eu une grande tempête de neige, il a fallu nous abriter et puis nous nous sommes endormies. »
C’est faux et les marmottes le savent bien, mais elles ont très peur de l’ours qui continue de grogner :
« Attendez un peu ! Je vais d’abord m’occuper du voleur, mais après, gare à vous ! »
L’ours, fou de rage, rentre chez lui, enfile son gros manteau de fourrure grise, fixe ses griffes tranchantes à chacun de ses doigts, puis devant ses enfants terrifiés, il se dresse en grondant sur ses pattes de derrière. Satisfait de l’effet qu’il a produit, il se lance aux trousses de Yaquequam ;
Le garçon est inquiet ; il sait que l’ours le poursuit et il ne voit pas comment s’en débarrasser. Il se souvient alors de son oncle, le méchant, le coléreux Pierre Grise. Il descend sous les eaux, dans la tente de sa mère ; justement, l’oncle est là :
« Oncle, oncle, l’ours gris dit que tu es un grand bavard ! »
Oh ! « Bavard » est une grave injure chez les Indiens ! Dans la poitrine de l’oncle un bruit de gravier se fait entendre.
« Oncle, oncle, il veut te montrer du doigt à tout le monde ! »
Dans la poitrine de l’oncle on entend des cailloux qui roulent au fond d’un torrent furieux.
« Oncle, oncle, l’ours gris dit que s’il te rencontre, il te crachera au visage ! »
L’oncle se met à fumer et à bouillir comme un volcan ; des cendres et des pierres lui sortent du nez et des oreilles.
« Oncle, il veut te lancer des ordures dans la figure ! »
L’oncle hurle et rugit :
« Où est-il ce voyou, ce malotru ! Je vais lui montrer si je suis un bavard ! »
Et Pierre Grise file dans la montagne derrière son neveu. Le soir, au campement, il allume un grand feu ; il se couche à côté et pendant la nuit, la chaleur de la flamme augmente encore le rouge de sa colère. C’est alors que survient l’ours gris ; l’ours se dresse, terrible, sur ses pattes de derrière, veut mordre Yaquequam qui s’abrite derrière un arbre. L’ours, comme tous les ours, pour mieux mordre, ferme les yeux ; Yaquequam en profite pour se glisser derrière un autre arbre et l’ours en colère, ne trouve entre ses dents que des morceaux d’écorce. Pendant ce temps, Pierre Grise s’était tourné pour rougir l’autre côté de son corps ; maintenant, il était à point. Gonflé de colère à en éclater, quand l’ours gris revient à l’attaque, il se tourne vers lui et se brise en une multitude de silex tranchants. Percé à mort, l’ours gris tombe comme une masse.
Satisfait et calmé, Pierre Grise rassemble ses morceaux et dit :
« Et voilà ! il a eu son compte, ce courte-queue. Mais je n’ai plus qu’à aller me laver maintenant ; il m’a tout sali ! »
Yaquequam offrit la peau de l’ours à sa grand-mère ; il continua de vivre auprès d’elle et comme il avait désormais de bonnes armes, il devint un grand chasseur.

PP 

mardi 14 septembre 2010

YAQUEQUAM (1)

Légende des Indiens Kutenaï
Province d’Alberta , Canada
1-Enfance-
C
’est l’hiver, pendant la lune du « Vieux Bandit », celui qui fait tomber les aiguilles de sapin. Il gèle fort. Une vieille femme et sa fille vivent seules près d’un étang. Un jour où la fille s’en va chercher de l’eau, sa mère la met en garde :
« Même si tu as très soif, ne bois pas l’eau de l’étang avant d’être rentrée à la maison ! »
L’étang est gelé et pour remplir son seau, la jeune fille doit faire un trou dans la glace. La glace est très épaisse, elle doit travailler dur et l’effort lui donne soif. Elle en oublie les recommandations de sa mère et se penche pour boire. Quand son visage touche l’eau, une main sort de l’étang, la saisit par les nattes et l’entraîne au fond. Suffoquée par l’eau froide, elle perd connaissance.
Elle revient à la vie couchée sur des fourrures, dans une grande tente ; un homme est là qui la contemple. Il se nomme « Pierre Blanche », il est calme comme le fond des eaux et si bon que sous ses côtes, on peut voir battre son cœur. Elle devient sa femme et reste vivre avec lui, sous l’étang. L’été venu, elle met au monde un fils auquel « Pierre Blanche » donne le nom magique de Yaquequam. Ce nom lui donne le pouvoir de vivre aussi bien sur terre qu’au fond de l’eau.
Dans la tente, vit aussi le frère de « Pierre Blanche » : « Pierre Grise ». L’oncle est aussi violent, coléreux, impatient, que le père est doux et calme. Le cœur de « Pierre Grise », quand il bat dans sa poitrine, fait un bruit de pierres qui s’entrechoquent. Yaquequam grandit et comme tout gamin en bonne santé, devient remuant et provoque souvent la colère de son oncle. Des colères si violentes, que la mère juge prudent d’éloigner le petit.
« Sauve-toi avant que ton oncle ne devienne fou furieux. Va là-haut chez ta grand-mère. Tu seras mieux près d’elle et dès qu’elle te verra, elle t’aimera. »
Et la mère montre à son petit garçon comment se rendre sur terre.
Doucement, silencieusement, il s’approche de la tente de sa grand-mère. La vieille femme est assise, elle tourne le dos à l’entrée. Yaquequam est un tout petit garçon qui n’a encore jamais vu un être humain ; il a peur, alors il utilise un pouvoir magique et endort sa grand-mère. Elle qui n’a pas sommeil, résiste, résiste autant qu’elle peut et puis finalement, s’affaisse, se couche sur le côté et s’endort. Le petit bonhomme entre dans la tente. Il y a là une foule d’objets qu’il n’a jamais vu chez sa mère. Curieux, il examine, explore, touche à tout, puis le soir venu, fatigué, il retourne au fond de l’étang.
Etonnée, sa mère lui demande :
« Pourquoi es-tu revenu ? Ta grand-mère n’a pas voulu de toi ? »
« Elle est très vieille, alors j’ai eu peur et je l’ai fait dormir. »
La mère rit :
« Tu sais, tous les enfants l’aiment et toi aussi tu l’aimeras quand tu la connaîtras ! »
Dans la tente, la grand-mère s’est réveillé ; elle voit bien que quelqu’un a fouillé partout et elle voit aussi sur le sol, la trace des pas d’un tout petit enfant. Elle devine que c’est l’enfant de sa fille qui l’a visitée pendant qu’elle dormait. Mais voilà, cet enfant, est-ce une fille ou un garçon ?
Pour le savoir, la grand-mère fabrique un arc, un cerf, et un petit panier qu’elle place le lendemain sur le sol, près de la porte. Yaquequam revient et encore timide trouve plus prudent d’endormir la vieille femme. Il entre dans la tente, voit les jouets, s’empare de l’arc et passe toute la journée à tirer des flèches dans le cerf ; le soir, fatigué, il retourne dans sa maison, sous l’étang.
Quand la grand-mère se réveille, elle voit le cerf criblé de flèches et voit aussi qu’on n’a pas touché au panier.
« Bon, se dit-elle, c’est donc un petit garçon ! »
Le lendemain, elle fabrique plusieurs cerfs, les place à côté de l’arc, puis se couche sur son lit, la tête tournée vers l’entrée, sous une couverture de fourrure ; elle serre contre son corps la natte sur laquelle dormait sa fille quand elle était enfant. Elle fait semblant de dormir. Yaquequam rassuré n’utilise pas son charme et toute la journée s’amuse avec l’arc et les flèches. Sous sa couverture, la grand-mère l’observe ; il lui plaît beaucoup ce petit-fils. Elle reste immobile de longues heures pour ne pas l’effaroucher. Vers le soir, le petit garçon fatigué vient poser près de la porte son arc et ses flèches. Doucement, presque sans bouger, la grand-mère sort la natte de sous la couverture et l’étend près d’elle ; puis elle chante une berceuse celle qui autrefois endormait la mère du petit. Charmé, il s’approche, s’étend sur la natte, pose la tête sur la poitrine de la vieille femme et s’endort.
Le lendemain, il n’est pas retourné sous l’étang et il a depuis, vécu heureux avec sa grand-mère.

samedi 24 juillet 2010

Vous qui cherchez l'Opéra Fantôme, les anciens épisodes (1 à 46) et la suite sont sur Almanachronique

Alma

Non, non, c'est pas là! Il va migrer dans les pages et on va tâcher de poursuivre et si possible de finir.

jeudi 22 juillet 2010

Bonnes Vacances


Et RV CONTES vous quitte pour un moment.
Sur Almanachronique, vous trouverez la suite de l'Opéra Fantôme et une rubrique Contes dans la colonne de gauche.
bonnes vacances et à bientôt.
Cherchez pas il n'y est plus... dans pas longtemps cherchez le ici dans les "pages".

mercredi 21 juillet 2010

Il avait liquidé son appartement parisien, gardant juste une chambre de bonne. Tous ses meubles, ses instruments de musique, sa sono, tout était installé au château. Il était certain d’y trouver le calme et la concentration indispensables pour composer la musique dont il avait envie ; il pensait à un oratorio. Son entourage parisien leva les bras au ciel ; on parla de suicide professionnel. Marlon s’en moquait ; il serait heureux aux Authieux et il le fut. Enfin, autant qu’il pouvait l’être.
D’abord il y avait cet oratorio qu’il portait en lui mais dont il ne pouvait accoucher et puis il y avait Lilith. De cette fille, il n’avait pas parlé à Estournelle ; pas encore. D’ailleurs, qu’aurait-il pu en dire ? Il ne savait presque rien d’elle, même pas son nom de famille et il s’était passé entre eux si peu de choses. Une aventure d’une nuit comme il en avait tant connu. S’il en avait parlé c’est ce qui serait ressorti des faits énoncés, alors qu’il en gardait une impression d’une force étonnante.
Quelques semaines passèrent. L’idée du film, trottait dans sa tête et le visage de Lise, devenait pour lui, chaque jour un peu plus celui de Lilith. Il éprouva un besoin urgent d’en parler. A qui, sinon à sa voisine ?
Il la trouva contemplant d’un air rêveur des tatouages, nouveaux ornements de son cou et de ses avant-bras.
Devant son air ahuri, elle l’informa :
-« Ca se lave vous savez ! La fille d’une amie vient de me les envoyer.
-« Dommage ! Voilà qui ne manquera pas de rehausser votre prestige auprès des gosses de l’école. !
-« Probablement ! Mais les parents… Ils trouvent déjà étrange que je m’habille comme leurs filles quand j’ai l’âge d’être leur mère !
Marlon, qui ne savait comment introduire dans la conversation le sujet qui l’occupait, pour se donner une contenance, tenta de caresser la chatte blanche qui traversait la pièce d’un air digne ; elle frissonna d’horreur et se réfugia sous un fauteuil.
-« Ah, Marlon, ne me la contrariez pas ; nous commençons seulement à nous réconcilier.
- Comment peut-elle vous en vouloir ? Vous lui passez tous ses caprices…
- Oui, mais depuis une semaine les contraintes de ma vie de femme ordinaire ne correspondent pas à ses attentes de chat. Figurez-vous que mon amie…mais peu importe, vous ne la connaissez pas ! Donc cette amie vient me voir accompagnée de ses deux filles et d’un bouledogue, vous savez, les petits, noirs, marrants… Jasmine l’a trouvé horrible, bruyant, remuant ; elle est allée bouder sous les thuyas du voisin. Nous autres humains, avons ri, bavardé et pour finir fait des crêpes avant leur départ. Après quoi, la chipie en a profité pour disparaître et ne rentrer qu’à cinq heures du matin. Imaginez mon désarroi. Le lendemain, elle a tenté de récidiver, mais comme en ce moment, il fait encore jour à six heures du soir, elle s’est fait avoir !
Et voilà que jeudi, un voisin vient prendre le thé et changer ses livres (J’officie aussi à domicile) accompagné de son boxer. Jasmine qui siestait sous l’épicéa n’en revient pas :
- Horreur ! pensa-t-elle, ils les ont aussi en king size !!!
Bon, c’est son opinion mais j’ai du mal à comprendre son animosité, car après tout, étant d’origine persane, elle aussi fait partie de la grande tribu des « Nez Froncés ».
Contrariée, la jeune personne a tenté de disparaître, mais une assiette de dindonneau coupé menu l’a circonvenue. Alors, dépitée, elle est montée à l’étage et a fait un pipi vengeur sur une étoffe à laquelle elle pensait que je tenais beaucoup. Feintée, la minette : ce n’était qu’un vieux dessus de table plus que trentenaire en route pour finir ses jours dans le garage.
Cependant, je suis désolée de l’avoir contrariée à ce point et depuis je fais des bassesses pour rentrer dans ses bonnes grâces….
Enfoncé dans le grand fauteuil de cuir, Marlon buvait du thé, sans trop écouter le récit des scènes de ménage entre Estournelle et sa chatte. Il pensait à Lilith…
A suivre....

mercredi 30 juin 2010

Le Druide et le Chêne

Le druide et le chêne.
Le vieux druide était mort à côté du grand chêne. Parce qu’il n’avait voulu renoncer ni à ses dieux ni à ses rites, les fanatiques de la nouvelle religion venue d’ Orient avec les envahisseurs, l’avaient condamné, lui, le dernier de sa race, à être enterré vivant. Mais dans ce coin de terre du pays des Carnutes, le sol est dur, truffé de silex. Creuser aurait pris trop de temps, alors on avait cloué le vieillard aux branches de cet arbre qu’il s’obstinait à croire sacré.
Il avait expiré pendant des heures, les bras en croix, comme le prophète que ses bourreaux vénéraient. Pendant que les corbeaux déchiquetaient ses yeux et sa chair, il n’avait ni crié ni gémi ; mais il avait eu tout le temps de bien formuler sa malédiction.
Son corps, membre à membre s’était détaché et avait fini de pourrir là, au pied du chêne. Ses os, nettoyés par les rapaces et les rongeurs, avaient blanchi puis étaient retournés en poussière. Seule son âme ulcérée rôdait encore alentour, attendant le temps de la revanche.
Le chêne vécut le nombre de siècles que doit vivre un chêne. Un de ses glands avait germé tout à côté ; si bien qu’en cette clairière ouverte sur l’horizon des blés, on avait toujours vu se dresser un grand arbre solitaire. L’esprit toujours inapaisé du druide veillait, impuissant. Les chrétiens avaient occulté jusqu’au souvenir des forces qu’il servait.
Vint notre époque ! Toute spiritualité endormie peu à peu, les gens se sont mis à honorer de nouveaux dieux qu’on pourrait nommer par exemple : Profit, Rentabilité, Pouvoir. L’esprit du druide que l’Evangile avait anéanti, reprit de la vigueur face à ces nouvelles croyances par trop matérialistes.
Le pays des Carnutes est maintenant la Beauce .Dans la clairière ouverte sur l’horizon des blés se dresse toujours le grand chêne ; derrière sont des bois qui dominent une vallée ; au fond de la vallée se promène une rivière fantaisiste, parfois en crue mais le plus souvent à sec : la Meuvette. Après, c’est la Normandie. La vallée de la Meuvette est faite de bosquets, de pâturages, de quelques maisons anciennes. Le paysage, la faune et la flore sont encore , par exception, épargnés par les engrais, pesticides, insecticides, désherbants et autres pollutions.
Des amours plus ou moins incestueuses de Profit, Pouvoir et Rentabilité sont nés de tristes enfants : Consommation, Gaspillage, Pollution, Prévarication sont leurs noms ; il y en a d’autres et d’autres encore mais la liste serait bien longue !
L’esprit du druide méditait sur cette religion nouvelle ; insidieuse, sans apôtres déclarés, sans missionnaires, sans tortures et sans sacrifices elle alait bientôt reléguer l’Evangile au même rang que ses croyances : celui de légende.
Par un beau jour d’automne, il sut qu’il tenait sa vengeance ! C’était l’ouverture de la chasse ; sous les branches du Grand Chêne était prévu le rendez-vous de midi. Il y avait là de gros propriétaires terriens, des élus, des financiers, bref des notables. On prit l’apéritif, déjeuna, il y eut café, pousse et repousse café ; principalement on parla. D’affaires surtout, la chasse sert également à ça.
La ville voisine grandissait, sa population aussi et les ordures ménagères augmentaient en proportion ; on ne savait plus où les mettre. Une usine d’incinération construite depuis peu fonctionnait tantôt mal, tantôt pas du tout ; il fallait d’urgence trouver une solution, un terrain assez vaste et discret pour accueillir une décharge. Comment une décharge ? Que non pas ! Un Centre d’Enfouissement Technique ; on y fait la même chose me direz-vous, mais le terme est plus… est plus…hypocrite, oui !
Mais où trouver ce terrain ? Ici même, amis chasseurs ! Cette clairière où vous pique-niquez à l’ombre d’un chêne centenaire est l’endroit rêvé pour y déposer les ordures de toute une ville !
L’esprit du druide en ce moment même soufflait à l’un des convives l’idée de céder, contre une confortable rémunération bien entendu, ces arpents qui lui appartenaient, dont il n’avait plus l’usage et qui conviendrait à merveille à l’implantation d’une décharge. La proposition qui résolvait un certain nombre de problèmes, arrangeait bien des gens ; on la reçut chaleureusement. Le généreux propriétaire outre un loyer substantiel, devait par la suite obtenir toutes les subventions dont il aurait besoin pour d’autres entreprises.
Le projet fut lancé au grand dam des populations voisines. Qui peut se réjouir de vivre à côté d’une décharge ? Un comité de défense fut constitué. Seulement l’esprit du druide vint aussi aux assemblées ; on s’y agita beaucoup et l’on agit peu. En dépit de nouvelles lois, en dépit des défenseurs de l’environnement, le parti des poubelles fut bientôt en mesure de gagner la bataille et l’on vit les premiers baraquements investir la clairière.
Juin arriva que devait suivre le premier coup de pioche.
Nombre de « parisiens », des « accourus » comme on les nomme ici, avaient quitté la ville pour avoir un jardin, une maison souvent un peu sombre, aux murs pas toujours droits, mais avec une âme, un charme, un passé. Tristes de se voir rattrapés par ce qu’ils avaient fui, pour dire adieu à ce site qu’ils aimaient et qui allait mourir, ils organisèrent une dernière fête : un feu de la Saint Jean d’ Eté.
Il faisait beau et la nuit fut longue à tomber sur le dîner en plein air. Enfin, une lune ronde et bien claire se leva dans le ciel bleu foncé où le brasier lança de longues flammes rouges, oranges et violettes. La nuit de la Saint Jean d’Eté, comme celle de Noël, est la nuit de tous les miracles ; le vieil esprit, figé depuis des siècles dans sa rancœur, pour mieux observer, s’était tapi dans les hautes branches du chêne. La vue du feu et des gens qui dansaient autour lui rappela le temps où il était un druide puissant, respecté, influent ; il avait alors de nombreux pouvoirs. Les souvenirs revenaient par vagues et si les musiques n’étaient pas celles qu’il avait connues, elles lui donnaient une égale envie de danser, de chanter les refrains. Quand les premiers couples s’élancèrent à travers les flammes, une bouffée de jeunesse réchauffa son cœur.
Plongé dans sa nostalgie, délivré de la haine qu’il entretenait sans cesse, il ne vit pas les flammes lécher les baraquements. Qui avait conduit le feu dans cet endroit pourtant éloigné du brasier ? Imprudence ? …Malveillance ?… Il faisait sec, on avait pu jeter un mégot ; mais tout aussi bien on avait tenté de retarder les premiers travaux… allez savoir !
L’odeur de roussi sortit le druide de sa rêverie ; des flammèches léchaient maintenant le pied de « son » chêne . Alors, voyant proche la destruction de cet arbre qu’il avait pourtant maudit de toutes les manières, il ne put supporter de voir périr son vieil ennemi. Ce chêne qu’il croyait haïr de toutes ses forces lui devint cher entre tous ; il mobilisa toute son énergie pour le sauver. Toutes les prières, toutes les incantations, tous les gestes sacrés lui revinrent en mémoire : il réussit à déclencher un de ces orages qui font la une des quotidiens et servent à dater un été. D’énormes et noirs cumulus roulèrent dans le ciel opaque, charriés par un vent qui repoussa les flammes loin du chêne ; le tonnerre se déchaînait, des éclairs métalliques zébraient la nuit, la pluie se mit à tomber en cataractes à temps pour épargner l’arbre mais trop tard pour sauver le chantier. Les danseurs trempés coururent finir la fête devant leurs cheminées.
Pendant ce temps, les notables eux aussi faisaient la fête ; on donnerait demain le premier coup de pioche et avant l’hiver, quelques hectares de la jolie vallée seraient livrés aux camions de déchets. Ce bel ouvrage méritait un dîner bien arrosé dans la meilleure auberge du canton. C’est après les cigares qu’on entendit les premiers coups de tonnerre ; il était temps de regagner les voitures avant la pluie.
Les responsables du projet, ayant à se dire des choses que d’autres ne devaient pas entendre, restèrent en arrière. Ils traversèrent le parking sous des trombes d’eau ; c’est alors que le hasard, la malchance (ou tout autre cause qui vous vient à l’esprit), les fit poser la main en même temps sur les portières ; un éclair illumina les lieux, le tonnerre éclata et une boule de feu roula jusqu’aux voitures. En explosant, elles consumèrent les trois corps dont il ne resta rien.
Privé de ses promoteurs, le projet de décharge somnola quelque temps dans un classeur, lequel finit par sombrer englouti dans une mer d’autres projets en instance. Le gouvernement changea , la politique aussi ; il y eut d’autres priorités, d’autres lois, on oublia le Grand Chêne et sa vallée. L’esprit du druide, enfin paisible, se blottit entre les racines et s’endormit pour l’éternité.


PS: ceci est un conte. Dans la réalité le Centre d'Enfouissement Technique a été implanté, puis abandonné. La promenade autour du Grand Chêne est devenue impossible; les sentiers ne sont plus entretenus et sont devenus impraticables ,et ne parlons pas de l'odeur!!!!.


mercredi 26 mai 2010

En passant par la Lorraine

Jean Markale – Le Périple de St Colomban – p.115


La tradition populaire de la Lorraine, et particulièrement celle des pays proches des Vosges, a gardé des cultes anciens d’abondants et surprenants vestiges. « Car la Lorraine, on l’oublie trop souvent, fut et reste une terre celtique, pays des Mediomatrices (dont le centre était Divodurnum, la cité consacrée aux dieux : Metz) et des Leuci (dont le centre était Tulum Leucorum : Toul). Lorsque le peuple de la Terre du Milieu (Mediomatrices) et le Peuple-Lumière (Leuci) faisaient brûler les feux de Belisama pour la fête de Beltaine (1° Mai), ils purifiaient le monde de la noirceur de la nuit de Walpurgis… Nous faisons de même en brûlant les feux de la Saint-Jean qui sont la résurgence directe (même si décalée dans le temps) des feux de Beltaine. » - Jean-Paul Ronecker et Samir Bouadi, préface pour « en passant par la Lorraine mystérieuse », numéro spécial de la revue du Collège de mythologie populaire Lorraine, Nancy, mai 1988.
On ne peut guère négliger un lieu-dit du noms de Tomblaine (Meurthe et Moselle), près d’un gué sur la Meurthe, un peu en amont de Nancy. Là, se dressait autrefois un tertre qui a été rasé pour cause d’urbanisme, mais qui est un ancien Tum-Belen, tout comme l’ilôt de Tombelaine, au large du Mont-Saint-Michel de Normandie. Le nom de Tomblaine ou Tombelaine (ce dernier terme étant l’appellation primitive du Mont-Saint-Michel avant sa christianisation) signifie « tertre de Belen » et se réfère à un culte rendu à la divinité lumineuse des Celtes, ceBelenos, épithète qui a laissé bien des traces dans la toponymie gauloise et qu’on retrouve curieusement incorporé à la tradition chrétienne sous le vocable de « saint »Bonnet, dont il existe de nombreuses localisations à travers l’hexagone. Et, ce qui peut paraître surprenant, c’est que le Tomblaine lorrain et le Tombelaine normand se trouvent exactement sur le même parallèle (54 G.7-8). Là-dessus, on serait tenté de formuler des hypothèses qui seraient peut-être hasardeuses, mais qui ne font que renforcer une certitude, celle de la forte implantation, aux époques gauloises et gallo-romaines, d’un culte rendu à une divinité considérée sous son aspect lumineux.
Ce culte est incontestable à Grand, dans les Vosges. Ce nom provient de Grannus, épithète gallo-romaine accolée à celui de dieu gréco-latin Apollon. On sait que Grand (en latin Grannum) était, pendant le haut moyen-âge une agglomération importante et une sorte de lieu sacré pour les habitants de la région. Or, le nom de Grannus possède la même racine celtique que le mot gaélique grian qui signifie « soleil ». Mais il s’agit non pas ici d’un dieu-soleil à proprement parler : Apollon est avant tout le dieu guérisseur, le dieu qui donne la lumière, le dieu qui inspire les poètes – et les musiciens- et qui dévoile l’avenir (à Delphes, par l’entremise de la fameuse Pythie). Ici, le concept de guérison rejoint étroitement celui de l’illumination intérieure : c’est un principe chamanique qui a étté à la base de tout ce qu’on appelle actuellement les « médecines douces ». Mais à ce compte, ce Grannus gallo-romain apparaît bien comme un des multiples visages de cette divinité celtique qu’on appelle Lug, le « Multiple Artisan », le dieu hors fonction qui a laissé son nom à d’innombrables lieux en Europe, tant sur le continent que sur les îles britanniques.
La mémoire populaire, en Lorraine, a conservé le souvenir d’étranges croyances liées à ces liturgies sur lesquelles on ne possède aucune information précise. On sait, par exemple, que les habitants de Remiremont (Vosges) se rendaient, chaque dimanche de la Trinité, à un lieu-dit Croix-Théot (aujourd’hui Croix-Notre-Dame) en lisière de la forêt d’Hérival, afin d’y voir le lever de trois soleils. Mais, pour contempler cet étrange phénomène, il était nécessaire non seulement de se lever de bon matin pour gagner le plus haut sommet de la région, mais de s’être pieusement confessé la veille et être ainsi en « état de grâce ». Tout cela pose certaines questions : « Ce culte solaire est la résurgence d’une très ancienne division de la journée et trois ou quatre moments : levant, zénith, couchant-nuit- et fait écho aux anciennes triades celtiques. Les habitants du canton de Vézelise disaient qu’en ce jour trois sinistres devaient avoir lieu, un pendu, un noyé, un brûlé» .(J.P. Ronecker et Samir Bouadi, voir plus haut). Et cela rappelle de façon étonnante ce qui se passait, vers l’ascension à Agen (Lot-et-Garonne), où l’on faisait rouler, depuis les collines qui dominent la ville, des roues enflammées qui aboutissaient dans les flots de la Garonne. Il y a là un souvenir très net du mystérieux « Dieu à la Roue » de la statuaire gallo-romaine dans un contexte ternaire, typiquement celtique. On se doute bien que le moine irlandais Colomban a exploité ce thème des trois soleils, cette triade celtique pour faire admettre aux gens du peuple le dogme de la sainte Trinité, comme l’avait fait saint Patrick avec le trèfle.
Mais ce culte de la lumière solaire, incontestablement d’origine celtique, est bien particulier. Il ne fait pas oublier que dans toutes les langues celtiques – et germaniques -, le mot qui désigne le soleil est du genre féminin. Or, à Grand, aux temps anciens, avant l’introduction du christianisme, fut également un sanctuaire dédié à une déesse que les inscriptions appellent Solimara. Il est possible d’y voir une « Grande Soleil », et de la confondre avec la parèdre de Belenos, Belisama, la « très lumineuse ». Cependant, dans la tradition locale, cette divinité a une fonction psychopompe : c’est une déesse-jument qui emmène les âmes dans l’autre monde. On retrouve le thème exprimé dans la première branche du Mabinogi gallois, le récit de Pwyll, prince de Dyved, où l’héroïne, Rhiannon (« la royale ») est condamnée injustement à porter sur son dos les visiteurs qui se rendent au mystérieux palais de son époux, et qui n’est autre qu’une citadelle de l’Autre Monde. Et Rhiannon est le strict équivalent de l’irlandaise fée Macha et de la divinité gallo-romaine nommée Epona, toujours représentée chevauchant une jument, ou sous forme de jument elle-même. Et toujours dans les Vosges, à Soulosse-sous-Saint-Elophe, on a retrouvé des vestiges prouvant un culte à cette déesse Solimara, tandis que Soulosse semble bien avoir été un important sanctuaire dédié à la fois à Sucellos ; le dieu au marteau des Gaulois (équivalent du Dagda des épopées irlandaises, porteur d’une massue magique), et à Rosmerta, nom gallo-romain de la Brigit irlandaise, déesse de la fécondité, des arts et des techniques, assimilée par César à la Minerve romaine, et devenue plus tard « sainte » Brigitte de Kildare .
Cette déesse aux divers noms, et souvent triplée à la mode celtique, se présentant généralement sous trois aspects fondamentaux, se retrouve derrière toutes les fées de la tradition populaire. Ainsi à Saint-Dié (Vosges), on racontait que la montagne dite l’Ormont (mont de l’or), qui domine la ville à environ trois kilomètres, est le domaine des fées. Elles résident dans une grotte située sous trois grosses masses de grès de forme cubique connues sous l’appellation de Roches aux Fées. Le rôle de ces fées est bien défini : elles sont là pour protéger la ville de Saint-Dié continuellement menacée d’engloutissement. En effet, d’après cette tenace légende, un lac souterrain se trouve à l’intérieur de la montagne et les eaux du lac exercent une pression constante sur les parois de pierre, risquant de les faire céder et de se répandre dans la vallée. Et, autrefois, le jour de la Saint-Charles, on avait coutume de faire célébrer dans la chapelle de l’hôpital de Saint-Dié une messe pour conjurer cette menace. Puis un membre de la confrérie des forgerons rivait d’un coup de marteau symbolique l’anneau magique – et virtuel – qui entourait la ville. Mais les fées finirent par devenir quelque peu diaboliques et les Roches d’Ormont passèrent bientôt pour être un lieu de sabbat. On a retrouvé en 1938, au pied de ces rochers, une inscription qui prouve qu’en 1555, le 2 février précisément, le jour de la Chandeleur (correspondant à la fête celtique d’Imbolc), se déroula à cet endroit une authentique cérémonie d’exorcisme.
Cette ambiguïté des fées est évidemment la conséquence de la christianisation. Certes à Domfaing (Vosges), elles sont appelées « marraines » et résident aux Roches de Continpierre. Elles ont un rôle protecteur, car par les belles nuits d’été, on les entendait chanter d’harmonieuses mélodies qui couvraient les horribles bruits provenant des Roches de Barmont, à la Chapelle-devant-Bruyères, où le diable menait grand tapage. Mais à Charmois-l’Orgueilleux (Vosges), ces fées semblent fréquenter un personnage assez noir. En effet, sur ce site, on peut voir une sorte de borne, dite « le Grand Mald’heux » (« mauvais dieu »), d’époque indéterminée, où sont représentés un personnage masculin grimaçant et trois jeunes filles aux mains démesurément longues. Il s’agit vraisemblablement d’Orcus , le dieu « noir », équivalent du Dispater dont parle César à propos de la religion gauloise, et qui est devenu ensuite l’ogre des contes populaires, entouré de « prêtresses » qui ne sont plus des fées mais plutôt des sorcières aux pouvoirs maléfiques, comme en témoignent leurs longues mains.
Le « mauvais dieu » est donc présent, sous forme de monstre, parmi des femmes ambigües qui sont les images dégénérées d’antiques divinités. S’il se présente en tant qu’Orcus, il est donc cet Homme Sauvage qui fait peur à ceux qui le rencontrent parce qu’il allie des caractéristiques animales à celles de l’humain. Toujours aux environs de Saint-Dié, au lieu-dit la Charme de l’Ormont, on raconte qu’autrefois, pendant les nuits sombres, on entendait de terrifiants hurlements, ceux d’un être fantastique, le Houeran, géant à barbe rousse hirsute, coiffé d’un large chapeau noir aux bords rabattus et aux yeux de braise, capable de saisir à pleines mains des tisons ardents. Et si son apparence était celle d’un humain, ses jambes étaient celles d’un capriné et son arrière-train était une tête de bouc. C’était évidemment le souvenir d’une divinité préchrétienne ravalée au rang d’être diabolique.
A Boulay (Moselle), cet être rôdait dans les rues de la ville et on lui avait donné le nom de la Masfe (« la Masse »). C’était effectivement, à ce qu’on disait, une masse informe qui avait l’aspect d’un veau, avec des poils très longs et des yeux extraordinairement grands. Mais à Celles-sur-Plaine (Vosges), cet être qui rôdait à minuit, avait l’aspect d’un cheval qu’on appelait le Bian Chevâ, et qui venait boire à une fontaine, près du cimetière. Il ne fallait surtout pas lui adresser la parole, car il était capable d’entraîner l’imprudent interlocuteur vers Brouvelieures (Vosges), au lieu-dit « la Roche du Champignon », où se voit un trou dans le sol, qui passe pour une des entrées de l’enfer.
Mais ce « dieu noir » a souvent l’apparence d’un loup. Le plateau de Malzéville (Meurthe et Moselle), non loin de Nancy, présente une vue aérienne en forme de tête de loup. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il y a, sur ce plateau, de nombreux toponymes qui évoquent le loup. Chez les Celtes, le loup est celui qui initie à la Connaissance, celui qui hurle à la lune (et qui parfois dévore cet astre), et celui qui conduit les défunts dans l’Autre Monde. Il faut alors se souvenir que dans certaines versions de la légende arthurienne, l’enchanteur Merlin fait ses confidences à un certain ermite du nom de Blaise, et que le nom de Blaise est une francisation de gallois Bleidd et de breton Bleiz, signifiant « loup ». De plus, en grec, « loup » se dit lukos (d’où lycanthropie), dont la racine indo-européenne est à l’origine du terme grec signifiant « blanc » ou « brillant » (leukos), épithète qu’on peut facilement reconnaître dans le nom du fameux dieu Lug. Le loup-garou des traditions populaires n’est pas très loin de cette apparence fantastique et néanmoins fantasmatique que prend le Loup dans l’imaginaire. Les fameux « loups-garous » ne seraient-ils pas, dans l’inconscient collectif, les mémorisations d’une état antérieur où les humains et les animaux parlaient le même langage ? A ce compte, le loup-garou, malgré la malédiction qui pèse sur lui, ne serait autre que la réminiscence d’un état antérieur de connaissance qui a été perdu par l’être humain et qui ne se conserve guère que dans le fantasme de la métamorphose. Ainsi s’expliqueraient les hommes-loups, les hommes-ours, les hommes-chavaux (centaures), les femmes-lionnes (les sphynges et non les sphynx), les femmes-cygnes de la mythologie celtique, et tous les autres monstres mi-humains mi-animaux qui sont communs à la plupart des traditions. Quant au loup divin, les exemples abondent en ce sens, il est devenu, sous le couvert de la christianisation, parfois saint Blaise, parfois saint Loup.
Mais ces « monstres » sont inévitablement confrontés à une figuration divine féminine. Dans le christianisme c’est la Vierge Marie qui met son pied sur le serpent, non pas pour l’écraser comme on le répète inconsidérément, mais pour le dominer, le maîtriser. Car le Serpent représente la force tellurique divine – ou diabolique – tandis que la Vierge Marie représente l’énergie cosmique venue du ciel. Au reste, dans la Genèse, le « serpent » est en réalité une « serpente », et le nom du serpent, dans de nombreuses langues, est toujours au féminin. Il s’agit bien d’une serpente, et cette constatation bouscule singulièrement les explications officielles concernant le soi-disant « péché » originel d’Adam et Eve. Il semble qu’il y ait eu, dans ces régions voisines des Vosges, de nombreux cultes dits païens destinés à favoriser l’union du Ciel et de la Terre, du Haut et du Bas, de l’Invisible et du Visible, de l’élément mâle et de l’élément femelle.
Dualité, ambivalence, ambiguïté… Sur la célèbres colline « inspirée » de Sion (Meurthe et Moselle), si chère à Maurice Barrès, et qui fut autrefois Vaudémont, c’est-à-dire Wodani Mons, le « mont de Wotan (Odin) », on sait que fut célébré pendant des siècles le culte de la déesse germanique Herta ou Erda, c’est-à-dire « la Terre », donc une déesse-mère qui avait succédé à une quelconque Anna ou Dana celtique. Or, au milieu du XIX° siècle, des ouvriers employés à des fouilles archéologiques sur la colline de Sion-Vaudémont, mirent à jour une étrange statuette de bronze représentant un personnage à tête de femme, aux cheveux très longs, au corps très féminin, mais au sexe d’homme. Cette colline était-elle un sanctuaire dédié à l’Androgyne primitif ? On serait tenté de le croire.

lundi 24 mai 2010

LES NOMBRES :9,10,11,12,13

Multiple de trois, le neuf apparaît assez souvent en souvenir des Muses qui étaient neuf , et de Déméter qui chercha sa fille Perséphone pendant neuf jours.
Les chrétiens pratiquants font souvent des « neuvaines ».
Le tribut payé à Minos par Athènes tous les neuf ans était de sept jeunes gens et sept jeunes filles. Ce qui renverrait au nombre sept, si nous n’avions d’abord à examiner le dix.
Les Pythagoriciens considéraient le dix comme un nombre sacré entre tous car représentant la création universelle. Il a pour la même raison une grande importance chez les Bambaras. En Inde, le code de Manou compte dix règles morales et les bouddhistes dénombrent dix vertus transcendantes.
Pourtant, s’il est moins important dans la tradition judéo-chrétienne, il n’est pas sans signification. Nous avons les dix commandements, les dix plaies d’Egypte est le dragon de l’Apocalypse est orné de dix cornes.
Le onze du Tao montre la voie, le chemin ; les Africains le relient aux mystères de la fécondité. Cependant, les Anciens détestaient se trouver onze à table.
St Augustin dit de lui qu’il est « l’armoirie du péché ». Sans doute parce que venant après le dix, nombre du décalogue, il évoquerait les impies qui transgressent ses règles.
Le total des habitants de l’Olympe est douze, comme les douze travaux d’Hercule, les douze signes du zodiaque, les douze fils de Jacob et les douze apôtres de Jésus.
Douze chevaliers pouvaient siéger avec Arthur autour de la Table Ronde.
Dans ces deux derniers cas, les convives étaient treize à table et l’on sait les superstitions qui s’attachent à ce dernier nombre. Porte-bonheur ou porte-guigne ??
Que faire un vendredi 13 ? Rester au lit ou aller acheter un billet de loterie ?

samedi 22 mai 2010

LES NOMBRES 1, 2, 3, 4

La symbolique des nombres est basée sur de très anciennes croyances dont on trouve des échos dans les religions et aussi dans les contes. Les contes commencent souvent par la formule : « Il était UNE fois ». 
C’est le nombre des débuts, de la révélation. Il est recommandé de faire un vœu quand on fait une chose pour la première fois ; quand on mange le premier fruit ou le premier légume de la saison ; quand on entend le premier chant du coucou, qui annonce la fin des gelée, quand on aperçoit la première hirondelle, la première étoile du soir, Au premier coup de teonnerre du premeir orage de l’année.
Nombre de légendes relatent l’abandon d’un enfant premier-né, voué plus tard à accomplir des actes étonnants.
Le deux exprime l’ambivalence, l’opposition qui n’est pas obligatoirement négative. Les opposés sont souvent complémentaires : masculin, féminin ; noir et blanc ; jour et nuit ; gauche et droite ; yin et yang etc…
Dans les contes les héros comme Hansel et Gretel sont parfois frère et sœur. On trouve la bonne fée qui répare les maléfices de la sorcière et le plus ancien conte connu est celui des « deux frères »
Bien que le total des habitants de l’Olympe soit douze (certains en dénombrent quatorze), les dieux principaux sont trois qui se partagent le gouvernement du monde: Zeus maître du ciel et de la terre ; Poséidon qui règne sur les ondes et Hadès qui détient l’empire du monde souterrain.
On trouve chez les chrétiens la Sainte Trinité : le Père le Fils et le Saint-Esprit
Dans le contes les vœux sont généralement au nombre de trois et les formules magiques doivent souvent se répéter trois fois pour être efficaces.
Partout dans le monde, le quatre est chargé de symboles. Dans la réalité, les mythes, les légendes, les contes ou les religions beaucoup de choses vont par quatre.
Après avoir écouté l’histoire des quatre fils Aymon ou des quatre musiciens de Brême, les enfants jouaient aux quatre coins.
L’année est divisée en quatre saisons ; il y a quatre points cardinaux.
Quatre évangélistes ont composé le Nouveau Testament, dans lequel quatre cavaliers annoncent l’Apocalypse.
Les anciens faisaient couler quatre fleuves aux Enfers : l’Achéron, le Cocyte, le Phlégéton et le Styx, garant des serments des dieux.
Et gardez précieusement le brin de trèfle, si par chance il possède quatre feuilles.
P.

mercredi 19 mai 2010

Pieds nus sur la Terre Sacrée

"Nous étions un peuple sans lois, mais nous étions en très bons termes avec le Grand Esprit, Créateur et Maître de toute chose. Vous présumiez que nous étions des sauvages. Vous ne compreniez pas nos prières. vous n'essayiez pas de les comprendre. Lorsque nous chantions nos louanges au soleil, à la lune ou au vent, vous nous traitiez d'idolâtres. Sans comprendre. vous nous avez condamnés comme des âmes perdues, simplement parce que notre religion était différente de la vôtre.
Nous voyions la main du Grand Esprit dans presque tout: le soleil, la lune, les arbres, le vent et les montagnes. Parfois nous l'approchions par leur intermédiaire. Etait-ce si mal? Je pense que nous croyons sincèrement en l'Etre suprême; d'une foi plus forte que celle de bien des Blancs qui nous ont traités de païens... Les Indiens vivant près de la nature et du Maître de la nature ne vivent pas dans l'obscurité.
Saviez-vous que les arbres parlent? Ils le font pourtant! Ils se parlent entre eux et ils vous parleront si vous écoutez. L'ennui avec les Blancs, c'est qu'ils n'écoutent pas! ils n'ont jamais écouté les Indiens, aussi je suppose qu'ils n'écouteront pas les autres voix de la nature. Pourtant,
les arbres m'ont beaucoup appris: tantôt sur le temps, tantôt sur les animaux, tantôt sur le Grand Esprit."

TATANGA MANI - Stoney

Les Chouchous