Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

lundi 9 janvier 2012

Le dernier des cultes récap 25

Le dernier des cultes 09:0112
Le Dieu Horrible devait être nourri ; chaque jour à midi, l’infernal tuyau comblait sa gueule large ouverte.. On ne savait plus pourquoi il fallait le nourrir, personne ne savait plus à quoi servait cette divinité ; on savait seulement qu’il fallait chaque jour à midi, enfourner dans ses lèvres d’acier un fleuve de sang chaud, mêlé de métal en fusion.Jeremy, minuscule au pied de l’idole de bronze, Jeremy chaque jour actionnait la manette qui libérait le flot de liquide diabolique et se demandait ce qui arriverait si par hasard il oubliait. Il croisait les bras, baissait la tête et réfléchissait ; de semaine en semaine, l’envie en lui grandissait de refuser au monstre son abjecte nourriture ; de semaine en semaine il était plus convaincu de la vanité de ce geste qu’il accomplissait chaque jour à midi. Car si l’idole n’était, il en avait de plus en plus la certitude,qu’une énorme cuve de bronze, à quoi servaient les sanglants sacrifices perpétrés en amont du temple. Qu’arriverait-il s’il enfreignait la loi ? à lui d’abord, aux autres ensuite ? Ce geste que sa raison lui commandait de refuser serait-il libérateur pour tout un peuple ? Dans ce cas, peu lui importait d’être immolé. Il eut la pénétrante vision de son corps à lui, vêtu de blanc, un épieu dans le ventre, une pierre lui broyant les reins, gisant dans une mare de sang ; son corps meurtri roulé dans des éclats de verre. Et Jeremy eut peur ; comme chaque jour à midi, l’horreur de la souffrance poussa sa main vers la manette. L’horreur de sa souffrance à lui, lui faisait oublier la souffrance des autres. Il baissa la manette et le flot de sang et de métal en fusion monta dans la gueule d’acier, remplissant le ventre de bronze.
Pourquoi risquer une mort atroce pour des gens dont une croyance absurde était supplantée par une autre plus absurde encore ? Son grand-père lui avait raconté le temps du Grand Rhinocéros : le peuple, avant la Tonne de Bronze avait adoré un Rhinocéros Rouge, lui aussi nourri de sang.
Les épaules basses, le pas lourd, Jeremy contourna le temple aux structures tubulaires. Dans un espace vide, des hommes en combinaison écarlate surveillaient un énorme brasier dans lequel des pelleteuses poussaient les carcasses des sacrifiés, hommes et bétail confondus. Une puanteur insoutenable lui donnait la nausée. Tous les jours à midi, tous les jours de l’année, le même geste, la même vision, la même odeur, la même nausée. Il avançait sous le ciel obscurci par les fumées du brasier ; il lui tardait de quitter cet espace infernal pour rentrer chez lui.
Avait-il un chez lui ? Le bistrot de sa mère était-il un foyer ? Elle était encore jeune, sa mère. Elle avait été, avant la naissance de la petite sœur, une vedette de l’accordéon ; mais les bals musette ne suffisaient pas à faire vivre deux enfants. Quand le père était parti, elle avait oublié la musique et repris le bistrot. C’était pour la soulager, pour qu’elle abandonne le comptoir et retrouve son instrument que Jeremy avait accepté de baisser la manette…
« Tu arrives bien, lui dit-elle, mets-toi au bar le temps que j’aille avec Georgette à la laverie. »
Georgette, avec un caddie plein de linge sale, attendait sur le trottoir ; Manuela, sortit de la réserve un autre caddie : tout le linge de la semaine. Jeremy les vit s’éloigner, poussant les chariots et bavardant. Elles disparurent au carrefour, dans une rue transversale.
Le coup de feu de midi était passé, le bistrot était désert. Jeremy rinça quelques verres, vida les cendriers et passa un torchon humide sur les tables. Il prit le journal et s’assit à une table ; le quotidien lui tomba des mains. L’œil rivé sur la tapisserie persane, incongrue entre des publicités pour bières et apéritifs et le panneau réglementant l’ivresse publique et les débits de boisson, il se mit à rêver.
La tapisserie datait d’une vie qu’il n’avait pas connue, d’une vie que sa famille menait dans un autre pays, avant sa naissance. Un pays de soleil, un pays de bonheur qu’ils avaient du quitter . Puis le pays refuge où le père était né, devint à son tour la proie du totalitarisme et de la superstition. Ce pays doux et raisonnable n’avait pas voulu croire à de nombreux présages ; une série de cataclysmes inimaginables et prévisibles avait repoussé la civilisation en lisière de l’abrutissement des foules.
La faim , la misère et les épidémies avaient tout ravagé, des religieux barbus avaient pris le pouvoir, interdit toute joie, tout plaisir, enfermé les femmes, muselé les hommes. Des familles par centaines avaient fui ; les grands parents et leur petit, le père de Jeremy, leur peu d’avoir calé sur un âne avaient marché, escaladé les montagnes, manqué mourir de soif au désert. Ils avaient revendu l’âne et tout ce qui leur restait pour embarquer au fond d’un cargo. Ils avaient refait leur vie au pays du Rhinocéros Rouge, où Jeremy avait grandi et s’était marié entre le comptoir et les tables du café-restaurant que ses parents avaient ouvert. Ils étaient heureux ; le père cuisinait, Manuela jouait de l’accordéon et le soir on dansait. Les grands-parents, doucement vieillissaient.
Et tout avait recommencé ; l’intolérance, la misère. On les avait traités d’étrangers ; le grand-père avait raconté… Ca commence toujours comme ça, ensuite, il faut partir…
Le père avait fait ses bagages ; il voulait trouver une endroit où enfin ils pourraient vivre en paix… il n’était pas revenu, les grands-parents étaient morts, Manuela avait rangé son accordéon , Jeremy devenu grand, n’avait pas trouvé de travail alors il était devenu, comme d’autres « étrangers », un des servants de l’idole de bronze.
L’accordéon désormais, somnolait sous la poussière, dans une niche au-dessus du comptoir ; Manuela sortait avec des copines ; la laverie, le centre commercial remplissaient sa  vie, elle semblait heureuse….
Et pour qu’elle le reste, Jeremy allait continuer cette existence inepte, qu’il n’avait pas désirée et qu’il ne savait comment changer. A moins … à moins qu’un jour, comme son père, il ne s’en aille …à la recherche d’un monde meilleur….

dimanche 8 janvier 2012

Les Loups (extrait des Malheurs de Sophie)

Le lendemain du jour où Sophie avait eu quatre ans, sa maman l’appela et lui dit :
« Sophie, je t’ai promis que, lorsque tu aurais quatre ans, tu viendrais avec moi faire mes grandes promenades du soir. Je vais partir pour aller à la ferme en passant par la forêt ; tu vas venir avec moi ; seulement fais attention à ne pas te mettre en arrière ; tu sais que je marche vite, et, si tu t’arrêtais, tu pourrais rester bien loin derrière moi avant que je pusse m’en apercevoir. »
Sophie, enchantée de faire cette grande promenade, promit de suivre sa maman de tout près et de ne pas se laisser perdre dans le bois.
Paul, qui arriva au même instant, demanda à les accompagner, à la grande joie de Sophie.
Ils marchèrent bien sagement pendant quelque temps derrière Mme de Réan ; ils s’amusaient à voir courir et sauter quelques grands chiens qu’elle emmenait toujours avec elle.
Arrivés dans la forêt, les enfants cueillirent quelques fleurs qui étaient sur leur passage, mais ils les cueillaient sans s’arrêter.
Sophie aperçut tout près du chemin une multitude de fraisiers chargés de fraises.
« Les belles fraises ! s’écria-t-elle. Quel dommage de ne pas pouvoir les manger ! »
Mme de Réan entendit l’exclamation, et, se retournant, elle lui défendit encore de s’arrêter.
Sophie soupira et regarda d’un air de regret les belles fraises dont elle avit si envie.
« Ne les regarde pas, lui dit Paul, et tu n’y penseras plus. »
SOPHIE-
            C’est qu’elles sont si rouges, si belles, si mûres, elles doivent être si bonnes !
PAUL –
            Plus tu les regarderas et plus tu en auras envie. Puisque ma tante t’a défendu de les cueillir, à quoi sert-il de les regarder ?
SOPHIE-
            J’ai envie d’en prendre seulement une : ce la ne me retardera pas beaucoup. Reste avec moi, nous en mangerons ensemble.
PAUL-
            Non, je ne veux pas désobéir à ma tante, et je ne veux pas être perdu dans la forêt.
SOPHIE-
            Mais il n’y a pas de danger. Tu vois bien que c’est pour nous faire peur que maman l’a dit ; nous saurions bien retrouver notre chemin si nous restions derrière.
PAUL-
            Mais non : le bois est très épais, nous pourrions bien ne pas nous retrouver.
SOPHIE-
            Fais comme tu voudras, poltron ; moi, à la première place de fraises comme celle que nous venons de voir, j’en mangerai quelques-unes.
PAUL-
            Je ne suis pas poltron, mademoiselle, et vous, vous êtes une désobéissante et une gourmande : perdez-vous dans la forêt si vous voulez ; moi, j’aime mieux obéir à ma tante. »
            Et Paul continua à suivre Mme de Réan, qui marchait assez vite et sans se retourner. Ses chiens l’entouraient et marchaient devant et derrière elle. Sophie aperçût bientôt une nouvelle place de fraises aussi belles que les premières ; elle en mangea une, qu’elle trouva délicieuse, puis une seconde, une troisième ; elle s’accroupit pour les cueillir plus à son aise et plus vite ; de temps en temps elle jetait un coup d’œil sur sa maman et sur Paul qui s’éloignaient. Les chiens avaient l’air inquiet ; ils allaient vers le bois,ils revenaient ; ils finirent par se rapprocher tellement de Mme de Réan, qu’elle regarda ce qui causait leur frayeur, et elle aperçut dans le bois, au travers des feuilles, des yeux brillants et féroces. Elle entendit en même temps un bruit de branches cassées, de feuilles sèches. Se retournant pour recommander aux enfants de marcher devant elle, quelle fut sa frayeur de ne voir que Paul !
            « Où est Sophie ? S’écria-t-elle. »
PAUL-
            Elle a voulu rester en arrière pour manger des fraises, ma tante.
Mme de REAN-
            Malheureuse enfant ! qu’a-t-elle fait ? Nous sommes accompagnés par des loups. Retournons pour la sauver, s’il est encore temps. »

Mme de Réan courut, suivie de ses chiens et du pauvre Paul terrifié, retourna à l’endroit où devait être restée Sophie ; elle l’aperçût de loin assise au milieu des fraises, qu’elle mangeait tranquillement. Tout à coup deux des chiens poussèrent un hurlement plaintif et coururent à toutes jambes vers Sophie. Au même moment un loup énorme, aux yeux étincelants, à la gueule ouverte, sortit sa tête hors du bois avec précaution. Voyant accourir les chiens, il hésita un instant ; croyant avoir le temps avant leur arrivée d’emporter Sophie dans la forêt pour la dévorer ensuite, il fit un bond prodigieux et s’élança sur elle . Les chiens, voyant le danger de leur petite maîtresse et excités par les cris d’épouvante de mme de Réan et de Paul, redoublèrent de vitesse et vinrent tomber sur le loup au moment où il saisissait les jupons de Sophie pour l’entraîner dans le bois. Le loup, se sentant mordu par les chiens, lâcha Sophie et commença avec eux une bataille terrible. La position des chiens devint très dangereuse par l’arrivée de deux autres loups qui avaient suivi Mme de Réan et qui accourraient aussi ; mais les chiens se battirent si vaillamment que les trois loups prirent bientôt la fuit. Les chiens couverts de sang et de blessures, vinrent lécher les mains de Mme de Réan et des enfants, restés tremblants pendant le combat. Mme de Réan leur rendit leurs caresses et se remit en route, tenant chacun des enfants par la main et entourée de ses courageux défenseurs. Mme de Réan ne disait rien à Sophie , qui avait de la peine à marcher , tant ses jambes tremblaient de la frayeur qu’elle avait eue. Le pauvre Paul était presque aussi pâle et aussi tremblant que Sophie. Ils sortirent enfin du bois et arrivèrent près d’un ruisseau ;
            « Arrêtons-nous là, dit Mme de Réan ; buvons tous un peu de cette eau fraîche, dont nous avons besoin pour nous remettre de notre frayeur. »
            Et Mme de Réan, se penchant vers le ruisseau, en but quelques gorgées et jeta de l’eau sur son visage et sur ses mains. Les enfants en firent autant ; Mme de Réan leur fit tremper la tête dans l’eau fraîche. Ils se sentirent ranimés, et leur tremblement se calma.
            Les pauvres chiens s’étaient tous jetés dans l’eau ; ils buvaient, ils lavaient leurs blessures, ils se roulaient dans le ruisseau ; et ils sortirent de leur bain nettoyés et rafraîchis.
                       
                        Ctsse de Ségur


samedi 7 janvier 2012

La soupe Lorraine au caillou récap 25

La soupe Lorraine au caillou  07 01 12
C'est on Lorraine où les guerres ont habitué les gens à trouver n'importe où et n'importe comment de quoi se nourrir, mais où l'on n'en reste pas moins "cheulard", qu'on prétend avoir "inventé" la Soupe au Caillou, et voici comment
Un jour d'hiver après le passage d'armées (peu importe lesquelles) qui n'avaient pas laissé une croûte de pain derrière elle, Saint Nicolas prit l'apparence d'un soldat blessé (peu importe de quelle armée, dans l'état où était sa tenue, impossible de reconnaître l'uniforme). Il frappa à une porte et demanda à manger.
"Mon Dieu, donc! dit la mâmiche, si seulement vous étiez venu hier! Les soldats ne nous ont rien laissé!"
"Vous avez bien encore de l'eau, répondit St Nicolas que la mâmiche n'avait pas reconnu; si vous me donnez un verre d'eau , je vous apprend comment faire la soupe au caillou."
"Nem! de la soupe au caillou! vous voulez rire!"
"Pas du tout. Mettez la marmite sur le feu avec de l'eau et faites comme je vous dis."
La mâmiche mit la marmite à la crémaillère, la remplit d'eau et les poings sur les hanches attendit les instructions.
"J'ai vu dans votre cour des beaux cailloux de Moselle; mettez en un dans la marmite, et puis dans la resserre, il vous reste bien quelques légumes, des pommes de terre?"
"Pas beaucoup, et plus très frais et puis les patates sont germées..."
"Ca ne fait rien, donnez toujours"
"Gustave, dit la mâmiche à un gamin qui venait d'entrer, va donc voir au jardin, s'il ne reste pas quelques pôreaux!"
Et finalement, les légumes encore assez frais, et les patates pas si germées que ça, plongèrent dans la marmite. Saint Nicolas, grand faiseur de miracles, fit sortir des armoires quelques épices et une ou deux couennes de lard.. Et la mâmiche, s'avisant qu'une vieille poule ne pondait plus beaucoup, lui fit faire un dernier plongeon.
Et pendant qu'à petits bouillons le caillou mijotait, la mamiche disposa les écuelles. L'homme qui venait de rentrer déboucha une bouteille de vin gris.
Au moment de servir, la poule et le lard découpés et les légumes sur un plat, la mâmiche s'avisa:
"Et le caillou?"
Ah, le caillou? dit le saint, remettez le dans la cour, il était là pour donner du goût à la soupe."
Voilà la recette de la soupe au caillou "à la Lorraine". Mais vous savez, chez nous, on sait aussi la faire au corbeau
PP

samedi 31 décembre 2011

Tsougouhara FOUJITA (1886-1968) Cat -détail

Dans ses rêves il invente toutes les félicités que va vous apporter une année nouvelle.
Belle , grande et heureuse année 2012
Pomme

jeudi 29 décembre 2011

Europe alm



Europe était fille d’Agénor, roi de Phénicie, un pays qui se trouvait à peu près où se trouve actuellement le Liban.
Un beau matin du mois de mai, Europe s’en fut la plage avec ses compagnes Elle avait la nuit fait un rêve : deux géantes se la disputaient ; elle allait de l’une à l’autre, tiraillée comme un pauvre petit oiseau que s’arracheraient deux vautours. L’une n’avait pas de nom et voulait prendre la jeune fille ; c’était disait-elle, un cadeau que Jupiter lui offrait. L’autre se nommait Asie et voulait la garder, se prévalant de lui avoir donné le jour.
Ce rêve la troublait encore ; un bain dans la mer dissiperait, pensait-elle, cette fâcheuse impression. Et voilà les charmantes en tenue légère, courant, riant, cueillant des fleurs en chemin dont elles font des bouquets, des couronnes et des guirlandes. Arrivées sur la grève, elles se déshabillent et seulement vêtues de quelques fleurs, entrent dans l’eau, s’éclaboussent, nagent, jouent, heureuses de s’ébattre sous le soleil ; Europe ne pense plus à son rêve.
Au-dessus d’elles, Jupiter, mollement bercé par Zéphyr, somnole sur un nuage. Cupidon qui passait par là, toujours en quête d’un bon tour à jouer, voit tout le parti qu’il peut tirer de la situation. Sans plus réfléchir, il bande son arc et décoche à Jupiter une flèche d’or. Eveillé en sursaut, le roi des Dieux ouvre un œil, pile sur les naïades. Charmant tableau que ces jeunes filles ! Surtout l’une d’ elles : longue, fine, blonde, une peau dorée, parfaite ; elle lui rappelle un amour d’autrefois, la jeune Io qu’il dût changer en vache pour la soustraire à la jalousie de Junon.
Rien d’étonnant puisque Europe est une arrière petite-fille de Io. Cette ressemblance ajoutée aux effets de la flèche rendent aussitôt Jupiter fou d’amour. Comment faire ? On n’est plus au temps de Io. Désormais les jeunes filles ont de la religion, surtout une fille de roi !
Jupiter fait venir Mercure et lui demande de pousser le troupeau d’Agénor jusqu’à la grève et là, parmi les bœufs ,en souvenir de Io peut-être, Jupiter devient taureau ; un superbe taureau blanc, aux cornes d’or pâle en forme de croissants de lune ; une bande de poils noirs sépare les deux cornes.
Europe et ses compagnes qui se séchaient sur le sable voient ce taureau qui les regarde d’un œil amical ; il est si beau, son poil semble si doux, elles iraient bien le caresser, mais dame ! Un taureau, ça peut être dangereux ! Les jeunes filles hésitent.
Europe est fille de roi, donc elles est la plus brave. Elle approche le taureau, craintivement d’abord, elle lui flatte les naseaux et comme il se laisse faire et semble y prendre plaisir, elle s’enhardit, lui caresse l’encolure et tente de lui passer autour du cou la guirlande de fleurs rouges qui orne ses cheveux. Mais il est grand, ce taureau ! Elle a beau se hausser sur la pointe des pieds, elle n’y arrive pas. Alors le taureau fléchit les genoux, se couche à terre et Europe l’imprudente, ose même monter sur son dos.
D’un énergique coup de rein, le taureau se redresse et part au galop. Europe n’a que le temps de le prendre par les cornes pour ne pas tomber. Le taureau file vers la mer ; Europe, échevelée, terrifiée, crie, appelle au secours. Mais le palais est loin et ses compagnes sont plus affolées qu’elle encore. Maintenant le taureau entre dans la mer ; Europe se voit noyée, mais non, il galope sur les vagues et poursuit sa course folle vers le large.
Longtemps le taureau a couru sur les flots, longtemps Europe a crié, pleuré ; elle est à bout de forces quand la bête aborde un rivage. Il s’arrête enfin dans une prairie ombragée de platanes sous lesquels il dépose doucement sa captive et là, redevient Jupiter. Ses intentions évidentes achèvent d’épouvanter la jeune vierge ; mais que faire contre la volonté du roi des dieux ?
Heureusement pour Europe, Jupiter sait s’y prendre avec les jeunes filles ! Au matin, les amants échangeront les deux moitiés d’une feuille de platane en gage de fidélité éternelle. Fidélité qui durera le temps qu’Europe mette au monde trois fils.
Jupiter aime les enfants et ne se lasse jamais d’en avoir de nouveaux ; le premier fut nommé Minos et comme il devait un jour régner sur cette île, Europe reçut en présent le Talos, un géant de bronze, forgé par Vulcain et chargé d’empêcher les ennemis d’aborder.
Pour le second, Radamanthe, elle eut un chien au flair infaillible, aucun gibier ne pouvait lui échapper et pour le troisième, Sarpédon, un épieu qui ne manquait jamais son but.
Ensuite, eh bien, ma foi, la magie des flèches d’or n’a qu’un temps et Jupiter d’autres mortelles à trousser. L’île au platane qui abrita ses amours avec Europe était la Crête, Astérion en était le roi ; Jupiter lui confia Europe qu’il épousa et dont il adopta les trois fils. L’aîné, Minos, lui succéda et c’est une autre belle histoire.
On a donné le nom d’Europe à cette partie du monde dont la Crête fait partie, où la vierge venue d’Asie Mineure, portée par Jupiter, avait fondé sa famille.

lundi 26 décembre 2011

Wichikapache +almanach 2024




Une fois il y avait un canard qui illuminait le lac.
J'étais justement là.
"Ho! lanterne sur l'eau!"
appelèrent quelques hommes.

Mais le canard ne disait rien.
Il flottait
sur le marais 
et brillait.

"C'est là que va le soleil pendant la nuit!"
s'écria un homme, "dans ce canard!"
Puis il cria
"On sait que tu as avalé le soleil, canard.
Relâche-le. C'est bientôt le matin!"

Mais le canard ne disait rien.
Il illuminait le marais.

Alors les hommes essayèrent de l'attraper.
Ils ne firent plus un bruit, et s'approchèrent.
Puis ils bondirent sur le canard,
mais tout ce qu'ils attrapèrent
c'est de la boue plein leur bouche.

"Regardez, là-bas!" s'écria un homme.
Et ils virent le canard qui flottait au loin
sur l'eau.
Il illuminait encore le marais!

J'étais justement là.
Mais au matin nous étions partis tous les deux.

Howard A. NORMAN - L'os à voeux.

samedi 24 décembre 2011

Les nombres : le 12 + almanach 2024



A la Saint-Thomas
Cuis ton pain, lave tes draps
Car dans trois jours Noël aura.

Le total des habitants de l’Olympe est douze, comme les douze travaux d’Hercule, les douze signes du zodiaque, les douze fils de Jacob et les douze apôtres de Jésus.
Douze chevaliers pouvaient siéger avec Arthur autour de la Table Ronde.
Dans ces deux derniers cas, les convives étaient treize à table et l’on sait les superstitions qui s’attachent à ce dernier nombre. Porte-bonheur ou porte-guigne ??
Que faire un vendredi 13 ? Rester au lit ou aller acheter un billet de loterie ?







vendredi 23 décembre 2011

A quand remonte le conte? almanach 2024


La question de savoir lequel, du conte, du mythe ou de la légende est arrivé en premier, est à peu près celle de l’œuf et de la poule.
On peut cependant imaginer que toutes ces histoires seraient des témoignages des peurs et des émerveillements de nos lointains ancêtres confrontés à l’inconnu, aux découvertes, aux changements de climats. Un paysage différent, de la brume, un marécage là ou tout était sec? Voici un pays enchanté. Des hommes plus grands que ceux de sa tribu; des géants. Ils mangent de la chair humaine, ce sont des ogres; ils sont noirs, poilus, voilà des monstres. Ils ont des connaissances plus évoluées : des magiciens, des fées, des sorcières. On sait maintenant que la première rencontre entre piétons et cavaliers a fait naître les centaures.
Une plante qui soigne, c‘est l’herbe de vie; un os géant, une empreinte de dinosaure ? Dans cette grotte, près de cet étang, vit un dragon. Et tant et tant d’animaux vus pour la première fois, devenus licornes, basilics et autres phénix.
Des chasseurs, des guerriers relataient leurs exploits en les améliorant peu ou prou; la légende prend vie. On ajoute des personnages destinés à éduquer les enfants, par la frayeur au besoin; c’est un conte.
Plus récemment, les auteurs de science-fiction, en exploitant la règle du « plus proche inconnu » ont souvent recrée l’atmosphère du conte merveilleux.
Autrefois, le plus proche inconnu était la forêt ou bien encore l’autre côté de la rivière ou de la montagne ; on y rencontrait les fées, les ogres, les sorcières, des lutins etc..
Puis on se mit à voyager ; on eut peur alors de l’étranger, du voyageur, celui qui franchit la frontière dans un sens ou un autre. L’étranger était un « barbare », souvent féroce, dont on ne comprenait pas la langue.
Les frontières ont reculé et on a dû craindre ce qui se trouvait au-delà des mers, dans les lieux inexplorés des continents : les « sauvages », souvent cannibales, les bêtes fauves, voire les pirates.
Au XVII° siècle, les grandes explorations avaient fait connaître presque toute la terre aussi le plus proche inconnu de Cyrano de Bergerac était déjà la lune.
Les télescopes ont contraint les auteurs de la première moitié du XX° siècle à repousser le plus proche inconnu jusque Mars.
Et nous voici rendus à ne pouvoir redouter que ce qui se passe dans d’autres galaxies, voire au fond des trous noirs.
En souhaitant que la science n’efface pas en nous toute imagination, les auteurs pourront continuer à nous raconter les choses de la vie en divaguant tout de même un peu.
Attardons-nous sur le « conte merveilleux qui, pour Henri Gougaud est« la seule parole humaine qui échappe au contrôle de la raison »
Ces contes anciens, oubliés pendant la Renaissance au profit de la mythologie gréco-romaine, nous sont revenus curieusement au XVII° siècle au travers d’une mode lancée par les intellectuels tenant des « modernes » dans la fameuse querelle des « anciens et des modernes » ; le plus farouche défenseur des « modernes » étant Charles Perrault qui nous a, paradoxalement, rendu une des meilleure version littéraire des contes traditionnels.
Un retour sur cette renaissance :
Avant 1696, les seuls contes connus sont « L’île de la Félicité » que Mme d’Aulnoy insère dans « Histoire d’Hippolite, comte de Douglas » (1690) ; « Les Enchantements de l’éloquence » ; « Les aventures de Finette » de Mlle L’Héritier de Villandon (1695) et la « Belle au bois Dormant » de Charles Perrault qui parut en 1696 dans la Mercure Galant.
En 1696, Catherine Bernard – Née à Rouen en 1662 ou 1663, nièce des Corneille et cousine de Fontenelle ; famille de la bourgeoisie protestante ; liée aux modernes (voir auteur dans Nouvelles Galantes du 17° siècle Garnier Flammarion), publie « Inès de Cordoue » elle glisse dans l’intrigue deux contes qui seront par ce biais parmi les premiers publiés en France : « Le Prince Rosier » et « Riquet à la Houppe », dont Perrault donnera une version un an plus tard dans ses « Histoires et contes du temps passé ». En 1705, Mlle l’Héritier racontera à son tour « Riquet » sous le titre de « Ricdin-Ricdon ».
Quelle est la parenté entre ces versions ? Hasard ou plagiat ? Ni l’un ni l’autre probablement. Catherine Bernard, Charles Perrault et Mlle L’Héritier ont puisé dans un fond commun. Ou bien encore ces parutions sont le résultat de ce que nous appellerions une « joute de conteurs », organisée dans les salons à la mode , tel celui de Mlle L’Héritier, laquelle avait publié « les Enchantements de l’Eloquence » que Perrault donnera sous le titre « les Fées ».
Très littéraire mais utilisant la langue limpide du XVII° siècle, Charles Perrault dans les « Contes de ma Mère l’Oye », retrouve la simplicité des veillées ; on rencontre chez lui des histoires cousines de celles relatées plus tard, par Grimm : Blanche-Neige et Cendrillon, Le Petit Poucet et Hansel et Gretel par exemple.
Le témoignage sur cette renaissance du conte se situe dans « Inès de Cordoue » dans le passage où la Reine venue à Paris, tient « salon ». Au cours de la conversation, on propose d’imaginer des « Contes galants » :
« On convint de faire des règles pour ces sortes d’histoires dont voici les deux principales : que les aventures fussent toujours contre la vraisemblance, et les sentiments toujours naturels. On jugera que l’agrément de ces contes ne consiste qu’à faire voir ce qui se passe dans le cœur et que, du reste, il y avait une sorte de mérite dans le merveilleux des imaginations qui n’étaient point retenues par les apparences de la vérité. »
Les deux règles ne doivent régir que les seuls contes de fées, nommés « contes galants », qui renouent d’ailleurs avec l’esthétique des romans de Madeleine de Scudéry où la vérité des caractères s’alliait à la bizarrerie des situations.
Tout semble opposer « contes merveilleux » et « nouvelles galantes » : la féerie affiche son invraisemblance quand la nouvelle veut passer pour une histoire vraie.
Les deux contes détachés du cadre : « le Prince Rosier » et « Riquet à la houppe » figurent dans un recueil manuscrit de « Petits Contes et Prose et en Vers », MS4015 de la bibliothèque Mazarine qui joua un rôle déterminant dans la mode des contes de fées.
On retrouve également ces deux contes en 1718 dans les « Nouveaux Contes de Fées » et en 1786 dans le « Cabinet des Fées » du Chevalier de Mailly.
Catherine Bernard qui a contribué à lancer la mode des contes de fées, cesse toute activité littéraire vers 1698, après avoir intégré l’entourage de Mme de Maintenon pour qui elle compose encore quelques textes pieux. Elle a abjuré peu avant la révocation de l’Edit de Nantes.
N’oublions pas Madame Leprince de Beaumont, sa Belle et sa Bête ;la Comtesse d’Aulnoy (qui était baronne) , son Oiseau Bleu et son Prince Charmant . Leur écriture très littéraire et leurs histoires compliquées se sont éloignées de la littérature orale.
.
Grimm au sortir du « siècle des Lumières », a compris le vide que laisserait dans l’esprit humain l’abolition du merveilleux. Il est l’un des collecteurs les plus connus.

PP

lundi 19 décembre 2011

Les finalités du conte




Elles sont aussi diverses que les opinions sur le sujet. La première et la principale, devrait être le divertissement et l’ouverture de la porte des rêves.
Ce qui induit une seconde fonction : le développement de l’imaginaire.
Beaucoup d’éducateurs, pour qui tout divertissement doit avoir une utilité, veulent y voir un enseignement moral. Le conte, pour eux, devrait éveiller la conscience du bien et du mal et faire évoluer les sentiments vers le haut.
Cependant Italo Calvino nous dit que : « La fonction morale que le conte assume dans l’entendement populaire est peut-être moins à rechercher du côté des contenus que du côté de l’institution même du conte, le fait de le raconter et de l’écouter. »
François Flahault dans l’interprétation des contes ajoute : « Le contenu des contes ne nous avance à rien : du moment que leur énonciation produit de facto un état de paix, ils ont atteint leur but. »
Le conte est en fait un bureau à secret : on ouvre les tiroirs apparents et l’on y trouve distraction, rêve et morale. Mais il faut trouver le mécanisme caché pour découvrir le véritable sens du conte, celui qui nous relie à l’humanité.
C’est ainsi que le conte, peut être considéré comme un support de quête intérieure. Le guide pour la découverte de l’inconscient serait le conte à trois personnages tels que, par exemple, la princesse-vierge, le prince-héros et le dragon-épreuve ; on trouve ce schéma dans la première partie du conte de Grimm: les deux frères.
Le dragon qui représente l’inconscient se trouve au sommet d’une montagne dont l’ascension représente la quête de vérité intérieure. L’épée représente le discernement grâce auquel le héros vaincra ses dragons intérieurs. Le conte est long et la quête ne s’arrête pas à la victoire sur le dragon. Le héros aura d’autres obstacles à franchir. Il devra aussi retrouver son jumeau…
Ce conte des deux frères, contrairement à d’autres contes de Grimm, un peu trop complexes pour eux, est apprécié des petits enfants, et ceci grâce à l’intervention des animaux qui revient comme dans les randonnées.
Ces animaux auxiliaires, comme ceux héros des contes animaliers sont les souvenirs des totems des différentes tribus. Les deux frères dans leurs quêtes sont assistés par les tribus du lièvre, du loup, de l’ours et du lion.
De même quand Renart, joue des tours à Ysengrin ; il faut se souvenir que la tribu qui avait pour emblème le goupil se trouvait en rivalité avec celle dont l’emblème était le loup.
Le héros du « Tambour » de Grimm doit lui aussi affronter des épreuves avant de s’unir à la princesse; il n’aura pas de dragon à affronter, mais une sorcière. On y rencontre des souvenirs d’autres contes ; certaines épreuves font penser à celles que Vénus inflige à Psyché. Le retour dans la famille qui entraîne l’oubli de la fiancée rappelle l’oubli de la Belle pour la Bête; mais à l’inverse de la Bête qui se laisse mourir, la Princesse lutte. En souhaitant des robes aussi somptueuses que celles de Peau d’Ane.
Car il ne faut pas négliger l’importance de l’argent et du statut social dans le conte. C’est même cet aspect qui apparaît en premier. Le héros, la plupart du temps parti de rien, finit par épouser la princesse et hériter du royaume. C’est en seconde « lecture », quand on a ouvert le tiroir à secret, que les vraies natures de la « princesse » et du « royaume » nous sont révélées. Dans nombre de contes où le héros se voit proposer or ou argent en paiement de son travail, il a été averti par un auxiliaire de refuser ou de choisir un objet anodin, sans valeur apparente, comme une ficelle ou une vieille culotte.
Si la récompense est une arme, il lui faudra laisser l’épée d’or incrustée de pierres précieuse et choisir celle qui est rouillée ou ébréchée.
Dans la Belle et la Bête, des trois filles, deux veulent des robes et des bijoux, seule la Belle ne désire qu’une simple rose. C’est donc elle qui saura délivrer le prince prisonnier de son apparence bestiale. Ce qui, dans le film de Cocteau est tout à fait regrettable, car la Bête fabriquée par Christian Bérard le costumier, est d’une beauté renversante.
Mais les choix les plus significatifs se trouvent dans l’Oiseau d’Or : à chaque épreuve de sa quête, Ivan Tsarévitch est averti de choisir la cage de bois, la vilaine selle etc… ce qu’il ne fait pas, bien entendu, ce qui permet au conte de durer plus longtemps.
François Flahault dans l’Interprétation des Contes, p.245 : « Tout conte -et sans doute tout récit- est le fruit d’un compromis entre le désir d’un toujours plus et la loi qui veut qu’on n’ait rien sans rien ; mais rares sont ceux qui, comme la quête de l’Oiseau d’Or, illustrent aussi fortement chacune de ces contraintes….
Et plus loin : « Il arrive [… que l’indifférence à la contradiction (qui est réputée être l’une des faiblesse de la pensée mythique)permette l’émergence de vérités difficilement accessibles à la pensée conceptuelle… »
Au sujet des richesses il est intéressant de noter que « conte » et « compte » ont la même étymologie. Au Moyen-Age, on ne les distinguait pas. La différence d’orthographe qui fait la séparation n’est apparue qu’au XV° siècle. La racine latine : computare est la même ; elle a signifié d’abord compter, calculer, puis penser.
Les héros silencieux sont en ce sens plus significatifs que les héros actifs : ils ne recherchent aucun avantage matériel. La jeune sœur des six frères cygnes ne lutte en silence que pour sa vie et sa réhabilitation.
On trouve dans la Bible et dans la légende Arthurienne deux autres héros silencieux: Perceval et Samson. Mais si le silence de la jeune sœur des six frères cygnes n’est dangereux que pour elle-même, celui de Perceval, en revanche, met en danger le royaume, sans parler de la santé du roi Pêcheur. Samson, lui refuse de révéler le secret de sa force. Ce sont trois mutismes différents. Ils ont en commun cependant de n’être attachés à aucune récompense matérielle.
Perceval n’est pas un personnage de conte, il fait partie d‘un cycle légendaire. Samson, si l’on admet qu’il entre une part de légende dans les textes bibliques également. Citons Vladimir Propp dans « Transformation des contes merveilleux » : l’histoire de Samson et Dalila ne peut être considérée comme le prototype du conte: le conte semblable à cette histoire et le texte biblique peuvent remonter à une source commune. 
On peut aussi trouver une similitude dans les questions de Dalila à Samson et dans celles de Viviane à Merlin quand elle veut l’enfermer dans la tour d’air. Et là encore, entre la fée et l’enchanteur, il n’est question que de pouvoir spirituel.

samedi 17 décembre 2011

Qu'est-ce que la littérature orale?


Elle est faite d’histoires colportées depuis l’aube de l’humanité par des anciens, des conteurs, au cours de veillées.
On se réunissait bien souvent dans l’étable, où en hiver il faisait chaud. L’un des participants, peut-être un berger, peut-être un colporteur, après s’être longtemps fait prier, alors que personne ne lui demandait plus rien, levait les yeux du bâton qu’il est en train de sculpter, du manche d’outil qu’il polissait tendrement, du morceau de buis dans lequel il creusait un coquetier et il lançait un sonore : « Cric ! ». L’assemblée alors lui renvoyait un : « Crac ! » enthousiaste. Puis il prononçait quelques formules rituelles d’ouverture : le conte déployait ses ailes et planait sur l’assemblée.
Le recteur ou le curé, qui avaient leurs propres légendes à répandre, le dimanche à l’église réprouvaient ces réunions. Les jeunes gens s’y retrouvaient, et si par chance un musicien était présent, dansaient. Péché ! Les veillées favorisaient les amours, elles étaient forcément les antichambres de l’Enfer.
Y assistaient aussi les femmes qui avaient des « pouvoirs ». Des sorcières donc. Elles n’étaient en fait rien de plus que des guérisseuses, qui connaissaient les plantes et leurs propriétés ; qui savaient faire « passer » les fièvres, les insolations aussi bien que les grossesses intempestives. Souvent plus compétentes et adroites, elles représentaient pour la plupart des médecins de l’époque une sévère concurrence puisqu’elles savaient accoucher juments, vaches, servantes on maîtresses et comme telles dans les périodes des grandes chasses aux sorcières entre les XV° et XVII° siècles, risquaient au mieux le Jugement de Dieu mortel dans la plupart des cas ; au pire le bûcher précédé de tortures propres à faire avouer à une nonne pré pubère les pires turpitudes.
On peut imaginer aussi que leurs connaissances en matière de plantes, potions onguents de toutes natures les exposaient à des demandes plus ou moins avouables ; quelles consentissent ou non à les satisfaire, les rendaient dépositaires de secrets dangereux pour elles.
Les ogres, les fées et leur magie s’effacèrent des veillées, laissant la place aux saints, à leurs miracles et au diable avec son cortège de sorciers et sorcières. Les contes trouvèrent refuge chez les nourrices qui endormaient les enfants qu’on leur confiait en leur contant les histoires qui deviendront les « contes de nourrices ».
Longtemps avant l’invention de l’écriture, on racontait des histoires. L’Iliade et l’Odyssée furent à l’origine des poèmes chantés et racontés ; Homère ne les a pas écrits ; on n’est même pas certains qu’Homère ne soit pas lui-même une légende. C’est néanmoins grâce à l’écriture qu’ils sont parvenus jusqu’à nous.
Chez les Celtes, les légendes et la religion se transmettaient oralement.
Chez nous, dans le haut Moyen Age, seuls les femmes et les clercs savaient lire et écrire. Les nobles guerriers ne s’abaissaient pas à de telles billevesées ; en revanche, ils ne dédaignaient pas de raconter leurs divers exploits et d’écouter trouvères et troubadours qui les colportaient, souvent en musique et en chansons, de châteaux en châteaux, rajoutant bravoure et miracle au fil du temps. C’est au XII° siècle qu’on commença à rassembler par écrit tous ces hauts faits devenus contes et légendes.
Dans d’autres civilisations, en Afrique, chez les Amérindiens et en Sibérie la littérature orale est toujours en usage.

PP

jeudi 15 décembre 2011




Qui pourrait me dire le nom du personnage (dieu ou génie) qui chez les Hopis tient le rôle du Père Noël/Père Fouettard???
Mercci d'avance...
Vous aurez un conte en pour... c'est sérieux, voyez comme je travaille dur!!!
P

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Les Chouchous