Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

jeudi 11 novembre 2010

Danser

Danser

Danser quand on est gai,
Danser quand on est triste,
Danser sa joie,
Danser sa peine.
Danser la pluie,
Danser l’orage,
Danser l’été dans les nuages ;
Danser sans peur
Dans les couleurs.

mercredi 10 novembre 2010


 
Quand je veux louer
Quelque homme ou quelque dieu, soudain je sens nouer
La langue en mon palais, et ma gorge se bouche.
Mais quand je veux d'amour ou écrire ou parler,
Ma langue se dénoue et lors je sens couler
Ma chanson d'elle-même aisément en la bouche.

RONSARD

lundi 8 novembre 2010

Les Animaux du Huitième Jour



Q

uand Dieu eut fini de créer le monde, le septième jour il se reposa ; tout le monde le sait. Mais que fit-il le huitième ? Tout le monde ne le sait pas…
Ce jour-là, Dieu se leva tranquillement, sans faire sonner son réveil, se prépara un bon petit déjeuner qu’il prit sans hâte en écoutant les nouvelles portées par ses anges informateurs. Puis il se fit couler un bain parfumé d’huiles odorantes dans lequel il se prélassa. Des chérubins musicaux lui donnaient une aubade et je crois bien qu’il fit un petit somme ; la température de l’eau qui tiédissait le réveilla. Il se sécha, se talqua, se parfuma et après s’être arrangé soigneusement la barbe et les cheveux, revêtit une tunique de lin blanc qui le changea agréablement des cottes de travail qu’il portait depuis une semaine.
Détendu, en pleine forme, il alla s’installer sur son nuage favori et reçut quelques séraphins et archanges avec qui il expédia les affaires courantes. Tout ceci le mena jusqu’à midi. Il apprécia un déjeuner soigné, servi sur une table garnie de fleurs qui lui fit oublier les nombreux plateaux repas servis dans l’atelier, sur un coin d’établi et dont il avalait le contenu sans même savoir ce qu’il mangeait tant la Création était alors son unique souci. Le déjeuner fini, Dieu retourna sur son nuage où il s’accorda une petite sieste… ;
Il s’éveilla plein d ‘énergie et d’idées, mais…. Il n’avait plus rien à faire !
Dieu s’en alla promener dans son Paradis où tout était si parfait ; il examinait tout, cherchait des retouches à faire, des êtres ou des choses à améliorer. Mais rien, rien décidément ne clochait dans la création, et Dieu continuait à arpenter les allées du Jardin d’Eden, cherchant en vain une mauvaise herbe à arracher. Il arriva ainsi aux confins du paradis où se trouvait son atelier, cet atelier dans lequel il avait fabriqué toutes ces merveilles. Il se souvint alors qu’au soir du sixième jour, il était si fatigué qu’il avait fermé la porte sans rien ranger ;
« En voilà une bonne idée !se dit-il, je vais mettre de l’ordre là-dedans et qui sait, quand j’en aurai fini, je trouverai peut-être à créer quelque chose qui manque encore à l’Univers. »
Et Dieu poussa la porte ; quel fourbi ! il y en avait des choses à jeter : les chutes des matériaux dont il s’était servi ; de la fourrure, des plumes, des pattes, des palmes, des nageoires, de la corne, des os, des dents, du clair, du foncé, du lourd, du léger, de l’uni, du moucheté, du rayé… Mais tout était disparate : il n’y avait pas là de quoi faire une plante, encore moins un animal qui soit un peu cohérent.
Dieu ne se décourage pas facilement ; toutes ces chutes, tous ces morceaux étaient en bon état, de première qualité, il eut été dommage de les jeter.
« Mais, je me connais, se dit Dieu, si je les range dans des caisses, je les oublierai et tous ces beaux matériaux resteront inutilisés ! Allons, voyons… Je suis un créateur… Le suis LE créateur ! »
Il restait, punaisé au mur, les fiches techniques de quelques animaux qu’il n’avait pas cru utile de fabriquer ; alors Dieu se mit à son établi et commença de piocher dans les chutes et de les assembler : ça donnait vraiment des trucs étonnants !…
« Voyons… cette fourrure mouchetée, je l’avais prévue pour un félin…mais les taches sont trop grosses… Ah !pas mal sur ce corps de vache, mais il faudrait des pattes. Zut !deux courtes et deux longues, ça ne va pas… quoique… en inclinant le dos, on va y arriver. Bon, maintenant la tête… J’ai là un cou beaucoup trop long et deux très beaux yeux, avec deux grandes oreilles et des petits andouillers de chevreuil… Ce n’est pas très beau, mais c’est rigolo ; je vais ajouter cette drôle de queue avec un plumet au bout et des sabots qui me restent des chevaux, j’en ai plein… Drôle de bête ! Je vais lui ajouter une pincée de légèreté, qu’au moins elle soit gracieuse. Voilà… sa tête tourne de droite à gauche et je vais la nommer … je vais la nommer… voyons, voyons… »
Il décrocha une fiche, regarda le nom marqué, souffla dans les oreilles de biche de la drôle de bête et dans les allées du Paradis, il lança la première Girafe.
Tout content, il se frotta les mains et retourna farfouiller dans ses chutes.
Cette peau rayée de noir et de blanc, par exemple, qui avait juste la taille de ce corps d’âne ; oui, mais il manquait une tête. Tiens, justement une tête de poney n’avait pas été utilisée ; avec cette crinière noire un peu balais brosse, ça donnait un animal sympathique. Dieu prit la fiche « Zèbre », souffla dans les naseaux de la nouvelle créature qui partit au galop.
Avec une fourrure de zibeline, des palmes et un bec de canard, il fit l’ornithorynque. Le fou rire le prit : c’était encore plus drôle de fabriquer ces monstres que tout le reste de la Création.
Un tas de têtes, de membres et de corps énormes encombrait tout un coin de l’atelier : de la peau grise et rugueuse refusait de se laisser plier ou rouler. Jamais on ne pourrait mettre d’ordre dans cette pièce si on n’en faisait pas quelque chose, mais tout était bien laid. Au hasard, presque les yeux fermés, Dieu assemble les grosses têtes, les grosses pattes, la peau en plis invraisemblables. Un des animaux était si laid que Dieu le mit dans l’eau avec ordre d’en sortir le moins possible : il le nomma hippopotame.
L’autre était presque aussi laid avec en plus de petits yeux qui lui donnaient l’air méchant. « Il ne peut pas être pire ! » marmonna Dieu en lui rajoutant sur le nez une double corne pointue. Il l’arrosa d’un peu de lourd qui restait dans un bidon et vous avez deviné qu’il venait de créer le rhinocéros.
Toute la journée, Dieu bricola ; il s’amusait bien et donna le jour au crocodile, au kiwi, au kangourou, au toucan et à bien d’autres encore…
Vers la fin, il avait encore de quoi faire des chiens ; ce qui clochait, c’était de nouveau les pattes : des pattes avant longues, des pattes arrière courtes. Il prit la fiche « Hyène » et modifia quelques éléments. La Hyène, animée, se regarda dans la glace et se mit à rire…
Il ne restait plus gran -chose… Dieu avec des poils et une tête, fit un animal qui tenait à la fois du renard et du lapin. De nouveau les pattes posaient problème : il avait deux pattes gauches longues et deux pattes droites courtes. La fiche qui restait portait le nom « Dahu »…
Non, pensa Dieu… cette bête là, personne n’y croirait !

dimanche 7 novembre 2010

Baisers, baves d'amour, basses béatitudes,
Ô mouvement marin des amants confondus... 

VALERY

samedi 6 novembre 2010

Le plus long chemin

Derrière la maison il y a un mur ; il faut longer le mur.
Le mur est long ; le long du mur est le plus long chemin pour aller plus loin.
Tout au long du chemin, on ne voit pas derrière le mur ; il y a une brèche dans le mur et par la brèche, on peut regarder derrière le mur.
Il faut franchir la brèche, passer derrière le mur .
Au bout du chemin qui est derrière le mur, il y a un réverbère ; un réverbère très long, très souple, qui se balance au gré du vent.
Allons, puisqu’on a tout le temps, jusqu’au réverbère, le réverbère qui se balance…
La petite flamme là-haut vacille, s’épuise et meurt…
Le réverbère éteint se penche et demande poliment :  « Avez-vous du feu ? »
Que répondre ?…
Il n’avait qu’à faire attention ; aucun réverbère ne devrait se laisser ainsi secouer par le vent du soir…
Aucun réverbère ne devrait laisser mourir sa flamme au crépuscule…
Mais où trouver du feu ?
Derrière le mur peut-être ?
Alors il faut longer le mur longtemps..
Jusqu’à une autre brèche ; franchir la brèche, longer le mur…
Le réverbère inquiet se balance, tourne sa lanterne en tous sens…
« Penchez-vous réverbère, voici des allumettes, et cessez s’il vous plaît de vous balancer ; tenez-vous droit réverbère ! »
Et le réverbère se tient droit !
Il faut encore longer le mur, franchir la brèche, longer le mur… longer, longer le mur…
Et retrouver la maison…
La maison qui est en face du bureau de tabac… 

PP

vendredi 5 novembre 2010

Rêves



"Je ne rêvais plus que ravisseurs, blancs palefrois, bergers fidèles. Je savais désormais que le parfait bonheur c'était de voir à ses pieds un beau chevalier qui jurait d'aimer toute la vie."

Daniel STERNE

lundi 1 novembre 2010

Tristesse d'Olympio





Que peu de temps suffit pour changer toutes choses!
Nature au front serein comme vous oubliez!
Et comme vous brisez dans vos métamorphoses
Les fils mystérieux où nos coeurs sont liés.
Nos chambres de feuillages en halliers sont changées!
L'arbre où fut notre chiffre est mort ou renversé;
Nos roses dans l'enclos ont été ravagées
Par les petits enfants qui sautent le fossé...
La borne du chemin, qui vit des jours sans nombre,
où jadis pour m'attendre elle aimait à s'asseoir,
S'est usée en heurtant, lorsque la route est sombre,
Les grands chars gémissants qui reviennent le soir.
La forêt ici manque et là s'est agrandie.
De tout ce qui fut nous presque rien n'est vivant;
Et, comme un tas de cendre éteinte et refroidie,
L'amas des souvenirs se disperse à tout vent!...
D'autres vont maintenant passer où nous passâmes.
Nous y sommes venus, d'autres vont y venir;
Et le songe qu'avaient ébauché nos deux âmes,
Ils le continueront sans pouvoir le finir...
D'autres auront nos champs, nos sentiers, nos retraites;
Ton bois, ma bien-aimée, est à des inconnus.
D'autres femmes viendront, baigneuses indiscrètes,
Troubler le flot sacré qu'ont touché tes pieds nus.
Quoi donc! c'est vainement qu'ici nous nous aimâmes!
Rien ne nous restera de ces coteaux fleuris
où nous fondions notre être en y mêlant nos flammes!
L'impassible nature a déjà tout repris.
Oh! dites-moi, ravins, frais ruisseaux, treilles mûres,
Rameaux chargés de nids, grottes, forêts, buissons,
Est-ce que vous ferez pour d'autres vos murmures?
Est-ce que vous direz à d'autres vos chansons?
Répondez, vallon pur, répondez, solitude,
O nature abritée en ce désert si beau,
Lorsque nous dormirons tous deux dans l'attitude
Que donne aux morts pensifs la forme du tombeau,
Est-ce que vous serez à ce point insensible
De nous savoir couchés, morts avec nos amours,
Et de continuer votre fête paisible,
Et de toujours sourire et de chanter toujours?...
Dieu nous prête un moment les prés et les fontaines,
Les grands bois frissonnants, les rocs profonds et sourds,
Et les cieux azurés et les lacs et les plaines,
Pour y mettre nos coeurs, nos rêves, nos amours;
Puis il nous les retire. Il souffle notre flamme;
Il plonge dans la nuit l'antre où nous rayonnons;
Il dit à la vallée où s'imprima notre âme
D'effacer notre trace et d'oublier nos noms.
Eh bien! oubliez-nous, maison, jardin, ombrages!
Herbe, use notre seuil! ronce, cache nos pas!
Chantez, oiseaux! ruisseaux, coulez! croissez feuillages!
Ceux que vous oubliez ne vous oublieront pas.

HUGO




Comment viennent les contes


...Donc, il faudrait que je dise un conte, mais je n'en sais plus!
-Vous pouvez en inventer un tout de suite, dit le petit garçon. Mère dit que tout ce que vous regardez peut devenir un conte et que de tout ce que vous touchez, vous pouvez tirer une histoire.
-Oui, mais ces contes et ces histoires ne valent rien! Non, les vrais viennent tout seuls, ils frappent à mon front en disant:" Me voici !"
- On ne va pas frapper bientôt!"demanda le petit garçon, et la mère rit, mit du sureau dans la bouilloire et versa de l'eau bouillante dessus;
"Racontez! racontez!
-Oui, si un conte voulait venir de lui-même, mais un conte comme ça, ça fait des manières; ça ne vient que quand ça en a envie...! stop! dit-il soudain. Le voilà! Fais attention, il y en a un dans la bouilloire!"

ANDERSEN - La fée du sureau

dimanche 31 octobre 2010

Les bons contes font les bons romans -



La légende veut que la Comtesse de Ségur ait commencé à écrire pour que Camille et Madeleine de Malaret, ses petites-filles, qui avaient dû suivre leurs parents en Angleterre, ne soient pas privées des belles histoires que leur contait leur grand-mère. En réalité, une opportunité s’offrait à elle: le développement de la diffusion du livre en France à cette époque. En1843, Louis Hachette ouvre les premières Bibliothèques des Chemins de Fer qui, dix ans plus tard, seront au nombre de 160; les gérantes en étant des épouses ou veuves d’agents du réseau. On peut dire que Sophie fait partie de la troupe puisque Eugène de Ségur, son époux, était alors président des Chemins de Fer de l’Est. Tout naturellement, c’est là que figureront en bonne place les premières parutions de la comtesse, son épouse. Sans nier ou rabaisser sont talent, qui n’est pas mince, cette conjoncture l’a bien aidée, elle-même, d’ailleurs, ne niant pas les avantages du piston. Une lettre écrite à un jeune écrivain à la fin de sa vie, en témoigne:
« Pour arriver à la célébrité, il ne suffit pas de bien faire; il faut encore la chance d’un nom qui patronne le vôtre et vous lance dans le monde poétique; et puis un sujet qui intéresse et qui émeuve, et vous voilà connu, loué avec admiration. Le patronage est indispensable pour arriver. Pour commencer, c’est ennuyeux, parce qu’il faut attraper la piste; mais quand on est dans le courant, on avance tout seul, sans se donner ni peine ni mouvement… »
En 1852, elle fait un voyage à Rome, au cours duquel elle rencontre Louis Veuillot, pour lequel elle éprouve une vive amitié. Elle aime l’humour et le style vigoureux du directeur de l’Univers en dépit de leurs divergences en matière d’éducation: il recommandait le fouet, alors qu’elle, « ne l’admettait à aucun titre », n’en déplaise à certains psychologues de bazar qui ont voulu voir en elle une sorte de Mère Fouettard. Louis Veuillot la connaissait mieux qu’eux. Il désapprouvait en revanche les contes de fées et se félicitait que sa grande amie les eut assez vite abandonnés pour plonger dans la réalité.

Car les Nouveaux Contes de Fées ne sont que le prélude à l’œuvre future de la comtesse de Ségur. On y trouve en germe la matière de ses futures histoires et l’on va voir que progressivement elle abandonne le conte pour aboutir au roman. Blondine est encore sous l’influence de Perrault, alors qu’on peut dire d’Ourson, en dehors de l’apparence du héros et de certains faits « merveilleux qu’il est déjà un roman presque réaliste. Il est curieux de noter que son dernier roman, Après la Pluie le Beau Temps, reprend les structures du conte.
A 57 ans, Sophie de Ségur, née Rostopchine, qui depuis l’enfance raconte des histoires à qui veut l’écouter, entame une carrière d’écrivain. Avec des contes au moyen desquels elle commence à soulever discrètement le voile sur son enfance, à révéler ses travers : gourmandise, curiosité, coquetterie insatisfaite, et à exprimer son obsession du feu ! On sait que l’ordre d’allumer l’immense incendie qui ravagea Moscou alors que Napoléon y campait fut toujours attribué à son père.
Ces contes sont plus proches de ceux de Mme Leprince de Beaumont, de Mme d’Aulnoy ou de Perrault et des autres collecteurs du 17° siècle; plus proches encore des frères Grimm, très lus à la cour de Russie, que des baroques contes russes entendus dans son enfance.
Son père Fédor Rostopchine était ministre du Tsar Paul 1°. Sa mère, Catherine, faisait peu de cas des Russes et de leur folklore; elle admirait en revanche la culture française et fut pour Sophie un modèle. Quand vint pour elle le moment de conter, elle n’eut pas l’idée de puiser dans les histoires traditionnelles que la nourrice, sa niania, devait très probablement lui raconter.
Et ce d’autant moins que Catherine Rostopchine, farouchement catholique, avait tenu ses enfants éloignés des légendes locales qui n’ont fait qu’effleurer la mémoire de Sophie. Ainsi ne rencontre-t-on dans ses contes aucun des personnages slaves traditionnels: ni Ivan Tsarévitch, ni Vassilissa la Très Belle, ni l’effrayante Baba Yaga. Les chaumières au fond des forêts où se réfugient ses héros pourchassés sont résolument percheronnes et ne se déplacent jamais sur des pattes de poulet.
Et si Blondine, une sorte de Sophie enfant aux prise avec la princesse Fourbette, (premier des nombreux avatars de Catherine Rostopchine), une marâtre, paraît ressembler à Vassilissa la Très Belle, c’est que cette dernière, en vertu de l’universalité du conte, est proche parente de Blanche-Neige.
Blondine est aussi la bonne version de Sophie enfant, l’autre face étant Gourmandinet, son page, dont la gourmandise le perdra puisque il en mourra .
Au temps de la Comtesse de Ségur, les frontières du plus proche inconnu, lieu de toutes les terreurs, ont beaucoup reculé. Déjà, Swift et Cyrano de Bergerac envoyaient leurs héros sur la lune et d’autres mystérieuses planètes. Plus tard, Jules Verne aussi regarda vers le ciel. Sophie, qui n’a pas l’esprit scientifique et qui par ailleurs n’est pas rêveuse, n’y pense même pas. En ce qui la concerne, le plus proche inconnu serait plutôt son inconscient, représenté par la Forêt des Lilas, aux couleurs et aux senteurs attirantes, mais au sein de laquelle on risque de se perdre pour toujours.
De nos jours encore, les maux de l‘esprit, de l‘âme sont souvent considérés comme une faiblesse, voire une tare déshonorante. Les migraines et laryngites dont Sophie de Ségur souffrit longtemps -elle qui jouissait d’une bonne santé- témoignent de son mal être, de sa difficulté à s’exprimer, à se faire comprendre. La psychanalyse n'existant pas encore nul ne s'est interrogé sur le sens de ces symptômes.
Selon le catholicisme fanatique de sa mère, tout plaisir est un pêché. Mais Sophie revendiquait pour ancêtre Gengis Khan et l’âme païenne dont elle lui était redevable s’est rebellée contre cette tyrannie. Elle aime sa mère mais aussi le plaisir : ce dilemme la déchire.
Bien sûr elle eut des confesseurs mais comment le confier à un prêtre à fortiori quand il advint que ce dernier fut son fils aîné. Elle eut heureusement l’écriture, et le conte de fées devint l’idéal confident, puisque les personnages et les lieux du conte permettent de tout représenter.
Si pour soigner les troubles qui empoisonnèrent le milieu de sa vie, Sophie de Ségur avait pu et voulu avoir recours à l’analyse, aurions-nous été privés d’une remarquable conteuse et d’une grande romancière?
Blondine l’héroïne de son premier conte, entrera donc avec insouciance dans la forêt si attirante mais si dangereuse. Elle n’y trouvera pas que du malheur puisque elle y rencontrera Bonne Biche la fée, et Beau Minon, le Chat merveilleux. Qui non seulement retiennent la fillette, mais surtout la forment. Elle pourrait se plaire dans ce monde enchanté et désirer ne jamais en sortir. Mais intervient alors- émanation de la terrible Catherine Rostopchine- le maudit perroquet qui va la pousser à s’évader du domaine de la fée et de son enfance Ce faisant, Blondine retrouvera les terribles racines du conte universel, puisqu’elle devra -comme dans les contes Russes et ceux collectés par les frères Grimm- tuer et dépouiller son joli compagnon pour trouver son salut et l’amour véritable.
Sophie à cette époque, éprouve le besoin de secouer les liens familiaux et conjugaux qui la maintiennent dans une dépendance infantile. Elle écrit et, encouragée par Louis Veuillot se fait éditer ; elle a compris depuis longtemps que la liberté passe par l’argent.
Bonne Biche et Beau Minon sont des personnages de conte, mais qui représentent-ils? Qui fut pour Sophie le prince charmant? Les jeunes gens de son adolescence? Eugène de Ségur du temps où elle fit sa connaissance? Eugène Sue plus tard? Ou qui d’autre ? Nous ne le saurons probablement jamais puisque, son fils prêtre, Gaston de Ségur a fait brûler les lettres qu’elle lui adressait et que ses descendants ont expurgé le reste pour ne laisser qu’une image de la Comtesse de Ségur conforme à la bienséance de leur milieu.
Pauvre Sophie! Brimée par sa mère, muselée par son mari et sa belle-famille, rabotée par sa descendance et ses éditeurs; il faut pour faire sa connaissance la lire attentivement!
Le Bon Petit Henry, à la recherche de l’herbe de vie qui sauvera sa mère, nous apprend que Sophie croyait aux vertus thérapeutiques des plantes et n’hésitait pas à fournir onguents et sirops à ses protégés.
Dans Ourson, on voit pointer son goût pour l’exagération burlesque; Passerose qui « pleure pour tenir compagnie » pourrait venir du théâtre de Shakespeare ou d’un roman de Dickens. On y trouve un premier portrait de son voisin Mouchel, qui sera Féréor dans la Fortune de Gaspar. Qu’avait-il pu lui faire pour qu’elle finisse par le faire rôtir ? On se dit que le pauvre homme avait bien du mérite à garder de bonnes relations avec sa turbulente voisine. On meurt par le feu mais l’eau aussi est à craindre: Ourson tombe au fond d’un puits et Violette rêve qu’elle se noie. Un crapaud, symbole de la sexualité mâle peut la faire mourir. Monstre pour monstre, elle préfère Ourson qu’elle aime comme un frère; ce qui ne les empêche pas d’avoir un enfant, mais…. grâce à l’intervention de la fée. Sophie se souvient là de ses accouchements si difficiles, le dernier ayant failli lui être fatal. Souvenir encore vif entretenu par de nombreux ennuis de santé dont seule la ménopause la délivrera.
La fin de l'histoire est proche de l’ Héroïc Fantasy; il est dommage que Walt Disney ait ignoré ces contes et qu’il n’ait pas mis en images le combat entre le char entre attelés de crapauds et celui attelé d’alouettes. D’ailleurs les chars des contes de Sophie ont généralement de bien étranges équipages: autruches, dragons, alouettes, cygnes ou crapauds. Faut-il y voir des réminiscences de la mythologie gréco romaine, des chars de Vénus ou de Neptune? Comme la cassette et le parfum qui viendraient du conte de Psyché?
Pour la princesse Rosette, dont l’histoire ressemble à celle de Cendrillon, Sophie qui a souffert dans son enfance d’être mal vêtue, fait intervenir une fée afin de lui éviter des humiliations quand elle devra paraître à la cour du Roi Son Père.
Quant à Rosalie, en butte aux maléfices de la mauvaise Souris Grise, elle sera punie de la curiosité de son auteur, tout comme sera puni de sa gourmandise le page Gourmandinet.
Dans la présentation de ce premier livre, qui contient en germe toute la suite de son oeuvre, elle nous montre le monde magique transposé sous le Second Empire en livret pour opéra d’Offenbach, et se désigne comme la bonne aïeule du roman, créant ainsi sa propre légende.
Pourtant la correspondance échangée avec son éditeur révèle un aspect plus abrupt et moins connu de sa personnalité. Très au fait de l’actualité littéraire , elle n’ignorait pas que George Sand publiait aussi des contes et refusa énergiquement le titre de Contes d’une Grand Mère, préférant Nouveaux contes de fées car elle ne voulait être, écrivait-elle, « ni plagiaire ni doublure ». Succès ! Les jeunes lecteurs en redemandent et c’est tant mieux.
Car Sophie n’écrit pas pour passer le temps. On a beaucoup accusé Eugène de Ségur de radinerie. Mais, il faut avoir présent à l'esprit que le couple a sept enfants à élever et à établir. Habituée au train de vie Rostopchine, Sophie n’a guère le sens de l’économie. Elle impose à Eugène qui ne se trouve bien qu’à Paris, de la laisser vivre aux Nouettes une grande moitié de l’année. Ce domaine, qu’elle gère de manière approximative, et sa grande générosité l’obligent à gagner de l’argent. L’écriture va le lui permettre.

dimanche 24 octobre 2010

Arachné alm


Arachné
Ne perdons pas le fil !
 Il est une fileuse infatigable que bien souvent on redoute quand elle nous surprend, lovée dans sa toile à l’angle d’une porte ou d’un fenêtre. Qu’on admire aussi, quand le matin, un rayon de soleil transforme en cristal la dentelle qu’elle a tissée entre deux branches.
Ne la craignez pas : elle est porteuse de présages.
Araignée du matin : chagrin ? Non, non, pas de peines de cœur en perspective, juste un bulletin météo. L’araignée aime vivre et travailler au sec et si elle se promène au jardin de bon matin, c’est que la rosée est absente et que la pluie risque plus tard de la remplacer. 
Araignée de midi : souci ? L’araignée prévoyante, se hâte de terminer son travail avant l’orage qui menace.
Araignée du soir : espoir ? L’atmosphère sereine annonce pour le lendemain un temps calme.
Ne chassez pas l’araignée tueuse des mouches porteuses de miasmes. Elle nous protège tout comme elle a protégé la Sainte Famille qui fuyait en Egypte.
Marie, Joseph et le Divin Enfant s’étaient réfugiés dans une grotte. Une araignée tissa sa toile devant l’entrée ; ce que voyant, les soldats d’Hérode la crurent inhabitée et passèrent leur chemin.
Moins religieusement, l’araignée purifie l’air des étables, met le bétail à l’abri des maléfices et empêche les lutins d’énerver les chevaux.
Pour toutes ces raisons, tuer les araignées ou détruire leur toile est déconseillé. Contrevenir pourrait vous rendre boiteux, surtout si vous devez, pour les atteindre, grimper sur une échelle plus ou moins vermoulue.,Laissez l’araignée tisser sa toile et se balancer au bout de son fil : c’est son destin, ainsi en a décidé la sage Athéna.
 Pour une fois l’héroïne de cette légende n’est pas un princesse mais la fille d’un simple artisan. 
C’était au temps où l’habile et sage déesse enseignait aux jeunes filles de Lybie,  les arts textiles dans lesquels elle-même excellait.
 La plus douée de ses élèves était Arachné, la fille d’Idmon de Colophon, teinturier de son état. Les ouvrages de la jeune fille étaient d’une rare perfection, tant par leur finesse, la fraîcheur de leurs couleurs que la vérité des images. Les nymphes des bois et des rivières sortaient de leurs retraites pour venir les étoffes et s’en revêtir.
Assez vaine de son talent, Arachné osait se prétendre la meilleure du monde. Elle poussait l’audace jusqu’à l’ingratitude et reniant l’enseignement de la déesse, se vantait de ne tenir son talent que d’elle-même. Elle laissait même entendre qu’aucune autre fileuse,  pas même Athéna ne pouvait l’égaler.
Les immortels ont horreur des défis que leur lancent les humains. Sous l’apparence d’une vieille femme, la fileuse divine s’en  alla vérifier les dires de l’outrecuidante. Il lui fallut constater la perfection du travail d’Arachné.  Piquée, elle lui conseilla plus de modestie. Arachné moqueuse, ne voulut pas tenir compte des propos d’une vieille inconnue.
La déesse outrée, apparut alors en majesté et  proposa un concours à l’insolente. Les nymphes de bois et des fleuves seraient juges.
Les deux fileuses se mirent à l’ouvrage.
Athéna sur sa toile, représenta tous les dieux de l’Olympe en majesté ; aux quatre coins, elle fit figurer  la défaite de quatre mortels présomptueux punis pour avoir osé défier les dieux.
 Arachné l’impertinente, fit figurer sur la sienne leurs amours les plus scandaleuses, avec en motif central, Zeus et ses nombreuses amantes. Le travail bien que d’une rare insolence était d’une perfection incontestable.  Les nymphes proclamèrent Arachné gagnante. Outrée, Athéna frappa sa rivale d’un violent coup de  navette et déchira son ouvrage. Au comble du désespoir, la jeune fileuse alla se pendre.
Athéna dans sa sagesse, jugea que le litige ne valait pas une mort et offrit à l’infortunée une seconde vie, mais sous la forme d’une araignée qui pour l’éternité, pendue à un fil, tout au long du jour tisse sa toile.

samedi 23 octobre 2010

Orphée alm




Ecoutez…. un enfant chante… ; un enfant chante et ses nourrices, attentives, l’écoutent ; un enfant chante et les serviteurs, charmés, cessent leurs allées et venues ; un enfant chante et sa mère, qui compose un discours, lève la tête et écoute ; un enfant chante et les animaux familiers, les autres aussi, approchent ; les souris montrent le nez au bord de leur trou, les araignées descendent le long du fil ; et voici la basse-cour, les vaches, les chèvres, les cochons, les ânes… De plus loin arrive autour de la demeure, la sauvagine, les renards, les biches, les ours, les loups, les lions ; tous font cercle autour de l’enfant… jusqu’aux arbres qui secouent leurs racines et tendent vers lui leurs branches et vers lui les montagnes voisines laissent rouler leurs rochers.
Son père, Olagre, roi de Thrace qui ne l’aime pas beaucoup car il n’est pas certain que cet enfant soit son fils, Olagre lui sourit. Et le grand Apollon depuis l’Olympe, se penche sur cet enfant qu’il a comblé de dons : le talent, la beauté, la sagesse, la lyre aussi, la lyre à sept cordes qui accompagne le chant du garçon. Il se nomme Orphée.
Orphée grandit enseigné par les Muses et c’est en leur honneur qu’un jour il ajoutera deux cordes à sa lyre . Il grandit et le temps venu, avec sa lyre pour seul bagage, il s’en fut par le monde pour découvrir d’autres pays, d’autres histoires, d’autres musiques. Il s’en alla dit-on jusqu’en Egypte ; il rencontra là-bas les prêtres d’Osiris. Encore plus loin, on lui apprit que certains peuples n’avaient qu’un seul dieu ; d’autres encore haïssaient la violence, les sacrifices sanglants, refusaient de se nourrir de chair.
Sur sa route, il rencontra Jason ; Jason qui armait un navire pour aller en Colchide s’emparer de la Toison d’Or. Il avait avec lui les plus fameux héros de la Grèce ; ils étaient cinquante, les Argonautes. On ne peut pas les citer tous mais parmi eux se trouvait le formidable Hercule, et Palamède et les jumeaux divins Castor et Pollux et Atalante l’amazone, la chasseresse, la seule femme de l’équipage.
Qu’avaient donc à faire ces guerriers, d’un poète, d’un musicien qui n’avait pour toute arme que sa lyre ? Quelle était sur le navire Argos, la place d’Orphée ? Sur ce navire Argos qui justement, refusait de prendre la mer. Le bois dont il était fait, voyez-vous, regrettait sa forêt. Cinquante héros en vain conjuguaient leurs efforts, le navire refusait de bouger.
Orphée prit sa lyre et depuis une falaise qui regardait Argos, il entonna un chant. Les arbres alors acceptant le sacrifice, les voiles frémirent, les cordages tremblèrent, la nef glissa sur la mer ; les cinquante n’eurent que le temps de sauter dans des chaloupes, de nager, pour regagner le bord ; avec eux embarqua Orphée. C’est lui aussi qui, dans le danger pressant rythma la cadence et fit accélérer les rameurs ; lui qui en Colchide, endormit le dragon qui gardait la Toison ; son chant encore, fit taire les Sirènes dont la voix entraîne les matelots au fond des eaux, et de tout l’équipage, un seul homme disparut.
Un jour, lassé des aventures, Orphée rentra dans son pays et retourna chanter dans la campagne. Les Dryades, des feuilles de chêne ornant leurs cheveux, venaient danser près de lui. L’une d’elles, Eurydice lui plut ; elle aussi l’aimait, ils s’épousèrent. Mais un autre homme aimait la nymphe : Aristée le berger. Partout il la poursuivait ; et c’est en s’enfuyant qu’un mauvais jour, Eurydice ne vit pas un serpent qui dormait dans l’herbe ; un morsure au mollet l’envoya aux Enfers.
Orphée en fut au désespoir. Comment vivre sans Eurydice ?
Le poète alors résolut de tenter ce qu’aucun mortel n’avait encore osé :s’en aller chez Hadès, réclamer son épouse. Armé de sa lyre, il fit route vers l’Averne. Les pierres noires qui ferment l’entrée du gouffre s’écartèrent aux premières notes. Orphée chanta pour Charon qui le prit sur sa barque et les damnés furent pour un temps délivrés de leur supplice ; Tantale en oublie la soif et la faim, les Danaïdes posent leur seau et pour un moment, la roue d’Ixion cesse de tourner. L’affreux Cerbère, mâté vient poser ses trois têtes sur les deux genoux du chanteur.
Et le voilà devant le sombre, le terrible Hadès : que vient-il faire ici, lui, le vivant, comment a-t-il osé ?
Alors il chante, Orphée, il chante sa passion pour Eurydice, qu’il n’a pas eu le temps d’aimer ; en musique, il pleure, il supplie qu’on lui rende son épouse.
Impossible, répond le Maître des Enfers.
Orphée reprend sa lyre et chante encore cet amour trop bref, la jeunesse de son épouse ; qu’on la lui rende le temps de vieillir ensemble.
Proserpine est émue : elle sait ce qu’est l’amour, elle, la fille des moissons qui a accepté de passer la moitié de l’année sous terre pour vivre avec Hadès. Elle plaide, elle intercède et le dieu sombre s’attendrit ; lui aussi a du lutter pour conquérir la fille de Cérès. Ils s’aiment, les deux infernaux. Et tout l’Enfer s’émeut ; les Eumènides même, les implacables Eumènides ont les yeux humides.
Il a gagné, Orphée ; Hadès cède. Eurydice reverra le soleil et le ciel et la nuit étoilée, mais à une condition : sur le chemin qui mène à la lumière, et il est long, Orphée ne devra ni parler à son épouse, ni se retourner pour la regarder.
Comme c’est simple ! Il s’en retourne le poète, suivi de son amour. Et il chante pour Cerbère et il chante pour Charon et les damnés sont encore un instant soulagés. Les amants remontent vers le jour, mais un doute saisit Orphée : il sait que les dieux aiment à se jouer des mortels. Comment savoir si Eurydice est bien derrière lui ? Oh, comme il voudrait s’en assurer, lui parler, la regarder… Mais il résiste ; il craint trop de la perdre.
Et puis voici le jour, l’entrée de la caverne, le soleil, il est dehors… Eurydice est sauvée… il peut enfin se retourner… Mais la nymphe n’a pas encore franchi le seuil… elle tend les bras vers lui, l’appelle… Hélas ! sa voix se perd dans la brume où Orphée voit s’effacer la silhouette de son amour… Il court vers elle mais les lourdes pierres se referment ; il s’use les mains à cogner, à frapper ; il prend sa lyre mais cette fois sa musique est sans effet. Effondré devant l’entrée des Enfers, Orphée pleure.
Il va pleurer encore, sept ans, sept mois et sept jours au bord du fleuve Strymon ; les femmes de Thrace en vain, tentent de le consoler : Orphée ne peut aimer qu’Eurydice. En attendant de la rejoindre, aucune autre ne pourra l’approcher. C’est dans la solitude glacée du mont Rhodope qu’il va trouver refuge, entouré d’animaux et de jeunes garçons, seul humains qu’il laisse approcher. Il leur apprend la musique, la poésie et leur transmet les enseignements qu’il a reçu au cours de ses voyages. Son chant est devenu si triste qu’il fait pleurer dit-on les tigres et les lions ; les montagnes en ruissellent de sources.
Mais une compagne d’Eurydice, Aglaonice, haïssait Orphée qui lui avait pris son amie et l’avait laissée mourir. Pis encore, Orphée l’avait repoussée. Aglaonice servait Dyonisos ; un soir d’orgie, ivre de vin et d’autres substances, suivie d’une horde de Bacchantes vêtues de peaux de renards et couronnées de pampres, elle voulut se joindre aux jeunes gens. Orphée les renvoya ; alors la horde furieuse, mit l’assemblée en fuite, se jeta sur Orphée, lui arracha sa lyre. Le poète , radieux, sut qu’il allait mourir ; enfin il allait rejoindre sa bien-aimée.
C’est en chantant son nom qu’il se laissa mettre en pièces. Sa tête arrachée roula dans le fleuve et ses lèvres mortes hurlaient encore le nom d’Eurydice ; sa lyre bientôt le rejoignit . Emportées par les flots, elles voguèrent de vague en vague jusqu’à l’île de Lesbos où les poètes lui élevèrent un tombeau.
Les Muses en larmes, rassemblèrent les membres épars et les ensevelirent au pied du mont Olympe où depuis le chant du rossignol est bien plus beau qu’ailleurs.
Apollon prit la lyre et l’envoya rejoindre les étoiles.

Les Chouchous