jeudi 11 avril 2013

Le mariage de Gauvain (3)


Le soir, Guenièvre voyant son époux mélancolique lui prit la main et lui demanda quel était son souci.
« J’ai pris un engagement que je suis incapable de tenir. Mon honneur est perdu, quoiqu’il advienne ! »
Gauvain, le neveu d’Arthur, en entendant ces mots, renversa l’échiquier sur lequel il menait une partie et se jeta aux pieds du Roi :
« Sire, je suis là et sur ma vie votre honneur m’est sacré : confiez-moi cette quête ! »
Arthur soupira… Gauvain, le plus brave, le plus fougueux, le plus loyal et aussi le plus beau de ses compagnons, Gauvain le joyeux, uni à l’épouvantable créature de la forêt… c’était impossible, inenvisageable. S’appuyant des deux mains sur son trône, Arthur se redressa, poussa un soupir et raconta toute l’aventure : le défi du Cavalier Noir, l’aide de la femme hideuse et la promesse aveugle qu’il lui avait faite. Les chevaliers et leurs épouses s’étaient approchés et ils écoutaient en silence. Beaucoup se félicitaient d’être déjà mariés et ceux qui ne l’étaient pas priaient Dieu que Gauvain ne flanche.
Un peu pâle malgré tout, le vaillant jeune homme se releva :
« Conduisez- moi à cette Dame, Sire. Demain, elle sera ma femme ! »
Le lendemain aux premières heures toute une escorte de chevaliers entourant le Roi, Messire Gauvain et Keu le Sénéchal, se rendait au rendez-vous de la forêt ; une litière richement parée les suivait.
Pour la première fois depuis Noël, le soleil brillait, le ciel était bleu, les oiseaux chantaient. Mais la troupe était triste ; la tache écarlate se montra bientôt en bordure du chemin. La femme était assise sur une souche ; Arthur mit pied à terre et baisa la main tordue ; les chevaliers étaient atterrés ; Keu fidèle à ses habituels écarts de langage ne put tenir sa langue indocile :
« Quel monstre Sire ! Vous ne pensez pas la faire venir à la cour ! Elle serait une tache dans nos élégantes assemblées… non, Sire, non ! »
Avant qu’Arthur ait pu le faire taire, Gauvain, garant de l’honneur de toute dame, avait sauté de cheval et mis un genou en terre devant sa promise.
« Madame, prononça-t-il, me ferez-vous l’honneur de me prendre pour époux ?
-Vous moquez-vous de moi, messire Gauvain ? Vous dont on connaît la valeur, le préféré des dames, comment pensez-vous vous encombrer d’une épouse de ma sorte ?
Et levant les yeux sur le jeune homme elle vit la loyauté sur son visage ; Gauvain était incapable de duplicité. Il la prit par la main et la conduisit jusqu’à la litière.
La troupe rentra au château et tandis qu’on parcourait les rues étroites de la cité, la laide fiancée gardait le visage dans ses mains afin que personne ne puisse voir sa monstruosité. Mais en arrivant dans la cour principale, elle se mit à trembler en entendant les cris d’horreur de ceux qui la découvraient. Seule Guenièvre ne manifesta aucun signe de surprise ni de répulsion, elle lui tendit la main gentiment pour la conduire à la chambre nuptiale. Le mariage serait célébré le soir même.

Elégance sur l'Almanach ; le coucou chante au jardin

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