Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

vendredi 21 février 2014

Circeline récap 25

Circeline 21 02 14

Il y a longtemps, bien longtemps, pas très loin d’ici entre Beauce et Perche, naquit une petite fille ; la dernière née d’une famille de magiciens qui, en dépit de tous leurs sortilèges n’avait pu engendrer que des garçons. Or, certains de leurs pouvoirs ne pouvaient être transmis que par les femmes ; aussi avait-on craint de les voir disparaître. C’est vous dire si la jeune Circeline était la bienvenue !
Dans les jours qui suivirent la naissance, toute la parenté, tous les proches, magiciens et magiciennes, sorciers et sorcières, fées, enchanteurs, lutins, elfes, tous se réunirent autour du berceau pour doter l’enfant. C’était un ravissant bébé que chacun se faisait une joie de gâter, et comme cette parentèle était nombreuse, Circeline fut bientôt pourvue de tous ,je dis bien TOUS les dons. Et quand les nourrices réclamèrent un peu de repos pour la mère et l’enfant, chacun se disposa à regagner la salle voisine où un festin était préparé.
Alors entra dans la chambre celle qu’on n’attendait pas car on l’avait complètement oubliée : une vieille fée, fort âgée et méchante que personne n’aimait ni ne recherchait. On redouta sa réaction ; déjà son naturel n’était pas bon, en plus, elle était certainement vexée d’avoir été écartée de la fête. On cherchait fébrilement comment conjurer le mauvais sort qu’elle ne manquerait pas de jeter à la petite. Elle s’approcha du berceau avec un mauvais sourire (elle n’en avait pas d’autre), regarda la petite fille, puis l’assemblée qui s’efforçait de garder un air détaché ; alors d’une voix trop suave pour être sans arrière pensée, elle susurra : « Jolie, jolie petite Circeline… on t’a déjà tout donné ! Que me reste-t-il à moi pauvre vieille, à t’offrir en cadeau ? »
Elle fit semblant de réfléchir pendant un moment qui parut bien long. On redoutait le pire ; puis, s’adressant à la parentèle inquiète : « Est-elle encore mortelle ? »
L’assemblée des magiciens, bouche bée dévisagea la vieille fée. « Comment, reprit-elle, aucun d’entre vous n’a pensé à lui offrir l’immortalité ? Quelle chance pour moi ! Je n’espérais pas ma jolie Circeline, pouvoir te gâter ainsi ! »
Et sans laisser à personne le temps de réagir, elle fit au-dessus du berceau les gestes magiques qui confirmaient ses paroles.
L’immortalité !… Personne c’est vrai, n’y avait songé ! Car, si magiciens, sorciers, enchanteurs, parviennent grâce à leurs pouvoirs à une étonnante longévité, parfois de plusieurs siècles, tous sont mortels. La preuve : de nos jours, on n’en rencontre presque plus. L’assemblée était grandement soulagée ; étonnée aussi car il n’était pas dans les habitudes de la vieille de se montrer aussi généreuse. On s’empressait autour d’elle la priant de rester à la fête, mais elle déclina l’invitation et s’éclipsa nos sans émettre lueurs et bruits bizarres qui effrayèrent le bébé. Ceci lui ressemblait déjà plus ! On se congratulait du peu d’importance de l’incident, quand un magicien chenu qui s’était tenu jusque là silencieux et discret, presque invisible dans l’ombre d’une tenture, s’avança devant le feu. Lui aussi on l’avait oublié, bien qu’il ait été invité, car il était respecté pour son savoir et sa grande sagesse. On réalisa alors que lui non plus n’avait pas fait de don. Que lui restait-il à offrir ? Cependant on ne le redoutait pas car sa bonté égalait son savoir. Il s’approcha du berceau et regarda, on se demandait bien pourquoi, le bébé avec commisération.
« Pauvre petite bonne femme ! dit-il avec douceur. Tous les dons et l’immortalité ! Comme cette enfant va s’ennuyer ; la vieille folle ne pouvait pas faire pire ! »
On trouvait autour de lui qu’il exagérait et on se mit à craindre qu’il ne retirât à l’enfant quelque don précieux ; il en avait le pouvoir. Mais il se contenta de dire gentiment : « Je ne peux rien ajouter à ce que tu as reçu ; aussi vais-je t’enlever un petit quelque chose. Oh, presque rien, fit-il rassurant, simplement cette enfant ne pourra jamais chanter. »
Il fit les passes magiques et retourna dans son coin. On se regardait, interloqué ; soulagé aussi ! Un sage comme lui, s’attacher à un pareil détail… on mit sa réaction sur le compte de la sénilité.
Circeline fut un bébé sage. Elle souriait beaucoup, pleurait rarement et criait encore moins : forcément, elle ne pouvait pas élever la voix ! Elle grandit comme une jeune magicienne ordinaire, dans une famille de magiciens ordinaires. Quand elle en eût l’âge, on l’envoya à l’école des magiciens où elle apprit avec facilité. Normal, avec tous ses dons ! Dans cette école, on étudiait bien évidemment les sciences occultes, les philtres magiques et les phases de la lune, mais aussi la lecture, l’écriture, le calcul, le dessin et… le chant ; comme dans les autres écoles.
Circeline dut se joindre à la chorale et connut là ses premières contrariétés. La fillette, qui adorait la musique et les chansons, entonnait avec enthousiasme refrains et couplets mais comme elle n’avait pas plus d’oreille que de voix, elle ne se rendait pas compte qu’elle déraillait. Bien vite on la faisait taire. A la fin du morceau le professeur de chant lui disait : « Fais un effort, Circeline ! Les autres, taisez-vous, Circeline reprendra seule le refrain. » Et la pauvrette de lancer à pleins poumons un fausset chevrotant sous les rires de ses compagnes qui pour être magiciennes n’étaient pas plus tendres que les autres enfants.
« Bon, ça suffit, dit un jour le prof écoeuré. Tu resteras après l’heure, je te ferai travailler. »
Circeline ne prit pas cela comme une punition, au contraire ; elle était enchantée d’avoir une leçon particulière. Leçon qui porta peu de fruits : ni voix , ni oreille, elle dut quitter la chorale. Circeline rentra chez elle le cœur gros ; elle qui réussissait tout sans effort, voilà qu’elle était privée de ce dont elle avait le plus envie. Sa mère voyant son chagrin, jugea qu’il était temps de révéler à sa fille l’enchantement dont elle était victime.
« Ca ne fait rien, dit Circeline quand elle fut au courant, j’apprendrai. J’ai tout le temps puisque je suis immortelle. »
Ce qu’elle fit ! Le fausset de la jeune magicienne découragea plus d’un maître de musique. Mais elle voulait chanter et persévérait dans la recherche de celle ou celui qui délivrerait sa voix prisonnière.
Cependant elle continuait à s’instruire et lisait beaucoup. C’est ainsi qu’elle apprit que loin, très loin, au sud de son pays, il existait une mer dans laquelle vivait des êtres surprenants : les Sirènes. Les Sirènes savaient chanter ; on disait même que leur voix était si belle qu’elle ensorcelait tout voyageur qui les approchait.
« Voilà ce qu’il me faut, se dit Circeline. Ces Sirènes vont m’apprendre le chant. »
Elle n’était plus une enfant quand elle entreprit le long voyage qui devait la mener jusqu’à la Mer des Sirènes. Ce qu’elle fit là-bas, nous n’en savons rien ; toujours est-il que durant son absence, le pays connut quelques années d’une exceptionnelle sécheresse. Puis elle revint ; et l’on doit croire que ni la science, ni le talent, ni même la magie des Sirènes n’ont pu faire éclore la voix de Circeline, puisqu’à son retour, une pluviométrie normale, c’est à dire abondante, reverdit la région.
Et c’est ainsi depuis des siècles ; Circeline cherche sa voix sans jamais la trouver. Vous l’entendez de loin en loin à la radio, à la télé : jolie, pimpante, dansant à la perfection, un filet de voix couvert par l’orchestre et la sono. Brune ou blonde, grande ou petite selon les époques et les modes qu’elle suit scrupuleusement, c’est toujours Circeline. Et puis, la vedette se laisse oublier ; car au nombre de ses dons, Circeline compte la lucidité. Alors elle repart chez ses amies les Sirènes et nous connaissons quelques étés ensoleillés ; puis elle revient à temps pour reconstituer les nappes phréatiques exsangues.
Car jamais, jamais, tout au long de son éternité et en dépit de l’enchantement qu’elle ne peut défaire, Circeline ne renoncera à chanter….
Elle vient d’apprendre que sur un fleuve de l’Est, une certaine Lorelei….
Tant il est vrai que : IL N’EST PAS NECESSAIRE D’ESPERER POUR ENTREPRENDRE, NI DE REUSSIR POUR PESEVERER .

mercredi 19 février 2014

Chansons de mes envies récap 25



Chansons de mes envies 19 02 14

Ce matin, j'avais envie d'être un nuage....
Alors je me suis couchée dans la rosée et j'ai attendu...
J'ai attendu le soleil.
Il avait soif et il m'a bue
Et on est tous les deux remontés dans le ciel
Et moi, je voulais sortir
Alors j'ai pris une de mes plumes et je lui ai chatouillé le nez
De l'intérieur
Et il a éternué
Il m'a éternuée
Et longtemps dans le ciel, j'ai flotté
Légère
Par-dessus les montagnes et par dessus les plaines
Par dessus mon village
Et j'ai vu mes amis qui mangeaient de bonnes choses
Qui riaient, qui chantaient
Alors j'ai eu envie d'être avec eux et je me suis faite pluie
Et je suis tombé sur leur feu
Il s'est éteint
Ils ont levé les bras au ciel et il m'ont vue
Ils m'ont tapé dans le dos
Ils ont dit:"Sacré farceuse!"
Alors on a rallumé le feu et on a bu
On a mangé, on a chanté
Et raconté les histoires de nos envies.

mardi 18 février 2014

Pourquoi 28 jours? récap 25

Pourquoi 28 jours? 18 02 14

Que penser de ce mois bancal, amputé de trois jours et qui court en boitant pour, tous les quatre ans, en récupérer un?
C'est un mois fièvreux, son nom l'indique. Il est froid, humide; il arrive qu'une belle journée fasse croire au printemps, on tombe la veste, on dénoue l'écharpe, et  Bronchite en profite. Elle s'insinue accompagnée de Fièvre et de Toux, ses deux complices qui, si elles le pouvaient encore résoudraient définitivement vos menus problèmes. On nommait autrefois février "mois des fièvres" ou "mois du Purgatoire", c'est dire!
Est-ce pour diminuer le danger qu'il ne lui a été donné que vingt-huit jours?
Tout a commencé quand Jules César a appris que la Terre fait sa révolution autour du Soleil en trois cent soixante cinq jours et six heures. Homme de lois et de réformes, il a réformé le calendrier. L'année tropique allait comporter trois cent soixante cinq jours; mais que faire alors de ces six heures supplémentaires. Pour obtenir une journée complète on allait les multiplier par quatre et tous les quatre ans, cette journée serait ajoutée à février à qui n'avaient été octroyés que vingt neuf jours. 
Journée qui serait insérée, (pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué?)entre la vingt quatrième et la vingt cinquième. Ainsi en décida César qui, comme chacun sait périt aux Ides de mars.
Auguste, son neveu monta sur le trône impérial et s'avisa que le mois d'août qui lui était consacré ne comportait que trente jours, alors que Juillet, mois de son oncle défunt en comptait trente et un. Un manque d'égards qu'il fallait réparer et ce fut encore ce malheureux février qui en fit les frais: on lui piqua un jour.
C'est depuis se temps que février doit se contenter ordinairement de vingt huit jours, bienheureux encore d'en avoir vingt neuf les années bissextiles. Des jours longs de dix heures en moyenne, soit une augmentation d'une heure et trente-huit minutes pour l'ensemble du moi.

jeudi 6 février 2014

Révélation

Je révèle maintenant que Dieu a placé des gardiens et des veilleurs sur tout ce qu'il a fait. En ce sens, les gnomes ou pygmées, veillent sur tous les trésors, métaux et pierres précieuses cachés dans la terre. Il y a des trésors entassés, surveillés par ces petits êtres afin qu' ainsi rien ne soit produit avant le temps approprié. Quand les trésors sont déterrés, les pygmées disparaissent, ne laissant derrière eux que des histoires et des mythes sur leur existence et leurs travaux.

PARACELSE

lundi 3 février 2014

Comment est née sur la steppe la "Viole à Tête de Cheval récap 25

Comment est née sur la steppe la viole à tête de cheval 03 02 14

Tout au nord de l'Europe, presque en Chine, les cavaliers mongols galopent à travers la steppe. Le soir dans la yourte, ils chantent et jouent d'une étranjge viole dont le manche se termine en tête de cheval. C'est le morin-tehour et le morin-tehour a une histoire.
Figurez-vous qu'autrefois, un jeune garçon qui se nommait Suho vivait seul avec sa grand-mère. Ils étaient très pauvres. Lui était berger et malgré son jeune âge il travaillait dur; autant et souvent plus que bien des hommes. Il se levait à l'aube pour aider sa grand-mère aux soins du ménage et des repas, puis il s'occupait des moutons et des bergeries avant d'emmener la vingtaine de bêtes qui composaient son troupeau pâturer sur la steppe.
Suho aimait chanter, il avait une belle voix, connaissait beaucoup de chansons et les autres bergers aimaient à l'entendre. 
Un soir,alors que  le soleil avait disparu derrière les montagnes, la nuit s'étendait sur la steppe et Suho n'était pas rentré. La grand-mère était bien inquiète, les autres bergers allaient partir à sa recherche, quand le garçon est arrivé portant dans ses bras un animal tout blanc, bien trop gros pour être un mouton. Suho était fou de joie; il avait trouvé un poulain nouveau-né qui s'agitait pour se dresser sur ses faibles jambes; la mère as là pour l'aider. Il avait regardé partout: ni jument ni humain ne se trouvait dans les parages et le poulain risquait bien de finir sous les crocs d'un loup, alors il l'avait pris avec lui.
Du temps passa; Suho avait nourri au lait de brebis le poulain que personne n'était venu réclamer et qui grandissait comme grandissait l'amour entre le Suho et Cheval Blanc. Bientôt la robe immaculée à laquelle il devait son nom fit l'admiration de tous et jamais cheval ne fut soigné et aimé comme le fut Cheval Blanc qui ne se contentait pas d'être beau. Il était brave aussi et savait se rendre utile, comme pendant cette nuit où un vacarme insolite éveilla Suho: les moutons s'agitaient et bêlaient, Cheval Blanc hennissait et des grognements féroces se faisaient entendre du côté de l'enclos. Le berger ne fit qu'un bond pour voir Cheval Blanc dressé et menaçant de ses sabots un grand loup affamé.
Les loups sont peureux et Suho n'eut aucune peine à le faire déguerpir. Cheval Blanc avait eu très peur; il avait sauvé les moutons mais il était trempé de sueur. Suho le caressa, l'étrilla tout en le remerciant comme un frère.
Du temps passa encore, puis voilà qu'au printemps une grande nouvelle courut sur la steppe: le seigneur du pays allait donner sa fille en mariage au vainqueur d'une grande course qu'il organisait. Tous les bergers encourageaient Suho à y participer: monté sur Cheval Blanc, il n'aurait aucune peine  à remporter la victoire. Et c'est ainsi que Suho enfourcha Cheval Blanc pour se rendre à la ville. 
Il y avait foule autour du champ de course. Majestueux sur une estrade, le seigneur donna le signal du départ. Ce fut une course magnifique. Des jeunes gens, riches pour la plupart montés sur les plus beaux coursiers venus des provinces les plus reculées filaient comme le vent, les sabots martelant le sol dans un bruit de tonnerre. Bientôt on ne vit plus qu'un éclair blanc qui devançait tous les autres: c'était Cheval Blanc qui, portant Suho faisait voler la poussière de la steppe. 
Le seigneur admiratif le proclama vainqueur et fit venir devant lui cheval et cavalier. Mais quand il apprit que Suho n'était qu'un pauvre berger, il renia sa promesse; sa fille ne pouvait prendre un si pauvre homme pour époux!
"Tiens, dit-il au jeune homme, voilà pour toi trois pièces d'argent et je garde ton cheval."
Suho, fièrement lui répondit qu'il était venu là pour la course et non pour vendre son cheval! 
Un berger ne parle pas sur ce ton à un seigneur des steppes! Le maître furieux fit rosser Suho par ses valets. Le malheureux perdit connaissance tandis que des palefreniers conduisaient Cheval Balnc aux écuries du seigneur.
Les bergers amis de Suho le ramenèrent chez lui sanglant et couverts de bosses. Sa grand-mère mit longtemps à le soigner. Ses plaies finirent par se refermer mais pas celle qui saignait en son coeur. Il ne pensait plus qu'à son Cheval Blanc qu'il avait perdu. Desespéré de ne pas savoir ce qu'il était devenu, il ne dormait plus, mangeait à peine...
Le seigneur, lui n'en pouvait plus d'orgueil; fier de s'être emparé d'un si beau cheval, il voulut le montrer aux seigneurs ses voisin. Il les invita à une grande fête et à l'issue d'un festin, il fit amener Cheval Blanc et eut la mauvaise idée de le monter. A peine fut-il en selle que le cheval rua, se cabra, fit des sauts de mouton tant et si bien que le seigneur vida les étriers. La chute fut rude et il lâcha les rênes. Cheval Blanc se sentant libre partit au galop...
Le Seigneur furieux hurlait; " Rattrapez-le, rattrapez-le!!"
Mais on ne pouvait pas rattraper Cheval Blanc. Alors il ordonna à ses archers de tirer sur lui. Une volée de flèches se planta dans son dos, mais il continua sa course folle.
Suho, qui allait se coucher triste comme à l'accoutumée, entendit une galopade. La grand-mère qui n'était pas encore rentrée lui cria: "Suho, Suho! C'est cheval blanc qui revient!"
Suho sortit en courant. Oui, c'était bien son Cheval Blanc, mais sa belle robe était rouge de sang, les flèches lui déchiraient le dos et les flancs. Suho en larmes les retira doucement une à une, mais Cheval Blanc épuisé s'était couché et perdait des flots de sang. Le berger eut beau le panser, le soigner, le supplier de boire, de manger, de ne pas mourir, il était de plus en plus faible . Au matin, il ferma les yeux.
Suho pensa mourir avec lui de chagrin. Il pleura, sanglota à en perdre les yeux. Terrassé de fatigue et de désespoir, il finit par s'endormir... Il eut un rêve: Cheval Blanc se serrait contre lui et tandis qu'il le caressait, le cheval lui parla: "Prends mes os, lui dit-il, prends ma peau, mes crin, mes tendons. Tu en feras un viole et chaque fois que tu chanteras c'est moi qui t'accompagnerai. Ainsi, personne ne nous séparera plus.
Suho se leva, fit tout ce que Cheval Blanc lui avait dit; bientôt il eut fabriqué un magnifique instrument 
dont il sculpta le manche à la ressemblance de son cheval aimé. Bien sûr cette viole lui rappelait la perte de son ami, mais aussi la joie qu'il avait eue en galopant avec lui à travers la steppe. Il en tira la plus belle musique du monde. Le soir, autour du feu, dans la yourte, les bergers en oubliaient la fatigue du jour. Dans toute la steppe, les musiciens voulurent égaler Suho et se mirent à fabriquer des violes à tête de cheval; ils en fabriquent encore. Mais aucune jamais n'aura les accents de celle qui perpétua l'amour d'un jeune garçon pour un beau cheval blanc!

Lancelot du Lac - Le Beau Trouvé récap 25

Lancelot du lac - le beau trouvé 0302 14

Celle qui sans pitié, venait d'arracher un enfant à sa mère était une fée. On donnait ce nom dans les temps anciens aux femmes qui connaissaient les remèdes offerts par les plantes et la nature; on les disait aussi sages-femmes car elles présidaient aux naissances, sachant les mener à bien autant que les éviter quand c'était nécessaire. Elles savaient lire dans les étoiles et pouvaient écouter le vent et les nuages qui leur annonçaient le temps à venir. Sages oui, elles l'étaient et savantes. Elles savaient écouter et connaissant le coeur des hommes,  le passé et son histoire elles pouvaient en déduire l'avenir probable et donner de judicieux conseils. C'est ainsi qu'on les croyait aussi devineresses et que le clergé craintif en fit plus tard des sorcières.
Celle-ci était une fée puissante; c'était Viviane, La Dame du Lac, celle à qui Merlin avait transmis son savoir. Merlin qu'elle tenait captif dans une tour invisible et à qui chaque soir elle rendait visite pour lui raconter ce qui advenait du monde. Ainsi Merlin reclus par amour, pouvait encore par ses sages conseils influencer le cours des évènements.
Il avait offert à Viviane sa bien-aimée, un palis merveilleux où nul mortel ne pouvait pénétrer sans le consentement de la fée. Les murs en étaient de diamant, le mobilier d'or et de pierreries. Des jardins l'entouraient fleuris toute l'année car ble domaine jouissait d'un éternel été. Dans le verger les arbres donnaient en abondance les fruits les plus sucrés. L'eau d'une rivière y était limpide et nombreux les poissons que l'on y pêchait. Ceux qui vivaient là ne connaissaient ni maladie, ni vieillesse, ni chagrin ni douleur d'aucune sorte.
Quand arriva la fée, portant le bébé dans ses bras, toutes ses suivantes accoururent et s'émerveillèrent de la beauté de l'enfant, de son sourire lumineux; toutes voulaient jouer avec lui, l'embrasser ; il passait de bras en bras gazouillant de bonheur. Viviane choisit une nourrice à qui il fut confié et le petit garçon grandit en force et en beauté si bien qu'à l'âge de trois ans on aurait dit qu'il en avait cinq. On lui donna alors un arc et des flèches à sa mesure et un petit cheval. L'enfant s'exerçait à la chasse sur les oiseaux du jardin et la basse-cour du domaine. Il était de plus en plus beau, et toujours aussi charmant, souriant,  généreux mais il lui arrivait certaines fois, quand il estimait avoir été trompé ou négligé, d'entrer dans de violentes colères dont retentissaient les voûtes de diamant. Il pouvait alors casser ou déchirer tout ce qui lui tombait sous la main, frapper sa nourrice, puis il se calmait soudainement et redevenait l'aimable Beau Trouvé. C'est le nom qu'on lui donnait le plus souvent même si parfois, Viviane lui disant Fils de Roi.
La fée jugea qu'il était temps pour son protégé qu'elle aimait autant que si elle avait vraiment été sa mère, d'avoir un maître et d'étudier. Il apprit à lire et à écrire, les mathématiques, la musique pour laquelle il avait un don véritable assorti d'une voix mélodieuse. Il apprit aussi l'art de la chasse et l'équitation. Il assimilait tout avec aisance tant il avait l'esprit vif.
Un jour, il avait environ dix ans, il partit chasser accompagné de son maître et de trois des suivantes de la Dame; il avait avec lui son chien braque et portait son arc à l'épaule et un carquois plein de flèches à sa ceinture. Passe un chevreuil et Beau Trouvé s'élance, sans se soucier des trois jeunes filles qui ne pouvaient soutenir cette allure, ni de son maître dont le cheval avait bronché et qui s'était retrouvé à terre. La poursuite dura longtemps et le garçon était au plus profond de la forêt quand enfin, une flèche parvint à atteindre le chevreuil. Beau trouvé chargea la bête morte sur la croupe de son cheval et prit devant lui son chien braque épuisé par la longue course qu'il avait fournie pour suivre son maître. Puis il prit un chemin qui allait le mener vers sa suite.
Un chevalier de triste figure croisa sa route; il était à pied, tenant par la bride un cheval fourbu et blessé. Beau Trouvé le salua poliment et lui demanda ce qui lui était arrivé pour être dans un aussi piteux équipage. "C'est dit l'homme, que je dois me rendre à la cour du roi Claudas pour affronter demain un traître qui a tué mon frère pour lui voler sa femme. Le déloyal m'a tendu une embuscade qui m'a laissé dans l'état que vous voyez. Mon cheval est blessé et je serai déshonoré si je ne me présente pas demain devant le roi pour soutenir ma cause."
"Y arriveriez- vous avec un bon cheval? demanda Beau Trouvé. - Certainement, répondit le chevalier. - Dans ce cas, prenez le mien et donnez-moi le vôtre! Et sitôt dit, Le garçon mit pied à terre, chargea le chevreuil sur le cheval blessé, prit son chien en laisse et poursuivit sa route sous les bénédictions du pauvre chevalier.
Il n'avait pas marché longtemps quand il rencontra un vavasseur d’âge mûr, monté sur un palefroi qui tenait en laisse deux lévriers. Beau Trouvé le salua poliment et l’homme en retour le complimenta du beau gibier qu’il rapportait. « Je n’ai pas eu la même chance, ajouta-t-il, et c’est bien dommage car je viens de marier ma fille et j’aurais bien voulu régaler mes invités. » « Prenez-en la moitié, lui proposa l’enfant. – Bien volontiers, mon garçon ! Quelle part m’offres-tu ?
Beau Trouvé réfléchit et lui dit : « Vous avez du monde à nourrir ; prenez-le donc tout entier. » Emu de tant de générosité, le vavasseur lui proposa de choisir un de ses deux lévriers et l’invita à la noce. Le garçon accepta le chien mais déclina l’invitation ; il lui fallait. maintenant retrouver son maître et les trois jeunes filles qui devaient s’inquiéter.
Le vavasseur lui demanda qui il était. On me nomme Beau Trouvé répondit-il.
« Je n’ai connu qu’un homme aussi généreux que toi ; il était roi de ce pays. Mais il est mort à présent et tu lui ressembles étrangement. Il avait un fils dont on ne sait ce qu’il est devenu ; serait-ce toi ?- Certains parfois, me nomment Fils de Roi, mais je ne pense pas l’être ! »
Ils prirent congé l’un de l’autre, enchantés de la rencontre, mais cependant pensifs.
Beau Trouvé reprit son chemin, tenant en laisse le lévrier avec son braque. Il ne tarda pas à retrouver son maître et les trois jeunes filles de sa suite. Comme il s’en doutait, inquiets, ils le cherchaient.
Le maître voyant revenir son élève à pied, son arc au cou et suivi d’un cheval blessé et tenant en laisse deux chiens, prit un air sévère : « Qu’as-tu fait de ton cheval ? – Je l’ai échangé contre celui-ci, et Beau Trouvé qui ne savait pas mentir lui conta toute l’aventure.
Le maître se mit en colère : comment avait-il osé sans sa permission, échanger son beau coursier contre un cheval fourbu et blessé et de plus, offrir à un inconnu le gibier qui devait revenir à la Dame du Lac ?
« Ne te fâches pas répondit l’enfant ! Ce lévrier vaut à lui seul plus que deux beaux chevaux. »
Le maître furieux gifla le jeune garçon si fort qu’il le fit tomber, puis, hors de lui, il s’en prit au lévrier qui se mit à hurler. Beau Trouvé s’empourpra de colère, arracha l’arc de son cou et le cassa sur la tête de son maître qui, assommé tomba à terre. Et l’enfant qui ne se contrôlait plus, le bourra de coups de pieds et de poings. Les jeunes filles tentaient de le calmer, mais tirant des flèches de son carquois il les en menaça si bien qu’elles prirent la fuite à travers bois. « Personne, hurlait-il, personne n’a le droit de s’en prendre à un chien innocent. Personne n’a le droit de me reprocher d’avoir agi sans mauvaise intention, sans avoir cause de tort à personne. »
Puis il sauta sur un des chevaux qui étaient là, mit un des chiens et croupe et l’autre sur l’arçon et s’engagea dans la forêt. C’est alors qu’il croisa une harde de biches ; il fit le geste de prendre son arc et, se souvenant qu’il l’avait cassé, il se remit en colère, furieux de manquer un si beau gibier. Enfin, il se calma et c’est apaisé qu’il rentra chez la Dame du Lac, impatient de lui montrer son beau lévrier. Le maître était déjà là, sanglant et tuméfié.
Viviane était fâchée : « Comment, méchant garçon, as-tu  osé frapper le maître à qui je t’ai confié pour qu’il fasse ton éducation ?
« Dame, répondit Beau Trouvé, il m’a le premier frappé, pour lui avoir raconté des actes qu’on ne peut me reprocher, puis il a frappé mon chien qui ne lui avait rien fait. Aussi j’ai dû lui casser mon arc sur le dos ce qui m’a fait manquer une fort belle biche que j’aurais aimé vous offrir. Qu’il reste bien sous votre protection, car partout ailleurs, si je le rencontre, il me faudra le tuer pour laver l’affront qu’il a fait subir tant à moi qu’à mon lévrier. Je sais ma Dame, que je suis ici sous votre gouvernance, mais je ne veux plus être dirigé par un écuyer assez lâche pour s’en prendre à un chien inoffensif. J’accepte de vous obéir, ma Dame, à vous ou à un seigneur, mais jamais plus à qui me reproche de donner ce qui m’appartient quand je le juge bon. Vous me nommez parfois Fils de Roi ; un fils de roi peut faire des dons à qui les mérite !
-Mais tu n’es pas un fils de roi, répondit Viviane. Tu n’es que le Beau Trouvé.
-J’en suis peiné, ma Dame, car mon cœur désire être Fils de Roi !
Viviane alors l’entraîna à l’écart et lui dit :
« Console-toi : tu n’auras désormais d’autre maître que toi-même. Et je te permets de faire des dons à qui te semblera les mériter ! »

Viviane avant cédé à l’enfant qu’elle aimait, heureuse de lui découvrir que son cœur était bien celui du vrai fils de roi qu’il était en réalité. Mais elle avait aussi compris que le Beau Trouvé ne pouvait plus rester seul ; il lui fallait des compagnons de son âge.

Les Chouchous