Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

jeudi 19 juillet 2012

Courrier du coeur


Chaud à la Saint-Joseph
Fera l’été bref.


De Victor Hugo à Léonie Briard


 «  Samedi – trois heures du matin.
Je rentre. J’ai ta lettre. Cette douce lettre, je l’avais lue aujourd’hui dans tes yeux. Que tu étais belle tantôt aux Tuileries sous ce ciel de printemps, sous ces arbres verts, avec ces lilas en fleurs au-dessus de ta tête. Toute cette nature semblait faire une fête autour de toi. Vois-tu, mon ange, les arbres et les fleurs te connaissent et te saluent. Tu es reine dans ce monde charmant des choses qui embaument et qui s’épanouissent comme tu es reine dans mon coeur.
Oui, j’avais lu dans tes yeux ravissants cette lettre exquise, délicate et tendre que je relis ce soir avec tant de bonheur, ce que ta plume écrit si bien, ton regard adorable le dit avec un charme qui m’enivre. Comme j’étais fier en te voyant si belle! Comme j’étais heureux en te voyant si tendre!
Voici une fleur que j’ai cueillie pour toi. Elle t’arrivera fanée, mais parfumée encore; doux emblème de l’amour dans la vieillesse. Garde-la; tu me la montreras dans trente ans.
Dans trente ans tu seras belle encore, dans trente ans je serai encore amoureux. Nous nous aimerons, n’est-ce pas, mon ange, comme aujourd’hui, et nous remercierons Dieu à genoux.
Hélas! Toute la journée de demain dimanche sans te voir ! Tu ne me seras rendue que lundi. Que vais-je faire d’ici là ? Penser à toi, t’aimer, t’envoyer mon coeur et mon âme. Oh! de ton côté sois à moi! à lundi! — à toujours !  »

mardi 17 juillet 2012

Wichikapache


La tribu campait toujours en cercle et au milieu du cercle il y avait une place appelée Hocoka, le centre.
Avant que le peuple ne partit en guerre, le prophète, ou le saint, construisait son tipi à l'écart, et seul, assis là, plongeait dans le futur et avait la vision de toutes les choses à venir. Le peuple lui apportait des offrandes et il fabriquait des emblèmes sacrés et des fétiches pour le protéger dans la bataille.
Alors, avant d'envoyer des éclaireurs, les guerriers se rassemblaient au centre du camp, s'asseyaient en cercle et attendaient le prophète. Celui-ci arrivait en chantant un chant sacré, répartissait entre les guerriers les fétiches qu'il avait faits et révélait à chacun son destin.
Voici les paroles du chant prophétique. Dans la dernière partie du chant dont les sons nous semblent dépourvus de sens,il disait à chaque guerrier le sort qui l'attendait dans la bataille. Ce chant était entonné quand la tribu partait en guerre, juste avant que les éclaireurs ne fussent envoyés à la recherche de l'ennemi.

CHANT DU PROPHETE

Dans ce cercle, 
O vous, guerriers
Voici, je dis
A chacun son futur.
Tout sera
Comme je le révèle maintenant
Dans ce cercle;
Vous, écoutez!


dimanche 15 juillet 2012

Christine


Une étoile d'or là-bas illumine
Le bleu de la nuit, derrière les monts.
La lune blanchit la verte colline:
-Pourquoi pleures-tu, petite Christine?
Il est tard, dormons.

-Mon fiancé dort sous la noire terre,
Dans la froide tombe il rêve de nous.
Laissez-moi pleurer, ma peine est amère
Laissez-moi gémir et veiller, ma mère:
Les pleurs me sont doux.

La mère repose, et Christine pleure,
Immobile auprès de l'âtre noirci.
Au long tintement de la douzième heure,
Un doigt léger frappe à l'humble demeure:
-Qui donc vient ici?

-Tire le verrou, Christine, ouvre vite:
C'est ton jeune ami, c'est ton fiancé.
Un suaire étroit à peine m'abrite;
J'ai quitté pour toi, ma chère petite,
Mon tombeau glacé.

Et coeur contre coeur tous deux ils s'unissent.
Chaque baiser dure une éternité:
Les baisers d'amour jamais ne finissent.
Ils causent longtemps, mais les heures glissent,
Le coq a chanté.

Le coq a chanté, voici l'aube claire
L'étoile s'éteint, le ciel est d'argent.
-Adieu, mon amour, souviens-toi, ma chère!
Les morts vont rentrer dans la noire terre,
Jusqu'au jugement.

- O mon fiance, souffres-tu, dit-elle,
Quand le vent d'hiver gémit dans les bois,
Quand la froide pluie aux tombeaux ruisselle?
Pauvre ami, couché dans l'ombre éternelle,
Entends-tu ma voix?

Au rire joyeux de ta lèvre rose,
Mieux qu'au soleil d'or le pré rougissant,
Mon cercueil s'emplit de feuilles de rose;
Mais tes pleurs amers dans ma tombe close
Font pleuvoir du sang.

Ne pleures jamais! Ici-bas tout cesse,
Mais le vrai bonheur nous attend au ciel.
Si tu m'as aimé, garde ma promesse:
Dieu nous rendra tout, amour et jeunesse,
Au jour éternel.

- Non! Je t'ai donné ma foi virginale;
Pour me suivre aussi, ne mourrais-tu pas?
Non! je veux dormir ma nuit nuptiale,
Blanche, à tes côtés, sous la lune pâle,
Morte entre tes bras!

Lui ne répond rien. Il marche et la guide.
A l'horizon bleu le soleil paraît.
Ils hâtent alors leur course rapide,
Et vont, traversant sur la mousse humide
La longue forêt.

Voici les pins noirs du vieux cimetière;
- Adieu, quitte-moi, reprends ton chemin;
Mon unique amour, entends ma prière!
Mais elle au tombeau descend la première,
Et lui tend la main.

Et, depuis ce jour, sous la croix de cuivre,
Dans la même tombe ils dorment tous deux.
O sommeil divin dont le charme enivre!
Ils aiment toujours. Heureux qui peut vivre
Et mourir comme eux.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE

vendredi 6 juillet 2012

Quand j'ai eu dix ans...


... j'ai regardé la terre et les rivières, le ciel au-dessus et les animaux qui m'entouraient, et je n'ai pu m'empêcher de ressentir qu'ils étaient l'oeuvre d'un pouvoir supérieur. J'étais si soucieux de comprendre ce pouvoir que j'interrogeai les arbres et les buissons. Il me semblait que les fleurs me regardaient fixement et je voulais leur demander:"Qui vous a faites?" je tournai mes yeux vers les pierres couvertes de mousse; certaines semblaient avoir des traits humains, mais elles n'ont pu me répondre. Puis j'ai fat un rêve et dans ce rêve une des petites pierres rondes m'est apparue et m'a dit que le créateur de toute chose était Wakan Tanka et qu'afin de l'honorer, je devais honorer son oeuvre dans la nature. La pierre dit que par ma quête je m'étais montré digen d'une aide surnaturelle. Elle dit que si je venais à soigner une personne malade, je pourrais lui demander assistance et que toutes les forces de la neture m'aideraient à guérir.
Il est significatif que certaines pierres ne soient pas enfouies dans le sol, mais perchées au sommet de hautes buttes. Comme le soleil et la lune, ces pierres sont rondes et nous savons que toutes les choses rondes ont un lien entre elles. Les choses qui sont semblables par leur nature tendent dans leur évolution à se ressembler, et ces pierres sont restées longtemps ici, face au soleil. Beaucoup de pierres ou galets sont façonnés par le courant d'une rivière, mais ces pierres ont étté trouvées loin de l'eau et n'ont été exposées qu'au soleil et au vent. La terre renferme plusieurs milliers de telles pierres cachées sous sa surface. On raconte que l'Oiseau-Tonnerre est lié avec ces pierres et que quand un homme ou un animal doit être puni, l'Oiseau-Tonnerre s'abat sur lui. S'il était possible de suivre la course de l'éclair, on trouverait une de ces pierres enfoncées dans la terre. Certains croient que ces pierres descendent avec l'éclair: moi je crois qu'elles sont à la surface et que la foudre les projette vers le bas. Toute ma vie je suis resté fidèle aux pierres sacrées. J'au vécu en accord avec leurs exigences et elles m'ont assisté dans toutes mes peines. J'ai tenté de me rendre capable, tout seul, de manier ces pierres sacrées aussi bien que possible; mais je sais que je ne suis pas digne de parler à Wakan Tanka. je fais mes demandes aux pierres et elles intercèdent pour moi auprès de lui.

TATANKA-OHITIKA, homme médecine sioux

mercredi 27 juin 2012

Que faisait Dieu, Tonton Mitch? Il faisait çà... alm


Les Animaux du Huitième Jour


Q
uand Dieu eut fini de créer le monde, le septième jour il se reposa ; tout le monde le sait. Mais que fit-il le huitième ? Tout le monde ne le sait pas…
Ce jour-là, Dieu se leva tranquillement, sans faire sonner son réveil, se prépara un bon petit déjeuner qu’il prit sans hâte en écoutant les nouvelles portées par ses anges informateurs. Puis il se fit couler un bain parfumé d’huiles odorantes dans lequel il se prélassa. Des chérubins musicaux lui donnaient une aubade et je crois bien qu’il fit un petit somme ; la température de l’eau qui tiédissait le réveilla. Il se sécha, se talqua, se parfuma et après s’être arrangé soigneusement la barbe et les cheveux, revêtit une tunique de lin blanc qui le changea agréablement des cottes de travail qu’il portait depuis une semaine.
Détendu, en pleine forme, il alla s’installer sur son nuage favori et reçut quelques séraphins et archanges avec qui il expédia les affaires courantes. Tout ceci le mena jusqu’à midi. Il apprécia un déjeuner soigné, servi sur une table garnie de fleurs qui lui fit oublier les nombreux plateaux repas servis dans l’atelier, sur un coin d’établi et dont il avalait le contenu sans même savoir ce qu’il mangeait tant la Création était alors son unique souci. Le déjeuner fini, Dieu retourna sur son nuage où il s’accorda une petite sieste… ;
Il s’éveilla plein d ‘énergie et d’idées, mais…. Il n’avait plus rien à faire !
Dieu s’en alla promener dans son Paradis où tout était si parfait ; il examinait tout, cherchait des retouches à faire, des êtres ou des choses à améliorer. Mais rien, rien décidément ne clochait dans la création, et Dieu continuait à arpenter les allées du Jardin d’Eden, cherchant en vain une mauvaise herbe à arracher. Il arriva ainsi aux confins du paradis où se trouvait son atelier, cet atelier dans lequel il avait fabriqué toutes ces merveilles. Il se souvint alors qu’au soir du sixième jour, il était si fatigué qu’il avait fermé la porte sans rien ranger ;
« En voilà une bonne idée !se dit-il, je vais mettre de l’ordre là-dedans et qui sait, quand j’en aurai fini, je trouverai peut-être à créer quelque chose qui manque encore à l’Univers. »
Et Dieu poussa la porte ; quel fourbi ! il y en avait des choses à jeter : les chutes des matériaux dont il s’était servi ; de la fourrure, des plumes, des pattes, des palmes, des nageoires, de la corne, des os, des dents, du clair, du foncé, du lourd, du léger, de l’uni, du moucheté, du rayé… Mais tout était disparate : il n’y avait pas là de quoi faire une plante, encore moins un animal qui soit un peu cohérent.
Dieu ne se décourage pas facilement ; toutes ces chutes, tous ces morceaux étaient en bon état, de première qualité, il eut été dommage de les jeter.
« Mais, je me connais, se dit Dieu, si je les range dans des caisses, je les oublierai et tous ces beaux matériaux resteront inutilisés ! Allons, voyons… Je suis un créateur… Le suis LE créateur ! »
Il restait, punaisé au mur, les fiches techniques de quelques animaux qu’il n’avait pas cru utile de fabriquer ; alors Dieu se mit à son établi et commença de piocher dans les chutes et de les assembler : ça donnait vraiment des trucs étonnants !…
« Voyons… cette fourrure mouchetée, je l’avais prévue pour un félin…mais les taches sont trop grosses… Ah !pas mal sur ce corps de vache, mais il faudrait des pattes. Zut !deux courtes et deux longues, ça ne va pas… quoique… en inclinant le dos, on va y arriver. Bon, maintenant la tête… J’ai là un cou beaucoup trop long et deux très beaux yeux, avec deux grandes oreilles et des petits andouillers de chevreuil… Ce n’est pas très beau, mais c’est rigolo ; je vais ajouter cette drôle de queue avec un plumet au bout et des sabots qui me restent des chevaux, j’en ai plein… Drôle de bête ! Je vais lui ajouter une pincée de légèreté, qu’au moins elle soit gracieuse. Voilà… sa tête tourne de droite à gauche et je vais la nommer … je vais la nommer… voyons, voyons… »
Il décrocha une fiche, regarda le nom marqué, souffla dans les oreilles de biche de la drôle de bête et dans les allées du Paradis, il lança la première Girafe.
Tout content, il se frotta les mains et retourna farfouiller dans ses chutes.
Cette peau rayée de noir et de blanc, par exemple, qui avait juste la taille de ce corps d’âne ; oui, mais il manquait une tête. Tiens, justement une tête de poney n’avait pas été utilisée ; avec cette crinière noire un peu balais brosse, ça donnait un animal sympathique. Dieu prit la fiche « Zèbre », souffla dans les naseaux de la nouvelle créature qui partit au galop.
Avec une fourrure de zibeline, des palmes et un bec de canard, il fit l’ornithorynque. Le fou rire le prit : c’était encore plus drôle de fabriquer ces monstres que tout le reste de la Création.
Un tas de têtes, de membres et de corps énormes encombrait tout un coin de l’atelier : de la peau grise et rugueuse refusait de se laisser plier ou rouler. Jamais on ne pourrait mettre d’ordre dans cette pièce si on n’en faisait pas quelque chose, mais tout était bien laid. Au hasard, presque les yeux fermés, Dieu assemble les grosses têtes, les grosses pattes, la peau en plis invraisemblables. Un des animaux était si laid que Dieu le mit dans l’eau avec ordre d’en sortir le moins possible : il le nomma hippopotame.
L’autre était presque aussi laid avec en plus de petits yeux qui lui donnaient l’air méchant. « Il ne peut pas être pire ! » marmonna Dieu en lui rajoutant sur le nez une double corne pointue. Il l’arrosa d’un peu de lourd qui restait dans un bidon et vous avez deviné qu’il venait de créer le rhinocéros.
Toute la journée, Dieu bricola ; il s’amusait bien et donna le jour au crocodile, au kiwi, au kangourou, au toucan et à bien d’autres encore…
Vers la fin, il avait encore de quoi faire des chiens ; ce qui clochait, c’était de nouveau les pattes : des pattes avant longues, des pattes arrière courtes. Il prit la fiche « Hyène » et modifia quelques éléments. La Hyène, animée, se regarda dans la glace et se mit à rire…
Il ne restait plus gran -chose… Dieu avec des poils et une tête, fit un animal qui tenait à la fois du renard et du lapin. De nouveau les pattes posaient problème : il avait deux pattes gauches longues et deux pattes droites courtes. La fiche qui restait portait le nom « Dahu »…
Non, pensa Dieu… cette bête là, personne n’y croirait !

mardi 26 juin 2012

Opéra Fantôme (44)


Celle de ce trio que formaient d’autres  comédiens: un frère, une sœur et leur mère qui paraissait être le chef de la troupe en tout cas leur mentor financier ; sans arrêt elle comptait et recomptait ses sous et en avait probablement plus qu’elle ne le laissait paraître. Elle évaluait de l’œil et parfois de la voix, elle ne pouvait s’en empêcher, tout ce qui passait à sa portée. Elle tyrannisait sa progéniture, pesant de tout son poids qui n’était pas léger, sur leurs faits et gestes et même sur leurs pensées. Le garçon s’évadait dans l’écriture et la fille, cousant, repassant, coiffant ne faisait jamais assez ni assez bien. Turlupinée sans cesse par la vieille elle tentait à longueur de journées de se surpasser  tout en se lamentant sur une nullité qu’elle tournait en dérision avec un sens de l’humour certain.  La mère était veuve du chef de cette troupe, enterré à l’écart d’un cimetière de province, mort d’ivrognerie et de froid un soir deSaint Sylvestre. Après l’avoir malmené de son vivant, elle en faisait un génie défunt tout en se gardant bien de retourner fleurir sa tombe.
Le jeune Valentin vouait une admiration éperdue à Rinaldo ; l’italien représentait tout ce qu’il aurait voulu être et qu’il aurait approché s’il s’était un peu soigné, s’il s’était redressé au lieu de marcher la tête dans les épaules, s’il avait de temps à autre lavé ou seulement peigné une tignasse dont on pouvait imaginer que des bestioles en faisaient leur domaine. Il ne cessait de gratter du papier que pour suivre son idole partout où il allait. Rinaldo s’en était tout d’abord irrité ; ses amours en étaient encore au stade où le secret renforce la passion et ce secret, il n’avait aucune envie de le partager fût-ce avec ce gentil garçon dont il était évident qu’il pouvait tout lui demander. Heureusement, Valentin craignait les chevaux ; il était facile à semer…
Mais Valentin comme tous les poètes était distrait ; toujours encombré de plumes, de cahiers et de feuillets épars, il en laissait s’envoler au fil de ses déambulations. Un cahier se glissa sous le pied de Rinaldo qui, pressé, d’aller rejoindre ses amours le glissa dans un poche où il l’oublia. Mais les histoires ont un destin qu’elles se doivent d’accomplir et celle-ci ne manqua pas de gonfler disgracieusement l’habit du beau musicien. Avant de la rendre à son auteur, Rinaldo y jeta un coup d’œil ; que pouvait bien griffonner à longueur de jours le jeune ébouriffé ?
C’était une histoire d’amour échevelée, chevaleresque et moyen-âgeuse ; un conte peuplé de dragons, de princesses captives,  de héros sans faille et sans peur, de magiciennes redoutables, de rois, d’enchanteurs…bref, une de ces histoires à rebondissements que n’aurait pas reniée Madeleine de Scudéry et qui, au fait, ferait un parfait livret pour cet opéra dont il ne connaissait encore que la musique.
Le soir, après dîner,  Valentin s’était recroquevillé sur le tabouret, proche de la cheminée et que personne ne lui contestait ; il compulsait fiévreusement des feuillets trop manipulés tout en grattant sa tignasse. Il semblait au désespoir. Alors comme dans les contes, quand le héros au bord de sa perte voit s’approcher le sauveur, il vit l’indifférent Rinaldo venir à lui, un cahier dans la main.
« C’est peut-être ce que vous cherchez ? Pardonnez-moi, mais je me suis permis d’en lire quelques pages et… c’est bien, vous savez. »
Valentin, se  mit à bafouiller passant par toutes les couleurs que peut prendre une peau d’adolescent mal nourri. Rinaldo qui avait eu son âge avant lui et ce temps n’était pas assez éloigné pour qu’il l’ait oublié posa la main sur son épaule et continua :
« Ce serait un belle histoire pour notre opéra, si vous acceptiez. »





lundi 25 juin 2012

alm


Pluie de Saint – Réverien,
Belles avoines et maigre foin.


Juin, comme son nom l’indique est consacré à Junon, que les Grecs appelaient Héra.
Héra est la première parmi les déesses de l’Olympe, et comme telle, l’épouse de Zeus, le Roi des Dieux.  On dit aussi qu’elle est sa sœur.
Est-ce la raison pour laquelle elle refusa tout d’abord ce divin prétendant, ou bien parce qu’avant elle il avait eu déjà deux épouses , ce qui est un motif suffisant pour faire réfléchir une jeune fille raisonnable.
Toujours est-il que Zeus, Roi des Dieux, fut refusé par Héra. Refus qui ne le troubla guère. Quand Zeus convoite une femme, mortelle ou déesse, il sait se donner les moyens de l’obtenir. Il usa, cette fois encore, d’un moyen qui lui avait toujours réussi: la métamorphose.
Il choisit l’apparence d’un modeste coucou ; un pauvre petit coucou grelottant et mouillé, les plumes hérissées de froid.
La toute jeune déesse n’était  pas encore cette Héra dont l’image altière traversera les siècles.
Emue,  elle prend l’oiseau transi et le réchauffe entre ses seins. Zeus alors, fou de désir, redevient lui-même et enlace Héra qui, effrayée, indignée, tente de le repousser. Mais partant du principe qu’une femme souvent dit non en pensant oui, le Dieu passe outre, déchire sa tunique et la force à subir un sort que certaines hypocrites décriront plus tard comme « pire que la mort ». Mais comme Héra est immortelle, elle accepte ce sort et, convaincue par ces arguments sans réplique,  accepte enfin de l’épouser.

Une noce splendide,  au Mont Atlas, dans le jardin des Hespérides où la déesse fera planter l’arbre aux pommes d’or offert par Rhéa en présent nuptial ; arbre qui sera à l’origine de bien troublantes histoires.
En attendant, les nouveaux époux partent à Samos pour une lune de miel qui durera 300 ans ; nous sommes chez les Dieux , n’est-ce pas ?
La jeune mariée se révélera jalouse, et même violente, mais qui ne le deviendrait avec un époux tel que Zeus, qui passe son temps à trousser déesses et mortelles, sans parler des nymphes et autres créatures tentantes.
Pour le retenir, elle emprunte la ceinture d’Aphrodite. Mais le charme est de courte durée.
Alors Héra devient vindicative et poursuit de ses maléfices les amantes de Zeus et leur bâtarde progéniture. Lui, use de subterfuges pour les protéger mais n’hésite pas à user de sa foudre quand il le juge nécessaire.  Les scènes de ménage font vibrer tout l’Olympe. Il est vrai que l’enfance du couple fraternel fut chaotique : avalés puis régurgités par leur père,  enlevés et cachés par leur mère, confiés à d’improbables et étranges nourrices. De tels débuts dans la vie ne prédisposent pas à la douceur. 
Héra pourtant n’est pas insoupçonnable, et Zeus fait semblant de la croire quand elle raconte avoir conçu Arès avec une fleur d’Aubépine.
Il leur arrive aussi, dans les temps d’accalmie,  de discuter paisiblement. Zeus écoute les conseils de son épouse,  lui confie parfois des secrets, mais il reste méfiant : il n’oubliera jamais qu’elle s’est alliée aux autres Olympiens pour  conspirer contre lui.
On les voit philosopher sur des questions essentielles, et c’est ainsi que se glissa entre eux ce passionnant sujet de débat : le plaisir amoureux. Qui de l’homme ou de la femme jouit le plus intensément pendant l’amour ? Qu’ils soient d’accord vous aurait surpris ? Ne le soyez pas, ils ne le sont pas !
C’est la femme, soutient Zeus.
Bien, évidemment non, c’est l’homme, le contrarie Héra.
Et chacun d’avancer ses arguments sans parvenir à convaincre l’autre
 Impossible de se mettre d’accord ; il faut un arbitre. Un seul être dans leur monde était capable de trancher le débat : Tirésias .
Tirésias était connu pour avoir dans sa jeunesse perturbé les amours de deux serpents, des serpents quelque peu sorciers qui,  pour punir le gêneur l’avaient  changé en femme. Il resta femme pendant sept ans jusqu’au jour où rencontrant à nouveau deux serpents amoureux, il ne pût s’empêcher de troubler à nouveau leurs ébats. Furieux les serpents- c’étaient les mêmes mais il n’avaient pas plus reconnu Tirésias que Tirésias ne les avait reconnus- jetèrent leur sort qui rétablit l’indiscret  dans sa forme première.
Il était donc le seul être au monde qui pour avoir eu les deux natures était à même de les départager.
Tirésias répondit que si le plaisir se pouvait diviser en dix parties, la femme en possédait neuf et l’homme une. Héra le savait fort bien mais c’était là son secret et Zeus devait l’ignorer .Furieuse de le voir révélé, elle prive Tirésias de la vue et Zeus pour adoucir la peine lui donne le don de prophétie.

jeudi 21 juin 2012


Madame d’Aulnoy

C’est entre 1692 et 1695 , quelques années avant les Contes de ma Mère l’Oye, que fut publié en France le premier « conte de fées ». L’Ile de la Félicité, était inséré dans Hypolite, comte de Douglas, un roman de Madame d’Aulnoy.
Tout autant que romancière ou conteuse, Marie-Catherine le Jumel de Barneville, baronne d’Aulnoy, fut une aventurière ; sa vie fut un véritable roman de cape et d’épée.
Elle a vu le jour en Normandie, à Barneville, le village dont elle porte le nom, vers 1650. Elle  a seize ans quand on la marie à un valet de pied du duc de Vendôme, François de la Motte, qui a trente ans de plus qu’elle. Il lui fait cinq enfants, ce qui lui donne tout le temps de le détester et de prendre un amant. L’époux incommode est soupçonné de malversations et contraint de s’expatrier. Marie-Catherine en profite pour le faire accuser du crime encore plus grave de lèse-majesté par son amant et un autre complice. De la Motte est traîné en justice, mais finalement relaxé et ce sont les trois calomniateurs qui sont condamnés à avoir la tête tranchée. Pendant qu’on arrête les deux hommes, Marie-Catherine parvient à s’échapper par un escalier dérobé. Elle se réfugie dans une église voisine et passe la nuit sous un catafalque qui reposait là. Elle demeure introuvable le temps que cessent les recherches et se réfugie en Angleterre. De là, elle passe en Espagne où, désireuse de rentrer en grâce, elle accepte de rendre au Royaume de France quelques discrets services.
Enfin, elle peut revenir à Paris, mais incorrigible, elle a de nouveau des fréquentations douteuses et prend pour amie une femme qui sera décapitée pour avoir tué son époux, ce qui n’arrange pas sa réputation.
Elle a pourtant d’autres amies, des conteuses, telles Madame de Murat ou Mademoiselle L’Héritier. Car tout au long de ses aventures, Marie-Catherine n’a jamais cessé d’écrire, des relations de voyage, des mémoires et ce roman dans lequel elle insère un conte. Car en ce temps la mode du conte fait fureur ; dans les salons littéraires, les « ruelles » comme on les nommait alors, il est de bon ton de faire venir au grand jour, les histoires racontées dans les campagnes que les nourrices racontaient aux petits enfants.
C’est en 1697 et 1698, que Madame d’Aulnoy publie les contes qui l’ont rendue célèbre, dont le fameux Oiseau Bleu. Enfin assagie, elle vit dans sa maison de la rue Saint-Benoît où elle meurt le 14 janvier 1705.
Ses histoires sont pleins d’heureuses trouvailles de langage et souvent plus sensuelles que celles de Perrault. La cruauté y est parfois difficile à soutenir, ainsi dans ce passage de La Chatte Blanche :
« Les larmes vinrent deux ou trois fois aux yeux du jeune prince, de la seule pensée qu’il fallait couper la tête à sa petite Chatonne qui était si jolie et si gracieuse. Il dit encore tout ce qu’il put imaginer de plus tendre pour qu’elle l’en dispensât, elle répondait opiniâtrement qu’elle voulait mourir de sa main ; et que c’était l’unique moyen d’empêcher que ses frères n’eussent la couronne ; en un mot, elle le pressa avec tant d’ardeur, qu’il tira son épée en tremblant, et d’une main mal assurée, il coupa la tête et la queue de sa bonne amie la Chatte….

vendredi 15 juin 2012





LES FRERES GRIMM-


Perrault a eu le grand mérite de tirer de l’oubli où ils sombraient, huit contes emblématiques.
Ils sont tels les troncs d’arbres dont les racines plongent dans les mythologies du monde . Un peu plus de cent ans après,  les 238 branches collectées dans tout l’Allemagne par les frères Grimm en formeront la frondaison.
Si la démarche de Perrault était littéraire et probablement philosophique, Jacob et Wilhelm Grimm, linguistes et aussi juristes ont fait œuvre ethnologique .  Les « Contes pour les Enfants et la Maison » n’en sont pas moins une formidable machine à rêves. Ils sont souvent sombres et tragiques, le merveilleux y est moins léger que chez Perrault qui décrivait la vie mondaine jusque dans Barbe-Bleue. On y voit plus de sorcières que de fées et les héros y rencontrent des tâches plus rudes que semer des petits cailloux ; les dragons ont souvent sept têtes à couper qui parfois repoussent et il n’est pas rare d’y avoir à tuer cruellement son animal favori pour être délivré d’un mauvais sort.
La punition du « méchant » est souvent d’une grande barbarie, telle la fin de la marâtre de Blanche-Neige :
« Cette femme perfide poussa alors un juron et elle se lit à avoir terriblement peur, si peur qu’elle ne parvenait pas à se ressaisir. Elle ne voulut tout d’abord plus du tout se rendre au mariage ; cependant elle n’avait pas de paix : elle devait y aller pour voir la jeune reine. Et, quand elle entra, elle reconnut Blanche-Neige, et sa terreur et son angoisse étaient telles qu’elle était incapable de faire le moindre mouvement. Mais on avait déjà mis à chauffer, au-dessus d’un feu de charbon, des souliers de fer que l’on apporta avec des pinces et que l’on plaça devant elle. Elle fut alors bien obligée de mettre ces souliers chauffés à blanc et de danser ainsi, jusqu’à ce qu’elle s’effondre, morte, sur le sol. »



mercredi 13 juin 2012


Eh bien! tâche que ce soit un beau conte à conter dans les jardins de l'Oronte.


Maurice BARRES

Oui, oui, Maurice Barrès!  je sais tout ce qu'on peut en dire, mais s'il vous vient en main ce petit livre: Un Jardin sur l'Oronte, ne vous en privez pas : c'est une perle!


dimanche 10 juin 2012





Les indiens Crees qui ne connaissaient pas les mythes grecs ont  trouvé sur leur route Wichikapache, qui présente pas mal de points communs avec Hermès..
Jacob Nibénegenesabe a raconté à  Howard A. Norman comment Wichikapache lui a offert l'os à voeux:


"Un printemps, près du lac Winnipeg, une oie des neiges apparut, très haut dans le ciel, isolée. Elle descendit en planant, se posa sur le lac et nagea jusqu'au rivage. Tout près, alerté par le vent qui apportait à ses narines l'odeur de l'oie, le lynx se tapit, bien silencieusement. L'oie tendit le cou un instant, aux aguets, Mais avant même qu'elle eût pu s'envoler, le lynx l'avait attrapée et la broyait entre ses dents. Il en dégusta jusqu'aux os et aux plumes... Soudain, alors qu'il allait briser un os pour en sucer la moelle, un homme poussa un cri et en un instant le lynx se retrouva en haut d'un arbre.
Parmi les débris de l'oie, l'homme trouva un os dont on dit qu'il protège le coeur - un os à voeux. Il le contempla avec curiosité. Or, il découvrit bientôt que cet os était un instrument de métamorphose qui lui permettait de "jouer des tours". Grâce à lui, il pouvait faire apparaître des choses, simplement en faisant le voeu, et pouvait aussi changer sa propre apparence, ou encore créer toutes sortes de situations."

Howard A. NORMAN - L'os à voeux-


Les Chouchous