Un
jeune tambour marchait seul à travers la campagne ; il arriva le soir au
bord d’un lac. Il vit étendues sur la rive, trois petites pièces de lin blanc.
Il en prit une, la tâta (ra ta ta ta): « Quelle finesse ! » dit-il
en la mettant dans sa poche. Sans plus y penser, il rentra chez lui, dîna et
alla se coucher.

-
La petite chemise que tu as ramassée hier soir au bord du lac.
–
C'était votre chemise? Je vais vous la rendre, mais il faut me dire qui
vous êtes !
– Je
suis la fille d’un grand roi, mais une sorcière me tient captive sur le
Mont de Cristal. Chaque jour, mes deux sœurs et moi avons la permission de nous
baigner dans le lac ; mes sœurs ont pu rentrer mais tu as pris ma camisole
et je ne peux revenir sans, je t’en prie, rends-là moi.
–
Mais bien volontiers ! » , dit le tambour .
Il
la prit dans sa poche et la tendit dans le noir en direction de la voix ;
une main s’en saisit et la forme flottante commençait à disparaître quand le
tambour ajouta : « Attendez, attendez, avez-vous besoin d’aide ?
–
Pour m’arracher au pouvoir de la sorcière, il faudrait monter sur le Mont de
Cristal ; mais tu ne pourras pas y arriver, et quand bien même, tu ne
pourras pas l’escalader !
– Ce
que je veux, je le peux, répondit le tambour ; je veux t’aider et je ne
crains rien ni personne ; mais je ne connais pas le chemin du Mont de
Cristal.
- Il
passe dans la grande forêt où vivent des géants mangeurs de chair
humaine ; c’est tout ce que je peux te dire. Puis il entendit comme un
bruit d’ailes, et la forme disparut.
Le jour
à peine levé, le jeune homme se prépara, prit son tambour et d’un pas décidé se
dirigea vers la forêt. Il marcha un moment sans voir personne et surtout pas de
géant : « Ils dorment sans doute, se dit-il, je vais réveiller ces
paresseux ».
Il prit
ses baguettes, ajusta son tambour et fit entendre une telle roulade que les
oiseaux s’envolèrent en poussant de grands cris. Un géant qui dormait dans
l’herbe se dressa : il était aussi haut qu’un grand chêne et de fort
mauvaise humeur: "Saleté de bestiole! As-tu bientôt fini ce raffut ? Ah!
Malheur! Je dormais si bien!"
-Je
dois battre du tambour, répliqua le jeune homme sans se démonter, pour indiquer
la route à l'armée qui me suit.
-
Et que vient faire une armée dans ma forêt?
-
Elle vient la débarrasser de toi, monstre que tu es. -
Le
géant se mit à rire: "Bande d'insectes, vous allez voir comme je vais vous
exterminer !
-
Que tu crois! le nargua le jeune tambour; nous sommes trop petits, nous te
filerons entre les doigts et le soir, quand tu voudras dormir, nous sortirons
de tous les fourrés, nous te grimperons dessus et comme chacun de nous a un
marteau d'acier pendu à sa ceinture, nous te fracasserons le crâne.
Le
géant fit la grimace; il pensait: "Il a peut-être bien raison... je peux
venir à bout d'un loup ou même d'un ours, mais je n'ai jamais pu grand- chose
contre les puces et les moustiques... Ecoute, minable, dit-il à voix haute,
file avec ton armée et je te promets de ne jamais faire de mal à aucun d'entre
vous; et même, si tu as un voeu à faire, fais le maintenant. Je suis prêt
à te faire plaisir.-
Le
tambour considéra le géant depuis les pieds jusqu'à la tête: "Avec tes
grandes jambes, tu dois courir plus vite que moi; porte moi jusqu'au mont de
Cristal et je dirai à mon armée de te laisser tranquille, du moins, pour cette
fois!
"Allez,
grimpe, moustique! On ira où tu voudras!"
Entre
deux doigts, le géant souleva le garçon, le mit sur son épaule; une fois
installé là le tambour se mit à jouer à coups redoublés. Le géant pensa:
"Bon, il donne le signal de la retraite. »
Le jour
à peine levé, le jeune homme se prépara, prit son tambour et d’un pas décidé se
dirigea vers la forêt. Il marcha un moment sans voir personne et surtout pas de
géant : « Ils dorment sans doute, se dit-il, je vais réveiller ces
paresseux ».
Il prit
ses baguettes, ajusta son tambour et fit entendre une telle roulade que les
oiseaux s’envolèrent en poussant de grands cris. Un géant qui dormait dans
l’herbe se dressa : il était aussi haut qu’un grand chêne et de fort mauvaise
humeur: "Saleté de bestiole! As-tu bientôt fini ce raffut ? Ah! Malheur!
Je dormais si bien!"
-Je
dois battre du tambour, répliqua le jeune homme sans se démonter, pour indiquer
la route à l'armée qui me suit.
-
Et que vient faire une armée dans ma forêt?
-
Elle vient la débarrasser de toi, monstre que tu es. -
Le
géant se mit à rire: "Bande d'insectes, vous allez voir comme je vais vous
exterminer !
-
Que tu crois! le nargua le jeune tambour; nous sommes trop petits, nous te
filerons entre les doigts et le soir, quand tu voudras dormir,nous sortirons de
tous les fourrés, nous te grimperons dessus et comme chacun de nous a un
marteau d'acier pendu à sa ceinture, nous te fracasserons le crâne.
Le
géant fit la grimace; il pensait: "Il a peut-être bien raison... je peux
venir à bout d'un loup ou même d'un ours, mais je n'ai jamais pu grand chose
contre les puces et les moustiques... Ecoute, minable, dit-il à voix haute,
file avec ton armée et je te promets de ne jamais faire de mal à aucun d'entre
vous; et même, si tu as un voeu à faire, fais le maintenant. Je suis prêt
à te faire plaisir.-
Le
tambour considéra le géant depuis les pieds jusqu'à la tête: "Avec tes
grandes jambes, tu dois courir plus vite que moi; porte moi jusqu'au mont de
Cristal et je dirai à mon armée de te laisser tranquille, du moins, pour cette
fois!
"Allez,
grimpe, moustique! On ira où tu voudras!"
Entre
deux doigts, le géant souleva le garçon, le mit sur son épaule; un fois
installé là le tambour se mit à jouer à coups redoublés. Le géant pensa:
"Bon, il donne le signal de la retraite. »
Quand
ils eurent fait un bout de chemin, ils rencontrèrent un second géant. Amusé, il
regarda la drôle de bestiole que portait son confrère: "Tu me le prêtes?
Et
comme l'autre semblait d'accord, il prit le tambour et le mit comme une fleur à
sa boutonnière. Le jeune homme se cramponna au bouton, à peu près grand comme
une assiette et très satisfait, contempla le panorama qui s'offrait à lui. Il
vit approcher un troisième géant qui eut lui aussi envie de du petit animal.
Lui, le mit comme une plume à son chapeau. Le tambour se mit à arpenter le bord
du couvre-chef et comme de là-haut, il voyait par-dessus les arbres, il finit
par distinguer dans la brume au loin, une montagne. Ce doit être le mont de
Cristal pensa-t-il et il avait raison. En quelques pas le géant fut au pied du
mont et déposa son passager. Cela ne faisait pas l'affaire de notre héros qui
exigea d'être porté jusqu'au sommet; mais le géant ne voulut rien savoir et
retourna dans la forêt.
Le mont
de Cristal était haut comme au moins trois montagnes ordinaires ; ses
parois étaient lisses comme du verre et le pauvre tambour se demandait comment
il allait s'y prendre pour parvenir au sommet. Il tenta l'escalade, mais en
vain; il glissait et retombait sur le sol. Il souhaita être un oiseau mais le
voeu ne lui donna pas d'ailes.
Pendant
qu'il se demandait comment il allait se tirer d'affaire, il entendit des voix
furieuses: deux hommes se disputaient une selle posée par terre; chacun d'eux
prétendait qu'elle lui appartenait.
Le
tambour s'approcha: « Vous n'avez même pas de cheval! Pour quoi vous
disputer à propos de la selle? »
-C'est
qu'elle en vaut la peine, dit l'un des deux hommes : il vous suffit de
vous asseoir dessus, de souhaiter d'aller quelque part et aussitôt, elle vous y
transporte, même si c'est au bout du monde. Nous en avons hérité et nous devons
nous en servir chacun à notre tour. Le mien est arrivé mais celui-ci veut m'en
empêcher.
-Je
vais vous départager, dit le tambour.
Il
s'éloigna, planta un bâton en terre, puis revint vers les plaideurs.
-Voyez
ce but! Courez, et le premier des deux qui touche le bâton aura la selle.
Ils
partirent en courant, pendant que notre héros, assis sur la selle faisait le
voeu d'être transporté au sommet du Mont de Cristal. Avant d'avoir pu pousser
un soupir, il y était arrivé.
Le
sommet du Mont de Cristal était une plaine au milieu de laquelle se dressait
une vieille maison. Devant la maison, on voyait un étang et derrière s'étendait
une sombre forêt. Tout était silencieux nul être vivant, homme ou bête ne se
montrait. Le vent courbait la cime des arbres et des nuages passaient si bas
qu'ils semblaient frôler sa tête. Il approcha de la maison et frappa à la
porte. Une fois, deux fois, au troisième coup la porte s'ouvrit laissant voir
une étrange vieille au visage gris; sur un nez long et crochu, des lunettes ne
dissimulaient pas des yeux rouges, mais perçants.
-Que
veux-tu, grinça-t-elle?
-A
manger et un coin pour passer la nuit;
-Toute
faveur exige un travail; tu pourras entrer, dormir et manger et échange de trois
tâches.
-Bien
volontiers! l'ouvrage ne me fait pas peur.
La
vieille le fit entrer, lui donna un repas et un bon lit. Au matin elle vit
qu'il avait bien dormi, qu'il était dispos. Elle retira de son doigt, un dé que
ses ongles longs comme des griffes empêchaient de rentrer sur son doigt
desséché et le lui tendit:
-Voilà
ton premier travail : avec ce dé, tu vas vider l'étang qui est
devant la maison. Tu dois avoir fini avant la nuit et tous les poissons devront
être triés et rangés selon leur grosseur et leur espèce.
Un peu
surpris par ce travail étrange, le tambour ne discuta pas et fit ce que la
vieille lui demandait. Il tira de l'eau toute la matinée, mais à midi le
résultat était décevant.
Devant
l'inutilité de ses efforts, il s'arrêta et alla s'asseoir, découragé :
« Que ce soit pour ce soir où dans mille ans, vider toute cette eau avec
un dé à coudre, je n'y arriverai pas! »
Pendant
qu'il cherchait une solution, une jeune fille sortit de la maison; elle portait
dans un panier, un déjeuner qu'elle posa devant lui:
"Te
voilà bien songeur, jeune homme dit-elle
Il leva
les yeux et vit qu'elle était merveilleusement belle:
"Je
suis à la recherche d'une princesse qu'on retient prisonnière par ici; je dois
pour la délivrer accomplir trois tâches, mais je n'arrive même pas à me tirer
de la première; je ferais mieux de rentrer chez moi!
-Non,
reste dit la jeune fille; tu es découragé parce que tu es fatigué; pose ta tête
sur mes genoux et repose toi; à ton réveil, l'ouvrage sera fait.
Le
tambour ne se fit pas prier et fit comme lui disait la jeune fille; dès qu'il
eut fermé les yeux elle tourna le chaton d'une bague magique qu'elle portait au
doigt et dit: "Eaux, montez: poissons, sortez !" Aussitôt l'eau
se transforma en nuage qui monta dans le ciel et s'en fut avec ses pareils. Les
poissons quant à eux sautaient hors de l'eau et se rangeait admirablement
selon, leur espèce et leur grosseur.
Le
tambour alors s'éveilla et vit avec stupeur son travail accompli.
La
jeune fille lui dit à l'oreille: "Un des poissons est rangé à part. Ce
soir, quand la vieille viendra vérifier ton travail elle te demandera pourquoi
ce poisson n'est pas rangé avec les autres; Tu lui diras, il est pour toi,
sorcière et tu le lui jettera au visage.
Au
soir, la vieille revint, posa la question et le garçon fit comme la jeune fille
lui avait dit. La sorcière lui jeta un regard venimeux, poussa un soupir puis
fit comme si de rien n'était.
Le
lendemain matin, la vieille dit au tambour: "Hier, je t'ai donné une tâche
facile, aujourd'hui, les choses sérieuses commencent: tu vois cette forêt,
derrière la maison, tu vas l'abattre, débiter tout le bois en bûches, et le
ranger en cordes; ce soir, tout doit être fini."
Et pour
ce faire, elle lui donna une cognée en plomb, un
billot et des coins en fer blanc. Au premier coup, la cognée se tordit, le
billot et les coins s'écrasèrent. Le pauvre tambour, ne savait comment se
sortir de ce mauvais pas.
La
jeune fille vint comme la veille lui porter son repas et le consola: "Pose
ta tête sur mes genoux et dors; à ton réveil, le travail sera fait. »
Il
ferma les yeux, elle tourna le chaton de sa bague. A l'instant même, la forêt
s'effondra, dans un gigantesque
craquement, le bois se fendit et vint de lui-même se ranger en autant de
cordes. Quand le tambour s'éveilla, la jeune fille lui dit: "Voilà, tout
le bois est coupé et rangé, sauf cette branche. La vieille va te demander ce
que cela signifie, tu prendras la branche, tu lui en donneras un coup en
disant: voilà pour toi, sorcière ! »
Comme
la veille, la sorcière arriva: "Eh, bien, le travail n'était pas trop
difficile ! Mais je vois une branche qui traîne, pour quoi n'est-elle pas
avec les autres? »
-Parce
qu'elle est pour toi, sorcière! dit le tambour en lui en donnant un coup.
Le
vieille fit semblant de n'avoir rien senti et se mit à ricaner;
-Demain
matin, dit-elle dès ton réveil, tu mettras tout ce bois en tas, tu feras un feu
et tu le brûleras entièrement.
Dès
l'aube, le tambour se leva et commença à rassembler le bois. Mais c'était toute
une forêt qu'il devait mettre en tas ! Comment allait-il, à lui seul, y
arriver? Il travailla toute la matinée avec la pénible impression de n'arriver
à rien.
Mais la
jeune fille ne l'avait pas abandonné: comme les autres jours, elle lui apporta
son repas et lui dit de faire la sieste sur ses genoux. A son réveil, le tas de
bois brûlait, le brasier s'élevait jusqu'au ciel.
-« Ecoute-moi,
dit la jeune fille, la sorcière va revenir et te donner des ordres de toutes
sortes; si tu fais sans crainte ce qu'elle te demande, elle n'aura aucun pouvoir sur toi; mais si
tu as peur, prends garde, elle te saisira et te jettera dans le feu, tu n'en
réchapperas pas. En revanche, quand tu auras tout accompli, empoignes là à deux
mains et jette- là au milieu des flammes.
La
jeune fille partie, la vieille revint tout doucement, la voix mielleuse:
-"Brrr
que j'ai froid! Je vois là un bon feu qui va réchauffer mes vieux os...mais je
vois une bûche au milieu qui ne flambe pas, va donc me la chercher... Ensuite,
tu seras libre. Allez n'aie pas peur, entre bravement dans le feu.
Sans
hésiter, le tambour se jeta au milieu des flammes qui ne lui roussirent même pas un
cheveu. Il prit la bûche et la posa devant lui hors du feu. A peine eût-elle
touché le sol que la bûche se métamorphosa en la belle jeune fille qui l'avait
aidé, mais elle n'avait plus ses vêtements de paysanne: sa robe tissée de soie
et d'or, brodée de perles et
de diamants montrait assez qu'elle était une princesse.
Le
vieille eut un rire sarcastique: « Ah, Ah, dit- elle au tambour, tu crois
que cette fille est à toi, mais tu ne la tiens pas encore.
Elle
allait se jeter sur la jeune fille, mais le tambour la saisit à deux mains, la
souleva comme une plume et la jeta dans les flammes qui l'engloutirent avec
appétit.
La
princesse regarda tendrement le beau jeune homme qui avait risqué sa vie pour
elle et lui tendit la main.
"Puisque
tu as tout risqué pour moi, à mon tour je ferai tout pour toi. Si tu veux me
jurer fidélité, tu pourras être un jour mon époux. Nous ne manquerons jamais de
rien grâce aux trésors que la sorcière a entassés ici.
Elle le
mena dans la maison où il découvrit
des caisses et des armoires pleines d'or d'argent, de bijoux et d'oeuvres
d'art. Ils ne prirent que quelques pierres précieuses, car la princesse qui
avait assez séjourné sur le Mont de Cristal voulait s'en aller au plus vite.
-Assied
toi sur ma selle dit le tambour, nous allons redescendre à la manière des
oiseaux.
-Pourquoi
prendre cette vieille selle quand je n'ai qu'à tourner le chaton de ma bague pour nous retrouver à la maison?
-Soit,
dit le tambour, mais demande qu'on nous dépose à la porte de la ville.
Ils y
furent le temps de pousser un soupir. Le tambour dit alors. Il y a longtemps
que je n'ai donné de mes nouvelles à ma famille, je dois aller les voir; attend
moi ici, je serai bientôt de retour.
-Ah,
dit la princesse inquiète, fais bien attention, si tu embrasses tes parents sur
la joue droite, tu oublieras tout ce qui nous est arrivé et moi, je resterai
seule, abandonnée aux portes de la ville. -« Comment pourrais-je
t'oublier? lui dit tendrement le tambour, et il lui jura de revenir sans tarder.
Il
avait tant changé quand il arriva dans sa famille que personne ne le reconnut
tout d'abord. Il faut dire que les trois jours qu'il avait cru passer sur le
Mont de Cristal avalent été en réalité trois longues années.
Enfin
sa mère lui sauta au cou et dans sa joie, il l'embrassa sur les deux joues et
il fit de même avec le reste de sa famille. Alors, tous les souvenirs de la
princesse et du Mont de Cristal s'évanouirent. Il vida ses poches qu'il trouva
avec surprise pleine de pierres précieuses. Les parents, pensant qu'il les
avait gagnées à la guerre se demandèrent que faire de toutes ces richesses. Ils
firent construire un palais princier, entouré
de jardins, de près et de bois. La mère alors lui choisit un épouse et prépara
les noces pour dans trois jours. Le fils tout heureux d'être enfin chez lui fit
tout ce que ses parents voulaient.
La
princesse, aux portes de la ville attendait son retour. Elle attendit jusqu'au
soir, elle attendit jusqu'à la nuit, et
le coeur empli de tristesse, elle comprit qu'il avait embrassé ses parents et
l'avait oubliée.
Elle ne
voulait pas retourner à la cour du roi son père; elle tourna le chaton de sa
bague et souhaita une hutte au milieu des bois. Chaque soir, elle allait
à la ville et passait devant le palais du tambour; il lui arrivait quelques
fois de la voir mais il ne pouvait pas la reconnaître; elle entendit un jour
des serviteurs dire que ses noces étaient pour le lendemain. Ces mots lui
donnèrent assez de courage pour lui faire tenter de retrouver son amour
Le
lendemain matin, elle tourna le chaton de sa bague et souhaita une robe couleur
de soleil. Elle s'en para et s'en fut au bal. Quand elle entra dans la salle,
on s'extasia sur la beauté de sa robe et tout particulièrement, la mariée qui
était coquette et n'aimait rien tant que les parures et les beaux vêtements.
Elle alla vers la princesse et lui demanda si elle consentirait à lui vendre sa
robe.
"Je
ne veux pas d'argent répondit la princesse, mais je vous la donnerai si vous me
laissez passer la première nuit de vos noces devant la porte de la chambre où
dormira votre époux". La fiancée qui désirait la robe plus que tout
consentit et versa un narcotique dans la coupe où buvait le jeune homme avant
de s'endormir. A peine couché, il tomba dans un profond sommeil.
Quand
tout le palais fut silencieux, la princesse entrouvrit la porte d la chambre et
chanta
Tambour,
tambour, écoute-moi,
Ne te
souviens-tu plus de moi?
Souviens-toi
de Mont de Cristal
Où je
t'ai protégé de tout mal
Ne
m'as-tu pas donné ta foi?
Tambour,
tambour, écoute-moi.
Peine
perdue, le tambour ne s'éveilla pas; au lever du jour la princesse dut s'en
aller sans avoir rien obtenu.
Le
soir, elle tourna le chaton de sa bague et souhaita une robe couleur de lune et
comme la veille, elle vint se montrer à la fiancée qui lui accorda en échange
de la robe, la permission de passer cette deuxième nuit devant la porte de la
chambre.
Elle
lui chanta le même air que la veille. Mais le narcotique était trop fort, le
tambour ne s'éveilla pas et toute triste elle regagna sa hutte au milieu des
bois.
Mais le
fidèle valet du prince avait vu la jeune fille inconnue à sa porte, entendu sa
chanson et vu couler ses larmes. Il avaient aussi vu la fiancée verser quelque
chose dans sa coupe et raconta tout à son maître.
Le
troisième soir, la princesse tourna le chaton de sa bague et souhaita une
robe couleur d'étoiles.
Quand
la fiancée la vit arriver, elle perdit toute mesure; elle voulait à tout prix
cette robe qui surpassait en richesse et en beauté toutes les autres; la
princesse la donna comme les deux autres en échange de la permission de passer
la nuit devant la porte du fiancé. Mais le tambour ce soir- là, avait fait
attention de ne pas boire dans la coupe; il l'avait en cachette vidée dans une
plante verte qui se trouvait là.
Quand
le palais fut endormi, il entendit dans le silence, la petite chanson de la
princesse. Et cette voix dans le noir, lui fit souvenir de celle invisible, qui
réclamait sa petite chemise. Alors la mémoire lui revint : "Malheur,
dans ma joie de les revoir j'ai embrassé mes parents sans faire attention.
Honteux de son infidélité, il se leva d'un bond et prenant la princesse par la
main, il la mena chez ses parents à qui il raconta comment les choses s'étaient
passées: "Celle-ci est ma vraie fiancée je commettrais un parjure en
épousant l'autre. Les parents donnèrent leur consentement.
Le
lendemain, on ralluma les torches, on convoqua les musiciens, on invita parents
et amis à revenir et dans la joie on célébra la vraie noce.
Dans la
joie de tous, car la première fiancée, avait trois nouvelles robes à porter
pour la fête, ce qui lui fit oublier qu'elle avait été évincée.