dimanche 28 octobre 2012

Immortalité

"Calypso ne pouvait se consoler du départ d'Ulysse. Dans sa douleur, elle se trouvait malheureuse d'être immortelle."
FENELON


mercredi 24 octobre 2012

Saint Ange-


Bien qu’il existe un saint Ange de Jérusalem dont on ne sait pas grand-chose sinon qu’il est fêté le 5 mai, la paroisse de Saint Ange voisine de Torcay est placée sous la protection de l’archange saint Michel, le chevalier du bien, l’adversaire déclaré de Lucifer, le pourfendeur de dragons, le conseiller de Jeanne d’Arc.. On le fête lui aussi en mai, le 8, jour où il est apparu au pape Grégoire le Grand……
Mais il est une autre légende : sur la commune de Saint-Ange, le long de la Blaise, se dresse une demeure dont les pierres se teintent de rose dans le soleil couchant : le Vieux Mesnil. Elle n’est plus habitée et se délabre au fil des ans. Du temps où j’avais un cheval, un chemin nous menait le Pégason et moi jusque devant le portail du Vieux Mesnil ; il n’y avait personne ce jour-là et au milieu de la cour, un rosier m’invitait à venir le respirer. J’ai mis pied à terre et j’ai poussé la grille ; le parfum des roses s’harmonisait avec leur ton de corail pâli. Elles faisaient pour moi les belles, insouciantes, elles savaient que je ne leur ferais aucun mal : je n’aime pas cueillir les fleurs.
Au moment où je remontais à cheval, un très vieil homme a paru ; il portait au bras un panier rempli d’herbes. Probablement avait-il des lapins… Je l’ai salué.
-Triste maison, me dit-il en me rendant mon bonjour.
-Triste ? pourquoi , je ne trouve pas !
-Ah ! c’est que vous ne connaissez pas l’histoire…
-Quelle histoire ??
-Oh !!! une terrible, terrible histoire ! Vous savez, personne ne peut vivre ici longtemps ; il arrive aux gens des malheurs… ils doivent s’en aller… ou bien ils meurent…
-Vous voulez dire que c’est une maison… maudite ???
-C’est qu’on y a fait bien du  mal…
Et le vieil homme m’a raconté que jadis, cette maison était un couvent. Les nonnes recevaient là des jeunes filles, des femmes qui avaient « fauté » ; elles les délivraient du résultat visible de leur faute. Il est derrière la maison, un terrain où l’on aurait retrouvé des ossements minuscules. On a dit aussi que venaient ici des célébrants de messes noires, des montreurs de monstres de foire…
Le soir tombait, j’ai frissonné ; les briques roses du Mesnil étaient devenues grises, le rosier avant refermé ses fleurs et le vieil homme m’a tourné le dos  et fait un signe de la main.
J’ai repris le chemin au petit trot du Pégason… Saint Ange… L’archange saint Michel, oui ! Mais les nonnes n’étaient-elles pas des faiseuses d’anges ?

mardi 23 octobre 2012

Hommage




Il était un Grand Couturier
Qui nous faisait porter du noir ;
Qui mêlait le rose au violet
Ornait nos cous de longs sautoirs.
De couleur, il en usait peu,
Ajoutant le marron au bleu,
Les gris aux beiges en camaïeux,
La dentelle au crêpe de chine.
Chez lui les femmes étaient divines !

lundi 22 octobre 2012

Balais de sorcière

Choisir dans une lande où viennent s'ébattre les Esprits, le genêt le plus haut et le plus fort.
Pour un manche d'un mètre cinquante-trois de long, sa tige doit être grosse et solide, la fibre serrée et noueuse. Il faut venir trois nuits le visiter et tourner trois fois autour en récitant son Abraxas. On le coupera alors au douzième tintement de minuit, en lune Asraï, d'un seul coup de courbet bien tranchant, dont la lame vierge ne servira qu'une fois.
Ensuite, on le laissera sécher dans le coin gauche de l'âtre en le sortant chaque nuit de tempête. On le passera ensuite au feu d'un brasier de Loumerottes. Puis on attachera à son extrémité, à l'aide de nerfs d'un loup pendu, un fagot composé de cinquante rejets de coudrier, cinquante brins d'osier non écorcés. Enfin on le plantera par temps d'orage au sommet de sa cheminée afin que la foudre le "charge". 
On le montera dès lors à cru en se oignant comme il se doit le corps selon le corps selon le rituel que l'on sait.



Pierre DUBOIS - Elficologue

vendredi 19 octobre 2012

Dyonisos


Sémélé était  mortelle ; une mortelle imprudente. Aimée de Zeus,  il lui vint désir de contempler son amant dans toute sa gloire. Or nul ne pouvait regarder le Roi des Dieux sans y laisser sa vie. Lui, dans l’émerveillement et l’innocence d’un amour tout neuf, avait juré par le Styx – le terrible serment qui ne peut se rompre – d’accorder à Sémélé tout ce qu’elle lui demanderait. Cruel dilemme ! Contraint par son serment et en dépit de sa douleur, Zeus apparut à son amante, environné d’éclairs et dans le fracas du tonnerre. Sémélé en mourut de frayeur, tout en mettant au monde un enfant.  Zeus  confia l’orphelin dont il était le père  à son fidèle Hermès.  Le Messager l’emporta jusqu’en Mauritanie où il chargea les filles du roi Atlas,  d’élever l’enfant.


Le jeune  Dyonisos grandit, heureux, choyé par ses nourrices qu’il  voulu plus  tard, devenu dieu, rendre immortelles. Il en fit des étoiles,  les Hyades qu’on peut toujours admirer au firmament.
Le temps venu pour lui de s’instruire, Hermès et Zeus lui envoyèrent les Muses. Son précepteur ensuite, fut  le vieux Silène. Il était gros, il était gras, buveur impénitent Voyez-le, toujours assis sur un tonneau et coiffé de pampres de vigne ; Sans cesse, la coupe qu’il tient en main se remplit, et sans cesse, Silène la vide. Quand il veut se déplacer, il quitte son tonneau et écrase de son poids le malheureux âne sur lequel il a bien du mal à rester en équilibre.

C’est ainsi que Dionysos, doté par les Muses de tous leurs talents, hérita également de ceux de Silène : la joie, la gourmandise, le goût de la fête et  des excès. De Zeus son père, il eût la force et le courage et quand le roi des Dieux entra en lutte contre les Titans, alors que tout l’Olympe était réfugié en Egypte, les dieux soigneusement camouflés sous l’apparence d’animaux, seul Dionysos resta aux côtés de son père et tous deux mirent les monstres en déroute.
Entraînant à sa suite une cohorte de gens de tous âges, de tous sexes, de toutes conditions, Dyonisos parcourut en vainqueur tout l’univers alors connu. En Inde, en Asie, partout, il laissa la trace d’une brillante civilisation. Il était pacifique ; jamais il n’armait les hommes, il leur donnait au contraire des thyrses et des bambous ; il leur enseignait à labourer la terre et surtout, surtout à cultiver la vigne.
Pas de luttes, pas de guerres, enseignait-il, buvez, chantez, dansez ,aimez…

C’est en revenant à Naxos, où il était né, qu’il rencontra  Ariane, désespérée par l’abandon de l’ingrat Thésée. Voyez donc comme il est sot de pleurer pour un homme : Ariane délaissée par un mortel , fut aimée d’un Dieu. Dyonisos lui donna une couronne d’or et la prit pour épouse. A sa mort, il lui offrit  comme aux Hydes , une place au firmament, sous le nom de « Couronne d’Or ».

Plus tard, les romains firent de Dyonisos , Bacchus et le fêtèrent de façon moins innocente. Au cours de ces Bacchanales, les prêtresses, lMénades ou Bacchantes, vêtues de peaux de tigre, les cheveux épars couraient dans les montagnes et les vallées portant des thyrses et des flambeaux.
Malheur à qui refusait de les suivre, malheur à qui repoussait leurs avances. Penthée, roi de Thèbes eut la mauvaise idée d’interdire à ses sujets de participer à ces fêtes.  Dyonisos le livra aux Ménades qui le mirent en lambeaux.

Des princesses de Thèbes, filles de Minée, refusèrent elles aussi de participer aux fêtes. Au lieu de boire, de danser, elles s’occupaient à broder, à tapisser ; pire ! elles voulurent en faire plus qu’à l’accoutumée, bousculant et pressant leurs esclaves. En dépit des exhortations de leurs parents affolés, elles refusèrent de quitter leur ouvrage, et de plus firent des gorges chaudes de l’accoutrement des Ménades débraillées. Bacchus porte des cornes, symbole de sa puissance. Il est jeune, beau, imberbe ; ses cheveux tombent sur ses épaules : il sourit, mais on peut voir dans ses yeux passer la démesure, la cruauté, la folie.
Couronné de pampres qui enivrent et de lierre qui dissipe les brumes du vin, il tient d’une main une coupe, de l’autre un thyrse. Quand il n’est pas comme Silène assis sur un tonneau, les épaules couvertes de la dépouille d’un léopard, il voyage dans un char tiré par des tigres ou des panthères.
Vignerons, pour qu’il vous accorde ses faveurs, pour que vos vendanges soient belles, sacrifiez-lui  les pies bavardes, car le vin peut rendre indiscret , ou bien encore de ces boucs, qui viennent brouter les bourgeons de vos vignes.





mercredi 17 octobre 2012

Vivre

On apprend donc à vivre? Oui, si c'est sans bonheur. La béatitude n'enseigne rien. Vivre sans bonheur et n'en point dépérir, voilà une occupation, presque une profession.

COLETTE

dimanche 14 octobre 2012

Conte noir







C’est un conte noir
Un conte à rebours
Au fond d’un trou noir
Tendu de velours

C’est un conte idiot
Sans queue et sans tête
Qui va à vau l’eau
Sans rien qui l’arrête

Au fil de la plume
Sans ami Pierrot
Un conte de brume
Conte à demi-mot

Ce n’est pas facile
D’écrire l’histoire
D’un conte imbécile
Qui n’a rien à voir

Avec les princesses
Et les magiciens
Avec les ogresses
Il ne rime à rien

C’est un conte en grille
Plein de mots croisés
Pour petite filles
Démoralisées

vendredi 12 octobre 2012

Le Phénix





      Le plus beau de tous les oiseaux, symbole d’immortalité et de résurrection, porte en tête une couronne et ne se nourrit que de rosée.
Si vos pas vous portaient en Phénicie, et qu’au bord de la Méditerranée vous rencontriez un héron pourpre à l’encolure dorée, ce serait  vraisemblablement un Phénix.
 Certains (étaient-ils à jeun ?), l’ont vu mauve avec de longues plumes roses et la queue bleu de ciel . Mais on dit aussi qu’il peut changer de couleur à volonté. La sienne ou la nôtre ?
Le Phénix est immortel mais doit cependant se régénérer tous les 500 ans. Il s’envole alors pour la ville d’Héliopolis en Egypte. Là, il choisit le premier des arbres fruitiers cultivés par l’homme : le palmier dattier. Comme le Phénix, il vit si vieux qu’on le dit immortel et capable de renaître de lui-même. Au sommet du palmier élu,  avec de la myrrhe,  de l’encens et d’autres aromates, le Phénix se construit un nid. Puis il chante un hymne au soleil, prend son envol et monte jusqu’à lui, portant dans son bec quelques brindilles qui, au contact de l’astre, s’embraseront.  D’un coup d’aile, il reviendra sur terre pour se poser dans le nid qui prendra feu et le consumera .Des cendres, il renaîtra pour un nouveau cycle de vie  qui durera 1461 ans au bout desquels sera la Grande année qui verra la régénération cyclique du Cosmos.

mardi 9 octobre 2012

Priez pour nous...


 

"Célébration du fils, le christianisme n’avait jamais été, à l’image du judaïsme, qu’une religion du père, c'est-à-dire de la dureté et de la rigueur, et l’une des raisons de son échec venait de n’avoir pas su exposer sur ses autels, au même rang, l’adoration de la mère, c’est-à-dire la tolérance et la bonté. Mais puisque le martyre du fils n’avait pas suffi à racheter la barbarie du meurtre voulu par le père, il fallait non seulement destituer ce dernier, mais en outre déclarer l’incapacité de la mère qui n’avait su protéger ni le fils de Dieu ni le fils de l’homme, femme-esclave elle aussi, épouse-servante à jamais effacée sous ses voiles de deuil. Si nous nous trouvons à la charnière des temps, c’est que le fils, dans l’invisible est devenu majeur. Il a détruit en lui l’illusion d’une mère secourable, d’une mère-refuge, et il vient d’accéder à lui. A la place de cette mère menteuse, la vraie femme, l’éternelle fiancée, ou plutôt l’Amante souveraine, dont la beauté ne passera pas, celle dont le christianisme a hypocritement gommé l’image sous le culte obscur de la vierge-mère, il ne célèbre de la femme que les deux états qui la nient."

Raymond Abélio

vendredi 5 octobre 2012

Le Grand Serpent de Malte



Il était une fois un sultan qui avait trois fils, et dans son jardin un arbre qui, une fois dans l’année, produisait une pomme d’or.
Hélas, à peine était-elle mûre qu’un serpent à sept têtes venait vers minuit la voler.
Quand son fils aîné arriva à l’âge d’homme, le sultan lui donna un sifflet et un couteau et l’envoya cueillir la pomme avant que le serpent ne s’en empare. Puis, ajouta-t-il, quand le serpent se montrera, siffle, coupe une de ses têtes et reviens vite ; nous prendrons des gardes avec nous, nous suivrons la trace du sang qui nous mènera au repaire de la bête et nous pourrons la capturer.
Le garçon écouta son père, se rendit au jardin, mais avant que minuit sonne, il s’endormit et ne vit pas le serpent voler la pomme et l’emporter. Il rentra tout honteux avouer la chose à son père.
L’année suivante, le sultan envoya son second fils qui, tout comme son aîné, s’endormit et laissa le serpent voler la pomme.
La troisième année, ce fut au tour du plus jeune fils d’aller monter la garde. Mais lui resta éveillé et put couper une des têtes du serpent qu’il mit en fuite. Il cueillit la pomme et l’apporta à son père.
Au matin, le sultan et ses trois fils se mirent en route, suivirent la trace du sang jusqu’au repaire du monstre. C’était un trou béant qui semblait s’enfoncer jusqu’aux entrailles de la terre. Le sultan déroula une corde, y attacha une cloche et dit à son fils aîné de descendre.
« Quand tu voudras plus de corde, sonne trois fois ; quand tu seras au fond, sonne deux fois : quand tu voudras remonter, sonne une fois. »
Le fils descendit dans le trou mais n’y resta pas longtemps : avant d’avoir touché le fond, il sonna une fois et fut remonté. Le second fils descendit à son tour et fit exactement comme son frère.
Le troisième sonna trois fois pour demander plus de corde, sonna deux fois en touchant le fond,  mais comme il se méfiait de ses frères, il attacha une grosse pierre à la corde avant de sonner une fois.
Il vit qu’on tirait la corde, mais arrivée à mi-hauteur , les frères la lâchèrent  et la pierre tomba rudement sur le sol de la caverne. Voilà donc pensa le cadet, le sort qui m’était réservé !
Sans se décourager, il commença à explorer la caverne ; elle était immense. Il erra un long moment avant de découvrir un nid. Des oisillons y pépiaient en ouvrant un bec affamé. Il y avait tout autour des graines éparpillées qu’il leur donna. La mère arriva furieuse et le bec en avant, mais voyant que ses petits avaient été nourris, elle dit au garçon :
-« Continues ton chemin ; tu vas arriver dans une grande salle pleine d’épées. Choisis la plus rouillée, c’est avec celle-là que tu viendras à bout du serpent.
Il suivit le conseil de l’oiseau, trouva la salle, choisit l’épée rouillée et continua d’explorer le souterrain. Soudain, il se trouva face à la bête :
-« Tu veux te battre, dit le serpent, mais ce sera selon mes règles : nous lutterons jusqu’à ce que tu aies coupé trois fois une de mes têtes, et chaque fois que je dirai assez, nous ferons une trêve.
Le garçon consentit et la lutte commença.
Chaque fois que le jeune homme coupait une tête, le serpent demandait la trêve et la tête coupée repoussait. Le combat dura longtemps , mais le jeune homme réussit à couper trois fois de suite la même tête, alors le serpent perdit peu à peu ses forces et le fils du sultan finit par en venir à bout.
Il était épuisé et ne savait plus comment quitter l’antre du serpent. C’est alors que survint l’oiseau qui lui dit :
« Prend la bête sur ton dos, monte entre mes ailes et je te porterai jusqu’au palais de ton père.
Ainsi fut fait et le sultan heureux d’être débarrassé du monstre, fit de lui son héritier qui plus tard gouverna tout l’archipel.

jeudi 4 octobre 2012

Saint Evroult (517-596)


Les froids de Saint Evroult 
Sont des froids de loup.
Une longue et belle vie fut celle de ce saint du pays d'Ouche.
Originaire de Bayeux, ministre et conseiller des rois Clovis II, puis ClotaireIII, heureusement marié, charitable , il ressentit un jour le besoin d'une vie absolument parfaite et se fit ermite dans les bois de Montfort non loin d'Argentan. 
Soucieux de l'avenir de son épouse, il parvint à la convaincre de prendre le voile et l'histoire ne dit pas si elle le fit d'un coeur léger.
Evroult ne s'était pas retiré si loin du monde que sa vie exemplaire ne fut connue de disciples de plus en plus nombreux, si bien qu'il dut fonder plusieurs monastères, dont l'abbaye de Saint Evroult, proche de la Ferté-Fresnel. Dévastée, par les Normands, elle fut reconstruite en 1231 par les moines bénédictins. Le monastère fut à cette époque un centre culturel important, doté d'une bibliothèque de près de 200 volumes.
De nouveau détruite à la révolution, il ne reste à présent que des ruines de l'abbaye de Saint Evroult.  L'âne Cadichon raconte dans ses Mémoires comment il aida la comtesse de Ségur et les gendarmes à y démasquer des brigands cachés dans les souterrains.

lundi 1 octobre 2012

OCTOBRE





Celluy qui de moy se remembre
Se doit esjouyr grandement,
Car nommé suis le moys d’octobre
Qui fais vin cueillir et sarment,
Dont on fait le sainct sacrement
Sur l’autel en mainte contree ;
Et car je fays bon vin vrayment,
Ma mayson doit estre approuvée.


Le KHALENDRIER des BERGIERS (XVI° siècle)






Rimes à rien...

Que deviendra Arsinoë la Belle quand le sort l'enverra loin de son élément? Son avenir sera celui de la lentille qui se veut papillon...