vendredi 6 avril 2012

Opéra-fantôme(33)


La neige tomba toute la nuit et c’est dans un décor de carte postale que se montra le jour suivant. Le soleil brillait sur les arbres givrés ; tous avaient une envie enfantine de laisser les traces de leurs pas sur la neige intacte des sentiers. Ils montèrent au château réveiller Marlon qui pour leur laisser la place avait dû non sans appréhension rentrer dormir dans son chantier en compagnie des revenants qui, ayant décidé de fêter Noël entre eux, ne se manifestèrent pas.
Le parc redevenu forêt les invitait à la promenade. Toufette, la chienne aimée d’Estournelle, sautait et hurlait de joie , galopait en tous sens et finit par filer dans le sous-bois derrière un chevreuil qui avait traversé l’allée. Estournelle inquiète, s’égosillait à la rappeler. On n’entendit plus rien pendant quelques minutes, puis des hurlements de détresse firent blêmir sa maîtresse.
-« Si elle crie, c’est qu’elle est vivante ! » la rassura Ysolan impavide comme à l’ordinaire. Furieuse, elle l’assassina du regard avant de courir vers les fourrés d’où provenaient les abois désespérés de la fugitive.
Traverser un roncier enneigé, vieux de plusieurs années ne fut pas une mince affaire. Mais rien n’arrête la mère affolée d’un chien en danger, Griffée, trempée, Estournelle finit par localiser sa chienne au fond d’une large fosse, profonde de quelques mètres et dont les bords de pierre très droits rendaient le sauvetage difficile. Un épais matelas de feuilles mortes avait amorti la chute et Toufette sautait comme un cabri, grognait comme un porc, en essayant de sortir de là. « Une échelle !glapissait  Estournelle.. ou une corde… Ah mon Dieu ! Ah là là … du calme ma chérie… Elle va se tuer… du calme… »
« Du calme toi-même ! intervint Ysolan, elle n’a rien ta chienne ! On va la sortir de là.  Laisse-nous réfléchir. »
« Il faut sonder le fond pour savoir s’il est solide et descendre, dit un des garçons qui était cascadeur, si je peux descendre je vous passe la chienne et vous m’aiderez à remonter. »
« Il vaudrait mieux aller chercher une corde dit Marlon, joignant le geste à la parole »
Mais le cascadeur, armé d’une longue branche, avait évalué la solidité du fond et avait déjà sauté.
Toufette dans son affolement avait gratté les feuilles mortes et la terre ; le garçon poussa un cri  angoissé.
« Elle est blessée, sanglota Estournelle ! »
« Non, non, mais il y a une main ! »
« Une main ? »
« Des os, je veux dire, un squelette de main !!! oh, et même il y a tout le reste, dit le garçon qui avait continué le travail de la chienne ; »
« Pour le coup, dit Marlon, je vais chercher une échelle ! »
« Non, intervint Ysolan, ne touchez à rien, il faut prévenir les gendarmes ! »
Trop tard ! On entendit un cri perçant : une des filles à force de se pencher pour voir le squelette était tombée dans la fosse. Toufette voyant de la compagnie s’était calmée et sur le dos, pattes en l’air cherchait des caresses. Estournelle en revanche sanglotait à s’étouffer suppliant qu’on lui rende sa chienne. L’identité du squelette pour l’instant, elle n’en avait rien à faire.
Le reste de la troupe au contraire s’agitait avec passion….Ysolan, redevenu pour la circonstance capitaine de navire, calme et résolu, remit la troupe en ordre. Estournelle, sa chienne sous le bras, fut envoyée à la maison avec mission de préparer du thé pour tout le monde ; les filles devaient la suivre. Marlon, lui et les « hommes » iraient à la gendarmerie.




1 commentaire:

manouche a dit…

Délicieuse atmosphère british où tous les drames s’apaisent avec une tasse de thé!

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...