S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


A un ami...



A un ami...


... Tu m'as fait oublier mes maux....

ALCEE (VII°-VI° av.JC) Traduction Marguerite Yourcenar

samedi 1 novembre 2014

L'Âme des Poètes


... Rien n'est plus beau, dit l'un, qu'une imposante armée;
L'autre: rien n'est plus beau qu"une escadre en plein vent.
Rien n'est plus beau pour moi que le coeur de l'aimée.
Chacune fait son choix et risque en le suivant
Des enfants, des parents, un nom, des biens quittés;
Hélène pour Pâris fit brûler des cités.
Le doux bruit de tes pas, ton beau visage tendre,
J'aimerais mieux le voir, j'aimerais mieux l'entendre
Que le char du Grand Roi et sa garde d'honneur.
Hélas! Nul être humain n'a longtemps son bonheur,
Mais cet étroit lien que l'Amour a lié,
Mieux vaut le regretter que l'avoir oublié...

SAPPHO (VII°-VI°av.JC) traduction Marguerite Yourcenar

vendredi 31 octobre 2014

L'Âme des Poètes

 

... Et je ne reverrai jamais ma douce Attys.
Mourir est moins cruel que ce sort odieux;
Et je la vis pleurer au moment des adieux.
Elle disait:" Je pars. Partir est chose dure."
Je lui dis:" Sois heureuse, et vas, car rien ne dure.
Mais souviens-toi toujours combien je t'ai aimée.
Nous tenant par la main, dans la nuit parfumée,
Nous allions à la source ou rôdions par les landes.
J'ai tressé pour ton cou d'entêtantes guirla.ndes;
La verveine, la rose et la fraîche hyacinthe
Nouaient sur ton beau sein leur odorante étreinte;
Les baumes précieux oignaient ton corps charmant
Et jeune. Près de moi reposant tendrement,
Tu recevais des mains des expertes servantes
Les mille objets que l'art et la mollesse inventent
Pour parer la beauté des filles d'Ionie...
Ô plaisir disparu! Joie à jamais finie!
L'éperdu rossignol charmait les bois épais,
Et la vie était douce et notre coeur en paix..."

SAPPHO (VII°-VI° av.JC) traduction Marguerite Yourcenar

jeudi 30 octobre 2014

L'Âme des Poètes...


... Il est pareil aux dieux, l'homme qui te regarde,
Sans craindre ton sourire, et tes yeux, et ta voix,
Moi, je tremble et je sue, et ma face est hagarde
Et mon coeur aux abois...
La chaleur et le froid tour à tout m'envahissent;
Je ne résiste pas au délire trop fort;
Et ma gorge s'étrangle et mes genoux fléchissent, 
Et je connais la mort...

SAPPHO (VII°-VI° av.JC) traduction Marguerite Yourcenar

mercredi 29 octobre 2014

De l'amour...

... L' amour m'agite, hélas, comme le vent secoue
Le tronc d'un jeune chêne...

SAPPHO (VII°-VI° av.JC) traduction Marguerite Yourcenar


mardi 28 octobre 2014

Samain

Beltaine dans la nuit du 30 avril au I° mai fête le temps du soleil et de la lumière. A l'opposé du calendrier du 30 octobre au 10 novembre, Samain célèbre le temps de l'ombre et du repos de la terre. Repos souvent assimilé à celui du repos éternel des hommes. On dit qu'au cours de cette nuit magique s'ouvrent  les passages entre le monde des morts et celui des vivants. Une nuit que les anglo-saxons et nous autres désormais célébrons à grand renfort de courges illuminées et de cohortes d'enfants quémandeurs de bonbons et déguisés en monstres. De cette fête de Samain, les chrétiens on fait la Toussaint. Fête de tous les saints dont le lendemain est dit jour des morts.
Les anciens également fêtaient les morts le jours de Samain. Morts vivants ou fantômes qui revenaient pour effrayer les vivants. Car Samain est un royaume de brumes peuplé aussi de sorcières, de vampires , de loups-garous et autres êtres fantastiques et terrifiants. Royaume encore des illusions car disparaissent tous les repères entre morts et vivants, êtres surnaturels ou terrestres, bien ou mal.
C'est un temps où règne la confusion, le paradoxe, l'indécis. Les heures ne divisent plus le temps comme pendant le reste de l'année; nuit d'Halloween et jour de Samain peuvent durer une éternité pour qui cède à leur magie.
C'est en ce jour qu'à la bataille de Mag Tured, dans l'Irlande mythique, les Tuatha Dé Danann eurent raison des Fomorés. Morrigan la Corneille, déesse de la mort et des combats y apporta son aide à Dagda, Ogme et Lug, les trois chefs des Tuatha Dé Danann.
C'est enfin le temps où se déchaîne dans les cieux la cohorte des maudits: squelettes, morts-vivants et sorciers qui chevauchent les nuages au cours de chasses fantastiques.

lundi 27 octobre 2014

Ode à Aphrodite


Aphrodite au char blanc tiré par des colombes,
Ô terrible, ô rusée, ô tourment des humains,
Empêche que mon ^ma et mon corps ne succombent;
Je tends vers toi mes mains.

Fais halte en plein espace et dis:" Qui donc est -elle?
Je prendrai ton parti; son coeur sera brisé.
Elle courra vers toi, et tu la verras telle
Qu'un jouet méprisé.

A son tour de souffrir, à son tour de connaître
Les pleurs, l'attente vaine, et les tristes aveux,
Et de t'aimer, Sappho, malgré soi, et peut-être
Plus que tu ne le veux...

SAPPHO (VII°-VI° av.JC) traduction Marguerite Yourcenar

dimanche 26 octobre 2014

Perfide Albine





Le plus puissant roi de la Grèce (de ce temps là !) avait trente filles ; l’aînée se nommait Albine. Il avait aussi par chance, trente voisins ; des rois moins puissants que lui mais dont il souhaitait l’alliance. Il leur offrit ses filles en mariage, ils acceptèrent. On ne demanda pas l’avis des jouvencelles.
Princesses, riches, elles avaient pris des airs d’indépendance et se trouvaient mal préparées à leur nouveau statut d’épouse. La lune de miel passée, des conflits éclatèrent au sein des couples et les jeunes mariées se plaignirent au roi leur père qui leur enjoignit pour le plus grand bien de la Grèce, de filer doux .
Albine furieuse réunit ses sœurs et résolut avec elles de supprimer les malencontreux conjoints. Hélas, la plus jeune aimait son mari et ne put se résoudre à le tuer. Toute en larmes, elle révéla le complot.
Pour prix de leur forfait manqué, on embarqua les rebelles sans vivres et sans gouvernail sur un navire qu’on poussa vers la haute mer.
Dans le vent, dans la tempête, la nef dériva au gré des courants pendant de longs jours ; les malheureuses étaient plus qu’à- demi mortes de faim, de soif et de fatigue quand leur embarcation s’échoua sur une plage déserte . Elles survécurent grâce à quelques coquillages providentiels et reprirent assez de forces pour explorer cette terre inconnue. Elle était inhabitée mais suffisamment pourvue de plantes et d’animaux pour subsister.
Vingt neuf princesses grecques ( la plus jeune, la traîtresse, était restée chez son époux et aucune ne la regrettait !) vingt-neuf princesses grecques, donc, ne sont pas de faibles femmes ; sous la conduite d’Albine, elles s’organisèrent. Tout d’abord, elles vécurent de chasse, de pêche et de cueillettes, s’abritant dans des grottes et des huttes de fortune au gré de leurs errances.
Cependant elles n’oubliaient pas la brillante civilisation de leur pays d’origine et n’eurent de cesse de retrouver leur vie d’antan. Bientôt elles élevèrent de vraies maisons, puis des palais, elles cultivaient la terre et ne chassaient plus que pour le plaisir car elles avaient domestiqué des animaux et les élevaient. Avec le confort, revint le goût des jeux d’esprit, de l’art et des plaisirs
Oui, des plaisirs……un de ces plaisirs, justement ne pouvait être satisfait, puisque cette île était déserte et qu’elles étaient sœurs. Vingt-neuf jeunes femmes en bonne santé ne pouvaient se contenter des joies de la table et de l’esprit. Il leur fallait des hommes ; il n’y en avait pas !
Bientôt les bois et les vallons les champs et les rivages retentirent de leurs soupirs et de leurs gémissements impudiques. Elles arrachaient leurs vêtements en se tordant sous la lune, hurlant comme chattes en février. La clameur monta dans les airs et tout en haut des cieux fut entendue des démons incubes ; ils descendirent sur terre. Albine et ses sœurs leur parurent belles et désirables ; ils s’unirent à elles.
Apaisées par ces noces diaboliques, les femelles mirent au monde une redoutable progéniture : des géants, qui devenus adultes, faute d’autres compagnes s’accouplèrent à leurs mères. Le résultat fut une nouvelle génération de monstres dont les frères épousèrent les sœurs.
Et voilà comment ce joyeux inceste est à l’origine des nains, des trolls, des géants, des sorcières, bref de cette curieuse humanité qui peuple les légendes.