Chats du Shohitzu Gafu (Hiroshige XVIII° siècle

S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


La Musique



L'homme qui n'a pas de musique en lui,
Et que ne touche pas un concert de doux sons,
Est propre aux trahisons, aux stratagèmes, et au pillage,
Les mouvements de son esprit sont ténébreux comme la nuit
Et ses désirs sombres comme l'Erèbe.

SHAKESPEARE (1564-1616), Le Marchand de Venise

lundi 20 octobre 2014

Le Temps des Loups...




"Parmi l'obscur champ de bataille
Rôdant sans bruit sous le ciel noir
Les loups obliques font ripaille
Et c'est plaisir que de les voir
Agiles, les yeux verts, aux pattes
Souples sur les cadavres mous;
-gueules vastes et têtes plates-
Joyeux, hérisser leurs poils roux.

VERLAINE

Quel est l'animal féroce, de l'homme qui a laissé et laisse encore tant de morts sur ses champs de bataille... ou du loup qui en nettoyant les charniers a prévenu bien des épidémies de peste ou de choléra?

dimanche 19 octobre 2014

Le Temps des Loups....

"

"Il n'y a rien de bon dans cet animal, que sa peau.
On en fait des fourrures grossières qui sont chaudes et durables. Sa chair est si mauvaise qu'elle répugne à tous les animaux et qu'il n'y a que le loup qui mange le loup. Il exhale une odeur infecte par la gueule car pour assouvir sa faim, il avale systématiquement tout ce qu'il trouve: chairs corrompues, os, poils, peaux à demi tannées.
Enfin désagréable en tout, la mine basse, l'aspect sauvage, la voix effrayante, les moeurs féroces, il est odieux, nuisible de son vivant et inutile après sa mort...."

Cher Monsieur de Buffon,  ne vous  occuper que de plantes vous aurait évité d'écrire bien des sottises dont celle-ci.... énorme!

samedi 18 octobre 2014

Le Temps des Loups...



"Mammifère carnivore, qui ne diffère d'un grand chien que par son museau pointu, ses oreilles toujours droites et sa queue touffue pendante."   (nous dit le Petit Robert)


mercredi 15 octobre 2014

Roberto Alagna - "Vainement, ma bien aimée" - Edouard Lalo - "Le Roi d'Ys"

Ker Ys ... une légende de saison




C’était un soir de brume, sur la lande bretonne ; si la mer était proche, on ne la voyait pas. Alors, venant du large, on entendit le glas : « Il y en a demain, qui ne rentreront pas… ».
Mon compagnon se tut…
« Comment le savez-vous ?
-Ce sont les cloches d’Ys ! Quand il est encore temps, elles sonnent le tocsin ; mais ce soir c’est le glas… Ys n’est pas pardonnée.
-Racontez-moi l’histoire de la ville engloutie. »
« Les pêcheurs vous diront que ces cloches qui sonnent, sont celles d’une ville endormie sous les flots. Ville aux mille palais, ville aux riches églises, dont ces cloches de bronze accompagnaient jadis la vie de la cité . Sonnant pour le travail et sonnant pour les fêtes, elles avaient pour mission de surveiller la mer : sans que nul intervienne quand des marins étaient en péril, on entendait le tocsin.
Telle était Ker-Ys, la fière cité du roi Gradlon.
On avait pour la bâtir, emprunté des terres à l’Océan ; et comme on redoutait que ce dernier ne vienne un jour réclamer son dû, on l’avait entourée de fortes digues. De hautes murailles et un ingénieux système d’écluses la préservaient des tempêtes et des fortes marées. Ces écluses, portes de la mer, ne s’ouvraient qu’au moyen de lourdes clefs que le roi Gradlon portait nuit et jour enchaînées à son cou.
On venait de partout admirer les richesses de Ker-Ys qui n’aurait eu aucun malheur à redouter si ses habitants n’avaient eu des mœurs dissolus, entraînés qu’ils étaient dans la débauche par Dahud la très belle fille du roi Gradlon. Si belle qu’aucun prince, aucun gentilhomme ne savait lui résister, tous un jour ou l’autre passait une nuit dans la chambre de Dahud, et de sa chambre dans les flots quand il fallait laisser la place à un nouvel amant.
Elle aimait rire et s’amuser et détestait le son des cloches ; tout particulièrement le tocsin qui parfois venait attrister ses nuits de plaisir ; le péril de la mer ne choisit pas son heure.
Le moine Gwenolé quittait souvent son abbaye de Landevennec pour venir prêcher et adjurer les gens d’Ys de se réformer. Mais la débauche leur convenait. Les sermons de Gwénolé restaient sans effet et bien loin de leur donner des remords ils poussaient à rire tous ces mécréants. D’ailleurs, trop riches, ils étaient devenus paresseux ; et tout comme leur princesse, ils avaient pris en grippe le son des cloches qui, disaient-ils, les faisaient lever trop tôt
Dahud finit par ordonner que les cloches ne sonnent plus que les réjouissances. Pour cette raison nombre de marins périrent en mer. Comme on ne devait plus sonner le glas pour les morts, leurs funérailles ne se déroulèrent plus correctement. Dieu vit errer aux portes du paradis un nombre impressionnant d’âmes en peine.
Et Gwénolé toujours, prêchait le repentir. Dieu qui voyait les efforts et le chagrin de son bon serviteur, finit par se lasser de l’insolence de Dahud, de l’incurie de Gradlon et de l’impiété de leurs sujets. Il prévint le moine qu’il était résolu à livrer la ville à Satan ; qu’il pouvait cesser de s’occuper d’eux.
Gwénolé voulut quand même avertir Gradlon. Le roi eut un instant la volonté de faire pénitence, mais Dahud, ses amants et toute la cour rirent bien haut du prédicateur. Du temps passa et comme aucune catastrophe ne vint troubler la cité, on oublia les mises en garde du moine. Dahud triompha sans vergogne.
Un jour, entra dans le port un navire dont le capitaine se mit à arroser d’or, le roi, la cour, la ville et ses habitants. Il couvrit Dahud de présents et comme il était jeune et séduisant, la fille du roi s’éprit de lui. Ce fut alors un jeu pour l’étranger d’obtenir d’elle qu’elle dérobât les clefs d’or qui assuraient la sécurité de la ville.
C’est au temps des fortes marées que Dahud et son amant firent boire Gradlon plus que de raison ; le capitaine fit boire aussi Dahud . Une fois le père et la fille ivres- morts, le maudit s’empara des clefs. A l’heure de la plus haute marée, il ouvrit les écluses. Les eaux s’engouffrèrent dans les rues de la ville. Il n’y eut aucune scène de panique ; le raz-de-marée fut si brutal que les gens n’eurent le temps ni de se réveiller, ni de se repentir. Le flot les roula jusqu’en enfer. Les cloches auraient-elles prévenu les habitants de la catastrophe si elles avaient pu sonner le tocsin ?
Gwénolé était au palais ce jour-là et Dieu lui permit de réveiller Gradlon à temps pour le sauver. Pendant que le moine sellait les chevaux, le roi courut réveiller sa fille et l’entraîna avec lui. Le moine n’avait prévu que deux montures ; le roi prit sa fille en croupe. Mais le cheval qui devait porter deux cavaliers plus le poids de leurs péchés (et ceux de Dahud étaient particulièrement lourds), ne pouvait courir aussi vite que celui du moine qui filait comme le vent. Le cheval de Gradlon s’essoufflait, renâclait, les eaux s’approchaient. Gwénolé, de la part de Dieu, adjura le roi d’abandonner sa fille ; il refusa ; bientôt les vagues léchèrent les sabots du cheval. Aussi, Dieu alourdit encore le poids des péchés de Dahud et ce poids fut tel qu’elle dût lâcher prise. Libéré, le cheval bondit. Les flots ralentissaient leur course à mesure que le cheval accélérait la sienne.
Gwénolé et Gradlon étaient sauvés ; en prenant pied sur la terre ferme, ils purent voir l’Océan engloutir les clochers, les palais et tous les monuments de la riche et fière cité d’Ys.
La ville est engloutie mais elle n’est pas détruite ; elle repose en son intégrité sous la mer et pour que les vivants s’en souviennent, elle fait tinter ses carillons. Ce sont ses cloches que les pêcheurs de Douarnenez entendent dans la brume du soir.
Elles appelent les gens de la côte au secours des navires en péril et sonnent le glas pour les marins morts en mer.
Elles cesseront de sonner quand elles auront sauvé autant de vies qu’elles en ont fait perdre.
Ce jour là, Ys sortira de la mer aussi belle qu’au temps de sa puissance….

mardi 30 septembre 2014

Préparatifs de guerre


... On s'apprête
Pour le combat; des monceaux d'armes, les reflets
Du bronze et de l'acier; partout, dans le palais,
Des glaives, des poignards, des dards, outils de guerre;
Contre les murs, aux crics, pendent des corselets,
La cuirasse de fer, le brassard, la jambière,
Et le jupon lamé d'airain. Les boucliers
S'entassent sur le sol entre les hauts piliers,
Et non plus les cithares...

ALCEE (VII°/VI° siècle av?JC) traduction Marguerite Yourcenar