S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


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Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer.

Jean RAY- MALPERTUIS

mercredi 24 juin 2015

Autour du 8° conte...

Le 8° conte de Perrault: Les Fées ;
Résultat de recherche d'images pour "perrault les fées"La jeune fille aimable reçoit le pouvoir de transformer toutes ses paroles en perles et en roses ; la vilaine qui veut l’imiter crache vipères et crapauds .
Certaines versions de Cendrillon montrent des situations similaires où la vilaine se retrouve avec une queue d’âne plantée au milieu du front. Une queue d’âne qui conduit tout droit aux oreilles du roi Midas qui pour avoir préféré la musique populaire de Pan à la musique savante d’Apollon, et surtout et plus encore pour avoir contesté le jugement des Dieux , s’est vu gratifié d’oreilles d’âne. Que je mérite également puisque comme Midas, j’ai un faible pour la musique populaire… sans négliger l’autre cependant.
 Dans l’autre partie de l’histoire : pour avoir trop aimé l’or, Midas risque la mort puisque tout ce qu’il touche devient métal. Il doit aller se purifier dans le fleuve Pactole qui depuis charrie toujours des pépites.
On voit souvent dans les fables, les contes moraux, dans le merveilleux en général, un héros qui n’écoute pas les auxiliaires.

mardi 23 juin 2015

Chanter, danser…



J’ai du mal à chanter,
J’ai du mal à danser !

Tout au long de ma vie,
J’ai tant aimé chanter,
J’ai tant aimé danser !

Comment envisager le reste de ma vie
Sans plus pouvoir chanter,
Sans plus pouvoir danser ?

Mais demeure l’envie :
Je veux encore chanter,
Je veux encore danser.


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lundi 22 juin 2015

Les Trois Cygnes (image Salvador Dali)

Serge Fourcade : "Le langage des oiseaux, est utile aux voyageurs. L’oiseau se présente en miroir de l’homme en ce sens que miroir signifie « modèle,parangon, idéal ». D’où l’importance dans l’initiation des garçons de l’apprentissage des langages des oiseaux, du roucoulement et du ramage de l’éducation sexuelle. Quelquefois l’oiseau se transforme en passeur entre le masculin et le féminin, entre le passé et l’avenir, entre les vivants et les morts. »Résultat de recherche d'images pour "les cygnes salvador dali"


 Du temps où les filles épousaient des oiseaux, sur le bord d’un lac, un garçon rêvait. Dans la lumière dorée de la fin de l’été, il vit venir vers lui, lentement portés par les flots, trois cygnes ondulants.
Trois cygnes gracieux qui valsaient lentement sur l’eau verte et dorée. Approchant de la rive où rêvait le jeune homme, ils restèrent un moment immobiles, à le regarder. Il étendit la main, il voulait les toucher mais les cygnes alors, doucement se sont éloignés. Il ôta ses sabots et releva ses chausses, puis il entra dans l’eau ; mais les trois grands oiseaux, deux blancs, un autre noir, glissèrent vers le large sans le quitter des yeux.
 Dans les roseaux une barque était échouée, la rame encore au fond ; avec bien de la peine, il put la dégager, la pousser sur le lac ; les cygnes l’observaient, ils s’éloignaient toujours.
Il a sauté dans l’esquif et  ramé dans le sillage des trois grands oiseaux..
Bientôt il fut près d’eux et leur tendit la main ; ils s’éloignèrent encore ; il rama, il rama, longtemps, sans prendre garde à l’eau qui déjà lui couvrait les chevilles.
Le soleil descendait sur le lac, l’eau miroitait, aveuglante et les cygnes toujours glissaient dans le lointain .
Et le garçon ramait ; la barque s’enfonçait ; il n’y prenait pas garde, tant devenait, de plus en plus fort son désir de rejoindre les cygnes . Les cygnes qui s’éloignaient de la barque qui s’enfonçait. Il eut de l’eau bientôt jusqu’aux épaules, puis jusqu’au cou, puis dans la bouche et le soleil enfin, disparut comme lui, dans l’eau étincelante : quelques bulles, de grands cercles, il n’y eut plus sur le lac ni cygnes, ni barque, ni garçon.

Plus tard il s’éveilla dans une chambre étrange, dont les murs de cristal laissaient voir ondulant dans une eau verte, des algues et des poissons. Assises au pied du lit, trois dames belles à ravir, une brune et deux blondes l’observaient en silence….
L’une lui prit la main ; c’était je crois la brune.
-« Que fais-tu là, jeune homme ?
-Je ne sais, répond-il. J’étais au bord du lac et j’ai suivi trois cygnes. Ma barque a chaviré je pense. Je dois rentrer chez moi…
-Pourquoi dit une blonde, ne pas rester ici ?
Le jeune homme est tenté. Les dames sont si belles et les lieux si paisibles.
-« Reste avec nous trois jours, reprend la dame brune. Trois jours pas un de plus, car passé ce délai, tu devras demeurer pour toujours avec nous. L’air, le vent, le soleil des lieux où tu es né te seront odieux.
-Je resterai trois jours, je vous en fais serment.
Les trois jours ont passé comme une nuit de rêve, dans le palais magique aux chambres de cristal, dans le jardin aux fleurs étranges peuplé d’animaux fantastiques. C’était ainsi qu’il avait toujours imaginé le Paradis. Il oublia le temps…
Un jour, la nostalgie lui vint de sa maison, de ses parents… 5 années s’étaient écoulées. Il se souvint de la mise en garde de la dame brune : il avait dépassé les trois ans, tout retour lui était interdit. Petit à petit, il devint mélancolique, puis triste et le désespoir l’envahit. Les dames ne s’apercevaient de rien. Il s’isolait…
Tout au fond du jardin magique se dressait un arbre au large tronc, aux branches traînant jusqu’à terre. Il allait se cacher sous les feuilles et pleurait. Un jour qu’il venait là le cœur gros, une vieille, toute ridée, toute bossue se tenait à sa place.
-« Viens t’asseoir près de moi, mon beau désespéré et conte-moi ta peine. »
Alors il raconta : comment il avait suivi les cygnes, comment il s’était éveillé dans le palais des trois dames, comment il avait laissé filer le temps et comment il était prisonnier de ces lieux qu’il avait tant aimé.
-« Si tu le veux vraiment, je peux t’aider lui dit la vieille.
- Mais comment ?
- Epouse-moi et demain tu seras chez toi, riche et puissant car ma fortune est grande et immenses sont mes pouvoirs.
-Les dames sont mes amies, elles m’ont sauvé la vie. Quels que soient tes pouvoirs, quelle que soit ta fortune, je ne peux t’épouser !
Alors la vieille, dans un éclat de rire, disparait dans les branches, laissant la place aux trois dames, qui embrassent le jeune homme.
-« Puisque tu as été fidèle en dépit de ton grand désir de retourner chez toi, et bien que notre désir à nous est de te garder, nous allons lever le charme qui te retiens ici. Va dormir et ne t’inquiètes de rien. »
Ce sont les premiers rayons du soleil et la rosée du matin qui l’ont réveillé. Depuis le tertre où il était couché, il pouvait voir la maison de son père. Sur le lac à ses pieds, trois cygnes s’éloignaient. Avant de disparaître, ils ont tourné la tête et incliné le bec comme pour un adieu.
Ses parents, ses amis qui le croyaient noyé lui font la fête, heureux de le voir sain et sauf. Mais quand on lui demande  ce qui lui est arrivé, personne ne veut croire à son histoire. La joie des retrouvailles bientôt s’estompe. On le traite de menteur, puis de fou. Ses parents se désolent, ses voisins l’évitent, on se moque de lui. Les dames avaient raison, il n’est plus fait pour cette vie.

Dans l’espoir de pouvoir retourner au domaine enchanté, il va chaque jour au bord du lac et il attend. Et le temps passe et son chagrin grandit. Les cygnes ne reviennent pas, ils ne reviendront jamais… Les années ont passé et par un matin d’hiver, on l’a retrouvé mort, gelé de désespoir au bord du lac.

dimanche 21 juin 2015

La chauferette

Un homme de Fraimbois, qu' était  jamais sorti de son trou, avait pris la première fois de sa vie le chemin de fer pour aller aux premières communions à Lafrimbolle. C'était en hiver: y gelait à pierre fendre. Y monte dans un wagon ousqu'y avait l'curé d'Anthelupt qu'allait à l'adoration à Gogney. Comme Monsieur Curé avait sous ses pieds une chauferette du chemin de fer, l'homme de Fraimbois se disait en lui-même: "Voilà un riche curé; il emporte sa chauferette avec lui en voyage. C'est une belle chauferette au moins, qu'est bonne et grande. Y doit pas avoir froid les doigts de pied.'
Mon pauv' maquereau n'osait mettre ses pieds sur la sainte chauferette, imaginez-vous!
Arrivé à Gagney, Mosseur Curé descend du train sans emporter la chauferette.
"Pardon, excuse, Mosseur Curé, que crie l'homme de Fraimbois, vous oubliez votre chauferette!
-C'est bon, que lui répond l'curé, je vous la donne, mon pauvre enfant.
-Merci cent fois d'vot' honnêteté Mosseur Curé."
"Lafrimbolle! Lafrimbolle! On arrive."
-C'est-ti bien ici qu'ont lieu les premières communions, demande l'homme de Fraimbois?
-C'est ici."
Il prend alors la chauferette sur son épaule, et il donne son billet à la chefesse de gare, une personne toute avenante.
"Oùsque vous allez avec la bouillotte-là, donc Mossieu?
-Qu'est-ce que çà peut vous foutre, bougre d'extravagante, c'est la chauferette à Mossieu Curé!"
On lui a pris malgré lui, sa sainte chauferette; et comm il avait appelé la chefesse: vieille crédence, il a été devant le juge de paix de Gerbéviller.
Ca ne m'étonne plus qu'on fasse la guerre aux chères-soeurs, à cette heure!

D'après Jean LAHNER - Les Contes de Fraimbois

samedi 20 juin 2015

Une grenouille


Un jour, en un voeu, je me suis transporté moi-même
parmi les grenouilles
et j'ai vécu avec elles
essayant d'obtenir leur remède.
Un jour, voilà quelque temps
j'ai quitté le marais et je suis rentré à la maison.
Mais tout ce que ma femme voulait
c'était mes jambes!














Elle disait
"TU AS L'AIR D'UNE GRENOUILLE MAINTENANT!"
Me voilà de retour
essayant d'obtenir ce remède.
J'y ai bien passé la moitié de ma vie à présent.
Croyez-vous qu'elles me jouent un tour?

Howard A.NORMAN - L'os à voeux

vendredi 19 juin 2015

Balius





Il vient du fond des âges, il se nomme Balius et c’est un cheval en or. On l’a vu mais en est-on bien sur, avec Charles Martel galoper sus au Sarrazin à la bataille de Poitiers. Costaud, il porta destrier à la guerre, palefroi à la parade, les chevaliers et leurs armures. Endurant, il les mena, croisés, jusqu’à Jérusalem ; il fut séduit là par les fines juments orientales.
De Terre Sainte, le comte Rotrou et Balius revinrent, ramenant avec eux les étalons qui engendrèrent les beaux chevaux de Mondoubleau. Roger de Belesme ensuite, introduisit la race Arabe dans ses écuries. En 1226, la famille de Rotrou éteinte, le Perche revint à la couronne de France. Habitants et chevaux connaissent un siècle de paix.
Mais en 1337 débute la Guerre de Cent Ans ; le Perche devient enjeu stratégique que se disputent France et Angleterre. En 1424, la désastreuse bataille de Verneuil est fatale à la noblesse française et à ses chevaux. Le Perche passe à l’Angleterre ; pas pour longtemps.
L’Anglais enfui, la paix revenue, Balius lentement assurera sa descendance, obscure, dans les manoirs du Perche. La Fronde le renverra au combat.
Et puis Balius définitivement cheval agricole, remplacera très progressivement le bœuf pour les travaux des champs. Sa race connaîtra des fortunes diverses jusqu’aux guerres Napoléoniennes. L’Empereur y engloutira autant de chevaux que d’hommes et Balius tirera ses canons jusqu’à Moscou.
Fin de l’épopée ! On sait combien le cheval percheron est fort, endurant ; il « trotte vite et tire lourd ». Tout naturellement la Poste, aux voitures pesantes, mais dont le service doit être rapide, à recours à lui. Parallèlement l’agriculture se développe ; trop demandée, la race se fragilise.
La création de comices agricoles et l’invention de la prairie artificielle vont y remédier, assurant une meilleure nourriture et une sélection plus rigoureuse .
En 1820, au château de Couesme arrivent les célèbres étalons arabes Godolphin et Gallipoly. De leurs œuvres naîtra en 1824 à Mauves sur Husnes, Jean le Blanc, considéré comme le fondateur de la race actuelle.
En 1850, la compagnie des omnibus de Paris encourage le développement du type « postier ». Le type « Gros trait » pour sa part, sera seul capable de tirer dans le sable et la boue les lourds chariots de la Conquête de l’Ouest Américain. Success et French Emperor seront les deux premiers étalons à suivre Mark W. Durham dans l’Illinois.
Grâce aux omnibus et aux Américains, le dix-neuvième siècle sera l’âge d’or du cheval percheron. Hélas, la race encore une fois victime de son succès, va s’altérer.
C’est le 23 juin 1883 que Louis Périot fonde la Société Hippique Percheronne de France. Charles Aveline de son côté, ouvre le Stud-Book Percheron. La race est enfin fixée !
14-18 : le grand massacre ! L’armée a besoin de chevaux et les exportations sont suspendues ; elle ne reprendront qu’en 1922. Jusqu’à la guerre suivante, la denière au moins pour les chevaux, la vente et l’élevage se maintiennent. Mais après la Libération, l’agriculture se mécanise en France comme à l’étranger. L’élevage décline et notre bon Balius survit c’est paradoxal et bien triste, comme cheval de boucherie. Le modèle alors n’a plus aucune importance ; seule la viande compte et l’on voit des percherons peser plus d’une tonne sur la bascule. Obésité qui provoque encore actuellement des problèmes lors du poulinage.
En 1980, le marché de la viande s’effondre et pour sauver la race, les Haras Nationaux et la SHPF, mettent en 1983 le percheron à l’attelage de loisir et de sport. Les éleveurs sont sceptiques ; leurs chevaux engraissés au pré, ne sont plus ni dressés ni ferrés. Trop lourds, trop gras, ils manquent d’allure ; dans les concours ils se traînent, la tête entre les genoux. Que va devenir Balius ? Dans le Perche, une dizaine seulement d’exploitations agricoles utilisent encore l’attelage. Mais nous avons pu voir au cours des siècles l ’extraordinaire faculté d’adaptation de notre cheval d’or.
Il perd eux à trois cent kilos et arrive à convaincre ses éleveurs que l’attelage est l’avenir du cheval percheron. Il faut une nouvelle fois adapter le modèle aux besoins et en 1992, Success et French Emperor me voici, débarque des Etats-Unis, Silver Shadow-Cheik . Plus grand, plus léger, aux allures enlevées, au port de tête fier, l’étalon américain va contribuer à faire retrouver le Percheron du début du siècle.
Après avoir séduit les Japonais, notre Balius mènera en France une campagne de charme. Le Percheron est un cheval calme, à sang-froid ; il est docile, facile à dresser ; quelques semaines suffisent pour lui apprendre à tirer en toute sécurité une carriole sur les routes de campagne. Avec un peu plus de temps, il sera capable de faire face à toutes les situations ;
Outre les concours d’attelage, il anime les fêtes locales, les démonstrations de travail à l’ancienne, et il figure souvent dans les mariages. A Chartres, Alençon, Bellême, Nogent le Rotrou, c’est lui qui tire la voiture de la visite guidée de la ville. De la même façon, on peut en sa compagnie découvrir les environs de Haras du Pin.
Mieux, à l’exemple de l’Allemagne, Saint Pierre sur Dives dans le Calvados emploie Uranie, 10 ans : quatre matinées par semaine, elle contribue à la propreté de la ville en aidant au ramassage des divers papiers et sacs en plastique égarés dans les rues. Amie des enfants et du Père Noël, elle participe aux fêtes de fin d’année. Uranie coûte à la municipalité moins de dix mille francs par an.
Autre utilité du Percheron : le débardage en forêt. Activité disparue dans les années 50, elle revient en 1996. Les avantages du cheval par rapport au tracteur dont les roues creusent de profondes ornières et déstabilisent les jeunes plants, sont de un à dix ; car le cheval laisse le sol intact et cause peu de dommages à la forêt. Malgré un léger surcoût temporaire, mais assurant une rentabilité à long terme, l’attelage reste une solution pour la sauvegarde de notre environnement.