S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


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Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer.

Jean RAY- MALPERTUIS

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Chacun souffre, Ô soleil, dans ta course entraîné,
Tu n'aperçois d'en haut que des infortunés.

SOLON (VII°-VI° av.jc), traduction Marguerite Yourcenar.

samedi 18 avril 2015

Les jambes de bois

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Illustration Frida KAHLO


Quand on perd une jambe à la guerre
On en met une autre de bois
Car il paraît qu'on a beau faire
Les jambes ne repoussent pas.

Mais peut-on me dire pourquoi
Il ne pousse pas de feuilles sur les jambes de bois?

Des feuilles toutes vertes
Avec des tas d'insectes,
Des feuilles toutes belles
Où les papillons viendraient réparer leurs ailes...

Le soleil voudrait se mettre de la partie
Il pourrait y grimper des fruits.
Et ça serait tout de même chic
D'avoir sur soi des poires
Qu'on prendrait sans histoires
Des pommes et des prunes et des petits pois chiches!

Si tous les hommes avaient une jambe de bois
Qu'on arroserait bien les jours qu'il ne pleut pas
Ca f'rait une forêt qui n'en finirait pas.

René de OBALDIA


mardi 7 avril 2015

M'amusant à décrire ce que mes yeux croisent


le chat a tranquillement accaparé le brasero pour dormir
les hirondelles volent à l'oblique dans le sentier émeraude
je suis moi aussi coquet comme les gens de ce monde
accoudé à la balustrade, un petit moment debout
j'essaye une veste légère.

LU YU (1125/1210)

samedi 4 avril 2015

Prélude...

Ca lui était venu comme ça, l’amour de la musique, de la musique baroque…de l'opéra... des sopranistes...
Curieux pour un garçon de son âge… mais il n’avait jamais eu son âge…
Il est grand pour son âge… il ne fait pas son âge… il est mur pour son âge… Tout de même, à ton âge !!! tu n’as plus l’âge… tu n’as pas encore l’âge… quand tu auras l’âge… ce n’est plus de ton âge… Au fait, quel âge a-t-il ???

L’âge bête, l’âge de raison ; c’est bien souvent le même…

jeudi 2 avril 2015

L'âme des poètes...

... Tout homme en ses beaux jours cherche pour s'en éprendre
Un doux garçon aux souples flancs, au baiser tendre....

SOLON (VII°/VI° av.JC) - Traduction Marguerite Yourcenar.


Narcisse - Léonce-Joseph de Joncières (1871-1930)

mercredi 1 avril 2015

La fenêtre à l'est

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sous la fenêtre à l'est silencieuse mon rêve de sieste vacille
comment supporter qu'à la pluie printanière vienne s'ajouter le froid printanier?
le garçon de campagne n'a pas encore annoncé que le thé est prêt
sur l'oreiller je me mets à lire un chapitre de Chuang-tzu

LU-YU (1125-1210)

mardi 31 mars 2015

Pégase


« Quand il fut  au pays où le Xanthe a son cours,
Le roi lui enjoignit de tuer la Chimère.
….
Puis la cité natale réclama son concours,
Car Pégase s’abreuvait à la source Pirène.
Bellérophon le prit, le brida, le dompta.
PINDARE


Cela paraît tout simple ! Un cheval boit, le cavalier s’approche, lui passe la bride… Pourtant il fallait un cavalier de la trempe de Bellérophon pour dompter Pégase, le cheval ailé, le cheval divin dont le vol nous dit-on est semblable à celui de l’âme immortelle… Mais, commençons par le commencement.
Quand un roi vous invite à dîner, que faut-il apporter en cadeau ? Le héros Persée s'en alla, lui, couper la tête de Méduse.
Du corps sans vie de la Gorgone, laissé sur le lieu du combat, jaillit un flot de sang. Une écume blanche s’y  formait qui semblait vouloir vivre ; elle se contorsionnait, se soulevait en vagues, en courbes qui peu à peu prenaient forme d’encolure, de croupe, de crins et de crinières et vous auriez vu, peu à peu se lever, se former, vigoureux, gracieux, un jeune animal joyeux, prêt à bondir et s’envoler car c’était un cheval et il avait des ailes. Du sang de Méduse, fécondée par Poséidon, Pégase, le cheval ailé vient de naître. Infatigable à la course, il passe dans l’air comme une rafale de vent.
Il prit son vol  jusqu’à l’Olympe et galopa joyeux de l’Hélicon au Parnasse ; sous ses sabots jaillirent des sources et quand il déployait ses ailes et montait dans les airs le bruit de son galop ressemblait au tonnerre. Après avoir tout le jour caracolé sur terre et dans les cieux, Pégase alla dormir dans sa belle écurie de Corinthe. Non loin se trouvait la fontaine Pirène , à l’onde intarissable.. . Pégase y pouvait boire à longs traits. Dans le même temps, Bellérophon gravissait la montagne qui domine Corinthe .

C’était jeune homme beau, brave, loyal, intelligent, et pudique à l’extrême. Pour être tout à fait chevalier, Il lui manquait  un cheval.  Près de la source il vit Pégase, et n’imagina pas avoir d’autre monture. Il tend la main vers lui, mais Pégase indompté , en coursier ombrageux, couche les deux oreilles, montre sa croupe à l’homme, botte des deux sabots, avant de s’envoler.

Bellérophon déçu, et  ne sachant comment apprivoiser Pégase s’en va voir Polyidès un célèbre devin qui lui conseille d’aller  au le temple d’Athéna implorer la déesse. Fatigué, le jeune homme s’endormit au milieu des prières. C’est alors qu’Athéna lui apparut en songe, tenant en main un « frein », un mors magique auquel le cheval divin ne pourrait résister.
Et merveille, en ouvrant les yeux, le chevalier vit le mors près de lui et c’est désormais monté sur le cheval Pégase, qu’il va pouvoir courir d’étranges aventures. La plus terrible fut d’affronter la Chimère,  un être terrifiant : lion devant, dragon derrière, au milieu chèvre. De son mufle infernal s’échappe un souffle effroyable,  un feu dont l’ardeur consume  tout et qu’on ne peut éteindre. Son haleine insoutenable tue le bétail à distance et dessèche les moissons.
C’est une créature immense, puissante, au pied rapide. Elle est dotée des trois têtes qui correspondent aux trois parties de son corps et  conjugue à elle seule la force des trois animaux dont elle est faite.
Ella possède le courage du lion, la malice et l’agilité de la chèvre, la force et la cruauté du dragon.
Aucune flèche ne peut pénétrer les écailles qui couvrent son corps.  Seul le cheval volant pouvait permettre à Bellérophon de triompher du monstre.
Pégase enfin dompté, le chevalier le monte et l’équipage s’envole bien au-dessus de la bête qui crache en vain ses flammes. Armé d’un arc, il tourne , tourne et crible de flèches le corps indestructible. Bientôt il n’a plus que sa lance et un morceau de plomb qu’il fiche à son extrémité. Il vise la gueule béante et d’un jet adroit l’envoie dans les flammes.
L’haleine incandescente fit fondre le plomb qui  coula dans le gosier du monstre et lui brûla les tripes.
Cette belle victoire n’était que le prélude à bien d’autres aventures dont toujours Pégase et son chevalier sortirent victorieux.
Plus tard grisé par ses succès, Bellérophon s’imagina pouvoir atteindre l’Olympe en chevauchant Pégase et s’attira la colère des dieux.  désarçonné par sa monture qu’un taon envoyé par Zeus avait piqué tomba du ciel sur terre où il périt fracassé.
Pégase alors prit un repos bien mérité dans les écuries de Zeus, n’ayant plus d’autre travail que d’apporter au dieu , quand il en a besoin, la foudre et le tonnerre.
On peut le voir encore au ciel,  sous forme de constellation, et l’entendre galoper chaque fois que le temps est à l'orage.

lundi 30 mars 2015

Les cabinets de Monsieur le maire

L'année-là, le Monsieur de Gerbéviller avait été à Fraimbois faire une tournée pour les élections, et il était descendu chez le Maire qu'était son fermier. Comme le Maire avait été prévenu huit jours à l'avance, il avait fait préparer un grand repas.
La vieille Laitte avait tué des lapins, des oies, pour les faire fricasser, et deux pintades de la pointe des Crâs. Le père Philippe avait aussi vendu sa chèvre au maire, et le boulanger avait fait une fournée de pâtés, de gâteaux, de tartes aux amandes, un gros gâteau avec des pommes.
Enfin, rien n'avait été oublié.
Mais, voici le plus beau. Le Maire de Fraimbois qu'en avait assez d'entendre dire partout que ses gens étaient des nigauds et des pauvres innocents, s'était dit en lui-même: "Faut que notre Monsieur soit reçu comme jamais il ne l'a été! Faut que ça soit aussi beau que chez lui!"
Et puis, le Maire s'est toqué sur le front:"Ah! j'ai une idée... une idée. Quand j'ai mangé chez lui, je m'en ai fourré jusqu'au gosier. Je me souviens d'un détail. Comme il fallait bien faire de la placen j'ai été aux lieux. Ah! mes enfants, les beaux lieux. Chez nous, nous mettons un tonneau dans le jardin, derrière la palissade, et puis nous n'avons plus qu'à nous mettre à croupetons. Et puis, quand c'est fait... une feuille de choux fait l'affaire.
Les lieux de Gerbéviller sont plus compliqués. Il y a un beau fauteuil en bois, une lunette, une soupière où est-ce que tombe le mélange, et pour s'essuyer... la grosse face, on met le doigt sur un petit bouton qui met une brosse douce en action, qui vous nettoie bien à point, aller et retour, l'oeil qui ne voit pas.
Je vais lui montrer que je ne suis pas plus bête que lui, et qu'à Fraimbois on se met aussi bien qu'à Gerbéviller.
Et le Maire va trouver le garde-champêtre et lui explique l'affaire: 
"Tu te mettras derrière les lieux, n'est-ce pas, Augusse. Il y aura dans le bois de la chiotte un trou pour y mettre ton oeil, et voir ce qui se passe dedans. Quand tu verras qu'il aura déposé son aumône dans le trou de l'agriculture (le Maire de Fraimbois était tout savant: il avait été à l'école du Six de Vaucourt), te feras manoeuvrer le pinceau qui essuiera la pleine lune. Te lui passeras cela, doucement, trois fois, avec un petit intervalle (le temps de le laisser respirer). Comme ça, il sera content, et on ne pourra plus dire que les gens de Fraimbois sont des foutues bêtes."
Le Monsieur de Gerbéviller vient à Fraimbois, il est reçu du mieux du monde, avec tous les honneurs qu'on lui devait;
On se met à table et on mange les bonnes choses qu'étaient préparées.
Au dessert, le Mossieur de Gerbéviller, que le vin vieux de Deuxville avait rendu un peu tournisse, se lève et demande au maire où est-ce qu'on allait faire la... digestion.
Alors, le Maire le conduit aux lieux. Le garde-champêtre était à son poste. Il entre et expédie, en soufflant fort (le pauvre homme) sa lettre à Bismarck.
Quand ç'a été fait, mon garde-champêtre qui regardait par le trou, entre deux planches, ne lui laisse pas le temps de chercher du papier; il fait manoeuvrer le pinceau à deux reprises sur le noble derrière!
"Hé, hé, qu'il dit, mais c'est qu'à Fraimbois, c'est mieux installé que chez moi! On n'a pas besoin de bouton électrique; seulement ça doit être un nouveau système! Regardons voir de tout près!"
Et il se retourne pour voir l'appareil. Au même moment, le garde-champêtre le fait manoeuvrer pour la troisième fois, et en plein sur la figure du pauvre homme.
"Eh bien! qu'il dit, il n'y a qu'à Fraimbois qu'on voit ça! Quand on vous a essuyé le derrière, on vous fait la barbe par-dessus le marché... seulement, ça ne sent pas le savon du Congo, cré nom d'une!"

Jean LAHNIER - Les Contes de Fraimbois