S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


TCHONG TSEU

Notoriété et richesse ne durent pas toujours,
Elles viennent par hasard et demeurent un temps.
Accepte-les quand elles viennent,
Ne les retiens pas quand elles s'en vont.

lundi 28 juillet 2014

Histoire d’un voyage dans l’au-delà ?

Serge Fourcade : "Le langage des oiseaux, est utile aux voyageurs. L’oiseau se présente en miroir de l’homme en ce sens que miroir signifie « modèle,parangon, idéal ». D’où l’importance dans l’initiation des garçons de l’apprentissage des langages des oiseaux, du roucoulement et du ramage de l’éducation sexuelle. Quelquefois l’oiseau se transforme en passeur entre le masculin et le féminin, entre le passé et l’avenir, entre les vivants et les morts. »

 Les Trois Cygnes (image Salvador Dali)

Du temps où les filles épousaient des oiseaux, sur le bord d’un lac, un garçon rêvait. Dans la lumière dorée de la fin de l’été, il vit venir vers lui, lentement portés par les flots, trois cygnes ondulants.
Trois cygnes gracieux qui valsaient lentement sur l’eau verte et dorée. Approchant de la rive où rêvait le jeune homme, ils restèrent un moment immobiles, à le regarder. Il étendit la main, il voulait les toucher mais les cygnes alors, doucement se sont éloignés. Il ôta ses sabots et releva ses chausses, puis il entra dans l’eau ; mais les trois grands oiseaux, deux blancs, un autre noir, glissèrent vers le large sans le quitter des yeux.
 Dans les roseaux une barque était échouée, la rame encore au fond ; avec bien de la peine, il put la dégager, la pousser sur le lac ; les cygnes l’observaient, ils s’éloignaient toujours.
Il a sauté dans l’esquif et  ramé dans le sillage des trois grands oiseaux..
Bientôt il fut près d’eux et leur tendit la main ; ils s’éloignèrent encore ; il rama, il rama, longtemps, sans prendre garde à l’eau qui déjà lui couvrait les chevilles.
Le soleil descendait sur le lac, l’eau miroitait, aveuglante et les cygnes toujours glissaient dans le lointain .
Et le garçon ramait ; la barque s’enfonçait ; il n’y prenait pas garde, tant devenait, de plus en plus fort son désir de rejoindre les cygnes . Les cygnes qui s’éloignaient de la barque qui s’enfonçait. Il eut de l’eau bientôt jusqu’aux épaules, puis jusqu’au cou, puis dans la bouche et le soleil enfin, disparut comme lui, dans l’eau étincelante : quelques bulles, de grands cercles, il n’y eut plus sur le lac ni cygnes, ni barque, ni garçon.

Plus tard il s’éveilla dans une chambre étrange, dont les murs de cristal laissaient voir ondulant dans une eau verte, des algues et des poissons. Assises au pied du lit, trois dames belles à ravir, une brune et deux blondes l’observaient en silence….
L’une lui prit la main ; c’était je crois la brune.
-« Que fais-tu là, jeune homme ?
-Je ne sais, répond-il. J’étais au bord du lac et j’ai suivi trois cygnes. Ma barque a chaviré je pense. Je dois rentrer chez moi…
-Pourquoi dit une blonde, ne pas rester ici ?
Le jeune homme est tenté. Les dames sont si belles et les lieux si paisibles.
-« Reste avec nous trois jours, reprend la dame brune. Trois jours pas un de plus, car passé ce délai, tu devras demeurer pour toujours avec nous. L’air, le vent, le soleil des lieux où tu es né te seront odieux.
-Je resterai trois jours, je vous en fais serment.
Les trois jours ont passé comme une nuit de rêve, dans le palais magique aux chambres de cristal, dans le jardin aux fleurs étranges peuplé d’animaux fantastiques. C’était ainsi qu’il avait toujours imaginé le Paradis. Il oublia le temps…
Un jour, la nostalgie lui vint de sa maison, de ses parents… 5 années s’étaient écoulées. Il se souvint de la mise en garde de la dame brune : il avait dépassé les trois ans, tout retour lui était interdit. Petit à petit, il devint mélancolique, puis triste et le désespoir l’envahit. Les dames ne s’apercevaient de rien. Il s’isolait…
Tout au fond du jardin magique se dressait un arbre au large tronc, aux branches traînant jusqu’à terre. Il allait se cacher sous les feuilles et pleurait. Un jour qu’il venait là le cœur gros, une vieille, toute ridée, toute bossue se tenait à sa place.
-« Viens t’asseoir près de moi, mon beau désespéré et conte-moi ta peine. »
Alors il raconta : comment il avait suivi les cygnes, comment il s’était éveillé dans le palais des trois dames, comment il avait laissé filer le temps et comment il était prisonnier de ces lieux qu’il avait tant aimé.
-« Si tu le veux vraiment, je peux t’aider lui dit la vieille.
- Mais comment ?
- Epouse-moi et demain tu seras chez toi, riche et puissant car ma fortune est grande et immenses sont mes pouvoirs.
-Les dames sont mes amies, elles m’ont sauvé la vie. Quels que soient tes pouvoirs, quelle que soit ta fortune, je ne peux t’épouser !
Alors la vieille, dans un éclat de rire, disparait dans les branches, laissant la place aux trois dames, qui embrassent le jeune homme.
-« Puisque tu as été fidèle en dépit de ton grand désir de retourner chez toi, et bien que notre désir à nous est de te garder, nous allons lever le charme qui te retiens ici. Va dormir et ne t’inquiètes de rien. »
Ce sont les premiers rayons du soleil et la rosée du matin qui l’ont réveillé. Depuis le tertre où il était couché, il pouvait voir la maison de son père. Sur le lac à ses pieds, trois cygnes s’éloignaient. Avant de disparaître, ils ont tourné la tête et incliné le bec comme pour un adieu.
Ses parents, ses amis qui le croyaient noyé lui font la fête, heureux de le voir sain et sauf. Mais quand on lui demande  ce qui lui est arrivé, personne ne veut croire à son histoire. La joie des retrouvailles bientôt s’estompe. On le traite de menteur, puis de fou. Ses parents se désolent, ses voisins l’évitent, on se moque de lui. Les dames avaient raison, il n’est plus fait pour cette vie.

Dans l’espoir de pouvoir retourner au domaine enchanté, il va chaque jour au bord du lac et il attend. Et le temps passe et son chagrin grandit. Les cygnes ne reviennent pas, ils ne reviendront jamais… Les années ont passé et par un matin d’hiver, on l’a retrouvé mort, gelé de désespoir au bord du lac.

vendredi 25 juillet 2014

Les chats de la lune rousse

Un soir, un chat à pois et un chat à rayures,
L'un tapi sous le banc, l'autre assis sur le mur,
Dans la nuit bleue de mai; donnaient la sérénade
A Shôôd, noire angora qui les faisait rêver
La belle tarde à paraître, leur coeur bat la chamade.
Mais au jardin voisin, chez monsieur de la Path, 
Aucun bruit, aucun son ne trouble le silence.
Sur le mur, sous le banc; les queues des chats balancent.
Shôôd ne se montre pas... vont-ils rester en rade?

Ils guettent dans le noir les yeux verts de la belle;
Ils sont prêts s'il le faut, à se battre pour elle.
De leurs gorges s'élancent de longs "Mâârouââouhs!",
Tandis que monte au ciel une lune aux tons roux.

Toute la nuit en vain les deux chats vont attendre,
Et le matin viendra, aube couleur de cendre...
Les deux minets soupirent, regrettent le coussin,
L'édredon, les caresses et le lait du matin.
"Il est temps de rentrer", se disent les matous.
Ils se lèvent, s'étirent, lancent un dernier "Miaou".
Alors le chat à pois dit au chat à rayures:
"Cette Shôôd de la Path, vraiment, est une roulure!"

mardi 15 juillet 2014

Juillet


Et je croye se je vous disoye
Les valeurs qui sont en mon fait
Qu’a grant peine creu je seroye,
Et si suis le moys de juillet.
Je suis joyeux a peu de plet
Pour tous biens faire tost meurir.
Si doit on bien de cueur parfait
En mon temps Jesucrist servir.

Le Khâlendrier des Bergiers.


lundi 14 juillet 2014

Chanson d'ivresse

portant des fagots à l'aube je pars pour les vendre
après avoir acheté du vin, le soleil à l'ouest je rentre
vous demandes où est ma maison?
après avoir traversé les nuages, on pénètre dans les montagnes émeraude

ANONYME

dimanche 13 juillet 2014

NE-EN-FAISANT-DES-NOEUDS

Quand il vint au monde
le cordon ombilical
entourait ses doigts de pieds.
Ca ne nous dérangeait pas
qu'il fasse des noeuds aussi jeune.
On le détacha.

Plus tard on lui raconta l'histoire de
sa naissance.
Du coup il se relit à faire des noeuds.
Il attachait les objets près de sa maison,
SERRE, comme si tout risquait d'être emporté par le flot
d'une rivière.

Cette rivière venait d'un
rêve qu'il avait fait.

Les choses de la maison étaient attachées
la nuit. Tous ces objets
étaient attachés à ses pieds
pour qu'ils ne soient pas emportés par le flot
de la rivière dont il avait rêvé.
On pouvait entrer chez lui 
et voir tout ça.

Peut-être que son rêve cessa
parcequ'il ne trouva plus confortable de
dormir avec des chemises attachées.
Ou une bouilloire.

Quand son rêve fut fini,
il cessa d'attacher les objets,
SAUF où il attacha
un petit feu.
Attacha un feu de petit bois!
Le feu se détacha de lui-même.

samedi 12 juillet 2014

Miryna l'amazone

Il y a de cela bien longtemps , un peuple de redoutables guerrières faisait régner la terreur à ses frontières et bien au-delà. Elles étaient sauvages, impitoyables, on les disait magiciennes , capables d'anéantir un être humain par la seule force de leur pensée.
Aucun mâle n'était admis dans leur communauté. Elles allaient, pour perpétuer leur espèce, chercher des géniteurs dans les pays voisins et leur donnaient les garçons, gardant les filles afin de leur enseigner leur art de la guerre. Dès la puberté, les jeunes filles subissaient l'ablation d'un sein, qui les empêchaient de bander commodément leur arc.
Une de leurs reines fut Myrina. 
A peine sur le trône, elle déclara la guerre aux Atlantes, des géants qui vivaient au pays où les dieux étaient nés, tout au bord de l'Océan. Trois mille Amazones à pied et vingt mille à cheval, envahirent le territoire de Cerné, investirent la ville, passèrent tous les hommes au fil de l'épée gardant les femmes et les enfants pour en faire des esclaves. La ville fut détruite jusqu'aux fondations. Epouvantés, les Atlantes se rendirent et, généreuse, Myrina fit alliance avec eux. La ville fut reconstruite et Myrina lui donna son nom. Elle en ouvrit les portes aux Atlantes prisonniers et à tous ceux à qui il plairait d'y vivre.
Il restait aux Atlantes de redoutables ennemies: les Gorgones. Pour en venir à bout, ils sollicitèrent  Myrina. Au cours d'un premier et redoutable combat, les Amazones remportèrent la victoire, mais nombre de Gorgones prirent la fuite. Profitant de la nuit, elle firent irruption dans le camp, prirent les armes de leurs vainqueurs et en firent un carnage. 
Mais on ne vient pas si facilement à bout des terribles guerrières ; rassemblant un courage qu'elles n'avaient pas perdu, les Amazones exterminèrent les Gorgones. Seules trois, les plus redoutables, échappèrent au massacre, trois que plus tard Persée et Héraclès eurent à combattre.
Cependant les guerres de Myrina étaient loin d'être terminées. Elle envahit et conquis la Lybie, puis passa en Egypte où régnait alors Horos, fils d'Isis, avec qui elle fit alliance. Elle organisa ensuite une expédition contre les Arabes, ravagea la Syrie; elle remontait vers le Nord quand les Ciliciens jugèrent préférable de se soumettre sans combattre. Les armes à la main, elle franchit le massif du Taurus, traversa la Phrygie pour atteindre la région du Caïque...
Nul ne semblait pouvoir venir à bout de Myrina et de sa horde guerrière. C'est pourtant Mopsos, un roi Thrace chassé de sa patrie par Lycurgue qui lui offrit son ultime combat. Ainsi périt Myrina, reine des Amazones.