mardi 16 septembre 2014

Les Musiloups



Dans une ferme à l’écart d’un village de chiens, vivait une bande de loups en réinsertion sociale ; ils venaient des banlieues à problème de la ville voisine et les villageois commençaient à regretter d’avoir élu une chienne aux dernières municipales. C’était bien une idée de femelle de vouloir mettre des loubards aux postes d’employés communaux.
On ne pouvait pas dire qu’ils étaient méchants, les loups mais sur le plan travail, ils ne faisaient pas de miracles. Pendant une semaine, voire deux, ils abattaient de l’ouvrage et puis sans prévenir, ils laissaient le chantier en plan. Ils avaient du mal à se lever le matin parce que tard dans la nuit, parfois jusqu’à l’aube, ils se livraient à leur seule passion : la musique. Ils avaient fait main basse sur les instruments abandonnés d’une défunte harmonie municipale et monté leur orchestre.
Il y avait Eddy et Johnny Doloup, les chanteurs ; Ringo Réloup à la batterie, Stéphane Miloup au violon, Sidney Faloup à la trompette, Django Solloup à la guitare, Stan Laloup au saxophone et Yvette Siloup, une vieille louve au poil roux qui tenait leur ménage et jouait de l’accordéon.
Leur vraie passion, c’était le rock, mais pour être aimables, pour se faire accepter, il leur arrivait de jouer des chansons pour les enfants de l’école et quand un ancien entonnait un refrain de sa jeunesse, ils n’hésitaient pas à l’accompagner. Comme à part ça il n’y avait pas grand’ chose à tirer de la bande, Madame la Maire finit par renoncer à les faire travailler et leur demanda d’animer les fêtes du village.
Voilà donc qu’un soir d’automne, ils devaient se rendre à la salle des fêtes pour faire danser les anciens. Avant que la nuit ne tombe tout à fait, ils sortent la carriole et attellent Bourin leur cheval. Un cheval plein de mauvaise volonté ; parce qu’il n’aimait pas travailler pour des loups ! Il croyait à toutes sortes de vieilles histoires de chevaux dévorés par des loups etc, etc… Madame la Maire avait tenté de le raisonner de lui dire que c’était fini ce temps là, qu’il n’avait rien à redouter de loups convenablement nourris et de plus musiciens ; comme il faisait sa mauvaise tête, Madame la Maire s’était fâchée et lui avait dit que c’était ça ou le club hippique voisin. Le cheval avait préféré les loups, mais pas de bon cœur !
Donc Bourin se laisse atteler, et avance sans grande conviction dans le soir qui tombe, sur un chemin détrempé, (il avait beaucoup plu cet automne), et plein d’ornières. Et vous savez comment c’est un cheval ! Quand ça veut pas, ça veut pas !
Et arrive ce qui devait arriver, à mi-chemin du village, près de la ferme du père Clébard, une roue s’enfonce dans une ornière et voilà la charrette embourbée.
Johnny et Eddy, grands amateurs de Westerns, qui avaient plusieurs fois traversé les plaines de l’Ouest sur grand et petit écran, descendent de la carriole, vont au cheval, tirent, poussent, sans résultat ; un cheval, quand ça veut pas… Alors ils font descendre les autres, tout le monde tire, tout le monde pousse, Bourin ne veut rien savoir parce que vous savez, un cheval, quand ça veut pas !
Et le temps passe, la nuit commence à tomber et les loups sont bien embêtés, on va encore dire qu’on ne peut pas compter sur eux, qu’ils ne sont bons à rien. Que faire ?
Bien sûr, le père Clébard et son tracteur auraient pu les tirer de là, mais le vieux chien était un des plus farouches opposants au séjour des loups sur la commune. Il devait être caché derrière une fenêtre, à ricaner tout comme Greffier le chat, perché sur une branche qui se lissait les moustaches en feignant l’indifférence. Johnny et Eddy, énervés, lui montrent les crocs, mais Greffier s’en fiche pas mal !
Dans la cour de la ferme, un coq et un canard picoraient des cailloux ; le bruit leur fait lever le bec : « Tiens, un événement ! se disent-ils, allons voir… »
Ils reconnaissent leurs voisins qu’ils avaient appris à ne pas redouter ; devant l’agitation, ils prennent un air supérieur : « Vous vous y prenez mal ! On va vous le faire avancer ce vieux Bourin ! »
Et dans un grand envol de plumes un concert de coins-coins et de cocoricos accompagnés de coups de bec dans les jarrets du cheval, ils tentent de se rendre utiles. En vain ! Les musiciens aux oreilles sensibles les supplient de cesser, au grand soulagement de Greffier épris de sérénité et qui agite sa queue avec impatience.
Le remue-ménage, attire une chèvre et un mouton qui broutaient dans le verger : « Mais vous vous y prenez mal ! Laissez-nous faire ! » Et les voilà qui à grands coups de tête et de corne tarabustent le pauvre Bourin bien décidé à ne plus bouger si on continue à le traiter comme ça.
Du fond du pré voisin accourent alors l’âne et le bœuf qui se croient toujours investis d’une mission divine :
« Mais vous vous y prenez mal ! Attachez nous devant le cheval ; nous tirerons pendant que vous pousserez la carriole ; c’est comme ça qu’il faut faire ! »
Et ils le firent ; sans résultat… Vous savez, un cheval… Quand ça veut pas, ça veut pas !
Le chat Greffier sur sa branche, était mort de rire ; il frémissait de plaisir, ce qui dérangea une puce endormie près de son oreille. En levant la patte pour se gratter, il fit bouger une feuille qui avait oublié de tomber ; dans la feuille un taon sommeillait qui n’avait pas vu passer l’été. Réveillé en sursaut, furieux d’avoir froid, il se jeta en bourdonnant sur la première victime à sa portée : la fesse dodue du vieux Bourin.
Ah, mes amis ! Culbutant toute la ménagerie, Bourin partit au galop, entraînant la carriole dans laquelle nos musiloups n’eurent que le temps de sauter en marche !

2 commentaires:

croukougnouche a dit…

ça a l'air super!!!
je reviens tout lire en revenant du ciné!!
bises!

croukougnouche a dit…

ah! ah!!
j'ai bien ri!!
merci!!
je reviens d'aller voir Luchini
oui bof , mignon film léger, pas de quoi se pâmer...
un bon livre , rien de tel!