jeudi 6 mars 2014

Mars amoureux







Tout au nord de la Grèce est un pays peuplé de chevaux sauvages et de guerriers farouches ; c’est la Thrace patrie de Mars, le dieu des combats. Pourtant le trublion de l’Olympe ne fut pas toujours aussi agressif.
 A Jupiter son époux, qui n’était pour rien dans la naissance de cet enfant, Junon la mère, raconta non sans un superbe aplomb, qu’après avoir été piquée par une plante offerte par Flore – c’était une aubépine et l’on sait à quel point les dards de l’aubépine sont perçants -, elle avait miraculeusement conçu. Jupiter, expert en excuses vaseuses en tous genres concernant l’engendrement de ses nombreux bâtards, fit semblant de la croire et pour accréditer aux yeux des Dieux l’idée d’une union mystique avec une fleur magique aux vertus fécondantes, proclama le jeune Mars, dieu de la nature en fleurs. Et comme tel, il présiderait au printemps, à la renaissance de la végétation. C’est plus tard, quand les hommes devenus cultivateurs eurent des territoires à défendre, qu’il devint belliqueux et s’arma d’une lance,  d’une épée et  d’un bouclier protecteur.
Satisfait de ces nouveaux jouets et pour avoir l’occasion de s’en servir, il se mit alors à chercher querelle à tous les êtres mortels ou immortels qui croisaient sa route. A Hercule, dont il enviait la force et les exploits, à la sage Athéna, chargée de modérer ses ardeurs guerrières et à bien d’autres encore.
Seule trouvait grâce à ses yeux l’amoureuse Vénus.
Mais Apollon aussi courtisait la déesse. Apollon était beau, doré comme un soleil, aimant l’art et les jeux.  Mars était un guerrier, coléreux et brutal.
Pour se faire aimer de Vénus, Apollon déployait tous ses talents, inventait la musique, inspirait les poètes. Mars lui, n’avait pas de ces raffinements, et l’on savait très bien qu’il avait pour coutume de prendre par la force ce qu’on lui refusait. Allez savoir pourquoi, la belle a préféré le soudard à l’artiste !
 Pour cacher leurs amours ils élirent une grotte au fond d’un bois sacré. Econduit, plein de rancœur, Apollon poursuivait sans relâche son rival victorieux qui, suivi d’Alectryon un jeune mortel dont il avait fait son aide de camp, tout le jour parcourait la terre pour tenter de semer le lumineux archer.
Dès la nuit tombée, Mars enfin pouvait retrouver sa belle. Il postait à l’entrée de leur chambre d’amour le jeune Alectryon qui avait pour mission de veiller et de les prévenir si quiconque approchait.
 Apollon qui voit tout et de plus est devin, finit par découvrir le repaire des amants. Alectryon hélas, n’était pas un dieu ; pour avoir suivi Mars et couru tout autant que son maître, il était épuisé. Alors il a veillé, veillé tant qu’il a pu, mais il finit par s’assoupir et n’entendit pas s’approcher Apollon qui d’ailleurs ne faisait aucun bruit. Il ne vit pas non plus les rayons lumineux émis par le dieu , toucher les deux amants enlacés.
Apollon a surpris Vénus et Mars au lit : il tient enfin sa revanche. Vénus était mariée à Vulcain le plus laid mais le plus habile des Olympiens.
Averti de son infortune, l’époux silencieux, rentre en ses ateliers et là, tisse un filet. Un filet merveilleux, fin comme la soie et solide comme le roc, dont il entoure la couche des amants. Ils n’ont rien remarqué et  leurs ébats déclenchent le piège qui les immobilise.
 Vulcain, sans crainte du ridicule qu’entoure souvent sa situation convoque tout l’Olympe. Les dieux s’amusent ; Mercure qui aime à rire, ose même prétendre qu’il n’est aucun d’entre eux qui n’envie la place du guerrier, mais les déesses par solidarité féminine ont refusé de venir contempler la honte de Vénus.  Jupiter intervient, somme Vulcain de délivrer les deux coupables, mais il refuse. Qu’on lui rende alors le prix qu’il a versé pour obtenir cette épouse qui se conduit comme une catin. Grande délibération chez les dieux. Qui va payer l’amende ? Mars, le coupable refuse tout net. Il n’est pas né pour faire cesser la discorde fût-ce au prix de ses amours. Neptune alors,  qui aime aussi Vénus, veut la sortir de cette situation ridicule. Il accepte de se porter garant pour Mars. Vulcain possesseur de tant de trésors estime son honneur racheté ; il ouvre le piège.
Les deux amants coupables sont renvoyés dans leur pays natal. Vénus, honteuse surtout de s’être fait prendre, est priée d’aller se faire oublier dans l’île de Chypre. Mars retournera pour quelque temps en Thrace.  
L’ombrageux ne rit pas. Le pauvre Alectryon fait les frais de sa rage : il est changé en coq, condamné à chanter jusqu’à la fin des temps au lever du soleil.




2 commentaires:

manouche a dit…

...et comble de malédiction il est le symbole de la France !

almanachronique a dit…

Et des Français Manouche qui, les deux pieds dans la merde trouvent encore moyen de faire "Cocorico!!"