lundi 8 février 2010

CUPIDON et PSYCHE (1)

Tonnerre de février

Emplit le grenier

 Cupidon et Psyché





Dans le palais royal d’un île de la Grèce, la jeune Psyché se morfondait.
« Hélas, soupirait-elle, j’aurais bientôt quinze ans ; je serai vieille avant d’avoir connu l’amour ! »
Des trois filles du roi elle était la plus belle et la plus admirée. De partout on venait pour affaires ou négoce et l’île était prospère. Son heureux souverain unit ses deux aînées à deux rois ses voisins ; gage pour le royaume de richesse et de paix.
Les hommes en ce temps là étaient déjà bien sots et ne pouvaient avoir deux idées à la fois dans leurs faibles cervelles . Entichés  de Psyché , ils oubliaient Vénus grâce à qui la beauté rendait la vie plus douce. La déesse sur l’Olympe n’avait plus de longtemps vu monter vers les cieux les fumées de l’encens ; elle descendit sur terre. Ses temples étaient déserts, envahis par les ronces, sur ses autels le vent faisait voler les cendres ; ni prêtres ni prêtresses pour célébrer son culte. Vénus est en colère et veut savoir pourquoi les hommes la délaissent ; elle découvre Psyché.
Elle fait venir alors son chenapan de fils, le jeune Cupidon qui ne pense qu’à rire aux dépens des mortels :
-« Ce scandale doit cesser ! Mon fils venge ta mère ; punis cette Psyché et de telle manière que de ses soupirants pas un ne veuille d’elle. Il lui faut pour mari le plus déshérité, le plus laid, le plus sot des êtres de la terre. As-tu compris mon fils ? Qu’elle l’aime et qu’elle l’épouse ; sa beauté s’en ira avec ses illusions. »-
Longuement Cupidon a regardé dans l’île puis il a répondu :
-« Vous serez obéie ; aucun de ses adorateurs ne sera son époux. »-
Puis, songeur, il s’en fut vers son oncle Apollon.

Psyché, belle et si seule, rêvait à un amour. De tant de rois, de tant de princes qui viennent en son palais, pas un ne se déclare. Aucun jeune ou vieux, laid ou beau, ne songe vers le soir à lui prendre la main, l’emmener sur la rive au coucher du soleil et dans l’ombre naissante lui voler un baiser.
-«  Mais enfin, songeait-elle, me pensent-ils vivante ? »-
Savait-elle Psyché, que son regard glacial avait découragé plus d’un ? Que les navires de quelques éconduits n’avaient jamais regagné leur port ? Elle voulait de l’amour et ne savait aimer. A quoi bon être belle ? Psyché devient morose, perd l’appétit, le goût des jeux et des chansons. Le roi dans l’espoir de revoir son sourire, pour ses quinze ans donne un grand bal. On admira la belle, mais elle ne dansa pas !
-« Quelque chose ne va pas, se dit le roi son père ; les dieux sont en courroux, je veux savoir pourquoi. »
Emportant avec lui colombes et parfums, il s’en fut consulter l’oracle d’Apollon.

L’étonnante Pythie, environnée de brumes, sur son trépied chancelle, profère des paroles pénibles à entendre : la trop belle Psyché dont Vénus est jalouse, est promise à un monstre, une terreur ailée qui sème la panique et brûle ce qu’il touche. Il faut sans plus tarder qu’on expose Psyché sur un roc escarpé qui domine la ville, et qu’on laisse l’Olympe décider de son sort.
La reine se lamente, s’arrache les cheveux et s’asperge de cendres. Psyché seule, reste calme.
-« Il n’est plus temps, dit-elle, de pleurer sur mon sort ; la colère de Vénus, il fallait y penser quand pour un peu plus d’or vous m’avez en sa place mise au pied des autels. »-
L’île entière est en deuil. Traîné de mules noires un char est avancé ; de voiles gris vêtue, couronnée de violettes, Psyché plus belle encore, entourée de ses femmes, de ses parents en pleurs, y monte. Le cortège s’ébranle ; musique et chants funèbres se mêlent aux pleureuses ; le peuple entier sanglote au sortir de la ville. Bientôt le soir descend et le cortège arrive au bas de la montagne ; on allume des torches, il faut monter à pied.
Enfin sur le rocher, pâle comme une morte, Psyché fait ses adieux à tous ceux qu’elle aimait. Toute en pleurs mais digne, elle renvoie son escorte ; les flambeaux un à un s’éloignent dans le soir ; dans le lointain les chants se taisent peu à peu ; il fait nuit et silence. Seule dans la montagne, la fille du roi frissonne, ne cache plus sa peur et recrue de fatigue tombe sur le rocher la tête entre les mains. La pauvre enfant sanglote ; elle est abandonnée !
Mais un souffle brûlant caresse ses épaules… l’haleine du dragon… pour elle c’est la fin… Psyché s’évanouit !


1 commentaire:

Enitram a dit…

La suite, la suite..... C'est trop bien!!!!!!!!!!

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...