Insensé celui qui somme le rêve de s'expliquer - Jean RAY - Malpertuis

mardi 19 juillet 2011

Recette de liqueur de rubis


La liqueur de Rubis
Cette boisson ramène les jours enfaytés de l'été au plein fouet de l'hiver et rend la bouche vermeille et le baiser ensorcelant. 
Pour la préparer, on rassemble trois kilos de noirs cassis, deux kilos de groseilles rouges égrapillées et deux kilos de framboises d'échaliers bien mûres. On met à macérer, durant tout le mois, les pulpes écrasées en jus dedans quatre litres d'eau-de-vie teintée du sang d'une Dame Rouge. Puis on passe au tamis en exprimant le tout au torchon.
On filtre, puis on ajoute un sirop obtenu en broyant de la cornaline lacustre dans deux litres d'eau de la fontaine de Viviane.
On mélange soigneusement au zénith du soleil, et on laisse reposer un jour et une nuit. Enfin on filtre une dernière fois avant de mettre en flacon de verre rouge.

Pierre DUBOIS - Elficologue

lundi 18 juillet 2011

L'âme des poètes

-LA PUISSANCE DE L'ESPOIR-


Autant parler pour avouer mon sort:
Je n'ai rien mien, on m'a dépossédé
Et les chemins où je finirai mort
Je les parcours en esclave courbé;
Seule ma peine est ma propriété:
Larmes, sueur et le plus dur effort.
Je ne suis plus qu'un objet de pitié
Sinon de honte aux yeux d'un monde fort.

J'ai de manger et de boire l'envie
Autant qu'un autre à en perdre la tête;
J'ai de dormir l'ardente nostalgie:
Dans la chaleur, sans fin, comme une bête.
Je dors trop peu, ne fais jamais la fête,
Jamais ne baise une femme jolie;
Pourtant mon coeur, vide, point ne s'arrête,
Malgré douleur mon coeur point ne dévie.

J'aurais pu rire, ivre de mon caprice.
L'aurore en moi pouvait creuser son nid
Et rayonner, subtile et protectrice,
Sur mes semblables qui auraient fleuri.
N'ayez pitié, si vous avez choisi
D'être bornés et d'être sans justice:
Un jour viendra où je serai parmi
Les constructeurs d'un vivant édifice,

La foule immense où l'homme est un ami.

ELUARD

samedi 16 juillet 2011

Courrier du coeur

St Vincent  sec et beau ,
Fait du vin comme de l’eau



Du Chevalier Danceny à Cécile Volanges


Avant de me livrer, Mademoiselle, dirai-je au plaisir ou au besoin de vous écrire, je commence par vous supplier de m’entendre. Je sens que pour oser vous déclarer mes sentiments, j’ai besoin d’indulgence ; si je ne voulais que les justifier, elle me serait inutile. Que vais-je faire après tout, que vous montrer votre ouvrage ? Et qu’ai-je à vous dire, que mes regards, mon embarras, ma conduite et même mon silence, ne vous aient dit avant moi ? Eh ! pourquoi vous fâcheriez-vous d’un sentiment que vous avez fait naître ? Emané de vous, sans doute il est digne de vous être offert ; s’il est brûlant comme mon âme, il est pur comme la vôtre. Serait-ce un crime d’avoir su apprécier votre charmante figure, vos talents séducteurs, vos grâces enchanteresses, et cette touchante candeur qui ajoute un prix inestimable à des qualités déjà si précieuses ? non, sans doute : mais, sans être coupable, on peut être malheureux ; et c’est le sort qui m’attend, si vous refusez d’agréer mon hommage. C’est le premier que mon cœur ait offert. Sans vous je serais encore, non pas heureux, mais tranquille. Je vous ai vue ; le repos a fui loin de moi, et mon bonheur est incertain. Cependant vous vous étonnez de ma tristesse ; vous m’en demandez la cause : quelquefois même j’ai cru voir qu’elle vous affligeait. Ah ! dites un mot,  et ma félicité sera votre ouvrage. Mais, avant de prononcer, songez qu’un mot peut aussi combler mon malheur. Soyez donc l’arbitre de ma destinée. Par vous je vais être éternellement heureux ou malheureux. En quelles mains plus chères puis-je remettre un intérêt plus grand ?
Je finirai, comme j’ai commencé, par implorer votre indulgence. Je vous ai demandé de m’entendre ; j’oserai plus, je vous prierai de me répondre. Le refuser, serait me laisser croire que vous vous trouvez offensée, et mon cœur m’est garant que mon respect égale mon amour…..


Choderlos de LACLOS – Les Liaisons dangereuses

vendredi 15 juillet 2011

Juillet est un mois paîen consacré à l'amour. Les Enchanteresses et Dames Rouges s'affairent en ce tempsn de soleil et d'abondance à confectionner leurs filtres et parfums dont le célèbre "encens de Vénus": on réduit en poudre de l'ambre gris, des pétales de roses anciennes, des baies de genièvre et des feuilles fraîches de verveine. La pâte obtenue, malaxée en plusieurs petits cônes et mise à sécher durant une semaine, s'utilisera de la même façon que l'encens. Seront "encharmés"tous ceux qui en respireront la fumée.

Pierre DUBOIS - Elficologue



jeudi 14 juillet 2011

Le lion de saint Jérôme alm

A la Madeleine,
La noix est pleine.

Frère Jérôme était loin d’être un saint quand il fut envoyé en Syrie, dans le désert de Calchis, avec pour mission d’enseigner les textes saints aux moines d’une petite congrégation. C’était une pénitence destinée à réformer un caractère impétueux que ni les prières ni les macération ne parvenaient à dompter. La patience, vous l’aurez compris,  n’était pas sa vertu cardinale. Et pourtant il lui en fallait pour inculquer un minimum de savoir à de braves frères au cœur plus grand que l’esprit : une demi-douzaine de gentils benêts admiratifs et dévoués à ce lettré venu leur administrer la parole divine.
A la nuit tombée, autour d’un brasero protégé des vents du désert par une ceinture de fagots montés en muret, Jérôme traduisait en mots simples les textes latins auxquels les moines, il en était certain, n’avaient pas compris grand-chose ; et ils écoutaient ses paroles, ravis.
Un soir, à l’heure où les étoiles percent le ciel,  violet encore des derniers feux du couchant, la flamme montait, claire et droite et les moines, mains jointes et têtes baissées, s’abandonnaient à la voix grave qui racontait de si belles histoires, quand, venant des herbes sèches et des broussailles qui marquaient la limite du désert, un bruit inconnu  leur fit dresser l’oreille et la tête ; quelque chose de lourd et d’énorme se dirigeait vers eux. Un de moines tendait un doigt tremblant vers les ténèbres, les autres étaient figés de terreur. Jérôme  tourna la tête : éclairés par les flammes, deux yeux oranges auréolés d’une crinière flamboyante s’avançaient vers eux. Un lion, un grand lion du désert, terrible, majestueux, redoutable, mais à la démarche incertaine.
Les moines s’étaient levés et, ramassant leur froc à deux mains, couraient comme des fourmis affolées vers l’abri de l’ermitage.  Jérôme, sourcils froncés et voix tonnante, les rappela au calme. Ils l’aimaient, avaient en lui une totale confiance, mais plus encore ils craignaient ses colères. Le cœur, battant, tremblants de crainte, ils se groupèrent autour de lui. La lune était pleine et éclairait l’arène de sable où le lion pénétra. Certes il était imposant, mais  de plus près on voyait bien que sa crinière était emmêlée de ronces et de feuilles mortes ; il portait la tête basse et boitait très bas.
Jérôme qui à aucun moment n’avait montré le moindre signe de frayeur, dit sévèrement  à ses frères :
-« Que craignez-vous ? Allez-vous fuir devant un animal blessé ?
Le moines relevèrent le capuchon dont ils s’étaient voilé les yeux : frère Jérôme avait une fois de plus raison. Ce lion boitait et ne manifestait aucun signe d’hostilité. Pourtant il continuait à approcher et, nerveusement, ils firent des signes de croix. La grosse bête se coucha aux pieds de Jérôme et, le regardant intensément, tendit vers lui sa patte blessée. Le moine s’accroupit et l’examina : une longue épine s’était fichée dans les coussinets et la blessure commençait à s’infecter. Il ordonna qu’on aille lui chercher de l’eau, des bandages et sa boîte à onguents. Et tandis que les moines, contents de quitter le voisinage du gros animal couraient au monastère,  Jérôme, avec une douceur, une patience qui étaient  peu dans ses manières, retirait délicatement l’épine. Puis il nettoya la plaie,  la frotta d’une pommade de sa composition et pansa la grosse patte.
-« Ce lion est fatigué, dit-il au frère qui était resté avec lui. Allons lui préparer une litière où il pourra reprendre des forces. »
Le moine, peu soucieux de voir le lion de nouveau fringant, mais soumis à son supérieur, étendit de la paille devant la cellule de Jérôme, puis, priant pour leur salut à tous s’en fut dormir.
Le lendemain et les jours suivants, comme un chien gigantesque et docile, le lion mit ses pas dans ceux de son infirmier. Il devint évident que son intention était de s’établir dans la communauté. Un soir après la prière, Jérôme regarda au fond des yeux ce nouveau catéchumène et lui dit :
-« Reste avec nous si tu veux, mais saches que l’oisiveté déplaît à Dieu. Aussi devras-tu prendre ta part de nos tâches.
Il réfléchit un moment puis ajouta :
-«  Il est vrai que tu ne sais pas faire grand-chose… Mais tu es grand et fort, tu inspires la terreur, aussi je t’institue le garde du corps de notre petite ânesse. Elle va chaque jour en grand péril ramasser le bois dont nous avons besoin ; tu l’accompagneras et tu la défendras en cas de danger.
Heureux d’être officiellement intégré à la communauté, le lion accepta la mission et l’on put voir chaque jour au lever du soleil, l’étonnant spectacle d’un petit âne trottinant aux côtés d’un grand fauve. Ils revenaient le soir, d’un pas plus calme, l’ânesse portant sa charge et les deux animaux devisant joyeusement.
L’été arriva et avec lui les journées les plus chaudes ; la congrégation avait moins besoin de bois ; les bâtées plus légères prenaient moins de temps à ramasser. L’âne et le lion expédiaient leur travail à la fraîche et avaient ainsi le reste du temps pour muser. Un après-midi,  le lion faisait la sieste à l’ombre de succulents buissons dont se régalait sa compagne. On n’entendait d’autre bruit que le bourdonnement des mouches,  celui des mandibules de l’ânesse et le ronflement paisible du lion caché sous les feuilles.
Une caravane de marchands d’huile serpentait à travers les dunes. Voyant une ânesse solitaire, ils eurent vite fait de décider qu’elle était abandonnée et de se l’approprier, n’oubliant ni son harnais ni sa charge de fagots.
Le lion à son réveil chercha partout sa compagne, fit le tour des buissons, poussa le doux rugissement avec lequel il avait coutume de l’appeler. Comme elle ne répondait pas et demeurait invisible, il rugit de plus en plus fort, courut de plus en plus vite et en tous sens sans trouver la moindre trace de la disparue. Jusqu’à la nuit, il arpenta les environs sans relâche et c’est le cœur brisé qu’il dut se résoudre à abandonner sa quête.
Pendant ce temps à l’ermitage, les moines accomplissaient leurs tâches du soir dans le noir le plus complet : ils n’avaient plus d’huile pour leurs lampes et ils attendaient le retour des deux compères pour allumer le feu de camp.
Le lion se sentait trop triste et trop coupable pour rentrer seul et prendre sa place habituelle ; il s’en fut trouver refuge dans les herbes hautes, celles d’où il était sorti quand il était venu se faire soigner par Jérôme. Tapi derrière les buissons, il vit arriver le moine, éclairé d’une simple chandelle.  Il venait comme chaque soir raconter la Bible  à ses frères. Mais sans le feu qui les réconfortait, inquiets de l’absence de leurs animaux familiers, les moines n’arrivaient pas à fixer leur attention. Sans cesse ils tournaient la tête en direction du désert espérant les voir apparaître. Enfin, tête basse et à pas lents, le lion sortit de sa cachette et vint ramper devant son ami. Ne voyant pas l’ânesse à ses côtés, les moines qui n’avaient jamais fait totalement confiance au grand fauve murmurèrent et frère Anselme, qui depuis toujours était chargé de l’entretien de l’ânesse et qui l’aimait tendrement, montra du doigt l’animal et cria dans un sanglot :
-«  Dieu du ciel ! Il l’a dévorée !!!
Frère Grégoire, qui plus que les autres craignait le lion proféra :
-«  Je vous avais prévenu, cette bête ne pouvait pas…
Jérôme, une fois de plus fronça les sourcils, leva les mains et sans lui laisser finir sa phrase, imposa silence à Grégoire :
-« Ce lion, jusqu’à preuve du contraire a toujours été notre ami. Seul Dieu peut juger de sa conduite ; nous n’avons pas à prendre sa place. Attendons demain et le jour nous montrera quel malheur nous a frappés !
Puis, d’un ton sans réplique, il souhaita le bonsoir à l’assemblée et dit au lion d’aller dormir à sa place habituelle.
Le soleil se leva, implacable et brillant dans un ciel d’azur métallique ; de long en large et jusqu’aux frontières du pays, les moines, taches noires sur le sable brûlant, indifférents à la chaleur torride, cherchaient leur ânesse.
A la nuit tombée, ils ne purent que hocher tristement la tête. Cependant, ni le chagrin ni la fatigue ne leur avaient coupé l’appétit et c’est d’un mâchoire décidée, qu’ils attaquèrent un repas frugal mais qu’ils estimaient mérité. Bien plus mérité que celui que Jérôme servait à son lion, ce qu’ils ne manquèrent pas d’exprimer avec rancœur. A cause du lion, l’ânesse était perdue ; il aurait fallu le punir ! Le regard noir de Jérôme les empêcha de poursuivre :
« Mais regardez-le, il est plus tristes que vous autres qui mangez de si bon appétit ! Il dépérit  et ne touche plus à sa nourriture…Mais, et il s’adressa au lion, ce n’est pas une raison pour ne rien faire. Tu as laissé partir notre servante ; tu dois prendre sa place. C’est donc toi désormais, qui iras chercher le bois de notre feu. »
Et dès le lendemain, les hôtes du désert, purent admirer le Roi des Animaux, la tête passée dans un harnais et un bât sur le dos, s’en aller dignement ramasser des fagots.

L’hiver approchait et le vent du désert de plus en plus cinglant faisait grelotter la congrégation.  Les moines pour se chauffer, utilisaient tant de bois qu’il y en avait de moins en moins à ramasser, aussi le lion devait-il s’aventurer de plus en plus loin, ce qui le faisait rentrer de plus en plus tard. Un soir, à la nuit tombée, il entendit des sonnailles. Qui pouvait donc à cette heure, s’aventurer dans ces solitudes ? Il escalada une dune pour mieux voir : dans le clair de lune, une caravane s’avançait en désordre : des chameaux étiques à la bosse ramollie, des chariots mal arrimés, des hommes en guenille et précédent la triste procession, chargée de fagots, autour du cou un licol bleu usé, mais dont il n’avait pas besoin pour reconnaître son amie perdue, l’ânesse, sa chère petite ânesse. Débarrassé en quelques secousses de sa charge et de son harnais, rugissant à la fois de fureur et de joie, le lion en un éclair, fondit sur la caravane. Hommes et animaux terrifiés s’éparpillaient en tous sens, d’autres à genoux,  la face dans le sable, attendaient une mort qu’ils ne pouvaient éviter. Le lion n’avait nulle intention meurtrière ; tel un chien de berger, il décrivait des cercles,  gueule béante, montrant les crocs rugissant au nez de qui tentait d’en sortir. Il mit ainsi son monde sur la piste qui menait au monastère et que l’ânesse avait su reconnaître. Elle prit la tête de la troupe et, le lion fermait la marche. Voilà ce qu’au clair de lune vit frère Anselme qui était sorti, se demandant ce qu’avait le lion pour faire tant de tapage. Un par un les moines apparurent et enfin Jérôme, sourcils froncés qui, d’un œil sombre, toisa les caravaniers. Il se mordait la langue pour ne pas se laisser aller aux écarts de langage prêts à sortir de sa bouche. Les voleurs terrifiés par le lion avaient maintenant affaire au moine qui leur semblait non moins redoutable.
Enfin l’un d’eux osa parler et demander pardon. –«  Disparaissez, tonna Jérôme !
-« Mais il fait nuit, plaida l’homme, laissez nous nous reposer et demain nous serons partis.
-«  Vous ne craignez pas Dieu quand vous volez une bête innocente… il vous protégera !
-« Frère, je vous en prie… pardonnez-nous ! Tenez, comme amende, nous vous donnerons cinq litres de notre huile à chacun de nos passages !
Les moines qui avaient tant besoin d’huile étaient près d’accepter, mais Jérôme gronda :
-« Ce serait trop facile ! Laissons Dieu vous juger… allez, disparaissez, et que la nuit vous avale !
La lune avait disparu ; lentement, la caravane s’évanouit dans l’obscurité.
Une chandelle éclairait Jérôme ; les moines gardaient le silence. Enfin frère Grégoire, enroulant timidement sa ceinture de corde autour de ses doigts, osa aborder son irascible supérieur :
-«  Nous sommes des hommes de Dieu,  Frère Jérôme. Que faites-vous du pardon que vous nous enseignez ?
Jérôme ferma les yeux, soupira, puis dit  à frère Anselme de courir après la caravane. Elle n’était pas allée bien loin.
-«  Dormez ici, grommela le moine, bourru, mais… n’oubliez pas votre promesse : cinq litres d’huile à chaque fois que vous passez par ici !
Et les voleurs ont tenu parole. Plus jamais la congrégation n’a manqué d’huile. Leurs lampes ont brillé, autant que leurs feux, entretenus par les fagots de la petite ânesse. Le lion lui, garde un œil ouvert même en dormant ; le soir, il écoute Jérôme raconter les belles histoires de la Bible, et l’on dit qu’il est désormais aussi savant que son maître est patient






mercredi 13 juillet 2011

NE CACHEZ PAS LES SAINTS

Beau juillet
Amour parfait





Les Anglais qui ne font rien comme tout le monde, au lieu de célébrer St  Médard en juin, honorent le 15 juillet – mais eux n’ont rien d’autre à fêter ces jours là- un saint Swithin qui fut évêque de Winchester et dont quelques moines voulurent déplacer la sépulture. Le saint qui se trouvait fort bien où il était, envoya pendant 40 jours une pluie à décourager même un moine britannique. Un faible rayon de soleil éclaira leur renoncement, avant que la pluie ne continue à verdir les pelouses d’outre Manche.
De notre côté, les écureuils guettent l’humeur de sainte Marguerite ; s’il pleut le jour de sa fête, adieu noix et noisettes !
Le 22 juillet, sortons les parapluies car c’est le jour choisi par Marie-Madeleine pour pleurer ses péchés. C’est aussi le début de la canicule : Sirius se lève et se couche avec le soleil ; dans cette période, ni soins ni remède ;  s’en remettre à la nature.



mardi 12 juillet 2011

Alexandre AFANASSIEV- (23 juillet 1826 à Bogoutchar, oblast de Voronej)

On pourrait dire en parlant des contes, comme dans une comptine ou une randonnée : Perrault les a écrits, les Grimm les ont collectés et Afanassiev les a classés
 Faut-il, pour illustrer son nom chez les conteurs, commencer dans la vie à la manière d’un héros de conte merveilleux ? Comme avant lui Mme Leprince de Beaumont, Alexandre Afanassiev perd sa mère très tôt ;  puis il est envoyé dans une institution religieuse dont il sortira définitivement anti-clérical. Il poursuit ses études au collège, puis au lycée, où il s’indigne de l’abondance des châtiments corporels infligés aux élèves.
Le jeune Alexandre est un lecteur fervent qu’on a bien du mal à tirer hors des bibliothèques. Il ne se contente pas de lire, il aime aussi écouter les nourrices, les « nianias » et leurs contes venus du fond des âges.
En 1844, il entre à la faculté de droit de Moscou ; c’est un travailleur acharné, en but à maintes difficultés financières car son père, peu fortuné, ne l’aide pas beaucoup. Le peu d’argent dont il dispose lui sert à réunir des livres et au fil du temps, sa bibliothèque deviendra colossale.
Imprégné d’idées progressistes, il rédige un premier article qui paraîtra en 1847 et qui a pour sujet l’économie au temps de Pierre le Grand. Pour son examen de fin d’études, il fait une conférence sur le droit pénal au XVI° et XVII° siècle. Il est reçu mais n’a pas le droit d’enseigner en faculté pour raisons politiques. Il faudrait ajouter qu’un certain humour et le sens de la répartie caustique ne sont pas toujours goûtés de tous. Il enseigne dans des établissements privés, mais, pas pédagogue pour deux sous, il se fait chahuter. Tel le Petit Chose, le héros de Daudet, il n’a aucune autorité.
En 1849, il entre aux Archives Centrales du ministère des Affaires étrangères de Moscou, où il restera jusqu’en 1862. C’est une période féconde ; il publie de nombreuses archives, édite ses propres articles touchant principalement à l’histoire Russe ou au journalisme satirique du XVIII° siècle, dans des revues en vogue de l’époque, telles que le Contemporain ou les Notes de la Patrie. Il  publie aussi des comptes rendus d’ouvrages avec une prédilection pour la période de Pierre le Grand, puis il se concentre sur la mythologie slave.
C’est à partir de 1850, qu’il commence à réunir et publier des textes issus de la tradition orale russe.
Il recherche les racines mythologiques de la poésie populaire ; il voit dans le conte une forme de pensée cosmogonique et l’élève au rang de mythe. Contrairement aux frères Grimm qui fabriquaient une version optimale du conte à partir de différentes variantes, Afanassiev  s’attache à montrer l’existence des nombreuses versions, dont certaines en dialecte ou en ukrainien. »
Historien de la civilisation et de la littérature Russe, juriste, ethnologue, folkloriste, bibliographe, critique, journaliste, etymologiste, il connaît admirablement toutes les langues indo-européennes .
Dans le domaine des sciences humaines, il est un des savants les plus célèbres de son temps.
Archiviste, il est le premier à songer à classer les contes par genre, travail repris plus tard par AA et T , pour établir la classification des contes-types. 
Les histoires collectées par Afanassiev pour la plupart, sont les mêmes bien entendu que celles de Grimm dont le travail l’a inspiré, pour la simple et bonne raison , que les contes sont les mêmes sous tous les cieux. L'Oiseau de Feu est le même volatile que l'Oiseau d'Or.(voir blog) Si les frères Grimm ont rhabillé les contes en leur donnant le langage parlé dans leur milieu, en les compilant pour en donner une version plus "aboutie" selon eux, Afanassiev au contraire est resté plus près des formes archaïques, tant dans la forme que dans la langue. Pour lui les contes décrivaient les forces de la nature; cette interprétation est réputée dépassée aujourd'hui et on se demande bien pourquoi puisque ce sont bien les phénomènes naturels qui les premiers ont impressionné les hommes et les ont conduit à inventer des cultes.
La tuberculose, fléau de son temps l’atteint en 1870  et il en meurt à l’automne 1871.
Afanassiev, qui était avant tout un savant et surtout un archiviste a donné une version des mêmes contes délivrés de l' habillage éducatif et moralisateur donné par Leprince de Beaumont et Grimm, lesquels ont ouvert la voie aux interprétations psychanalytiques plus récentes.
Archiviste, il a été le premier à classer les contes par genre, suivi par AA et T, et c'est sur sa collecte que s'est basé Vladimir Propp pour déterminer les 31 fonctions et les 7 actions du conte merveilleux.
En n'habillant pas les contes de littérature, en respectant l'originalité de la tradition orale, il permet de bien distinguer la parité qui existe entre tous les contes de tradition indo-européenne mais aussi leur cousinage avec ceux émanant de civilisations plus éloignées et différentes. Il met en évidence la racine commune à l'imaginaire de l'humanité entière. Cet imaginaire slave est particulièrement un pont entre l'Europe et l'Asie en raison des frontières communes entre ces deux continents.
On trouve chez lui des figures pareilles à celles de Blanche-Neige ou de Peau d'Ane; des petits enfants sont en danger chez la Baba Yaga, comme Poucet chez l'ogre ou Hansel et Gretel chez la sorcière; son Oiseau de Feu, brille d'un éclat aussi pur que l'Oiseau d'Or....

« … Or Filiouchka n’en faisait jamais qu’à sa tête, et il était aussi leste et rapide que le grand-père était lent et maladroit. Filiouchka donc, eut envie de manger une pomme. Echappant au grand-père, il fila au jardin et grimpa dans le pommier. A peine y était-il que, montée dans son mortier de fer, un pilon à la main, la Yaga brune surgissait. D’un bond, elle fut sous le pommier et dit :
« Bonjour Filiouchka ! Que viens-tu faire ici ?- Je veux une pomme !- Tiens, mon petit, prends la mienne ! – Elle est pourrie ! – En voici une autre !- Elle est véreuse ! – Allons, Filiouchka, cesse ! »
IL avança la main. La Yaga brune en profita pour le saisir et le pousser de force dans son mortier. Puis elle partit au galop à travers buissons, bois et ravins, fouettant furieusement le mortier de son pilon…. »
Extrait de :  La Baba Yaga et Filiouchka




samedi 9 juillet 2011

QUOI D’AUTRE ?

Rosée de Saint-Savin
Est dit-on rosée de vin

La date du 14 juillet évoque immanquablement la prise de la Bastille, la Révolution, les feux d’artifices et les bals populaires qui célèbrent l’événement. Il y eut pourtant au fil des ans d’autres faits marquants que cet anniversaire a totalement éclipsés.
Embarquons nous dans la machine à remonter le temps, le pointeur dirigé sur l’année1223 :
Par ce beau jour d’été, Philippe Auguste, rendait à Dieu une âme douteuse et le même jour lui succédait son fils Louis, VIII° du nom.
Remontons dans la machine et pointons sur 1602 : le 14 juillet on donnait à un bébé un prénom impérial : Jules. Il deviendra cardinal : le cardinal Mazarin, parrain et ministre du Roi Soleil.
On voyageait beaucoup en ce siècle ; pas dans le temps mais par mer et par terre. C’est en 1609, un 14 juillet que Samuel Champlain découvre le lac qui porte son nom.
Avançons, avançons…le 14 juillet 1855, vient au monde un autre libérateur des opprimées : Frederick Louis Maylay, inventeur entre autre, de la machine à laver le linge.
En 1867, Alfred Nobel crut-il tirer un feu d’artifice en expérimentant la dynamite ?
L’année suivante Alvin J.Fellows enroula sur bobine le mètre ruban.
Et nous voici au XX° siècle, celui du cinéma. Le 14 juillet 1910 nous offre William Hanna qui créa Tom et Jerry. Huit années plus tard, vint au monde Ingmar Bergman pour nous faire souvenir que la vie n’est pas qu’une rigolade.
En 1938, Alfred Hitchcock arrive à Hollywood pour y tourner Rebecca.
Et pour faire oublier la guillotine, sinistre invention qui entache la mémoire de ce jour de fête, c’est un 14 juillet 1976 que choisit le Canada pour abolir la peine de mort.


jeudi 23 juin 2011

Histoire de Blondine , Bonne-Biche et Beau-Minon

 Lire le texte original dans "Les Nouveaux Contes de Fées " de la Comtesse de Ségur

Blondine est la fille du roi Bénin (bon et juste) et de la reine Doucette, bonne aussi. Blondine est aussi bonne et charmante que ses parents. Que voilà de braves gens!
Doucette meurt , ainsi que doit le faire toute reine bonne et douce au début d'un conte de fées.
On dit à Bénin qu’il doit se remarier; d’abord il refuse, puis il charge Léger son ministre, de lui trouver une épouse parfaite(jusque là, la tradition du conte se respecte). Ce dernier la trouve chez le roi Turbulent admirez comme les noms annoncent le caractère des personnages!)dont la fille est jolie et spirituelle. Mais celle-ci, qui se nomme Fourbette est méchante, jalouse et orgueilleuse ; son père est enchanté de se débarrasser d’elle. Dès son arovée à la cour de Bénin, elle fait peur à Blondine. Bénin, moins léger que son ministre éloigne sa fille de sa nouvelle épouse. Il aurai pu, me direz-vous, éloigner la nouvelle épouse, mais... raison d'état oblige, on ne va pas risquer un incident diplomatique et Bénin fait son devoir et c'est pourquoi , un an plus tard, ils ont une fille Brunette, méchante comme sa mère.
Blondine a un page du nom de Gourmandinet, Fourbette qui le sait capable du pire pour satisfaire sa gourmandise, va l’utiliser.
Une  forêt  borde le domaine, où poussent des lilas odorants et toujours fleuris. C'est une forêt enchantée : quiconque y entre disparaît et Gourmandinet qui le sait à ordre de jamais laisser Blondine en approcher.
Fourbette promet au page un coffre plein de bonbons s’il y conduit la jeune princesse.
Après quelques hésitations, il accepte . Blondine qui voit pour la première fois la Forêt des Lilas, est émerveillée. Elle demande au page d'aller en cueillir une brassée pour les offrir à son père. Mais le traître refuse; il craint dit-il, que la princesse ne puisse retenir seule les fougueuses autruches qui conduisent son carrosse. 
"Bien dit Blondine, je vais y aller moi-même!"
Et le vilain Gourmandinet la laisse aller. Bien évidemment, Blondine est absorbée par la forêt. Gourmandinet rentre au château pour recevoir son coffre de bonbons. Fourbette fidèle à sa promesse, lui donne sa récompense, mais l'oblige à quitter le royaume. Mais le traître ne profitera pas de son forfait. Le coffre trop lours, fera verser la chariot sur lequel il est chargé et Gourmandinet, entraîné dans la chute, se fracassera le crâne sur des pierres... tant pis pour lui!

Pendant ce temps,Blondine comprend qu'elle est  perdue dans la forêt. Elle marche, appelle, pleure et finit par s'endormir au pied d'un arbre.
Au réveil, elle trouve un délicieux petit déjeuner, dans un panier que lui a apporté un joli chat blanc. Il se nomme Beau-Minon. et Beau Minon le bien nommé guide Blondine jusqu’au château enchanté, d'un biche , blanche elle aussi et qui a nom Bonne-Biche.
Dans un miroir magique, Blondine voit son père qui pleure sa disparition. Mais il ne fait pas que pleurer: il se doute de la responsabilité de Fourbette et la renvoie chez son père. Ce dernier qui n'en veut pas non plus, l’enferme dans une tour où elle meurt de rage. Bien fait!


Une autre forêt ensorcelée entoure Le château de Bonne-Biche est lui aussi entouré d'une forêt ensorcelée où  Blondine ne doit pas pénétrer. 
Blondine, qui en une nuit magique a grandi de sept ans et appris tout ce qu'une jeune fille instruite doit savoir, a désormais quatorze ans et elle s'ennuie un peu. C'est alors que survient un perroquet. Il révèle à Blondine que ce château est sa prison ; elle doit se méfier de Bonne-Biche et pour être délivrée, il lui faut cueillir une certaine rose.

Blondine troublée,  ment à Bonne-Biche qui lui dit de se méfier des roses et accepte de suivre le perroquet . 
Elle chasse méchamment Beau-Minon qui veut  la suivre. Enfin, elle arrive dans l’enclos où se trouve la rose .
Mais voilà, la rose cueillie délivre un mauvais magicien et  quand Blondine rentre chez Bonne-Biche, le château est en ruines, Bonne-Biche et Beau-Minon ont disparu. Un crapaud la chasse ; elle pleure. Un corbeau, puis une grenouille la réconfortent. Réfugiée dans une hutte de branchages, elle est nourrie par une vache.
Un long temps de tristesse et de remords se passe quand apparaît une tortue: elle fera sortir Blondine de la forêt enchantée si, montée sur son dos, elle accepte de rester six  mois sans parler. La jeune fille accepte et au bout d'un interminable voyage,l’équipage arrive dans un château tout semblable à l'ancien château de Bonne-Biche, à l'exception d' une armoire que Blondine doit ouvrir. Horreur, dans l'armoire, pendues à des clous (de diamant, certes, mais tout de même des clous) se trouvent les peaux de Bonne-Biche et de Beau-Minon. Fo
Blondine s’évanouit .
 C’est la plus terrible mais la dernière des épreuves. Bonne-Biche  et Beau -Minon sont devenus Prince Charmant et Fée Bienfaisante.
Les enchantements sont levés. Bénin arrive, embrasse sa fille retrouvée et épouse Bienfaisante ; Blondine bien entendu, épousera son joli chat blanc devenu Prince.



jeudi 9 juin 2011

Madame LEPRINCE de BEAUMONT-




Saint Antoine sec et beau
Remplit caves et tonneaux.




Il était une fois… Il est parfois des vies qui commencent aussi mal qu’un conte de fées, qui se continuent en une quête laborieuse et qui se terminent comme dans un conte : elle fut heureuse et eut beaucoup d’enfants…. qui n’étaient pas tous les siens…et telle fut la vie de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont , pédagogue, romancière, journaliste et conteuse.
Comme Blanche-Neige ou Cendrillon, Jeanne-Marie perdit sa mère très jeune. Son père remarié, la belle-mère peu soucieuse de prendre soin de l’enfant, on la mit en pension. Au bout de quelques années, d’élève elle devint enseignante. Elle aurait dû alors prendre le voile, mais la perspective, ne l’enchantait guère.. C’est alors qu’une marraine-fée ou un magicien lui offrirent une introduction à la cour de Lorraine où elle se fit dame de compagnie, éducatrice d’enfants, professeur de musique.
Comme de juste, la jeune fille rencontra le Prince Charmant. Il n’était que marquis mais avait nom Leprince, pas Charmant mais de Beaumont. Les épousailles faites, le marquis Leprince se révéla pas Charmant du tout. Semant partout des dettes il eut vite fait de venir à bout de la dot de sa jeune épouse. Tant et si bien que le roi Stanislas et son aumônier se mirent en devoir de faire annuler le mariage au motif d’une maladie bizarre qui empêchait le marquis de se reproduire.
Peine inutile, puisque Leprince fut peu après tué au cours d’un duel. Jeanne-Marie garda son nom sous lequel elle fit publier son premier roman : Le Triomphe de la Vérité, qu’elle dédia au duc de Lorraine Stanislas et au Roi de France Louis XV. Ni l’un ni l’autre ne furent sensibles à l’offrande. Jeanne-Marie, sans emploi ni subsides partit pour l’Angleterre où l’on confiait volontiers l’éducation des jeunes filles à des gouvernantes françaises. Elle y fit merveille ! Uns petite fille particulièrement difficile confiée à ses soins, fut calmée par ses méthodes dans lesquelles entraient pour beaucoup les contes. Contes qu’elle ne tardera pas à rassembler et à publier sous le titre de Magasin des Enfants, histoires pour la plupart à tendances moralisatrices car Madame Leprince de Beaumont ne badinait pas avec les convenances : Il ne suffit pas, professait-elle, qu’une jeune femme soit vertueuse, encore faut-il qu’elle en ait l’air !
Remariée à un français vivant en Angleterre, et qui lui fit six enfants, c’est en 1757 qu’elle publie le conte qui la fera passer à la postérité : La Belle et la Bête.
Mais la France finit par lui manquer. Retirée dans sa terre de Chavanod, tout en s’occupant de son jardin et de ses enfants, elle continue à écrire les soixante-dix volumes qui composent son œuvre, jusqu’à l’âge de soixante-dix ans .

Sa version du conte met en valeur la sagesse, la bonté, le dévouement pour son père d’une jeune fille pour qui comptent peu les apparences. Elle ne s’attache pas au mystère de l’attrait qu’éprouve la Belle pour le côté animal de la Bête qui est somme toute peu convenable. L’origine de la Bête pourrait être devinée en mettant ce conte en parallèle avec le Riquet à la Houppe de Perrault qui lui, ne dissimule pas les origines chtoniennes du prince Riquet.

« Elle s’habilla magnifiquement pour lui plaire, et s’ennuya à mourir toute la journée, en attendant neuf heures du soir ; mais l’horloge eut beau sonner, la Bête ne parut point. La Belle, alors, craignit d’avoir causé sa mort. Elle courut tout le palais, en jetant de grand cris ; elle était au désespoir. Après avoir cherché partout, elle se souvint de son rêve, et courut dans le jardin vers le canal, où elle l’avait vue en dormant. Elle trouva la pauvre Bête étendue sans connaissance, et elle crut qu’elle était morte. Elle se jeta sur son corps, sans avoir horreur de sa figure, et sentant que son cœur battait encore, elle prit de l’eau dans la canal, et lui en jeta sur la tête. La Bête ouvrit les yeux et dit à la Belle :
« Vous avez oublié votre promesse, le chagrin de vous avoir perdue, m’a fait résoudre à me laisser mourir de faim ; mais je meurs content, puisque j’ai le plaisir de vous revoir encore une fois.
-Non, ma chère Bête, vous ne mourrez point, lui dit la Belle, vous vivrez pour devenir mon époux ; dès ce moment je vous donne ma main, et je jure que je ne serai qu’à vous. Hélas, je croyais n’avoir que de l’amitié pour vous, mais la douleur que je sens, me fait voir que je ne pourrais vivre sans vous voir. »






mardi 7 juin 2011

SAINT MEDARD-

Saint Médard, grand pissard,
Fait boire le pauvre comme le richard




Dans les années 500 de notre ère, un manant se lamentait au bord du chemin : son vieil âne venait de mourir. Qu’allait-il devenir privé de son compagnon de travail ?
Un jeune garçon d’une dizaine d’années environ qui chevauchait un puissant destrier, mit pied à terre et offrit sa monture au pauvre homme, puis regagna à pied le château de son père. Furieux de savoir un de ses meilleurs chevaux dans les mains d’un vilain, le seigneur Nector envoya ses gens récupérer la bête. La pluie se mit alors à tomber si dru qu’il fut impossible à quiconque de mettre le nez dehors.
Le jeune Médard venait d’accomplir le premier des miracles pluvieux qui devaient faire sa réputation.
Plus tard, devenu prieur d’une petite abbaye de campagne, Médard volontiers distrait, oubliait souvent de fermer portes et fenêtres. Aussi tous les chapardeurs du pays ne se gênaient-ils pas pour en profiter et lui voler ses œufs, son miel et les fruits du verger. Aussi généreux qu’étourdi, il ne songeait jamais à les punir au grand dam de ses frères.
Médard aimait par-dessus tout faire de longues marches dans la campagne, et, dès qu’il le pouvait, quand il avait accompli toutes ses tâches, il parcourait le pays alentour souvent accompagné de quelques moines amis.
Par un beau jour de juin, au ciel bleu sans nuage, dans le parfum des roses enlacées aux branches des arbres fruitiers, Médard quitta ses vergers et accompagné de deux frères,  partit pour un longue promenade à travers les champs et les bois. Ils avaient emmené une collation de pain et de fromage car ils ne pensaient pas rentrer avant le soir.
Les trois moines devisaient joyeusement et la conversation était si passionnante qu’ils ne mesuraient pas le chemin parcouru.
Ils arrivèrent ainsi au pied d’une colline du sommet de laquelle ils auraient pensaient-ils une vue superbe sur les terres de l’abbaye et le pays environnant. Ils entamèrent joyeusement l’escalade.
Arrivés dans un bosquet de pins proche du sommet, ils ressentirent les premières gouttes d’une averse que rien ne laissait présager. A travers les branches, ils aperçurent la plaine où un violent orage venait d’éclater. Poussés par un vent violent, les lourds nuages plombés venaient droit sur eux accompagnés de roulements de tonnerre et zébrés d’éclairs incandescents. Voyant le feu du ciel près de s’abattre sur eux, les compagnons de Médard, pris de panique, dévalent en courant la colline pour aller chercher refuge dans leur cher couvent.
Médard, lui, fasciné par la beauté du spectacle offert par le ciel, écoutait la symphonie du vent dans les feuilles, du crépitement de la pluie sur le sol, accompagnés de la grosse caisse qui tonnait au-dessus des nuages. Son cœur enfin rassasié de tant de beauté, il songea à rejoindre ses frères et sans hâte, pris le chemin qui descendait vers la plaine.
Les trombes d’eau avaient formé des torrents de chaque côté du sentier ; les feuilles ruisselaient secouées par le vent, Médard cheminait semblant ne s’apercevoir de rien.
Il retrouva devant la porte du couvent ses deux frères trempés jusqu’aux os. Leurs yeux écarquillés suivaient vers le ciel la direction que montraient leurs index tremblants.Que voyaient-ils qui les frappait à ce point de stupeur ?
Médard, sa robe de bure complètement sèche, était survolé par un aigle aux ailes immenses  déployées au-dessus de sa tête. Le grand oiseau l’avait abrité tout le long du chemin, et préservé de l’orage qui, d’ailleurs, cessa bientôt.
Médard ému tendit au rapace son poing sur lequel il vint se percher, et pour le remercier de sa sollicitude lui donna le pain et le fromage auquel il n’avait pas touché. Depuis ce jour, Médard partit pour ses randonnées sans jamais songer à se prémunir contre les intempéries.
A la moindre goutte d’eau, l’aigle prenait son envol et étendait ses ailes au-dessus de Médard qui cheminait ainsi toujours à l’abri.

Les Chouchous