mardi 3 mai 2016

C'est Jean!

Il existe au bord de la Blaise, à l'écart des villages, un charmant manoir de briques roses. Il semble délaissé et l'on raconte sur ce lieu de terribles légendes. Sont-elles vraies? On ne sait pas ... Ce qui est certain c'est qu'autrefois des nonnes y vivaient et qu'il y eût des temps paisibles. La Révolution avait dépouillé le lieu d'objets de culte certains de grande valeur. Des tableaux notamment et la supérieure se désolait de n'avoir plus aucun portrait représentant l'Enfant Jésus.
Cette année là, une novice entra au couvent et les soeurs découvrirent qu'elle avait un joli talent de peintre. C'est ainsi qu'elles eurent l'idée, d'offrir à la mère abbesse pour sa fête ce portrait qui lui manquait tant. On allait lui faire la surprise.
La jeune soeur fut installée tout au fond du jardin, dans une serre désaffectée. Seul le jardinier y rangeait des outils et faisait des semis au printemps. On lui demanda d'éviter le lieu quand la soeur travaillait.
On lui procura toile, peintures et pinceaux sans rien dire à la supérieure. Et la novice se mit à l'ouvrage... de tout son coeur...
Au milieu de l'été, elle avait composé une Vierge à l'Enfant, souriante, entourée de fleurs et tenant sur ses genoux un amour de Jésus blond, frisé et tout nu. Satisfaite de son travail, elle le montra à ses soeurs qui, en découvrant la peinture ne purent réprimer un violent fou-rire. Consternée, elle leur demanda la raison de leur gaieté. Les ires redoublèrent et les soeurs entre deux hoquets l'assurèrent que le tableau était parfait en tout points sauf un. Mais quand la novice demanda lequel, les soeurs rougirent et pouffèrent sans la renseigner...
Navrée, les larmes aux yeux, elle se laissa tomber sur un banc qui se trouvait là. Le jardinier, qui se nommait Jean, croyant la serre déserte y vint ranger ses outils. Quand il vit la jeune nonne en pleurs, il lui demanda gentiment la raison de son chagrin.
"C'est, dit-elle, que les soeurs ont ri en voyant mon tableau et je ne sais pas pourquoi."
Jean regarda le tableau et lui aussi se mit à rire. Les pleurs redoublèrent.
"Mais enfin Jean, dites-moi au moins ce que ce tableau a de si drôle!"
"Eh bien, ma soeur, c'est que votre enfant Jésus... c'est une fille!
- Comment ça une fille? A quoi voyez-vous ça?
Jean rit de plus belle et apprit que la novice, si elle avait déjà vu des bébés nus, n'avait vu que des filles puisqu'elle n'avait pas de frère. Elle ignorait la différence. Jean la lui expliqua, mais comment allait-elle pouvoir représenter une partie du corps dont elle ignorait tout.
" C'est bien facile lui dit Jean, je vais me mettre sur ce banc et je serai votre modèle.
Il fut chaleureusement remercié, il se déshabilla et prit la pose. La nonne rectifia son tableau en suivant le modèle et le porta dans la chapelle. Il était temps! La fête de la mère supérieure était pour le lendemain.
Le tableau était recouvert d'un drap que l'artiste leva devant ses soeurs assemblées. Il y eut un silence, puis toutes les nonnes se mirent à chuchoter:
"Oh mes soeurs, oh mes soeurs! Mais c'est Jean... c'est bien lui! Que va dire notre mère?
Et justement, elle arrivait , la Mère Supérieure. Les nonnes serrées les unes contre les autres, confuses, la jeune artiste plus que les autres...
La Mère Supérieure, sourit, puis rit franchement...
"Félicitations, ma soeur... c'est bien Jean... et tellement ressemblant!!!

1 commentaire:

manouche a dit…

Oh les coquines !