vendredi 13 mai 2016

A qui s'adresse le conte?




Les contes « merveilleux » s’adressent à toutes les générations ; les seuls contes conçus pour les enfants sont les contes d’avertissement, qui se terminent mal.
Il n’est que de lire la moralité de la version de Perrault du Petit Chaperon Rouge,pour comprendre que les petites filles auxquelles il s’adresse approchent de l’adolescence ; à moins que l’avertissement ne soit destiné à leurs parents :
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles,
Belles, bien faites et gentilles,
Font très mal d’écouter toutes sortes de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte :
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui, privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles.
Mais, hélas !qui ne sait que ces loups doucereux,
De tous les loups sont les plus dangereux !
On peut dire qu’il existe un conte en réponse à chaque question posée par la vie.
Bruno Bettelheim dans « Psychanalyse des Contes de fées » : « Tel est exactement le message que les contes de fées, de mille manières différentes, délivrent à l’enfant : que la lutte contre les graves difficultés de la vie sont inévitables et font partie intrinsèque de l’existence humaine, mais que si, au lieu de se dérober, on affronte fermement les épreuves inattendues et souvent injustes, on vient à bout de tous les obstacles et on finit par remporter la victoire. »
Les maladroits aimeront le géant qui bouscule tout sur son passage mais peut voir par-dessus les montagnes ; les rêveurs indolents apprendront que le plus jeune, celui qu’on croit plus bête que les autres, sauvera sa famille ; les introvertis s’identifieront à la princesse endormie ; les intellectuels comprendront les rois qui, tels Arthur, agissent peu mais ordonnent beaucoup ; les méchants apprendront que les sorcières finissent souvent mal ; les anxieux en revanche, se rassureront au conte des sept chevreaux qui sortent vivants du ventre du loup ; les tristes partageront la fortune de Cendrillon et les malins feront comme le petit tailleur ou seront avertis du danger qui guette le berger qui crie trop souvent « Au loup ! » ; quant aux coléreux,ils combattront les dragons et pourront suivre dans leur quête Arthur et ses preux chevaliers.
Soyons attentifs aux demandes des enfants ; ils réclament en général spontanément, le conte qui leur convient. Et n’oublions jamais que l’action thérapeutique ou spirituelle du conte est amoindrie par la rationalisation ou la moralisation et que les contes lus sont moins efficaces que ceux racontés.

1 commentaire:

manouche a dit…

Je me demande vraiment où en sont les enfants par rapport aux contes avec leurs addictions aux nouvelles technologies ?