dimanche 28 février 2016

Le Tambour (d'après Grimm)

Un jeune tambour marchait seul à travers la campagne ; il arriva le soir au bord d’un lac. Il vit étendues sur la rive, trois petites pièces de lin blanc. Il en prit une, la tâta :  « Quelle finesse ! » dit-il en la mettant dans sa poche. Sans plus y penser, il rentra chez lui, dîna et alla se coucher.
Au moment de s’endormir, il lui sembla qu’on l’appelait par son nom ; il tendit l’oreille. Une voix très douce lui commandait de s’éveiller. Il faisait si noir qu’il ne pouvait rien distinguer dans la pièce, pourtant il croyait voir une forme flotter devant son lit : « Qui va là ? Que voulez-vous ?
 -  La petite chemise que tu as ramassée hier soir au bord du lac.
 – C'était votre chemise? Je vais vous la rendre,  mais il faut me dire qui vous êtes !
– Je suis la fille d’un grand roi,  mais une sorcière me tient captive sur le Mont de Cristal. Chaque jour, mes deux sœurs et moi avons la permission de nous baigner dans le lac ; mes sœurs ont pu rentrer mais tu as pris ma camisole et je ne peux revenir sans, je t’en prie, rends-là moi.
 – Mais bien volontiers ! » , dit le tambour .
 Il la prit dans sa poche et la tendit dans le noir en direction de la voix ; une main s’en saisit et la forme flottante commençait à disparaître quand le tambour ajouta : « Attendez, attendez, avez-vous besoin d’aide ?
 – Pour m’arracher au pouvoir de la sorcière, il faudrait monter sur le Mont de Cristal ; mais tu ne pourras pas y arriver, et quand bien même, tu ne pourras pas l’escalader !
– Ce que je veux, je le peux, répondit le tambour ; je veux t’aider et je ne crains rien ni personne ; mais je ne connais pas le chemin du Mont de Cristal.
- Il passe dans la grande forêt où vivent des géants mangeurs de chair humaine ; c’est tout ce que je peux te dire. Puis il entendit comme un bruit d’ailes, et la forme disparut.
Le jour à peine levé, le jeune homme se prépara, prit son tambour et d’un pas décidé se dirigea vers la forêt. Il marcha un moment sans voir personne et surtout pas de géant : « Ils dorment sans doute, se dit-il, je vais réveiller ces paresseux ».
Il prit ses baguettes, ajusta son tambour et fit entendre une telle roulade que les oiseaux s’envolèrent en poussant de grands cris. Un géant qui dormait dans l’herbe se dressa : il était aussi haut qu’un grand chêne et de fort mauvaise humeur: "Saleté de bestiole! As-tu bientôt fini ce raffut ? Ah! Malheur! Je dormais si bien!"
-Je dois battre du tambour, répliqua le jeune homme sans se démonter, pour indiquer la route à l'armée qui me suit.
 - Et que vient faire une armée dans ma forêt?
 - Elle vient la débarrasser de toi, monstre que tu es. -
Le géant se mit à rire: "Bande d'insectes, vous allez voir comme je vais vous exterminer !
 - Que tu crois! le nargua le jeune tambour; nous sommes trop petits, nous te filerons entre les doigts et le soir, quand tu voudras dormir, nous sortirons de tous les fourrés, nous te grimperons dessus et comme chacun de nous a un marteau d'acier pendu à sa ceinture, nous te fracasserons le crâne.
Le géant fit la grimace; il pensait: "Il a peut-être bien raison... je peux venir à bout d'un loup ou même d'un ours, mais je n'ai jamais pu grand- chose contre les puces et les moustiques... Ecoute, minable, dit-il à voix haute, file avec ton armée et je te promets de ne jamais faire de mal à aucun d'entre vous; et même, si tu as un voeu à faire, fais le maintenant.  Je suis prêt à te faire plaisir.-
Le tambour considéra le géant depuis les pieds jusqu'à la tête: "Avec tes grandes jambes, tu dois courir plus vite que moi; porte moi jusqu'au mont de Cristal et je dirai à mon armée de te laisser tranquille, du moins, pour cette fois!
"Allez, grimpe, moustique! On ira où tu voudras!"
Entre deux doigts, le géant souleva le garçon, le mit sur son épaule; une fois installé là le tambour se mit à jouer à coups redoublés. Le géant pensa: "Bon, il donne le signal de la retraite. »
 Le jour à peine levé, le jeune homme se prépara, prit son tambour et d’un pas décidé se dirigea vers la forêt. Il marcha un moment sans voir personne et surtout pas de géant : « Ils dorment sans doute, se dit-il, je vais réveiller ces paresseux ».
Il prit ses baguettes, ajusta son tambour et fit entendre une telle roulade que les oiseaux s’envolèrent en poussant de grands cris. Un géant qui dormait dans l’herbe se dressa : il était aussi haut qu’un grand chêne et de fort mauvaise humeur: "Saleté de bestiole! As-tu bientôt fini ce raffut ? Ah! Malheur! Je dormais si bien!"
-Je dois battre du tambour, répliqua le jeune homme sans se démonter, pour indiquer la route à l'armée qui me suit.
 - Et que vient faire une armée dans ma forêt?
 - Elle vient la débarrasser de toi, monstre que tu es. -
Le géant se mit à rire: "Bande d'insectes, vous allez voir comme je vais vous exterminer !
 - Que tu crois! le nargua le jeune tambour; nous sommes trop petits, nous te filerons entre les doigts et le soir, quand tu voudras dormir,nous sortirons de tous les fourrés, nous te grimperons dessus et comme chacun de nous a un marteau d'acier pendu à sa ceinture, nous te fracasserons le crâne.
Le géant fit la grimace; il pensait: "Il a peut-être bien raison... je peux venir à bout d'un loup ou même d'un ours, mais je n'ai jamais pu grand chose contre les puces et les moustiques... Ecoute, minable, dit-il à voix haute, file avec ton armée et je te promets de ne jamais faire de mal à aucun d'entre vous; et même, si tu as un voeu à faire, fais le maintenant.  Je suis prêt à te faire plaisir.-
Le tambour considéra le géant depuis les pieds jusqu'à la tête: "Avec tes grandes jambes, tu dois courir plus vite que moi; porte moi jusqu'au mont de Cristal et je dirai à mon armée de te laisser tranquille, du moins, pour cette fois!
"Allez, grimpe, moustique! On ira où tu voudras!"
Entre deux doigts, le géant souleva le garçon, le mit sur son épaule; un fois installé là le tambour se mit à jouer à coups redoublés. Le géant pensa: "Bon, il donne le signal de la retraite. »
 Quand ils eurent fait un bout de chemin, ils rencontrèrent un second géant. Amusé, il regarda la drôle de bestiole que portait son confrère: "Tu me le prêtes?
Et comme l'autre semblait d'accord, il prit le tambour et le mit comme une fleur à sa boutonnière. Le jeune homme se cramponna au bouton, à peu près grand comme une assiette et très satisfait, contempla le panorama qui s'offrait à lui. Il vit approcher un troisième géant qui eut lui aussi envie de du petit animal. Lui, le mit comme une plume à son chapeau. Le tambour se mit à arpenter le bord du couvre-chef et comme de là-haut, il voyait par-dessus les arbres, il finit par distinguer dans la brume au loin, une montagne. Ce doit être le mont de Cristal pensa-t-il et il avait raison. En quelques pas le géant fut au pied du mont et déposa son passager. Cela ne faisait pas l'affaire de notre héros qui exigea d'être porté jusqu'au sommet; mais le géant ne voulut rien savoir et retourna dans la forêt. 
Le mont de Cristal était haut comme au moins trois montagnes ordinaires ; ses parois étaient lisses comme du verre et le pauvre tambour se demandait comment il allait s'y prendre pour parvenir au sommet. Il tenta l'escalade, mais en vain; il glissait et retombait sur le sol. Il souhaita être un oiseau mais le voeu ne lui donna pas d'ailes.
Pendant qu'il se demandait comment il allait se tirer d'affaire, il entendit des voix furieuses: deux hommes se disputaient une selle posée par terre; chacun d'eux prétendait qu'elle lui appartenait.
Le tambour s'approcha: « Vous n'avez même pas de cheval! Pour quoi vous disputer à propos de la selle? »
-C'est qu'elle en vaut la peine, dit l'un des deux hommes : il vous suffit de vous asseoir dessus, de souhaiter d'aller quelque part et aussitôt, elle vous y transporte, même si c'est au bout du monde. Nous en avons hérité et nous devons nous en servir chacun à notre tour. Le mien est arrivé mais celui-ci veut m'en empêcher.
-Je vais vous départager, dit le tambour.
Il s'éloigna, planta un bâton en terre, puis revint vers les plaideurs.
-Voyez ce but! Courez, et le premier des deux qui touche le bâton aura la selle.
Ils partirent en courant, pendant que notre héros, assis sur la selle faisait le voeu d'être transporté au sommet du Mont de Cristal. Avant d'avoir pu pousser un soupir, il y était arrivé.
Le sommet du Mont de Cristal était une plaine au milieu de laquelle se dressait une vieille maison. Devant la maison, on voyait un étang et derrière s'étendait une sombre forêt. Tout était silencieux nul être vivant, homme ou bête ne se montrait. Le vent courbait la cime des arbres et des nuages passaient si bas qu'ils semblaient frôler sa tête. Il approcha de la maison et frappa à la porte. Une fois, deux fois, au troisième coup la porte s'ouvrit laissant voir une étrange vieille au visage gris; sur un nez long et crochu, des lunettes ne dissimulaient pas des yeux rouges, mais perçants.
-Que veux-tu, grinça-t-elle?
-A manger et un coin pour passer la nuit;
-Toute faveur exige un travail; tu pourras entrer, dormir et manger et échange de trois tâches.
-Bien volontiers! l'ouvrage ne me fait pas peur.
La vieille le fit entrer, lui donna un repas et un bon lit. Au matin elle vit qu'il avait bien dormi, qu'il était dispos. Elle retira de son doigt, un dé que ses ongles longs comme des griffes empêchaient de rentrer sur son doigt desséché et le lui tendit:
-Voilà ton premier travail : avec  ce dé, tu vas vider l'étang qui est devant la maison. Tu dois avoir fini avant la nuit et tous les poissons devront être triés et rangés selon leur grosseur et leur espèce.
Un peu surpris par ce travail étrange, le tambour ne discuta pas et fit ce que la vieille lui demandait. Il tira de l'eau toute la matinée,  mais à midi le résultat était décevant.
Devant l'inutilité de ses efforts, il s'arrêta et alla s'asseoir, découragé : «  Que ce soit pour ce soir où dans mille ans, vider toute cette eau avec un dé à coudre, je n'y arriverai pas! »
Pendant qu'il cherchait une solution, une jeune fille sortit de la maison; elle portait dans un panier, un déjeuner qu'elle posa devant lui:
"Te voilà bien songeur, jeune homme dit-elle
Il leva les yeux et vit qu'elle était merveilleusement belle:
"Je suis à la recherche d'une princesse qu'on retient prisonnière par ici; je dois pour la délivrer accomplir trois tâches, mais je n'arrive même pas à me tirer de la première; je ferais mieux de rentrer chez moi!
-Non, reste dit la jeune fille; tu es découragé parce que tu es fatigué; pose ta tête sur mes genoux et repose toi; à ton réveil, l'ouvrage sera fait.
Le tambour ne se fit pas prier et fit comme lui disait la jeune fille; dès qu'il eut fermé les yeux elle tourna le chaton d'une bague magique qu'elle portait au doigt et dit: "Eaux, montez: poissons, sortez !" Aussitôt l'eau se transforma en nuage qui monta dans le ciel et s'en fut avec ses pareils. Les poissons quant à eux sautaient hors de l'eau et se rangeait admirablement selon, leur espèce et leur grosseur.
Le tambour alors s'éveilla et vit avec stupeur son travail accompli.
La jeune fille lui dit à l'oreille: "Un des poissons est rangé à part. Ce soir, quand la vieille viendra vérifier ton travail elle te demandera pourquoi ce poisson n'est pas rangé avec les autres; Tu lui diras, il est pour toi, sorcière et tu le lui jettera au visage.
Au soir, la vieille revint, posa la question et le garçon fit comme la jeune fille lui avait dit. La sorcière lui jeta un regard venimeux, poussa un soupir puis fit comme si de rien n'était.
Le lendemain matin, la vieille dit au tambour: "Hier, je t'ai donné une tâche facile, aujourd'hui, les choses sérieuses commencent: tu vois cette forêt, derrière la maison, tu vas l'abattre, débiter tout le bois en bûches, et le ranger en cordes; ce soir, tout doit être fini."
Et pour ce faire, elle lui donna une cognée en plomb,  un billot et des coins en fer blanc. Au premier coup, la cognée se tordit, le billot et les coins s'écrasèrent. Le pauvre tambour, ne savait comment se sortir de ce mauvais pas.
La jeune fille vint comme la veille lui porter son repas et le consola: "Pose ta tête sur mes genoux et dors; à ton réveil, le travail sera fait. »
Il ferma les yeux, elle tourna le chaton de sa bague. A l'instant même, la forêt s'effondra, dans un  gigantesque craquement, le bois se fendit et vint de lui-même se ranger en autant de cordes. Quand le tambour s'éveilla, la jeune fille lui dit: "Voilà, tout le bois est coupé et rangé, sauf cette branche. La vieille va te demander ce que cela signifie, tu prendras la branche, tu lui en donneras un coup en disant: voilà pour toi, sorcière ! »
Comme la veille, la sorcière arriva: "Eh, bien, le travail n'était pas trop difficile ! Mais je vois une branche qui traîne, pour quoi n'est-elle pas avec les autres? »
-Parce qu'elle est pour toi, sorcière! dit le tambour en lui en donnant un coup.
Le vieille fit semblant de n'avoir rien senti et se mit à ricaner;
-Demain matin, dit-elle dès ton réveil, tu mettras tout ce bois en tas, tu feras un feu et tu le brûleras entièrement.
Dès l'aube, le tambour se leva et commença à rassembler le bois. Mais c'était toute une forêt qu'il devait mettre en tas ! Comment allait-il, à lui seul, y arriver? Il travailla toute la matinée avec la pénible impression de n'arriver à rien.
Mais la jeune fille ne l'avait pas abandonné: comme les autres jours, elle lui apporta son repas et lui dit de faire la sieste sur ses genoux. A son réveil, le tas de bois brûlait, le brasier s'élevait jusqu'au ciel.
-« Ecoute-moi, dit la jeune fille, la sorcière va revenir et te donner des ordres de toutes sortes; si tu fais sans crainte ce qu'elle te demande, elle  n'aura aucun pouvoir sur toi; mais si tu as peur, prends garde, elle te saisira et te jettera dans le feu, tu n'en réchapperas pas. En revanche, quand tu auras tout accompli, empoignes là à deux mains et jette- là au milieu des flammes.
La jeune fille partie, la vieille revint tout doucement, la voix mielleuse:
-"Brrr que j'ai froid! Je vois là un bon feu qui va réchauffer mes vieux os...mais je vois une bûche au milieu qui ne flambe pas, va donc me la chercher... Ensuite, tu seras libre. Allez n'aie pas peur, entre bravement dans le feu.
Sans hésiter, le tambour se jeta au milieu des flammes  qui ne lui roussirent même pas un cheveu. Il prit la bûche et la posa devant lui hors du feu. A peine eût-elle touché le sol que la bûche se métamorphosa en la belle jeune fille qui l'avait aidé, mais elle n'avait plus ses vêtements de paysanne: sa robe tissée de soie et d'or, brodée de perles  et de diamants montrait assez qu'elle était une princesse.
Le vieille eut un rire sarcastique: « Ah, Ah, dit- elle au tambour, tu crois que cette fille est à toi, mais tu ne la tiens pas encore.
Elle allait se jeter sur la jeune fille, mais le tambour la saisit à deux mains, la souleva comme une plume et la jeta dans les flammes qui l'engloutirent avec appétit.
La princesse regarda tendrement le beau jeune homme qui avait risqué sa vie pour elle et lui tendit la main.
"Puisque tu as tout risqué pour moi, à mon tour je ferai tout pour toi. Si tu veux me jurer fidélité, tu pourras être un jour mon époux. Nous ne manquerons jamais de rien grâce aux trésors que la sorcière a entassés ici.
Elle le mena dans  la maison où il découvrit des caisses et des armoires pleines d'or d'argent, de bijoux et d'oeuvres d'art. Ils ne prirent que quelques pierres précieuses, car la princesse qui avait assez séjourné sur le Mont de Cristal voulait s'en aller au plus vite.
-Assied toi sur ma selle dit le tambour, nous allons redescendre à la manière des oiseaux.
-Pourquoi prendre cette vieille selle quand je n'ai qu'à tourner le chaton de ma bague  pour nous retrouver à la maison?
-Soit, dit le tambour, mais demande qu'on nous dépose à la porte de la ville.
Ils y furent le temps de pousser un soupir. Le tambour dit alors. Il y a longtemps que je n'ai donné de mes nouvelles à ma famille, je dois aller les voir; attend moi ici, je serai bientôt de retour.
-Ah, dit la princesse inquiète, fais bien attention, si tu embrasses tes parents sur la joue droite, tu oublieras tout ce qui nous est arrivé et moi, je resterai seule, abandonnée aux portes de la ville. -« Comment pourrais-je t'oublier? lui dit tendrement le tambour, et il lui jura de revenir sans tarder.
Il avait tant changé quand il arriva dans sa famille que personne ne le reconnut tout d'abord. Il faut dire que les trois jours qu'il avait cru passer sur le Mont de Cristal avalent été en réalité trois longues années.
Enfin sa mère lui sauta au cou et dans sa joie, il l'embrassa sur les deux joues et il fit de même avec le reste de sa famille. Alors, tous les souvenirs de la princesse et du Mont de Cristal s'évanouirent. Il vida ses poches qu'il trouva avec surprise pleine de pierres précieuses. Les parents, pensant qu'il les avait gagnées à la guerre se demandèrent que faire de toutes ces richesses. Ils firent construire un palais princier,  entouré de jardins, de près et de bois. La mère alors lui choisit un épouse et prépara les noces pour dans trois jours. Le fils tout heureux d'être enfin chez lui fit tout ce que ses parents voulaient.
La princesse, aux portes de la ville attendait son retour. Elle attendit jusqu'au soir, elle attendit jusqu'à la nuit,  et le coeur empli de tristesse, elle comprit qu'il avait embrassé ses parents et l'avait oubliée.
Elle ne voulait pas retourner à la cour du roi son père; elle tourna le chaton de sa bague et souhaita  une hutte au milieu des bois. Chaque soir, elle allait à la ville et passait devant le palais du tambour; il lui arrivait quelques fois de la voir mais il ne pouvait pas la reconnaître; elle entendit un jour des serviteurs dire que ses noces étaient pour le lendemain. Ces mots lui donnèrent assez de courage pour lui faire tenter de retrouver son amour
Le lendemain matin, elle tourna le chaton de sa bague et souhaita une robe couleur de soleil. Elle s'en para et s'en fut au bal. Quand elle entra dans la salle, on s'extasia sur la beauté de sa robe et tout particulièrement, la mariée qui était coquette et n'aimait rien tant que les parures et les beaux vêtements. Elle alla vers la princesse et lui demanda si elle consentirait à lui vendre sa robe.
"Je ne veux pas d'argent répondit la princesse, mais je vous la donnerai si vous me laissez passer la première nuit de vos noces devant la porte de la chambre où dormira votre époux". La fiancée qui désirait la robe plus que tout consentit et versa un narcotique dans la coupe où buvait le jeune homme avant de s'endormir. A peine couché, il tomba dans un profond sommeil.
Quand tout le palais fut silencieux, la princesse entrouvrit la porte d la chambre et chanta
Tambour, tambour, écoute-moi,
Ne te souviens-tu plus de moi?
Souviens-toi de Mont de Cristal
Où je t'ai protégé de tout mal
Ne m'as-tu pas donné ta foi?
Tambour, tambour, écoute-moi.

Peine perdue, le tambour ne s'éveilla pas; au lever du jour la princesse dut s'en aller sans avoir rien obtenu.
Le soir, elle tourna le chaton de sa bague et souhaita une robe couleur de lune et comme la veille, elle vint se montrer à la fiancée qui lui accorda en échange de la robe, la permission de passer cette deuxième nuit devant la porte de la chambre.
Elle lui chanta le même air que la veille. Mais le narcotique était trop fort, le tambour ne s'éveilla pas et toute triste elle regagna sa hutte au milieu des bois.

Mais le fidèle valet du prince avait vu la jeune fille inconnue à sa porte, entendu sa chanson et vu couler ses larmes. Il avaient aussi vu la fiancée verser quelque chose dans sa coupe et raconta tout à son maître.
Le troisième soir,  la princesse tourna le chaton de sa bague et souhaita une robe couleur d'étoiles.
Quand la fiancée la vit arriver, elle perdit toute mesure; elle voulait à tout prix cette robe qui surpassait en richesse et en beauté toutes les autres; la princesse la donna comme les deux autres en échange de la permission de passer la nuit devant la porte du fiancé. Mais le tambour ce soir- là, avait fait attention de ne pas boire dans la coupe; il l'avait en cachette vidée dans une plante verte qui se trouvait là.
Quand le palais fut endormi, il entendit dans le silence, la petite chanson de la princesse. Et cette voix dans le noir, lui fit souvenir de celle invisible, qui réclamait sa petite chemise. Alors la mémoire lui revint : "Malheur, dans ma joie de les revoir j'ai embrassé mes parents sans faire attention. Honteux de son infidélité, il se leva d'un bond et prenant la princesse par la main, il la mena chez ses parents à qui il raconta comment les choses s'étaient passées: "Celle-ci est ma vraie fiancée je commettrais un parjure en épousant l'autre. Les parents donnèrent leur consentement.
Le lendemain, on ralluma les torches, on convoqua les musiciens, on invita parents et amis à revenir et dans la joie on célébra la vraie noce.
Dans la joie de tous, car la première fiancée, avait trois nouvelles robes à porter pour la fête, ce qui lui fit oublier qu'elle avait été évincée.



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