jeudi 26 novembre 2015

Andersen

Vous avez très envie de pleurer et aucune raison légitime de le faire. Alors, lisez un conte d’Andersen. Andersen sait faire pleurer comme personne. Il laisse même entendre que ne pas pouvoir pleurer est un véritable malheur. Ainsi, dans la Reine des Neiges, le jeune Kay est frappé d’un éclat de miroir diabolique qui le rend insensible et le prive de larmes. Il est enlevé par la Reine des Neiges et son amie Gerda va se donner un mal de pendu pour le retrouver. Alors le méchant éclat de miroir tombe et bonheur… Kay peut à nouveau pleurer !
Ensuite vous pourrez pleurer sur les malheurs qui adviennent au Vilain Petit Canard, que personne n’accepte ni ne comprend. Mais essuyez vos larmes : si vous vous sentez tant  d’affinités avec ce malheureux volatile, c’est que bien entendu, vous êtes comme lui : un cygne.
Mouchez-vous, et pleurez encore sur le destin de la pauvre Petite Sirène qui renonce à sa voix, à son immortalité et à l’amour des siens, rien que pour avoir des jambes et faire un tour de valse avec un idiot de Prince qui lui préfère une ordinaire fille de roi.
Pleurez sur le vaniteux petit sapin qui souffre et va joyeusement à la mort pour passer quelques jours sous une parure brillante.
Et comme avec lui nous serons arrivés à Noël, finissez votre provision de mouchoirs en compagnie de la Petite Marchande d’Allumettes, le conte de Noël le plus triste du monde :

Et l'enfant alluma une nouvelle allumette, et puis une autre, et enfin tout le paquet, pour voir la bonne grand-mère le plus longtemps possible. La grand-mère prit la petite dans ses bras et elle la porta bien haut, en un lieu où il n'y avait plus ni de froid, ni de faim, ni de chagrin: c'était devant le trône de Dieu. 
Le lendemain matin, cependant, les passants trouvèrent dans l'encoignure le corps de la petite ; ses joues étaient rouges, elle semblait sourire ; elle était morte de froid, pendant la nuit qui avait apporté à tant d'autres des joies et des plaisirs. Elle tenait dans sa petite main, toute raidie, les restes brûlés d'un paquet d'allumettes.













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