mercredi 7 octobre 2015

Les 7 citrons (Malte)

Un sultan désolé de n’avoir pas d’enfant, jura d’offrir à son peuple une fontaine à huile si le ciel lui donnait une descendance. Le ciel l’entendit,  lui donna un fils et le sultan tint sa promesse ;
Pourtant, avant que le garçon ait atteint l’êge d’homme, la fontaine vint à tarir.
Alors qu’elle était presque à sec, le jeune homme vit depuis sa fenêtre une vieille femme, racler le fond de la fontaine avec une coquille d’œuf, dans laquelle elle trempait un chiffon qu’elle tordait ensuite au-dessus d’une jarre.
L’adolescent, sot comme on l’est à cette âge, trouva la vieille ridicule, se mit à rire et lançant adroitement un petit caillou brisa la coquille. La femme, surprise, fâchée, regarda autour d’elle et ne vit rien ni personne. Son air indigné amusa le garçon, qui rit de plus belle et lança un autre caillou. Il toucha cette fois la vieille femme.
Elle se retourna, vit le chenapan à sa fenêtre qui se moquait d’elle. Elle pointa vers lui un doigt vengeur et glapit :
-« Le diable t’emporte et te donne pour femme une fille des sept citrons ! »
Une fille des sept citrons ! Le jeune homme se mit à en rêver et comme son père le sultan se mit à lui chercher une épouse, il déclara qu’il n’épouserait qu’une fille des sept citrons.
Effrayé, le sultan tenta de le dissuader, mais il était si résolu que son père le laissa partir à la recherche de cette improbable fiancée.
Le jeune homme marchait droit devant lui depuis un long moment, quand il vit un vieil homme. Il le salua gaiement :
-«  Belle journée, Grand-Père ! »
Le vieux le regarda fixement :
-« Tu as bien fait de me souhaiter une belle journée ! Sinon, je t’aurais avalé et dévoré tout cru ! Que fais-tu sur ma route ?-
-Grand-Père, je cherche les filles des sept citrons ; sais-tu où elles sont ?-
- Les filles des sept citron ? Quelle quête, jeune homme ! Beaucoup y sont allés qui ne sont jamais revenus. Crois-moi, rentre chez toi !-
- Non, Grand-père, je veux trouver les filles des sept citrons !-
-Dans ce cas, continue ta route. Dans quelque temps, tu rencontreras mon frère. Il est plus vieux et plus sage que moi. Il pourra peut-être te renseigner.-
Le jeune homme reprit la route ; il marcha longtemps avant de rencontrer un autre vieillard.
-«  Belle journée, Grand-Père !-
Le vieux le fixa sévèrement :
-« Tu as bien fait de me souhaiter une belle journée ! Autrement, je t’aurais avalé et dévoré tout cru ! Que fais-tu sur ma route ?-
- Grand-Père, je cherche les filles des sept citrons. Peux-tu me dire où les trouver ?-
- Oh, jeune homme, que cherches-tu ? Beaucoup y sont allés qui ne sont pas revenus ! Retourne chez toi.-
-Grand-Père,je dois trouver les filles des sept citrons. Veux-tu m’aider ?-
- Poursuis ta route, mon garçon. Plus loin, tu rencontreras mon père ; il est encore plus vieux et plus sage que moi. Peut-être voudra-t-il te renseigner.-
Le garçon marcha et marcha encore. Enfin il rencontra un vieillard si courbé par les ans qu’il marchait sur sa barbe blanche qui traînait sur le sol.
-«  Bonsoir Grand-Père ! »
Le vieux releva péniblement la tête et darda sur lui des yeux pleins de malice :
-«  Tu as bien fait de me souhaiter le bonsoir ! Sans quoi, j’aurais pu t’avaler et te dévorer tout cru !
-«  Grand-Père, on m’a dit que tu savais où trouver les filles aux sept citrons.
-«  Renonce mon garçon, cette quête est trop difficile pour toi ! beaucoup y sont allés qui ne sont jamais revenus.
-«  Même si je ne dois pas revenir, grand-père, il faut que je trouve les filles des sept citrons.
-« Tu m’as l’air bien décidé ! Ecoute, si tu suis bien mes conseils, il se peut que rien de fâcheux ne t’arrive ; tu vas reprendre ta route. Quand tu seras devant un fontaine de purin, salue-là et dis-lui : Bonjour fontaine, si je n’étais pas si pressé, je me désaltèrerais de ton délicieux jus d’orange.
Marche encore, et tu verras un arbre couvert de mouches ; dis-lui : bonjour bel arbre, si je n’étais pas si pressé,je mangerais de tes grappes si appétissantes.
Va encore, tu rencontreras un esclave qui nettoie un four à mains nues ; salue-le et donne lui pour l’aider un morceau de ton manteau.
Ne t’arrête pas, continue ; tu verras dans une étable un chien manger du foin et un âne couché sur des os ; donne le foin à l’âne et les os au chien.
Et quand tu arriveras devant deux lions qui gardent une porte qui bat au vent, fais bien attention : si les lions ont les yeux fermés, surtout n’approche pas, ils te dévoreraient. S’ils ont les yeux ouverts, avance hardiment, prend une pierre, et cale le battant de la  porte et frappe.
Le fils du sultan fit tout ce que lui avait recommandé le vieillard ; après qu’il eut frappé à la porte, une femme vint lui ouvrir. Il lui demanda :
-« Où sont les filles des sept citrons ?
-«  Suis-moi, dit-elle en lui montrant un escalier.
Mais le jeune homme, méfiant, se garda bien de la suivre ; et il avait raison, car si elle montait, c’était pour aiguiser ses dents en cachette et le dévorer.
A peine eut-elle disparu qu’il vit au-dessus de la porte une étagère sur laquelle étaient rangés sept citrons. Il s’en empara, claqua la porte derrière lui et partit en courant.
L’ogresse, criant au voleur, se lança à sa poursuite ;
-«  Lion, lions, criait-elle, attrapez-le et dévorez le..
-« Non, dirent les lions, nous n’avons vu personne entrer et donc, personne n’est sorti.
Furieuse, l’ogresse cria au chien :
-« Attrape-le et mords-le !
-« Jamais de la vie dit le chien, il m’a sorti de la paille et m’a donné des os !
-« Ane, âne, cours après lui et donne-lui des coups de sabots …
-« Pourquoi, dit l’âne ? Il a enlevé les os de ma litière et m’a donné du foin !
L’ogresse écumait de rage :
-« Esclave, prends-le et jette-le dans ton four !
-«  Non, car il m’a donné un morceau de son manteau pour m’aider à le nettoyer.
-« Mouches, mouches, jetez-vous sur lui et piquez-le !
-« Nous ne piquerons pas celui qui nous pris pour de beaux raisins !
-« Fontaine, fontaine, il faut le noyer dans ton purin !
-« Je ne ferrai aucun mal à celui qui voulait boire mon beau jus d’orange !
Pendant que la sorcière jurait et trépignait, le garçon s’était mis hors d’atteinte, dans un endroit solitaire. Ne voyant plus personne, n’entendant aucun bruit, il prit un des citrons, l’ouvrit et quand il le pressa, il en sortit une jeune fille qui gémit :
-«  Faim…soif…faim…soif…
Comme il n’avait rien à lui donner, elle tomba sans vie sur le sol. Voyant qu’elle était morte, il ouvrit le deuxième citron ; il en sortit une jeune fille qui se plaignit :
-« Faim…soif…faim…soif
Il n’avait toujours, rien, elle tomba sans vie sur le sol.

Il ouvrit un a un les autres citrons et quatre autres jeunes filles tombèrent mortes à ses pieds. Enfin, il lui restait le septième citron, il se dit qu’il devait faire attention et il eut enfin l’idée avant de l’ouvrir, de chercher quelque chose à boire et à manger.
Avançant dans la forêt, il vit un arbre penché dont les fruits se miraient dans l’eau d’une source. Il en cueillit quelques-uns et ouvrit le septième citron.
Avant que la très jolie fille qui en sortit ait eu le temps de se plaindre,  il lui donna à boire de l’eau de la source et quelques fruits à manger. Elle était vraiment ravissante, avec de longs cheveux plus blonds que le soleil qui lui cachaient le corps et une partie du visage. Seulement à part sa chevelure, elle n’avait rien pour se couvrir.
Le garçon, bien décidé à en faire sa femme se dit qu’il ne pouvait pas l’amener à la cour dans cette tenue.
-« Grimpe dans l’arbre lui dit-il, tu seras en sécurité pendant que j’irai te chercher des habits. Attends-moi, j’irai aussi vite que possible. A peine était-il parti qu’une fille horrible et velue vint puiser de l’eau à la source. En se penchant, elle vit le reflet de la fille du citron qu’elle prit pour le sien ;
-« Tiens se dit-elle, je ne suis pas si laide qu’on veut bien le dire !
En l’entendant, la fille du citron pouffa de rire, le noiraude l’entendit. Mortifiée, elle la ssalua cependant aimablement et grimpa la rejoindre dans l’arbre.
Que tu as de beaux cheveux, dit-elle en les caressant. La perfide avait dans sa main une épingle qu’elle enfonça dans la tête de la jeune fille, qui aussitôt se changea en colombe et prit son envol.
Quand le garçon revint, il trouva sa fiancée bien changée. En lui demandant pourquoi sa peau et ses cheveux étaient devenus si noirs, elle lui répondit qu’elle l’avait attendu si longtemps que le soleil l’avait brûlée.
Pourtant, dit-il, piteix, j’ai fait aussi vite que j’ai pu.
Déçu, il fit contre mauvaise fortune bon cœur, et après l’avoir vêtue, emmena sa fiancée au palais du sultan, qui en la voyant, leva les bras au ciel. La sultane pleura, les ministres protestèrent et la cour murmura : ce mariage ne devait pas se faire.
Mais si, dit le garçon, c’est mon destin et je dois épouser la fille du citron.
Le sultan leva les bras au ciel, la sultane pleura, les ministres protestèrent, la cour murmura, mais le mariage se fit.
Mais voilà qu’aux fenêtres de la salle où avait lieu le banquet des noces, une colombe vint frapper du bec et des ailes. Le marié dit de la laisser entrer, mais la mariée qui l’avait reconnue répliqua qu’elle ne voulait pas d’oiseau à son repas de noces. On referma la fenêtre.
La colombe alors redoubla de coups de bec et de battements d’ailes. Le sultan qui avait bon cœur donna ordre de la laisser entrer.
La colombe, toute blanche vint se poser sur l’épaule du marié en gloussant doucement. Du doigt, il la caressait, quand sur sa tête,il sentit la tête d’épingle.
Pauvre bête, dit-il, cette épingle doit la faire souffrir ; tout doucement, il la retira.
Toute la cour vit avec stupeur la colombe se changer en jeune fille sans même une plume sur son corps magnifique. Elle se drapa dans ses cheveux pour raconter son aventure devant toute la cour. Le sultan donna des ordres : qu’on saisisse la noiraude, qu’on la mette à mort et que sa peau tannée, étendue aux portes de la ville serve à nettoyer les pieds de tous les visiteurs, mais qu’on donne d’abord quelques vêtements à la fiancée avant qu 'elle ne prenne froid !

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