vendredi 11 janvier 2013

Charles Dickens






Mes deux grand-mères lisaient. Elles ne lisaient pas les mêmes choses,  en matière de magazines par exemple.
Je dois à l’une, par le biais du supplément théâtral de « L’Illustration », d’avoir conçu à l’âge de dix ans un amour éperdu pour le Prince de Homburg sous les traits de Gérard Philippe. Il m’en est resté la tentation des amours impossibles et un goût immodéré pour les pantalons noirs et les chemises blanches à jabot.
L’autre,  ignorant le mépris dans lequel la première tenait ce genre de publications, consommait assidument : Nous Deux, Confidences, Les Bonnes Soirées et les Veillées des Chaumières. C’est pourtant dans un de ces hebdomadaires « populaires », un de ces magazine « à l’eau de roses » que j’ai pour la première fois rencontré Dickens.  Les « Grandes Espérances » y étaient publiées en bandes dessinées et j’ai partagé la terreur de Pip pour le forçat caché dans la lande, son angoisse en découvrant le banquet de noces poussiéreux et la pièce montée couverte de toiles d’araignées chez Miss Havisham.
Depuis , j’ai lu et relu les Grandes Espérances in extenso et aussi David Copperfield, si largement inspiré de la vie même de Dickens. Mais sa magie est restée pour moi dans cette première découverte et aussi dans cet extraordinaire « Cantique de Noël » paru en 1843. Entre fantastique et sordide réalité, le tendre Dickens y condamne avec son inimitable humour larmoyant,  avec la tendresse dont il pare ses plus sordides personnages, la sinistre réalité du Londres de son époque, la misère des petits employés, la suffisance des nantis et l’exploitation industrielle particulièrement intolérable quand elle agresse les enfants.
On a dit de Dickens qu’il avait inventé le « Conte de Noël, d’un Noël qui n’était pas encore une fête marchande, Noël du temps où la famille était réunie avec pour cadeau principal et souvent le seul , un repas moins frugal que ceux dont l’ordinaire peinait à les rassasier. Un Noël où il faisait chaud parce que ce soir là on n’économisait ni le charbon, ni les jeux , ni les chants, ni les baisers, ni l’amour.

« … Scrooge et l’Esprit, transportés dans les faubourgs de Londres, s’arrêtèrent sur le seuil d’une maison que l’Esprit bénit avant d’entrer en secouant sa torche avec un sourire. C’était la maison de Bob Cratchit, les commis même de Scrooge, ce pauvre commis à quinze shillings par semaine. Bob n’est pas encore au logis, mais il est attendu. Mrs Cratchit, sa femme, n’a qu’une robe qui a été retournée deux fois ; elle est en toilette cependant, tout autant qu’on peut l’être avec quelques sous de ruban ; elle met la table, aidée de Belinda Cratchit, la seconde de ses filles, qui est parée… de rubans, comme sa mère, tandis que maître Pierre Cratchit, le fils aîné, qui plonge une fourchette dans le poêlon aux pommes de terre, mord du bout des lèvres les coins d’un monstrueux col de chemise, présent de son père, heureux de se voir si brave et regrettant de ne pouvoir aller montrer son linge dans les parcs à la mode. Voici deux petits Cratchit encore, garçon et fille, qui surviennent en criant qu’ils ont flairé l’oie depuis la porte du boulanger et l’ont reconnue pour leur oie. Ces petits Cratchit croient déjà mordre dans leur part ; ils dansent de bonheur et flattent leur frère aîné qui souffle le feu jusqu’à ce que, bondissant sous le couvercle qui les étouffe, les pommes de terre demandent à être débarrassées de leur pellicule. »

2 commentaires:

manouche a dit…

C'est amusant de connaitre ce qui nous a donné le gout de la lecture; j'ai appris à lire toute petite dans un feuilleton de Simenon qui paraissait dans le quotidien de mon père !!

laurent a dit…

Charles Dickens, c'est un nom qui me parle...

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...