jeudi 31 janvier 2013

La Salamandre


Je vais vous dire
comment des pattes ont poussé à cette salamandre.  

Il était une fois un ver.


Je vais raconter ça pour commencer.
Un gros ver.
Un jour il vint à la surface pour voir
si le sol
recevait toujours le soleil.
C'est alors qu'un oiseau se mit à le poursuivre.
Le ver rampa doucement
cherchant un trou.
Mais sa queue et sa tête trouvèrent un trou
au même instant!
Il rentrait par les deux bouts
dans le sol
en s'étirant.
Voilà l'oiseau qui arrive!
Alors j'ai fait le voeu que le ver ait quelques pattes
et il courut sous un rondin.
Plus tard, il vécut sous une souche humide.
Alors j'ai fait le voeu qu'apparaissent des salamandres tout autour
dormant sous les feuilles
avec leurs yeux, leur queue et leurs pattes.
Mais le ver 
est toujours parmi elles quelque part.


Howard A. NORMAN - L'os à voeux

mardi 29 janvier 2013

Prière


Prière rituelle d'un Kwakiutl (Colombie britannique) qui vient d'abattre un arbre pour se construire un canot: il se saisit de quatre copeaux et en jette un derrière l'arbre:

"O surnaturel! Agis selon ton pouvoir surnaturel! " Il en jette un autre et dit:"O Ami! Tu vois ton guide, il dit que tu tourneras la tête et tombera là aussi." Il jette un troisième copeau et dit:" O Créateur! Tu as vu la voie que suivra ton pouvoir surnaturel. Suis la même voie." Il jette le dernier en disant: " O Ami! Tu iras où va ton coeur de bois. Tu te poseras sur ta face à la même place." Ayant dit, il répond lui-même:"Oui, je tomberai ici avec ma tête."
Lorsqu'une femme vient couper les racines d'un jeune cèdre, elle commence par invoquer l'arbre: "Regarde-moi, ami! Je viens te demander ton habit car tu es venu par pitié pour nous; il n'y a rien en toi qui ne puisse nous être utile, car telle est ta volonté: tout nous est utile en toi, parce que tu as réellement voulu nous donner ton habit. Je viens te demander cela, grand créateur, parce que je vais me servir de toi pour tresser un panier pour les racines de lis. Je t'en prie, ami, ne t'emporte pas contre moi pour ce que je vais te faire et apprends à tes amis ce que je t'ai demandé. N'oublie pas, ami! Eloigne de moi la maladie afin que je ne sois pas tuée par la maladie ou à la guerre, ô ami."

On éborgne au jardin et des Hommes parlent sur l'almanach

Robert Charlebois - Je reviendrai à Montréal

samedi 26 janvier 2013

ELEGANCE




Les gants sont élégants,
Quand ils sont noirs et longs,
Avec des bas de soie,
Des souliers hauts talons.
La mousseline en écharpe,
Dans un parfum se drape.
La parole assourdie,
Le geste mesuré,
Le pli du pantalon
Bien nettement marqué ;
Les perles aux oreilles,
Un anneau simple au doigt,
Sourire quoiqu’il advienne ;
Et puis pouvoir un jour
Aller valser à Vienne…

Il y a un chat dans l'almanach et une surprise de taille au jardin.


vendredi 25 janvier 2013

Nuit du 23 au 24 janvier


Au finissant de janvier, les Tempestaires se partagent les nuées entre la neige et l'ondée.
Il est écrit que pour voir tout ce qu'on désire se réaliser "on doit - cette nuit-là, si les caprices du Temps s'y prêtent, réussir à avaler le dernier flocon et la première goutte de pluie de la saison."

Pierre DUBOIS - Elficologue


Des primevères font le printemps au jardin- et il y a un cheveu sur l'almanach

mercredi 23 janvier 2013

OURANOS


Au commencement des temps, Chaos, seul dans l’univers, comme il n’avait rien d’autre à faire, pondit un œuf.
Quand l’œuf s’ouvrit, il en sortit Phanès, un dieu sans raison sociale bien définie. Peut-être était-il simplement cette entité sans fin, précieuse et vague, la Nature.
Phanès était androgyne ; il n’eut besoin de personne pour engendrer Nyx, la nuit. Regardant avec complaisance sa créature et las de s’amuser tout seul, il s’unit à elle et lui fit un enfant : Gaïa, la terre - mère à la large poitrine. Gaïa était belle et le monde inachevé ; Phanès épousa Gaïa et ensemble, ils conçurent les montagnes, Pontos l’abîme marin  et Ouranos le ciel étoilé.
Alors, venant d’on ne sait où car plus ancien encore que Chaos, dit-on, surgit Eros, le dieu puissant qui tantôt siffle comme un serpent, tantôt bêle comme un agneau ; il sait plier la volonté, briser la raison. Il a deux ailes, deux sexes et quatre têtes. Et ce n’est pas trop quand on y songe de quatre têtes pour gouverner deux sexes. Ce fabuleux Eros embrasa d’une passion violente l’un pour l’autre, Ouranos et Gaïa.
Si puissant était leur désir qu’à peine pouvaient-ils se détacher l’un de l’autre, le temps pour Gaïa d’accoucher d’une nombreuse progéniture.
D’abord les Titans : Océan aux profonds remous, Coios, Crios, Hypérion et Japet ; Théia, Rhéia, Thémis et Mnémosyne, Phoïbé la blonde et l’aimable Thétis ; enfin et surtout le sombre Cronos, le dieu aux pensers fourbes qui sitôt, détesta le puissant et prospère Ouranos. Ces Titans, si l’on met à part leur taille démesurée, étaient à peu près normaux.
Alors, vinrent les violents Cyclopes : Brontès le Tonnerre, Stéropès l’Eclair et le brutal Arghès qu’on surnomma l’Eclat. Encore plus vigoureux et adroits que leurs aînés, assez semblables à eux à cette différence près qu’ils n’avaient qu’un œil, situé toutefois par souci d’harmonie, au milieu de leur front.
Quand aux trois derniers, et c’est à cause d’eux que de nos jours encore on déconseille aux mères d’épouser leurs fils, encore plus grands, encore plus forts, les innommables Hécatonchires : les orgueilleux Cottos, Briarée et Gyès. Ils possédaient chacun cent mains et cinquante têtes attachées aux épaules. C’est vous dire la largeur des épaules !
Tant de mains et tant de têtes ! Qui de nous certains jours, ne souhaiterait en avoir au moins la moitié ? Bien qu’utiles, tous ces membres n’étaient guère élégants, c’est pourquoi Ouranos le raffiné détestait sa progéniture. Cette monstruosité l’horrifiait d’une part, mais aussi, ces enfants que Gaïa chérissait représentaient autant d’obstacles entre son épouse et lui. Alors, au fur et à mesure de leur venue au monde, , il les rejetait tout au fond du Tartare.
Toujours amante, toujours enceinte et jamais mère, Gaïa se désespérait. A la longue, elle finit par éprouver envers le furieux Ouranos qui la privait de ses enfants,  une aversion telle que s’unir à lui devint pénible. Elle ne pouvait toutefois se soustraire à l’ardeur dont Eros embrasait leur couple. Alors, comme vous ou moi ferions de l’herpès, elle se mit un jour à faire de l’acier. Et de cet acier dont elle était la source et que nerveusement, machinalement, elle manipulait, elle fabrique à son propre étonnement, une harpée, qui est une sorte de faucille.
Cet outil acéré lui donne une idée. Elle appelle ses enfants au fond du Tartare où ils étaient relégués, les exhortant à la vengeance. Seulement, tous craignaient leur terrible géniteur, aussi tous firent-ils la sourde oreille. Seul, le plus jeune des Titans, Cronos « aux pensers fourbes », le plus brave, sans doute le plus intelligent, celui qui spéculait sur l’avenir, Cronos bientôt, du moins le pensait-il, aussi puissant que son  père, Cronos lui répondit. Sans regret, sans remord, sans crainte d’infamie envers plus infâme que lui, il accepta d’être la main qui vengerait sa mère.
Gaïa réconfortée, lui expliqua son plan.
Précédant la Nuit, le grand Ouranos avide de sexe, allait venir vers elle et l’étreindre une fois encore. Alors, le moment venu, Cronos armé de la harpée aux pointes aiguisées, sortant d’un creux de rocher où il s’était embusqué, étendit le bras droit ; de la main gauche (et c’est pourquoi de longtemps la gauche restera présage funeste), saisissant les paternelles génitoires, il les faucha adroitement et sans attendre les réactions de sa victime, les jeta derrière lui au hasard et disparut.
On peut imaginer la douleur et la rage d’Ouranos, mais sans trop s’y attarder car étant dieu, il était immortel. Le devenir de ses organes est plus intéressant.
Les bourses divines étant par leur essence même sacrées, méritaient mieux que d’être abandonnées comme vulgaire charogne, livrées aux vautours qui, par parenthèse, n’existaient pas encore. Non, car douées d’une vitalité propre, le sang qui en jaillit éclaboussa la terre qui s’en imprégna et au fil du temps accoucha des puissantes Errynies, monstres ailés aux longs cheveux entremêlés de serpents. Au nombre de trois, aveugles, armées de fouets et de flambeaux, elles eurent pour fonction de poursuivre sans trêve et jusqu’au fond du Tartare, les criminels impunis. S’acharnant sur leurs victimes, les torturant avec raffinement, les mener jusqu’à la folie leur procurait des joies ineffables. Gardiennes de l’ordre, sombres et puissantes, on les nomma Alecto l’Implacable, Tisiphone la Vengeresse, Mégère l’Envieuse.
Et puis vinrent au monde les nymphes gracieuses et les géants qui luttèrent contre Zeus pour la souveraineté du monde.
Cette histoire horrifique prouve sans conteste que l’assouvissement du désir en lui seul ne provoque que violence et monstruosité. Eros à lui seul ne pouvait susciter un monde harmonieux. Par bonheur, les dépouilles d’Ouranos tombèrent à la mer et un peu de semence qui y était resté se mêla à l’écume des vagues ; de ce mélange naquit la belle, la tendre, la nécessaire Aphrodite.
Plus tard, bien plus tard, leurs sens apaisés, Ouranos et Gaïa réconciliés, devinrent les sages arbitres des litiges entre leurs nombreux enfants ; ils s’adonnèrent aux oracles. C’est ainsi que lorsque Zeus voulut s’unir à la titanide Métis, les grands-parents de la fiancée lui promirent une brillante descendance : une déesse, Athéna, qui égalerait Zeus en sagesse et un fils qui deviendrait roi des dieux et des hommes. Prudent, Zeus renoua avec une vieille tradition familiale et avala Métis avant même que ce dangereux fils fut conçu. Athéna en revanche, était déjà en route et c’est pourquoi à, l’issue d’une mémorable migraine, il lui fallut sortir toute armée de la tête de son père.




mardi 22 janvier 2013

Epona


Le grec Agesilaos raconte comment Phoulouios Stellos aima une jument. De leurs amours naquit la sauvage et gracieuse Epona à qui les Dieux confièrent la tâche de veiller sur les chevaux.
Vêtue de tuniques souples, et portant au front un diadème, elle parcourt les pays celtes où on la prie de veiller aussi sur les eaux et les récoltes
Qu'on la nomme Macha en Irlande ou Rhiannon chez les Gallois, elle déverse généreusement sur les populations le contenu de sa corne d'abondance, veille à la fertilité des femmes comme à celle de la terre. Elle accorde aux guerriers la forc et le courage et protège tous animaux portant sabots.
C'est entre deux étalons, suivie d'un petit chien qu'elle accompagne les défunts dans l'Autre Monde. Son oiseau familier vole au-dessus du cortège...

jeudi 17 janvier 2013

Georges Melies - 1898 - La Tentation de Saint-Antoine - The Temptation o...

Saint Antoine et son cochon


On est parfois ingrat quand on aime. Ainsi je n'ai jamais écrit une ligne sur mon bon Saint Antoine de Padoue avec qui  des rapports de vieux couple, alors que je m'apprête à vous raconter l'autre Antoine et son cochon. Que va-t-il me faire chercher toute la journée en représailles? Mon bon Toine, ton tour viendra, c'est une promesse et pour me signifier que tu n'es pas fâché, montre moi donc où est passé ce capuchon de clé USB qui a filé sous mon bureau, avec lequel le chat a joué et qu'on n'a plus revu depuis...
Or donc, Antoine l'autre, le Grand, celui d'Egypte et son cochon.

Il est né à Queman, au sud du Caire entre 251 et 255 selon les biographes
A vingt ans, il entend l'APPEL; il vend tout ce qu'il possède, donne l'argent aux pauvres et part au désert où il se fait ermite dans un château abandonné. Il passe là une vingtaine d'années en la seule compagnie d'un cochon. Un cochon qui semble n'avoir d'autre ambition dans la vie que de troubler le saint ermite: il vient quand il prie lui grogner aux oreilles, le pousse du groin, passe entre ses jambes jusqu'à le faire tomber et en bref, ne se comporte guère autrement que votre chat quand il s'imagine qu'il a faim. En fait, ce cochon est innocent.
Il faut savoir que le diable à parfois trop chaud près de ses foyers, qu'il lui arrive de chercher refuge dans des abris plus confortables et le ventre des cochons est un de ses nids de prédilection. Il logeait donc en ce temps dans la panse du cochon d'Antoine.
Le démon qui est un grand incompris et surtout un grand maladroit, de crainte que l'ermite ne s'ennuie dans sa solitude, par pur altruisme, s'employait à lui trouver des distraction telles que lui montrer de jeunes et jolies jeunes filles vêtues comme il convient au désert en été. Antoine les regarda d'un oeil distrait , puis retourna à ses prières et ses études; il avait aussi à défendre les chrétiens qu'on persécutait, à démontrer que l'arianisme était une ineptie, bref bien trop à faire et à penser pour prêter une longue attention aux tracasseries de Satan. Qui alors, lui expliqua combien le monde avait besoin d'hommes de sa science et de sa sagesse et lui montra la brillante carrière qu'il y pourrait faire.
Antoine lui répondit par des sarcasmes: "Comment? Satan toi qui vivais si près de Dieu, tu me parles de carrière? Faudrait-il vraiment que j'écoute un être assez sot pour n'avoir pas su rester dans la paix éternelle qui lui avait été donnée?"
Antoine finit par son indifférence et ses moqueries par énerver le diable, qui n'hésita pas à lui administrer de violentes corrections dont le saint ermite ne fit que rire.
Le diable découragé et qui avait d'autres saints à fouetter finit pas quitter le ventre du cochon qui désormait se comporta convenablement. Mais Antoine n'obtint pas la paix pour autant: on avait su ses aventures et sa lutte victorieuse contre l'Ennemi; des moines se déclarèrent ses disciples et vinrent le trouver  pour écouter son enseignement. Ils s'établirent en village autour du vieux château. Antoine qui était venu à bout du diable, les supporta pendant sept ans, de 305 à 312. Mais la patience des saints a ses limites: il les quitta un jour, en s'enfonça dans le désert en direction de la Mer Rouge.
Et c'est dans une autre Thébaïde,  le 17 janvier 356, sous le règne de l'empereur Constantin, qu'il meurt dans la paix de l'âme, entouré des moines qui avaint fini par le retrouver et que finalement il aimait, à l'âge de 105 ans. Ce qui ne saurait trop vous inciter chers lecteurs et trices,à vous engager dans la voie de la sainteté, gage d'une vie longue et heureuse.
Il est désormais, en souvenir de son cochon, le saint patron des charcutiers . Ce qui ne devrait guère inciter les cochons à embrasser la carrière d'animal domestique. 
Saint Antoine sait aussi guérir le zona  dénommé pour cela, le "Feu saint-Antoine".

Rimes à rien...

Que deviendra Arsinoë la Belle quand le sort l'enverra loin de son élément? Son avenir sera celui de la lentille qui se veut papillon...