dimanche 11 mars 2012

Opéra -Fantôme( 5)

« Je ne m’attendais pas, continua-t-il, compte tenu de la manière dont s’est arrangé notre mariage, que vous éprouviez pour moi une folle passion. Mais enfin je ne pensais pas non plus  que ma personne vous inspirerait une telle répulsion. D’ordinaire… il s’interrompit en riant…Mais là n’est pas le sujet. Tranquillisez-vous, Madame, mon intention n’est ni de vous contraindre ni de vous importuner. Cependant, puisque cette union arrange nos familles, nous devrons nous en accommoder. Nous vivrons donc sous le même toit, un revenu suffisant vous sera servi et vous pourrez mener la vie qui vous conviendra ; j’en userai de même. Il va de soi que nous respecterons les convenances ; ne me rendez pas ridicule, j’aurai le même soin à votre égard. Nous devrons bien entendu paraître ensemble dans le monde à différentes occasions, mais pour le reste, je ne vous demanderai aucun compte de votre temps. »
Il marqua une pause ; une pensée lui fit froncer les sourcils. Angélique qui avait presque retrouvé le sourire se rembrunit. Il la regarda attentivement et continua avec douceur :
« Il est vrai que nous devrons avoir un héritier… Mais en fait, rien ne presse… Le moment venu vous serez, je l’espère, habituée à moi. Et je vous assure , Madame, ajouta-t-il en riant, d’autres s’en accommodent  fort bien. »
Sur ces mots, il quitta la table après lui avoir galamment baisé la main.
Angélique resta un long moment songeuse. Son destin ne lui apparaissait plus aussi tragique qu’elle l’avait redouté ; et même, la perspective de liberté offerte par cet époux libéral, l’enchantait. Restait cet héritier qu’on lui réclamerait un jour ou l’autre… Elle avait du temps pour y songer. Aussi retourna-t-elle à ses appartements le cœur plus léger.
Louis des Authieux savait vivre, Angélique n’était pas sotte, aucun souci matériel ne troublait le couple. La jeune femme, à défaut d’amour, éprouva bientôt de l’affection pour ce mari qui se conduisait en grand frère, l’emmenait dans la monde, à la cour, et ne lui refusait rien. Elle eut des soupirants, peut-être des amants, mais aucune passion. Louis avait gardé ses relations, ses maîtresses, et ils étaient devenus grands amis quand un musicien entra dans leur vie…. »
Une sorte de hurlement rauque interrompit le récit ; Marlon sursauta ; la voisine rit :
-« C’est la pendule ! dans cette maison le loup hurle à minuit. »-
Elle avait une passion de gamine pour les gadgets et les bruits incongrus de l’horloge reçue en cadeau pour un abonnement à un quelconque magasine surprenait souvent les visiteurs mais remplissait d’admiration leurs enfants.
 -«Minuit !Je suis désolé s’excusa Marlon tout confus, je vous empêche d’aller dormir. » -
Il se levait à contre coeur .
« Jamais de la vie ! il est l’heure au contraire de raconter des histoires. »
 La voisine remua la braise, remit quelques bûches et se rassit délaissant son tricot. L’ épagneule qui jusque- là ronflait paisiblement enfouie sous un amas de coussins, dérangée par le remue-ménage, s’ébroua et voyant sa maîtresse inoccupée, grimpa sur ses genoux.
« Bon, où en étions-nous reprit la conteuse en berçant la petite chienne »
« Vous parliez d’un musicien… »
« Ah oui ! Louis l’avait gagné au jeu.
- !!! ??
-Ca vous choque ?Ne faites pas ces yeux-là ; à cette époque un musicien était un domestique comme un autre et l’on pouvait perdre au jeu ses domestiques comme ses maîtresses ou ses chevaux ! »
« Tout de même ! Un valet n’est pas une marchandise … un esclave ! »


4 commentaires:

croukougnouche a dit…

Dis, Pomme... tu ne vas pas un de ces jours en faire un livre , de ce superbe Opéra !!! j'aimerais tellement le lire d'un bout à l'autre et hélas , en ce moment , je suis écarquillée en mille tiraillements de partout et n'ai pas le calme et le temps sans speed pour le suivre en feuilleton , j'en suis dépitée ...sinon, vu que c'est en ligne je compte bien m'y plonger dès que.... bravo en tous cas!!!

almanachronique a dit…

C'est l'idée Agnès; mais si tu lis les commentaires d'Anne, tu apprendras que c'est la troisième fois qu'elle le voit passer... Ceci dit j'ai cette fois la ferme intention d'aller jusqu'au bout...
Alors , Editeurs... si vous passez par ici...
P

croukougnouche a dit…

tu sais que Célestine , du blog "Célestine Troussecotte"
a vu son roman "L'orteil d'Apollon " accepté et édité par une maison d'édition belge , demande lui ....:

ah! ben vl'a que la vérif de mots me parle d'une Aketirma : sans doute une voyante qu'il faut soudoyer...

almanachronique a dit…

Non, c'est une sainte: Sainte Aketirma qui protège les auteurs en mal d'éditeur...
Tu sais, pour le proposer, il faut déjà le terminer...
Et puis ce qui compte, c'est d'avoir des lecteurs...
En quelque sorte, je m'auto-publie et remercie ceux et celles qui le lisent..
Les critiques et suggestions ne sont pas mal venues..
Bises
P

Rimes à rien...

Que deviendra Arsinoë la Belle quand le sort l'enverra loin de son élément? Son avenir sera celui de la lentille qui se veut papillon...