S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.



Saint Albin

Rosée de Saint-Albin
Est dit-on rosée de vin.

mercredi 30 novembre 2011

Marcel Aymé - Le Loup (4)

- Loup, s'écria Delphine, vous êtes un menteur! Si vous aviez tous les remords que vous dites, vous ne vous lécheriez pas ainsi les babines!
Le loup était bien penaud de s'être pourléché au souvenir d'une gamine potelée et fondant sous la dent. Mais il se sentait si bon, si loyal, qu'il ne voulut pas douter de lui-même.
-Pardonnez-moi, dit-il, c'est une mauvaise habitude que je tiens de famille, mais ça ne veut rien dire...
-Tant pis pour vous si vous êtes mal élevé, déclara Delphine.
-Ne dites pas ça, soupira le loup, j'ai tant de regrets.
- C'est aussi une habitude de famille de manger les petites filles? Vous comprenez, quand vous promettez de ne plus jamais manger d'enfants, c'est à peu près comme si Marinette promettait de ne plus jamais manger de dessert.
Marinette rougit, et le loup essaya de protester:
-Mais puisque je vous jure...
-N'en parlons plus et passez votre chemin. Vous vous réchaufferez en courant.
Alors le loup se mit en colère parce qu'on ne voulait pas croire qu'il était bon.
-C'est quand même un peu fort, criait-il, on ne veut jamais entendre la voix de la vérité! C'est à vous dégoûter d'être honnête. Moi je prétends qu'on n'a pas le droit de décourager les bonnes volontés comme vous le faites. Et vous pouvez dire que si jamis je remange de l'enfant, ce sera par votre faute!
En l'écoutant, les petites ne songeaient pas sans inquiétude au fardeau de leurs responsabilités et aux remords qu'elles se préparaient peut-être. Mais les oreilles du loup dansaient si pointues, ses yeux brillaient d'un éclat si dur, et ses crocs entre les babines retroussées, qu'elles demeuraient immobiles de frayeur.
Le loup comprit qu'il ne gagnerait rien par des paroles d'intimidation. Il demanda pardon de son emportement et essaya de la prière. Pendant qu'il parlait, son regard se voilait de tendresse, ses oreilles se couchaient; et son nez qu'il appuyait au carreau lui faisait une gueule aplatie, douce comme un mufle de vache.
-Tu vois bien qu'il n'est pas méchant, disait la petite blonde.
-Peut-être, répondait Delphine, peut-être.... (à suivre)

2 commentaires:

Annick49 a dit…

wouah !!! ça se corse !!!

Lulu Sorcière a dit…

Comme tu dis Annick ! Et encore, il a de la chance le loup, Delphine et Marinette je ne les vois jamais aux Archives de la Vienne à lire les vieux registres ;-))) Je sors en courant, Pomme va m'attrapppppppppppperrrrrrr !
Vivement demain !