vendredi 26 novembre 2010

La Chatte Blanche (5)


Les princes partirent chacun de leur côté, mais le plus jeune alla tout droit aux écuries et enfourcha le cheval de bois qui devait le ramener chez Chatte Blanche.
La demeure aux portes d’or était triste, les mains semblaient absentes et sur son coussin, chatte blanche était lovée, le nez dans sa queue, elle ne ronronnait pas, mais tressaillait de temps à autre dans son sommeil ; son poil semblait gris et moins soyeux. Le Prince s’approcha,  la caressa. Elle remua ses pattes, leva la tête et ouvrit ses grands yeux turquoise sur son ami enfin revenu. Son nez rose, ses moustaches frémirent ; un doux feulement témoigna de sa joie.
Aussitôt de partout des mains se montrèrent ranimèrent le feu allumèrent les torchères. Le Prince fut dévêtu, baigné, massé tandis qu’on brossait Chatte Blanche. Un souper fut servi et c’est sans crainte et avec grand plaisir qu’il but la liqueur d’oubli. Il avait eu le temps de dire à la chatte l’objet de sa nouvelle quête aussi quand un an fut écoulé, comme la première fois elle lui rappela son devoir.
Il retourna chez son père, dans une calèche attelée de douze chevaux blancs. Chatte blanche lui avait confié une tabatière ornée de rubis. Son arrivée fut cette fois moins discrète et l’on admira beaucoup son équipage. A l’issue de la fête donnée pour leur retour, les trois frères, l’un après l’autre, offrirent au roi la pièce d’étoffe qu’ils avaient rapportée. Celle de l’aîné était du lin le plus fin, le second montra une soie presque impalpable. Le plus jeune enfin donna sa tabatière de rubis. Le roi l’ouvrit et découvrit  étonné, une noix. On fit casser la noix qui contenait… une noisette. Le roi, sourcil froncés, fit ouvrir la noisette, dans laquelle on vit un noyau de cerise. La cour se mit à craindre pour la vie du prince quand un grain de blé sortit du noyau.
-« Quelle plaisanterie est-ce là, mon fils, tonna le roi ?
Le prince commençait à se demander quel tour avait voulu lui jouer son amie pourtant si chère, quand un grain de millet sortit du grain de blé. Il l’écrasa entre ses doigts tremblants et se déploya alors, une étoffe d’une finesse irréelle qui passait dans le chas de l’aiguille à broder empruntée à une suivante. La cour murmura d’émotion et le nez des deux frères aînés s’allongea. Le roi en se couchant n’était toujours pas décidé à céder sa couronne.
Mes fils, annonça-t-il le lendemain, il m’est encore une fois impossible de vous départager sans faire une injustice. Comme pour régner, il vous faut une descendance, allez par le monde vous chercher une épouse. Celui qui reviendra avec la plus belle et la plus accomplie des princesses sera mon héritier.

2 commentaires:

DIDIER CLAVIEN a dit…

La femme c'est l'avenir de l'homme...Très belle suite, j'adore.

manouche a dit…

La voilà la noisette!très jolie la série des graines en forme de poupées russes...

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...