mardi 14 septembre 2010

YAQUEQUAM (1)

Légende des Indiens Kutenaï
Province d’Alberta , Canada
1-Enfance-
C
’est l’hiver, pendant la lune du « Vieux Bandit », celui qui fait tomber les aiguilles de sapin. Il gèle fort. Une vieille femme et sa fille vivent seules près d’un étang. Un jour où la fille s’en va chercher de l’eau, sa mère la met en garde :
« Même si tu as très soif, ne bois pas l’eau de l’étang avant d’être rentrée à la maison ! »
L’étang est gelé et pour remplir son seau, la jeune fille doit faire un trou dans la glace. La glace est très épaisse, elle doit travailler dur et l’effort lui donne soif. Elle en oublie les recommandations de sa mère et se penche pour boire. Quand son visage touche l’eau, une main sort de l’étang, la saisit par les nattes et l’entraîne au fond. Suffoquée par l’eau froide, elle perd connaissance.
Elle revient à la vie couchée sur des fourrures, dans une grande tente ; un homme est là qui la contemple. Il se nomme « Pierre Blanche », il est calme comme le fond des eaux et si bon que sous ses côtes, on peut voir battre son cœur. Elle devient sa femme et reste vivre avec lui, sous l’étang. L’été venu, elle met au monde un fils auquel « Pierre Blanche » donne le nom magique de Yaquequam. Ce nom lui donne le pouvoir de vivre aussi bien sur terre qu’au fond de l’eau.
Dans la tente, vit aussi le frère de « Pierre Blanche » : « Pierre Grise ». L’oncle est aussi violent, coléreux, impatient, que le père est doux et calme. Le cœur de « Pierre Grise », quand il bat dans sa poitrine, fait un bruit de pierres qui s’entrechoquent. Yaquequam grandit et comme tout gamin en bonne santé, devient remuant et provoque souvent la colère de son oncle. Des colères si violentes, que la mère juge prudent d’éloigner le petit.
« Sauve-toi avant que ton oncle ne devienne fou furieux. Va là-haut chez ta grand-mère. Tu seras mieux près d’elle et dès qu’elle te verra, elle t’aimera. »
Et la mère montre à son petit garçon comment se rendre sur terre.
Doucement, silencieusement, il s’approche de la tente de sa grand-mère. La vieille femme est assise, elle tourne le dos à l’entrée. Yaquequam est un tout petit garçon qui n’a encore jamais vu un être humain ; il a peur, alors il utilise un pouvoir magique et endort sa grand-mère. Elle qui n’a pas sommeil, résiste, résiste autant qu’elle peut et puis finalement, s’affaisse, se couche sur le côté et s’endort. Le petit bonhomme entre dans la tente. Il y a là une foule d’objets qu’il n’a jamais vu chez sa mère. Curieux, il examine, explore, touche à tout, puis le soir venu, fatigué, il retourne au fond de l’étang.
Etonnée, sa mère lui demande :
« Pourquoi es-tu revenu ? Ta grand-mère n’a pas voulu de toi ? »
« Elle est très vieille, alors j’ai eu peur et je l’ai fait dormir. »
La mère rit :
« Tu sais, tous les enfants l’aiment et toi aussi tu l’aimeras quand tu la connaîtras ! »
Dans la tente, la grand-mère s’est réveillé ; elle voit bien que quelqu’un a fouillé partout et elle voit aussi sur le sol, la trace des pas d’un tout petit enfant. Elle devine que c’est l’enfant de sa fille qui l’a visitée pendant qu’elle dormait. Mais voilà, cet enfant, est-ce une fille ou un garçon ?
Pour le savoir, la grand-mère fabrique un arc, un cerf, et un petit panier qu’elle place le lendemain sur le sol, près de la porte. Yaquequam revient et encore timide trouve plus prudent d’endormir la vieille femme. Il entre dans la tente, voit les jouets, s’empare de l’arc et passe toute la journée à tirer des flèches dans le cerf ; le soir, fatigué, il retourne dans sa maison, sous l’étang.
Quand la grand-mère se réveille, elle voit le cerf criblé de flèches et voit aussi qu’on n’a pas touché au panier.
« Bon, se dit-elle, c’est donc un petit garçon ! »
Le lendemain, elle fabrique plusieurs cerfs, les place à côté de l’arc, puis se couche sur son lit, la tête tournée vers l’entrée, sous une couverture de fourrure ; elle serre contre son corps la natte sur laquelle dormait sa fille quand elle était enfant. Elle fait semblant de dormir. Yaquequam rassuré n’utilise pas son charme et toute la journée s’amuse avec l’arc et les flèches. Sous sa couverture, la grand-mère l’observe ; il lui plaît beaucoup ce petit-fils. Elle reste immobile de longues heures pour ne pas l’effaroucher. Vers le soir, le petit garçon fatigué vient poser près de la porte son arc et ses flèches. Doucement, presque sans bouger, la grand-mère sort la natte de sous la couverture et l’étend près d’elle ; puis elle chante une berceuse celle qui autrefois endormait la mère du petit. Charmé, il s’approche, s’étend sur la natte, pose la tête sur la poitrine de la vieille femme et s’endort.
Le lendemain, il n’est pas retourné sous l’étang et il a depuis, vécu heureux avec sa grand-mère.

1 commentaire:

Frédéric M a dit…

Très joli ! Je la conterai à la rentrée à la Roche, dans 3 semaines.
Bonne rentrée !

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...