dimanche 18 avril 2010

Une SOURIS – Fredric BROWN-

Des camions de l’armée entraient maintenant dans le cercle élargi. Une demi-douzaine de gros avions tournoyaient au-dessus de Central Park, faisant un bruit d’enfer. Bill leva les yeux, l’air étonné :
« Des bombardiers, dit-il, avec sûrement leur plein de bombes. Je ne vois pas ce qu’ils ont en vue, sinon bombarder le parc et les badauds, si de l’objet sortent de petits hommes verts armés de lance-rayons pour tuer tout le monde. Dans ce cas, les bombardiers pour­raient achever les survivants. »
Mais il ne sortit pas un seul homme vert du cylindre. Les hommes qui s’escrimaient sur le cylindre sem­blaient ne pas trouver par où l’ouvrir. Ils l’avaient fait rouler et examinaient la partie sur laquelle il s’était posé, mais le ventre de l’objet était identique à son dos. S’il s’était posé sur le dos, on n’avait aucun moyen de le savoir.
C’est à ce moment que Bill Wheeler poussa un juron.  On était en train de décharger les camions de l’armée et ce qu’on en déchargeait c’étaient les éléments d’une grande tente; les soldats enfonçaient des piquets et déroulaient les toiles.
« Ca ne m’étonne pas d’eux, dit Bill d’une voix amère. S’ils avaient tout emporté, ç’aurait déjà été embêtant, mais laisser le truc ici et nous empêcher de voir, c’est le bouquet. »
La tente fut rapidement montée. Bill Wheeler regarda le haut de la tente, mais rien n’arriva au haut de la tente, et il ne pouvait rien voir de ce qui se passait à l’intérieur. Des camions arrivaient et repar­taient, des officiers de haut rang et des civils arrivaient et repartaient.
Peu après, la sonnerie du téléphone résonna. Bill fit une dernière caresse à son chat et alla répondre.
« Bill Wheeler? Demanda l’écouteur. Ici le général Kelly. On m’a donné votre nom quand j’ai demandé un bon biologiste. Vous êtes un maître dans votre spécialité. C’est exact? »
« Oui, je suis biologiste. Ma modestie m’interdit de dire que je suis un maître dans ma spécialité. De quoi s’agit-il? »
« Un astronef vient de se poser dans Central Park. »
« Ah, oui? »
« Je vous téléphone du théâtre des opérations. Nous avons fait installer des téléphones de campagne, et nous battons le rappel des spécialistes. Nous aimerions faire examiner par vous, et par quelques autres bio­logistes quelque chose qui a été découvert à l’inté­rieur de... de l’astronef. Grimm, de Harvard, était à New York et nous l’attendons d’un instant à l’autre. Winslow, de l’université de New York est déjà là. C’est à la hauteur de la 83° rue. Combien de temps vous faudrait-il pour arriver ici? »
« Dix secondes, si j’avais un parachute. Je vous observais de ma fenêtre. Si vous disposez de deux costauds ­vêtus d’uniformes qui imposent le respect, pour me faire traverser la foule, j’arriverai bien plus vite que si je tente une percée à titre individuel. »
« Parfait donnez-moi l’adresse exacte et le numéro de votre appartement, et je vous envoie ce qu’il faut. »
Bill donna les renseignements.
« Au fait, dit-il, qu’avez-vous donc trouvé à l’intérieur ­du cylindre? »
Le général dit « euh » , puis marqua un temps, puis conclut :
« Attendez d’être ici, vous verrez. »
«   C’ est , parce que j’ai mon matériel ici. Mes instrumen­ts de dissection, des produits chimiques, des réactifs.  Il faut que je sache ce que je dois emporter. C’est un petit homme vert? »
« Non. C’est.., on dirait que c’est une souris. Une souris morte. »
 « Merci. »
Bill raccrocha et retourna à la fenêtre. Il jeta un d’oeil soupçonneux au siamois :
« Dis-moi, Beautiful, est-ce que tu ne serais pas en train de me monter un canular? »
Il vit deux agents en uniforme sortir de la tente et se diriger vers la porte de son immeuble, se frayant à grand-peine un passage dans la foule.
« C‘est plus fort que de jouer au bouchon, conclut­-il. Ce n’est pas un canular ».
Il prit une valise et passa dans son laboratoire; il commença à entasser des instruments et des flacons. Sa valise était prête quand on frappa à sa porte.
« Je te confie la maison, Beautiful. J’essaierai de te rapporter la souris, c’est promis ».
Puis il sortit et, sous l’active protection des deux gardiens de la paix, traversa la foule et pénétra dans le cercle des privilégiés, puis dans la tente elle-même.
Il  y avait foule autour du cylindre. Bill regarda par-dessus les épaules et vit que le cylindre avait été proprement fendu en deux. L’intérieur était creux, rembourré de quelque chose qui ressemblait à de la peau fine, mais en plus doux. Un homme, agenouillé à une extrémité d’un demi-cylindre, était en train de parler:
«  Aucune trace d’un mécanisme moteur, d’aucun mécanisme, en fait. Il n’y a pas un fil métallique, pas un grain ni une goutte de combustible. Un simple réci­pient creux, rembourré à l’intérieur. Il est impossible que cet objet se soit déplacé par ses propres moyens, mais il est là, et il vient d’ailleurs. Gravesend dit que les matériaux sont, sans contestation possible, d’origine extra-terrestre. Je suis incapable de proposer la moindre explication. »
« J’ ai une idée à proposer, major, dit la voix de l’homme sur l’épaule duquel Bill se penchait. »
Bill reconnut d’abord la voix, puis l’homme, et se recula pour ne plus faire porter son poids sur le président des Etats-Unis.
« Je ne suis pas un savant, disait le président, et ce que je dis est une simple possibilité. Je pense à la giclée de flammes finale. Dans cet éclat ont peut-être été détruits à la fois le mécanisme propulseur et le combustible. Quels que soient les expéditeurs de cet engin, ils ne veulent peut-être pas que nous sachions par quel procédé l’engin est propulsé. Si mon idée tient, le mécanisme aurait été conçu de façon à se détruire sans trace à l’atterrissage. Colonel Roberts, vous avez examiné le sol calciné derrière l’engin. Vous n’avez rien qui puisse confirmer l’idée que j’avance ? »
« Si, monsieur le président. Il y a des traces de métal, de silicium et d’un peu de carbone, comme si l’ensemble avait été vaporisé par une chaleur prodigieuse ­puis condensé et réparti uniformément. Il n’en reste pas un fragment récupérable, mais aux instruments on peut détecter la présence des éléments vaporisés. Par ailleurs.. ».
A ce moment, Bill se rendit compte que quelqu’un lui parlait :
« Vous êtes bien Bill Wheeler? »
Bill se retourna
« Professeur Winslow! J’ai souvent vu votre photo, et j’ai lu tous vos articles dans le journal... Je suis très honoré de faire votre connaissance et... »
« Coupez le boniment et jetez un coup d’oeil là-dessus. »
Il empoigna Bill Wheeler par le bras et le poussa vers une table, dans un coin de la grande tente.
« On dirait bien une souris morte, dit-il, mais ce n’en est pas une. Pas tout à fait. Je n’ai pas commencé à disséquer,  j’attendais votre arrivée, et celle de Grimm. Mais j’ai pris des températures et étudié des poils au microscope, et fait un examen macroscopique des muscles. C’est.., enfin, voyez vous-même. »
Bill Wheeler regarda. C’était bien une souris, apparemment, une toute petite souris. Mais si on regardait de plus près, les différences sautaient aux yeux, surtout ­pour un biologiste.
Puis Grimm arriva à son tour et les trois hommes commencèrent à autopsier, respectueusement. Des différences ­de plus en plus importantes apparaissaient. Les os ne semblaient pas être en os, d’abord, et de toute façon ils étaient d’un jaune vif au lieu d’être blancs. Le système digestif n’avait rien de très remar­quable, et il y avait un système de circulation sanguine, avec un liquide blanc laiteux dans les veines, mais il n’y avait pas de cœur .

2 commentaires:

anne des ocreries a dit…

Ooooooh ! je trépigne ! La suite, la suite !

NiNa-Lou a dit…

Anne n'est pas la seule à trépigner !... Alors...? Alors...? C'est quoi cette drôle de bestiole !?!?...

Rimes à rien...

Que deviendra Arsinoë la Belle quand le sort l'enverra loin de son élément? Son avenir sera celui de la lentille qui se veut papillon...