dimanche 21 mars 2010

Les six frères cygnes (fin)



Il advint que le roi du pays s’en vint chasser dans la forêt ; des hommes de l’équipage s’approchèrent de l’arbre. Voyant la jeune fille perchée et occupée à coudre, ils lui demandèrent qui elle était. Elle ne répondit pas.
« N’aies pas peur ! Descend, nous ne te voulons pas de mal ! »
Elle secoua la tête et pour les faire partir, leur lança un collier d’or qu’elle portait. Mais les hommes continuaient de l’interpeller ; alors elle leur lança sa ceinture ; peine perdue ! elle leur lança sa jarretière et petit à petit tous ses vêtements, si bien qu’il ne lui resta que sa chemise. Mais les chasseurs n’étaient pas satisfaits ; ils grimpèrent dans l’arbre, se saisirent d’elle et la conduisirent jusqu’au roi, qui lui aussi questionna : « Qui es-tu ? que faisais-tu sur cet arbre ? » Comme elle ne répondait toujours pas, on fit chercher des interprètes qui l’interrogèrent dans toutes les langues connues ; mais elle resta muette. Muette, mais belle ; si belle que le roi en tomba éperdument amoureux. Il la couvrit de son manteau, la prit devant lui sur son cheval et la conduisit dans son château. Il la fit habiller des plus riches atours et elle était ainsi encore plus belle.  Elle resplendissait comme le soleil, mais pas plus que lui ne parlait. A table, le roi la plaça près de lui ; son silence et sa modestie lui plurent tant qu’il décida de l’épouser.
La mère du roi était une mauvaise femme et ce mariage lui déplaisait. Elle disait pis que pendre de sa nouvelle bru : «  C’est une idiote, elle ne parle pas ! Qui sait d’où elle vient ? en tout cas, elle ne convient pas à un roi tel que mon fils ! » Elle attendait son heure ! Au bout d’un an, la nouvelle reine eût un enfant. Pendant son sommeil , la belle-mère l’enleva, et barbouillant de sang les lèvres de la reine, elle alla près du roi l’accuser d’être une ogresse et d’avoir dévoré son premier né. Le roi , bien sûr n’en crut rien. Elle cependant, ne semblait occupée qu’à coudre ses chemises. Elle eut un second enfant ; la belle-mère recommença son manège et le roi ne voulut toujours pas la croire. « C’est trop facile, dit-il, d’accuser quelqu’un qui ne peut parler ; elle est trop bonne, trop douce pour commettre une pareille horreur ! ». Mais au troisième enfant disparu, le roi se crut obligé de l’emmener devant les juges ; comme elle ne disait pas un mot pour sa défense, elle fut condamnée au bûcher.
Le jour fixé pour l’exécution était aussi le dernier des six années au cours desquelles la reine n’avait le droit ni de rire ni de parler pour lever l’enchantement de ses frères ; les six chemises étaient achevées à l’exception d’une manche gauche. Elle les portait sur son bras pendant qu’on la conduisait à la mort ; elle grimpa tout en haut du bûcher, le bourreau la lia au poteau et il tenait déjà la torche qui allait allumer le feu ; elle regarda le ciel et vit les six oiseaux planer vers elle. Pleine d’espérance, elle les vit se poser assez près d’elle pour qu’elle put leur lancer les six chemises. A peine furent-ils touchés que leurs plumes tombèrent et qu’on vit  six beaux jeunes gens se dresser devant la condamnée ; un seul avait à la place du bras gauche, une aile de cygne. La reine alors éleva la voix et put parler à son époux bouleversé .
Elle raconta la raison de son silence et comment sa belle-mère lui avait enlevé ses enfants. Le roi les fit rechercher et pour la plus grande joie de leurs parents, on les retrouva. Et c’est la mère du roi qui remplaça sur le bûcher, la bru qu’elle avait tant détesté.

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