dimanche 14 février 2010

Un conte de Noël (pour Mardi Gras)
Le découplage : une fable morale
Ah, c'est une jolie histoire. Dans ce conte, la richesse change de camp. Ceux qui étaient riches s'appauvrissent, mais ceux qui étaient pauvres continueront à s'enrichir. Juste pour faire mentir le proverbe chinois qui veut que "quand les gros maigrissent, les maigres meurent".
Sam le gros
Il était une fois un (obèse) Américain qui roulait dans une grosse Ford et mangeait beaucoup de hamburgers arrosés de Coca-Cola. Sa chasse d'eau faisait 50 l, une capacité normale, que ce soit dans le désertique Arizona ou le Maine humide. Son moteur comptait douze gros cylindres gloutons. Appelons-le Sam.
Sam était content. Chaque jour, il devenait de plus en plus riche. Des petits génies d'une des meilleures universités du pays avaient inventé le concept d'Internet. On interconnectait tous les ordinateurs de la planète, des PC inventés par IBM, et tout le monde échangeait des informations à la vitesse des électrons dans un fil de cuivre. Presque la vitesse de la lumière. Les actions de nimportequoi.com enrichissaient Sam et bien d'autres personnes.
Mais un beau jour, patatras !, les actions nimportequoi.com se sont effondrées. Sam est soudain devenu beaucoup moins riche. Pire encore, beaucoup de ceux qui travaillaient pour nimportequoi.com se sont retrouvés au chômage. La croissance était cassée. Mais il n'était pas question que Sam prenne une voiture plus petite, mange moins de hamburger, boive moins de Coca-Cola ou limite sa consommation d'eau.
Quand Sam se croit sauvé par son gouvernement
Heureusement, le gouvernement de Sam eut une idée géniale. Il baissa les taux d'intérêt très vite et très énergiquement. Des banques intelligentes proposèrent ensuite des crédits pas chers à des gens qui n'avaient pas encore de maisons afin qu'ils puissent enfin s'en acheter une. Le premier désir d'un chef de famille responsable n'est-il pas d'avoir un toit ? Cela provoqua une augmentation des prix de l'immobilier.
Sam, heureux propriétaire, vit ainsi sa maison prendre de la valeur. Son banquier proposa à Sam un crédit à la consommation basé sur la plus-value immobilière latente de sa maison.
Sam signa. Il se débarrassa de son gros pick-up Ford pour acheter un beau 4x4 Toyota. Il se débarrassa de sa vieille télévision pour acheter un bel écran plat fabriqué à Taïwan. Il acheta un lecteur de DVD fait en Chine. Il changea son ordinateur IBM PC pour un PC Lenovo chinois.
Li le frugal
Il était une fois un Chinois qui avait réchappé à bien des vicissitudes et plusieurs révolutions culturelles. Il vivait très pauvrement à la campagne. Appelons-le Li.
Un jour, le gouvernement de Li eut une idée géniale : sans renoncer à toutes les bonnes choses du communisme, la Chine allait s'ouvrir à l'économie de marché et allait vendre aux étrangers des produits manufacturés par les camarades. Certains camarades auraient même le droit de s'enrichir et de conserver leur argent.
Li quitta sa campagne, dans laquelle il survivait difficilement. Il alla en ville où il trouva un travail très bien payé (260 euros par mois) chez un camarade-capitaliste pour monter de l'électronique. Li passa ainsi du bol de riz au poulet. Il put même envoyer un peu d'argent à ses parents restés à la campagne qui devaient se débrouiller avec 30 euros par mois.
Li n'était pas encore menacé d'obésité, loin de là, mais il s'était étoffé. Il goûte le plaisir des villes. Il envisage l'achat d'une bicyclette, et son rêve, c'est un deux-roues motorisé.
Fin des réjouissances ?
Coup de théâtre ! Le gentil gouvernement de Sam décida de remonter ses taux d'intérêts. Fini l'argent facile. Tous ceux qui s'étaient endettés à taux variables voient leurs remboursements augmenter. L'immobilier baissa. La plus-value latente de la maison de Sam s'effrita aussi. Sam était en difficulté, car il avait emprunté de l'argent virtuel. Sam tira la langue, il avait du mal à faire face à des  échéances de plus en plus coûteuses.
Alors, le gentil gouvernement de Sam décida de baisser à nouveau ses taux d'intérêt. Mais Sam n'achètera plus de 4x4, d'écrans plats et de lecteurs de DVD. La valeur de sa maison continue à s'effondrer et il lui faut rembourser son prêt.
Li va-t-il s'en tirer ? Son usine éprouve des difficultés. Elle peine à exporter. La direction songe à changer de production pour fabriquer ce que veulent les Chinois. Mais encore faut-il que tous ceux qui travaillaient pour l'export ne se retrouvent pas au chômage … Li songe à retourner dans sa campagne.
"Quoi", me dites-vous, "un conte de Noël qui se termine par du suspense, sans fin heureuse, ce n'est pas un conte de Noël !".
Attendez ! Sam va dépérir, mais Li peut s'en tirer et ce ne serait que justice. Car le gouvernement de Li possède une arme que n'ont aucun des gouvernements des pays dits riches : une montagne de dollars. Le gouvernement de Li pourrait se permettre d'utiliser ses dollars sans créer de déficit. Il pourrait par exemple décider de construire des belles routes, des centrales nucléaires, amener l'eau courante dans les campagnes reculées …
Vous voyez bien que les contes de Noël chinois existent …
Simone Wapler

Note de la rédaction Antoinetcla : Seulement voilà, si les contes de Noël existent, le Père Noël, lui, n'existe pas !

(Note de la Chroniqueuse: Impossible de laisser dire sur ce blog que le Père Noël n'existe pas. Il est aussi réel que les fées, ogres ,sorcières, lutins, enchanteurs et autres loups-garous que je rencontre régulièrement. Je vous ai parlé  des loups-garous, quand au Père Noël, reportez-vous aux archives de Décembre
PP)


4 commentaires:

piedssurterre a dit…

il y a le désespoir, et le désespomme aussi... Bonjour, bisous

almanachronique a dit…

J'espère bien que tu considères que l'un est le contraire de l'autre.
kisses
P.

piedssurterre a dit…

Ben oui, évidemment

Denis a dit…

Sympa cet article.

Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...