mardi 16 février 2010

LE POISSON D’OR (2)

Le lac était d’ardoise et les nuages, bas ; quelques gouttes tombaient.. La flûte en un murmure fit venir le poisson :
-« Que veux-tu mon ami ? »-
-« Pour moi, je ne veux rien ! Mais ma sœur… »-
-« Oui, je sais. Retourne en ton palais, elle a ce qu’elle désire. »-
Pendant quelques semaines, elle parut heureuse : elle goûtait du meilleur, essayait des toilettes, commandait aux valets et giflait des servantes. Puis elle devint morose, plus rien ne l’amusait, pas même changer de robes.
Quand une fille s’ennuie au milieu des plaisirs, c’est à n’en pas douter qu’il lui faut un mari. Mais où l’aller chercher?
Pour contenter sa sœur et trouver l’oiseau rare qui la supporterait, notre jeune poète organise un grand bal. Tous les célibataires de cent lieues à la ronde firent danser la belle. Belle, me direz-vous ? Mais oui, elle l’était ; son fichu caractère seul était responsable de la laide apparence qu’on lui voyait souvent. Comme on la disait riche, vivant dans un palais, les demandes en mariage ne lui manquèrent pas. Elle était difficile ; aucun des prétendants ne put lui convenir :
-« Celui-ci est trop sot, celui-ci n’est pas beau, celui-là n’est pas riche, cet autre est bien trop vieux ; en voici un trop grand et un autre trop gros ; beaucoup sont trop petits, ou maigres, ou bigleux… »
Que sais-je ?… Ils furent tous éconduits….

Les musiciens partis, les lampions éteints, dans ses appartements la peste réfléchit…
-« Je sais ce qu’il me faut ! Faites venir mon frère ! »-
Le pauvre, d’un pas lent, traverse le palais.
-« Que veut-elle à présent ? Il ne reste qu’un souhait… »-
Oh ! comme il regrettait sa barque et son filet !
-« Mon frère, j’en suis certaine, il me faut un mari ; comme tu l’as pu voir, aucun de nos voisins ne peut me convenir. Je voudrais pour époux ton ami le poisson. »-
-« Tu veux le Poisson d’Or ? Ma sœur, c’est impossible ! Il est fils de Neptune, tu es fille de pêcheur ! Peut-être est-il un dieu ? »-
-« Eh bien ! s’il est un dieu, je serai immortelle ! »-
-« Pauvre sœur tu es folle ! Ce palais t’a grisée ! Fais comme tu l’entends, mais il n’est pas question que je formule un vœu si contraire au bon sens. »-
-« Quoi ? Comment ? Tu refuses ? »-
-« Oui ma sœur, je refuse ! »-
-« Gardes, qu’on le saisisse ! Confisquez-lui sa flûte ! Je ne te la rendrai que contre la promesse de demander pour moi la main du Poisson d’Or. »-
 Effondré, il retourne en ses appartements. Un musicien sans flûte est comme pain sans beurre ; au bout de quelques jours, il finit par céder.

Le ciel était de plomb ; un vent mauvais soufflait. Il monta dans sa barque, environné d’éclairs. Il n’osait pas chanter ; il n’en eut pas besoin. Au  milieu des roseaux, le poisson l’attendait :
-« Il te reste un seul vœu ; ne le gaspille pas ! »-
-« Ah ! Je n’ose vous dire ce que ma sœur demande… Elle vous veut pour époux ! »-
-« Elle a bien de l’audace ! J’épouserai ta sœur si toi-même consent à t’unir pour la vie à cette jeune grenouille. Tu n’es pas obligé, mais c’est la condition. Va le dire à ta sœur avant de me répondre. »-
Celle-ci trouva normal le marché proposé. Le frère hésite un peu. Elle élève la voix :
-« Si tu tiens à ta flûte, épouse la grenouille ! »-
Au fond, se disait-il, vaut-il pas mieux avoir un batracien pour femme que pour sœur un chameau ?

On célébra les noces.
-« Tu peux ,dit le poisson, embrasser la mariée. »-
Vous l’avez deviné : c’était une princesse. La sœur, émerveillée, saute sur le poisson, l’embrasse goulûment, certaine de le voir se changer en jeune homme.
Elle est changée en carpe !
Et, comme chacun sait, les carpes sont muettes ; on ne l’entendit plus !
P.




1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

bien fait ! non mais, quel fardeau celle-là ! un bel éloge de la tempérance, tiens, on devrait forcer quelques politocard à méditer dessus pendant 20 ans, na !

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 Dictionnaire du Zoodiac  : Signe de Poil, gouverné par l’ennuyeuse planète Rasoir.  Les natifs du blaireau sont généralement taquins...