mardi 29 mars 2016

Lune double...

Une fois je voulus qu'il y ait deux lunes
dans le ciel
Mais il me fallait quelqu'un pour regarder et voir
ces deux lunes
parce que je voulais l'entendre
essayer de convaincre les autres au village
de ce qu'il avait vu.
Je savais bien que ce serait drôle.
Alors je l'ai fait.
Je fis le voeu d'une autre lune!
La voilà, elle était dans le ciel à l'opposé de la vieille lune.
Vint un homme.
Bien sûr j'avais fait le voeu qu'il marche le long de ce chemin.
Il regarda le ciel.
Il fallait bien qu'il voie cette autre lune!
Une lune pour chaque oeil!
Il se tint là regardant
le ciel
un bon moment.
Alors je crois qu'il commença à me soupçonner.
Il regarda dans les arbres
où il pensait que je pouvais être.
Mais il ne pouvait pas me voir
puisque j'étais déguisé en nuit toute entière, justement!
Parfois
je fais le voeu de ressembler au jour tout entier,
mais cette fois-là
j'étais habillé en nuit toute entière.
Alors il dit
"Il y a quelque chose de bizarre
dans le ciel ce soir"
A vois haute
je l'ai bien entendu.
Puis il s'est hâté de rentrer chez lui
et je l'ai suivi.
Il raconta aux autres "Vous n'allez pas le croire
mais il y a SEULEMENT deux lunes
dans le ciel ce soir".
Il avait un drôle d'air sur son visage.
Alors tous commencèrent à regarder dans les bois.
Ils me cherchaient, c'est sûr!
"Seulement deux lunes, hein! Qui va te croire!
Tu ne nous auras pas!" lui dirent-ils.
Ils essayaient de me prendre à mon propre tour.
J'en étais sûr!
Alors je fis vite le voeu d'une troisième lune
dans le ciel.
Ils regardèrent et virent trois lunes.
Il fallait bien qu'ils les voient!
Alors un homme
s'écria "Ah! là, regardez!
là-bas!
Il n'y a qu'une lune!
Bon, allons nous coucher, là-dessus,
et demain matin
on essaiera de comprendre toute cette histoire."
Ils étaient tous d'accord et rentrèrent dans leur maison
se coucher.
Je restai planté là,
avec trois lunes brillant sur moi.
Il y en avait trois... Ca j'en était sûr.



Howard A. NORMAN - L'os à voeux

dimanche 20 mars 2016

A la recherche d'une situation



 Ceci est une histoire hautement morale. Oh là là oui, qu’elle est hautement morale ; Vous allez voir. Un. Deux. Trois. Partez !
Il y avait un certain temps après le commencement des temps un petit caillou qui n’était pas satisfait de sa situation dans le monde.
Cependant c’était une situation élevée, pas d’erreur ! Juste en haut d’une grande montagne d’où l’on apercevait l’Asie, l’Europe et l’Afrique, et aussi l’Amérique (par temps clair).
Il avait été posé au milieu de la plate-forme du sommet, tout seul, comme une pomme sur une table, et d’une manière provisoire, pensait-il.
Aussi ne s’inquiéta-t-il pas tout d’abord. Pour se distraire, il regardait le panorama : c’était assez intéressant. Le monde avait l’air d’une carte de géographie coloriée en vert et bleu. Par grand soleil, ça faisait un joli effet. Il y avait aussi les nuages qui nageaient là-dessus comme de gros poissons, le ventre en l’air. De temps en temps ils se serraient les uns contre les autres, et l’on ne voyait plus rien qu’une grande mer grise et dansante sur laquelle la montagne dérivait comme un radeau. Ces soirs-là, le soleil avait l’air de mourir une fois pour toutes. D’autres jours les nuages montaient les uns sur les autres jusqu’à faire une grande pyramide oscillante, et chaviraient d’un coup sur le sommet. Alors il n’y avait plus rien de solide au monde si ce n’est la plate-forme flottant dans l’air flou comme un tapis magique, et le petit caillou dessus. Cela finissait généralement par un grand tintamarre.  Le ciel se fendillait avec un bruit épouvantable et de grosses boules de flammes venaient se cogner la tête contre le rocher. Vous auriez dit des mouches bourdonnant la nuit autour d’une lampe. Le caillou trouvait la chose plutôt amusante… Jusqu’au jour où l’une des boules tapa en plein contre son nez, et il éprouva une drôle de sensation, quelque chose comme un ramollissement général de sa personne. Par bonheur, ça ne dura pas. Seulement, il s’aperçut, l’orage passé, qu’il était collé sur la plate-forme et ne pouvait plus bouger.
Alors il fut pris d’un accès de neurasthénie aiguë. En outre, il y avait exactement 30.293 ans et 17 jours qu’il demeurait là, et il commença de penser qu’On l’avait peut-être oublié. Et s’il ne pouvait plus bouger, c’était un comble ! Avant ce maudit orage il pivotait sur sa base comme une toupie, d’après le vent… Tantôt il apercevait de grandes plaines brumeuses étalées jusqu’à la mer et, comme il avait de bons yeux, il voyait le flot aller et revenir sur la grève, les pêcheurs tendre leurs filets et dans la mer transparente, tout au fond sur le sable, ramper lentement de grosses étoiles rouges. Puis le Vent le poussait d’un autre côté : par là c’étaient des forêts pleines de singes et de serpents boas gros comme le bras, et 30° de plus au couchant des pics innombrables rangés en ordre de bataille, casqués de glace reluisante ; et tout à fait vers le nord la tache grise des grands déserts avec tous les trente-six du mois un homme sur un chameau. Bien entendu, c’était de ce côté-là qu’il était collé.
Il attendit encore un peu pour voir si rien ne venait, juste 1340 ans. Puis il perdit patience et il dit :
« O Vent, toi qui soulèves sans peine les patauds nuages et les chasses à toute allure afin de les faire maigrir… Toi qui siffles, tapes, bouscules et fais vibrer la montagne rien qu’en disant « Ouf »… Essaye un peu de souffler un coup exceptionnel pour me détacher la base car ma situation devient pénible, et je m’ennuie horriblement, tout seul sur cette plate-forme.
-C’t’enfantin à faire, dit le Vent. Mais je ne suis pas sûr que tu ne regrettes pas un jour de m’avoir demandé ça. As-tu bien réfléchi à la chose ?
-J’y ai réfléchi des siècles et des siècles ! cria le petit caillou. Et j’en ai assez ! Et je veux changer de situation ! (Na !)
-A ton aise » , dit le Vent. Puis il prit son élan et souffla un coup exceptionnel sur le sommet de la montagne. Et le petit caillou partit dans l’air, raide comme une balle. Après quoi il amorça une (élégante) trajectoire, traversa deux ou trois nuages en sifflant pire qu’une balle, et plongea dans quelque chose de mou qui était de la neige. Alors il s’arrêta.
Au début il demeura un peu étourdi. C’était le premier voyage qu’il faisait de sa vie et il éprouvait une sorte de vague à l’âme. A la fine il regarda autour de lui : le paysage avait complètement changé. 
Il se trouvait au milieu d’une pente de neige accrochée dans le haut à quelques pointes de rocher. Elle tombait en grands plis dans l’abîme et luisait au soleil comme une robe de soie. Il trouva ça décoratif. Il avait eu bigrement raison de changer de domicile et se dit une foule de choses agréables à lui-même. Sa nouvelle situation était pleine  d’agréments. Comme on était bien, douillettement enfoncé dans la neige fraîche à contempler le panorama ! A vrai dire, celui-ci n’était pas aussi vaste, mais c’était plus reposant. On apercevait juste un bout de plaine bleue entre deux gigantesques coins de glace… De plus, ce soir-là les nuages se bousculèrent au-dessus de lui et il y eut un orage ; mais les boules de feu restèrent à tourner autour des arêtes sans jamais descendre de son côté. Il dormit sur ses deux oreilles, manière de parler bien entendu.
Le lendemain matin, le petit caillou fit une constatation curieuse : il ne pouvait plus bouger ! La neige si douce hier le serrait avec une telle force qu’il en avait mal aux côtes. Il fut horriblement inquiet ! Qu’est-ce que cela voulait dire ?
Le soleil monta dans le ciel et il s’aperçut que l’étau mollissait peu à peu. Bientôt il fut à l’aise et put remuer, mais il sentit alors quelque chose qui lui chatouillait le nez : c’était une petite goutte d’eau qui s’enfla, commença à dégouliner et devint douche. Or il avait horreur de ça, à cause des rhumes, et il resta trempé toute la journée. Quand vint le soir ce fut bien pis. Il sentit avec ennui toute cette eau se coller à sa peau jusqu’à lui faire une carapace épaisse et dure. Alors il attendit le lever du jour en comptant les heures, et il dit :
« O Soleil ! toi qui t’amuses à faire cuire la terre par-dessus et par-dessous uniquement pour cuivrer la peau des bébés afin que leurs mamans les trouvent plus beaux, toi qui transformes la neige en glace, la glace en eau, l’eau en nuages, et qui détaches les avalanches rien qu’en clignant de l’œil… Essaye un peu de me redécoller la base car ma situation devient pénible et (pour ainsi dire) intolérable !
-C’t’enfantin à faire, dit le Soleil. Mais je ne suis pas sûr que tu ne regrettes pas un jour de m’avoir demandé ça… As-tu bien réfléchi à la chose ?
-J’y ai réfléchi des heures et des heures ! cria le petit caillou. Et j’en ai assez ! Et je veux changer de situation ! (Na !)
-A ton aise », dit le Soleil. Et il commença à taper fort sur la pente et la neige fondit des masses… Soudain le petit caillou démarra de son alvéole et se mit à glisser. D’abord au ralenti, puis un peu vite, puis vite, puis terriblement vite, d’abord sur le dos… sur le nez… les deux ensemble… jusqu’à ressembler à un disque tourbillonnant (lui qui était carré au naturel). La pente remontait vers le ciel jusqu’à 400 kilomètres à l’heure puis s’amincit jusqu’à n’être plus qu’un bande filant entre deux sombres parois, lesquelles se rapprochèrent rapidement à leur tour de sorte que le petit caillou commença à cogner à droite, à taper à gauche, comme une bille dans une bouteille, jusqu’au moment où il vint se ficher entre deux blocs et resta coincé le ventre en l’air.
« Aïe ! Aïe ! Aïe ! gémit-il… Oh là ! Oulah ! »
Il loucha sur son nez regrettablement écorniflé. De plus il avait la peau toute rabotée et une fente inquiétante dans le dos… « Oh là ! Oulah ! »
Il resta ainsi quelques années, à piquer du nez et tâcher de rassembler ses idées, lesquelles étaient restées accrochées de-ci, de-là au-dessus de sa tête. A la fin il examina la situation.
C’était un étroit couloir encaissé entre deux murailles, si hautes que la lumière y pénétrait à peine. Vers le bas on apercevait un petit triangle d’étincelante lumière : un morceau du dos du grand glacier Borbandarcrac luisant au bon soleil. S’il avait pu faire un saut jusque là ! Mais il était joliment coincé ; et personne au monde pour l’aider car le Soleil et même le Vent n’étaient jamais entrés dans cette maudite cave ;
De temps à autre quelque chose craquait là-haut, très haut dans la paroi invisible. C’était une famille qui déménageait. Il y avait d’abord de sourdes explosions, puis le fracas devenait infernal et bientôt apparaissait une grosse pierre ivre, zigzagante, semant derrière elle des bouffées de fumée grise. Elle passait au-dessus de lui en vrombissant, entourée d’une nuée de cailloutis qui sautaient autour d’elle comme des roquets autour d’un autobus. Le cortège s’abattait avec un boucan épouvantable, puis décrivant une dernière pirouette s’éparpillait en gerbe sur le glacier. Une puissante odeur de souffre remontait le long du couloir, tandis que tout en bas sur la neige le gros bloc glissait, glissait désespérément et ne s’arrêtait plus.
Le petit caillou espérait toujours que quelque camarade le heurterait au passage et dans cet espoir 512 années s’écoulèrent. Mais la situation ne s’améliora d’aucune façon .
Tout de même un beau matin il aperçut, comme qui dirait, des mouches sur le dos de Borbandarcrac. Et en y regardant de plus près, il vit que c’étaient des hommes. Alors il se rappela ceux qu’il avait vus dans le temps, quand il était au sommet de la montagne. Il se souvint des pêcheurs tirant leurs filets, et des étoiles rouges au fond de la mer, et tout ça. Peut-être aurait-il mieux valu rester là-haut ? Quoique assurément pouvoir vivre en paix sur le dos de Borbandarcrac était de beaucoup la formule la plus désirable…
Ces hommes-là ne ressemblaient d’ailleurs pas à ceux d’autrefois. Bientôt ils disparurent, cachés par les avancées du rocher, mais environ une heure plus tard il entendit des voix et des chocs sonores. Pas de doute, les hommes montaient vers lui. Ils débouchèrent un peu en-dessous, l’un après l’autre. Ils s’élevaient en lançant de tous côtés les bras et les jambes avec une espèce de frénésie.
Puis l’Homme-de-tête s’arrêta et leva les yeux :
« Zut ! dit-il. Sale fissure… Lisse comme une plaque de verre…
-Il y a une prise, fit l’autre. Caillou coincé…
-… Pas l’air d’tenir, murmura le premier d’un air inquiet.
-Pas l’air d’tenir !… Supporterait un éléphant, mon pauvre ami !… Je passe devant si tu veux…
-Bon… Suffit ! Assure-moi un brin », grommela l’Homme-de-tête.
Soudain le petit caillou pensa que sa situation pourrait bien changer d’un instant à l’autre… Et il se tint prêt.
L’Homme de tête avait glissé un bras et une jambe dans la fissure, et faisait maintenant des efforts considérables avec un visage cramoisi… centimètre par centimètre… et entre chaque centimètre, il soufflait comme une locomotive.. A la fin il fut à portée, donna un bon coup de rein et lança la main droite…
Il y eut alors une suite d’événements confus.
L’Homme-de-tête cria quelque chose à ne pas répéter, tandis que l’autre s’aplatissait pour laisser passer, juste à l’endroit où se trouvait son crâne un quart de seconde auparavent, la chose « qui aurait supporté un éléphant » et qui filait dare dare vers le glacier en sifflant comme un joyeux merle.
Enfin libre !… Il s’amusa à faucher au passage tout un pensionnat de stalactites qui s’effondra derrière lui avec des éclats de vaisselle cassée, puis il percuta le dos de Borbandarcrac, rebondit comme une balle de tennis, dérapa à toute allure sur la glace en tintinnabulant et, pour finir, exécuta un joli plongeon dans un trou plein d’eau verte qui avait l’air d’un œil.
Ploc !
Et comme on n’a jamais plus entendu parler de lui par la suite, je pense qu’il y trouva enfin la situation de ses rêves.


Samivel : Contes à Pic

samedi 19 mars 2016

L'Ahuitzotl


Il y a dans ce pays un animal qui vit dans l’eau et tout à fait inconnu jusqu’à présent. On l’appelle ahuitzotl. Il est de la taille d’un jeune petit chien. Son poil est court et glissant, ses oreilles petites et pointues, le corps noir et lisse, sa queue longue et portant à son extrémité comme une main humaine. Il a des pieds et des mains semblables à ceux du singe. Cet animal vit dans des étangs profonds et si quelque personne arrive au bord de l’eau dans les profondeurs de laquelle il habite, il s’en saisit aussitôt avec la main de sa queue et l’emporte au fond de sa demeure. Il trouble l’eau et y soulève des vagues qui viennent se briser sur les bords en formant de l’écume comme s’il s’agissait d’une tempête. Un grand nombre de poissons et de grenouilles s’empressent de venir à la surface en s’y ébattant en désordre. Celui que l’animal a submergé meurt au fond de l’eau et, peu de jours après,  les vagues repoussent de leur sein son cadavre privé d’yeux, de dents et d’ongles, tout cela lui ayant été enlevé par l’ahuitzotl. Ce corps mort n’a aucune blessure, mais sa peau porte de toutes parts des traces de suçons. Personne, du reste, n’osait enlever ce cadavre. On avertissait les satrapes des idoles de sa présence. Seuls ils pouvaient s’en emparer, car on disait qu’aucun autre n’était digne de le toucher. Les deux Tlaloque, prétendait-on, avaient envoyé l’âme du noyé au paradis terrestre, et c’est pour cela qu’on l’emportait sur une litière avec la plus grande vénération pour l’enterrer dans un des oratoires qu’on appelle ayauhcalco. On ornait cette litière de plantes aquatiques et des musiciens précédaient le convoi en jouant de la flûte. Si par hasard quelque laïque se hasardait à retirer le corps de l’eau, il s’y noyait à son tour, ou ses articulations étaient atteintes de goutte. On disait que celui qui mourait ainsi succombait, ou parce qu’il était très bon et que les dieux Tlaloque désiraient l’avoir en leur compagnie au paradis terrestre, ou bien parce qu’il possédait peut-être quelque pierre précieuse, chose qui courrouçait les dieux Tlaloque, attendu qu’ils ne voulaient point que les hommes eussent en leur pouvoir ce genre de richesse. C’était pour cela qu’ils lui donnaient la mort et qu’ils l’emportaient au paradis terrestre. Les parents de ces victimes se consolaient par la pensée que les défunts se trouvaient en compagnie des dieux de ce paradis  et que par leur intercession ils seraient riches et prospères dans ce monde. Lesdits parents avaient encore le préjugé de croire que quelqu’un d’entre eux mourrait de la même mort ou frappé de la foudre, à la demande des défunts qui voulaient l’avoir auprès d’eux dans le paradis où ils étaient. Aussi évitait-on d’aller se baigner.
On disait aussi que ce petit animal avait recours à une autre ruse pour s’emparer de quelques hommes lorsqu’il s’était écoulé un long espace de temps sans qu’il en eût pris aucun. Il fallait réunir un grand nombre de poissons et de grenouilles sur un point où il se tenait lui-même. Les pêcheurs les voyant sautiller à la surface de l’eau et désirant s’en emparer y jetaient leurs filets. L’ahuitzotl se saisissait alors de l’un d’eux, le noyait et l’emportait dans sa caverne. On disait qu’il avait recours à un autre stratagème. Lorsqu’il y avait longtemps qu’il n’avait pris personne, il se portait au bord de son étang et il se mettait à pleurer comme un enfant. La personne qui prenait cela pour une réalité s’approchait de l’eau et l’ahuitzotl la saisissait avec la main de sa queue, l’emportait sous l’eau et lui donnait la mort dans sa caverne. On prétendait aussi que, si quelqu’un voyait cet animal sans en éprouver aucune crainte,  et si d’ailleurs il n’en était point attaqué, c’était la preuve qu’il mourrait bientôt. On raconte qu’une vieille qui allait chercher de l’eau s’empara d’un de ces petits animaux, le mit dans sa cruche qu’elle boucha avec son uipilli et l’emporta pour le faire voir aux dignitaires de la ville. Ceux-ci l’ayant aperçu dirent à la vieille qui s’en était emparée qu’elle avait commis un péché en le prenant, attendu que c’est un sujet et ami des dieux Tlaloque. Ils lui ordonnèrent de le rapporter à l’endroit où elle l’avait pris.

F. Bernardino de SAHAGUNHistoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne.



vendredi 18 mars 2016

L'étoile (conte amérindien)



Un jeune chasseur était amoureux d’une étoile.
Toutes les nuits, il sortait de la grande hutte des célibataires pour contempler le ciel où brillait son étoile. Il aurait tant voulu l’avoir près de lui, pour lui seul. Mais comment capturer une étoile ?
Le garçon avait pour seule fortune, un flacon transparent qu’il avait trouvé près de la rivière. Il n’avait jamais su au juste à quoi pouvait servir cet objet mais il l’aimait beaucoup et le trouvait très beau. Il l’aurait volontiers donné comme demeure à son étoile.
Une nuit, il a rêvé. Un  rêve si intense qu’il s’est réveillé ; près de lui se trouvait une jeune fille aux yeux brillants, si brillants qu’aucun doute n’était permis : elle était son étoile. Ils se sont aimés tant et tant qu’au matin, au lieu de regagner le ciel, elle accepta pour rester près de lui,  d’habiter le flacon.  
Longtemps ils furent heureux. L’étoile passait toute la journée, dans le flacon et lui pouvait la contempler à loisir ; toutes les nuits, elle le rejoignait sous ses peaux d’ours et de castor et ils s’aimaient, oh comme ils s’aimaient !
Mais les journées sont longues pour une étoile enfermée dans un flacon, même sous l’apparence d’une minuscule jeune fille. Elle finit par s’ennuyer terriblement, par regretter le ciel et sa famille d’étoiles.
Ses yeux, la nuit, brillaient toujours mais le jeune chasseur  y voyait  à présent le regard farouche d’un chat sauvage. Ce qui le rendit très malheureux.
Un soir, en sortant du flacon, l’étoile lui fit ses adieux. Tout en larmes, il la vit prendre une baguette, toucher un arbre qui se mit à grandir,  grandir , grandir…jusqu’à toucher le ciel. Il  a voulu la  suivre quand elle s’est élancée dans les branches.  Elle s’est retournée pour le lui interdire, mais il n’a rien voulu  entendre. Légère, elle montait bien plus vite que lui. Il finit par la perdre de vue mais n’en continua pas moins à grimper, grimper. Soudain, il entendit des tambours de fête, un grand feu illuminait une clairière. Ceux qui dansaient n’étaient pas des guerriers ni des chasseurs, mais de squelettes en habit de cérémonie. Terrifié, il manqua une branche,  glissa, glissa,  dégringola et finit par s’écraser sur le sol dans une douleur immense,  son cœur et son corps  brisés. Il se traîna jusqu’à la hutte pour trouver refuge sous ses peaux de castor où il se blottit dans le parfum de son amour perdu. Il resta couché là  bien des jours et bien des nuits.
L’homme médecine a chanté tous ses chants, a essayé tous ses remèdes, il l’a baigné, fait transpirer. Aucune purification n’a pu le rendre à la nature. Sa tête et son cœur le faisaient souffrir chaque jour davantage..
Une nuit, l’étoile visita son rêve. A son réveil, elle était encore là. Ni son cœur ni sa tête n’étaient plus douloureux. Elle est allée jusqu’à l’arbre qui de nouveau s’est mis à grandir, grandir  jusqu’à toucher le  ciel. Quand elle est montée dans les branches, elle ne lui a pas défendu de le suivre. A sa suite il a grimpé, grimpé. Il a entendu les tambours de fête et ceux qui dansaient pour leurs noces n’étaient plus des squelettes : c’étaient des femmes et des guerriers faits de lumière.
En bas, les jeunes chasseurs sont sortis de la hutte des célibataires. Avec eux, les autres chasseurs, les femmes et les guerriers, toute la tribu  s’est groupée autour de l’arbre avec les tambours de fête. L’homme médecine a trouvé un chant et tous ont dansé pour les noces du jeune chasseur et de l’étoile.

mercredi 16 mars 2016

Le Tigre-



Le tigre court et s'agite sur les sierras, à travers les rochers et les précipices et même dans les eaux des rivières. On le dit le roi des autres animaux. Il est avisé,prudent et, comme les chats, il a soin de sa personne. Il évite de se donner de la peine; il répugne à boire trouble et puant et il se tient en grande estime. Il est bas de taille et gros de corps; sa queue est longue, ses pattes larges, son cou épais. Il a la tête grosse, les oreilles petites, le museau fourni, charnu, plat, rembruni, et le nez grassouillet. Sa face est élargie et ses yeux reluisent comme braise. Ses canines sont longues et épaisses; ses incisives séparées, petites et pointues; ses mollaires grosses en haut; sa bouche grande; ses griffes longues et effilées. Il a des griffes aux quatre pattes. Son poitrail est blanchâtre; son poil d'abord lisse prend des taches avec la croissance, tandis que croissent aussi ses griffes et ses dents. Il gronde et mord; ses crocs déchirent. IL grogne et rugit d'un son cuivré. Le tigre blanc passe pour être le chef de tous les autres; sa blancheur est très grande. Il y en a qui sont blanchâtres avec des taches brunes, et il en existe une espèce de couleur rougeâtre, tachetée de noir.
C'est le propre du tigre de se nourrir de quadrupèdes, comme cerfs, lapins et autres semblables. Il est délicat et peu ami de la fatigue. Il se soigne beaucoup et se baigne. Il voit pendant la nuit les bêtes qui sont l'objet de ses chasses. Sa vue porte très loin.Quoique l'obscurité règne et qu'il y ait de la brume, il aperçoit les plus petits objets. Il ne fuit point à l'aspect du chasseur armé de l'arc et de la flèche. Il s'assoit en le regardant, sans prendre le soin de s'abriter avec n'importe quoi, et il se met à grogner. Il prend cette attitude pour inspirer la crainte au chasseur et lui faire perdre contenance avec son grognement saccadé. Mais celui-ci tire sur lui sans tarder. Le tigre prend avec sa griffe la première flèche qui est en roseau et la brise sous sa dent. Il commence à rugir et il reçoit de même une seconde flèche. Les chasseurs étaient convaincus qu'ils ne devaient pas lui lancer plus de quatre traits. Tel était le préjugé dont ils s'étaient fait une habitude. Si les quatre flèches ne réussissaient pas à le tuer, le chasseur se tenait pour vaincu.Le tigre alors s'étend de son long, se secoue et se lèche. Cela fait, il se replie et s'élance comme en volant sur le chasseur et, la distance fût-elle de dix ou quinze brasses, il ne fait jamais qu'un seul saut, hérissant son poil comme un chat devant le chien. Il tue aussitôt sa victime et la mange. En voyant que le tigre accueille la première flèche et la met en morceaux, les bons chasseurs prennent une feuille de chêne et l'appliquent sur la seconde flèche. Ils tirent. la feuille fait du bruit comme le vol de la sauterelle. Elle tombe à moitié chemin ou aux pieds du tigre qui s'en amuse. Mais la flèche suit son parcours; elle arrive à son but et traverse le fauve qui fait un bond en l'air, retombe à la même place, se rassoit comme auparavant et meurt assis, les yeux ouverts, de telle sorte qu'on le dirait vivant encore, bien qu'il soit déjà mort...

F. Bernardino de SAHAGUN Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne.

lundi 14 mars 2016

Il y avait un homme...

... qui avait beaucoup de mal à chasser.
Bien sûr j'étais la cause de ses problèmes.
S'il trouvait un cerf
je le rendais si maladroit
qu'il trébuchait
ou marchait sur une branche.
Le cerf s'enfuyait!
S'il trouvait une famille de faisans
je faisais le voeu d'un lynx
surgissant juste au milieu d'eux
alors les faisans s'éparpillaient et s'envolaient!
L'homme était de plus en plus troublé.
Puis, je fis le contraire.
Je lui rendis la vie beaucoup plus facile.
S'il sortait
chasser le cerf
je fabriquais une forme de cerf
avec de la poussière.
Alors ce cerf de poussière le conduisait jusqu'à un vrai cerf!
A peine plus loin!
Voyez comment ça marchait?
Ou bien je fabriquais des faisans avec des feuilles
qui volaient
jusqu'à de vrais faisans!
Une fois il trouva une truite en bois
qui sautait hors du lac.
Il n'avait jamais pensé qu'il puisse y avoir des truites dans ce coin-là.
Pourtant il se mit à pêcher et il en attrapa beaucoup!
L'homme savait bien
que c'était moi qui faisais ça pour lui.
Il me dit:" Tu m'aides à présent
pour que je ne me méfie plus
et que tu puisses me jouer un bon tour plus tard!"
Mais je n'avais pas pensé à cà.....
.... Jusque là.

samedi 12 mars 2016

Mars



Le troisièm’ mois de l’année
Que donnerais-je à ma mie ?
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Un partriole
Qui va, qui vient, qui vole,
Un partriole
Qui vole dans ce bois.

dimanche 6 mars 2016

Les Eaux de Mars

A la fin mars, lorsque les eaux se réveillent, on va jeter des beignets, du pain doux dans les sources et les fontaines sacrées en offrande aux Esprits et Dames de l'Onde. En échange les Demiselettes, les Fenettes, les Vily apportent bonheur et réussite aux donateurs. Les Nâga préfèrent qu'on dépose des couronnes de fleurs sur les margelles des puits qu'elles fréquentent. Pour obtenir une lingerie de neige, on plongera en cette saison sa lessive dans les lacs où brille la leucographite qui blanchit les voiles des Lavandières de nuit.



Pierre DUBOIS - Elficologue


Des femmes administrent l'Almanach et la berce répand ses graines au Jardin.

vendredi 4 mars 2016

Chant de départ

Mon père m'a fait appeler. J'ai vu qu'il allait mourir. J'ai pris sa main dans la mienne. Il dit:"Mon fils, mon corps va retourner à ma mère la terre, et mon esprit va bientôt voir le Chef Grand Esprit. Quand je serai parti, pense à ton pays. Tu es le chef de ce peuple. Ils attendent de toi que tu les guides. Souviens-toi toujours que ton père n'a jamais vendu son pays. Tu te boucheras les oreilles quand on te demandera de signer un traité vendant ta terre. Encore quelques années et l'homme blanc sera là. Ils ont les yeux sur ce pays. N'oublie jamais, fils, mes paroles de mourant. Cette terre renferme le corps de ton père. Ne vends jamais les os de ton père et de ta mère." Je pressai les mains de mon père et lui dis que je protégerai sa tombe de ma vie. Mon père sourit et partit pour le pays de l'esprit.
Je l'ai enterré dans cette belle vallée où l'eau serpente. J'aime cette terre plus que le reste du monde. Un homme qui n'aimerait pas la tombe de son père est pire qu'un animal sauvage.

Chef JOSEPH - Nez Percés

mercredi 2 mars 2016



 Je suis noble mars florissant,
Tresgentil et tresvertueux ;
En moy vient bien fructifiant,
Car je suis large et plantureux,
Et Karesme le glorieux
Est en mon règne, si vous dys
Que suis en mon temps vigoreux
Pour avancer tous mes amys.
 Khâlendrier des Bergiers (XVI° siècle)

Le Blaireau -

 Dictionnaire du Zoodiac  : Signe de Poil, gouverné par l’ennuyeuse planète Rasoir.  Les natifs du blaireau sont généralement taquins...