mardi 31 mars 2015

Pégase


« Quand il fut  au pays où le Xanthe a son cours,
Le roi lui enjoignit de tuer la Chimère.
….
Puis la cité natale réclama son concours,
Car Pégase s’abreuvait à la source Pirène.
Bellérophon le prit, le brida, le dompta.
PINDARE


Cela paraît tout simple ! Un cheval boit, le cavalier s’approche, lui passe la bride… Pourtant il fallait un cavalier de la trempe de Bellérophon pour dompter Pégase, le cheval ailé, le cheval divin dont le vol nous dit-on est semblable à celui de l’âme immortelle… Mais, commençons par le commencement.
Quand un roi vous invite à dîner, que faut-il apporter en cadeau ? Le héros Persée s'en alla, lui, couper la tête de Méduse.
Du corps sans vie de la Gorgone, laissé sur le lieu du combat, jaillit un flot de sang. Une écume blanche s’y  formait qui semblait vouloir vivre ; elle se contorsionnait, se soulevait en vagues, en courbes qui peu à peu prenaient forme d’encolure, de croupe, de crins et de crinières et vous auriez vu, peu à peu se lever, se former, vigoureux, gracieux, un jeune animal joyeux, prêt à bondir et s’envoler car c’était un cheval et il avait des ailes. Du sang de Méduse, fécondée par Poséidon, Pégase, le cheval ailé vient de naître. Infatigable à la course, il passe dans l’air comme une rafale de vent.
Il prit son vol  jusqu’à l’Olympe et galopa joyeux de l’Hélicon au Parnasse ; sous ses sabots jaillirent des sources et quand il déployait ses ailes et montait dans les airs le bruit de son galop ressemblait au tonnerre. Après avoir tout le jour caracolé sur terre et dans les cieux, Pégase alla dormir dans sa belle écurie de Corinthe. Non loin se trouvait la fontaine Pirène , à l’onde intarissable.. . Pégase y pouvait boire à longs traits. Dans le même temps, Bellérophon gravissait la montagne qui domine Corinthe .

C’était jeune homme beau, brave, loyal, intelligent, et pudique à l’extrême. Pour être tout à fait chevalier, Il lui manquait  un cheval.  Près de la source il vit Pégase, et n’imagina pas avoir d’autre monture. Il tend la main vers lui, mais Pégase indompté , en coursier ombrageux, couche les deux oreilles, montre sa croupe à l’homme, botte des deux sabots, avant de s’envoler.

Bellérophon déçu, et  ne sachant comment apprivoiser Pégase s’en va voir Polyidès un célèbre devin qui lui conseille d’aller  au le temple d’Athéna implorer la déesse. Fatigué, le jeune homme s’endormit au milieu des prières. C’est alors qu’Athéna lui apparut en songe, tenant en main un « frein », un mors magique auquel le cheval divin ne pourrait résister.
Et merveille, en ouvrant les yeux, le chevalier vit le mors près de lui et c’est désormais monté sur le cheval Pégase, qu’il va pouvoir courir d’étranges aventures. La plus terrible fut d’affronter la Chimère,  un être terrifiant : lion devant, dragon derrière, au milieu chèvre. De son mufle infernal s’échappe un souffle effroyable,  un feu dont l’ardeur consume  tout et qu’on ne peut éteindre. Son haleine insoutenable tue le bétail à distance et dessèche les moissons.
C’est une créature immense, puissante, au pied rapide. Elle est dotée des trois têtes qui correspondent aux trois parties de son corps et  conjugue à elle seule la force des trois animaux dont elle est faite.
Ella possède le courage du lion, la malice et l’agilité de la chèvre, la force et la cruauté du dragon.
Aucune flèche ne peut pénétrer les écailles qui couvrent son corps.  Seul le cheval volant pouvait permettre à Bellérophon de triompher du monstre.
Pégase enfin dompté, le chevalier le monte et l’équipage s’envole bien au-dessus de la bête qui crache en vain ses flammes. Armé d’un arc, il tourne , tourne et crible de flèches le corps indestructible. Bientôt il n’a plus que sa lance et un morceau de plomb qu’il fiche à son extrémité. Il vise la gueule béante et d’un jet adroit l’envoie dans les flammes.
L’haleine incandescente fit fondre le plomb qui  coula dans le gosier du monstre et lui brûla les tripes.
Cette belle victoire n’était que le prélude à bien d’autres aventures dont toujours Pégase et son chevalier sortirent victorieux.
Plus tard grisé par ses succès, Bellérophon s’imagina pouvoir atteindre l’Olympe en chevauchant Pégase et s’attira la colère des dieux.  désarçonné par sa monture qu’un taon envoyé par Zeus avait piqué tomba du ciel sur terre où il périt fracassé.
Pégase alors prit un repos bien mérité dans les écuries de Zeus, n’ayant plus d’autre travail que d’apporter au dieu , quand il en a besoin, la foudre et le tonnerre.
On peut le voir encore au ciel,  sous forme de constellation, et l’entendre galoper chaque fois que le temps est à l'orage.

lundi 30 mars 2015

Les cabinets de Monsieur le maire

L'année-là, le Monsieur de Gerbéviller avait été à Fraimbois faire une tournée pour les élections, et il était descendu chez le Maire qu'était son fermier. Comme le Maire avait été prévenu huit jours à l'avance, il avait fait préparer un grand repas.
La vieille Laitte avait tué des lapins, des oies, pour les faire fricasser, et deux pintades de la pointe des Crâs. Le père Philippe avait aussi vendu sa chèvre au maire, et le boulanger avait fait une fournée de pâtés, de gâteaux, de tartes aux amandes, un gros gâteau avec des pommes.
Enfin, rien n'avait été oublié.
Mais, voici le plus beau. Le Maire de Fraimbois qu'en avait assez d'entendre dire partout que ses gens étaient des nigauds et des pauvres innocents, s'était dit en lui-même: "Faut que notre Monsieur soit reçu comme jamais il ne l'a été! Faut que ça soit aussi beau que chez lui!"
Et puis, le Maire s'est toqué sur le front:"Ah! j'ai une idée... une idée. Quand j'ai mangé chez lui, je m'en ai fourré jusqu'au gosier. Je me souviens d'un détail. Comme il fallait bien faire de la placen j'ai été aux lieux. Ah! mes enfants, les beaux lieux. Chez nous, nous mettons un tonneau dans le jardin, derrière la palissade, et puis nous n'avons plus qu'à nous mettre à croupetons. Et puis, quand c'est fait... une feuille de choux fait l'affaire.
Les lieux de Gerbéviller sont plus compliqués. Il y a un beau fauteuil en bois, une lunette, une soupière où est-ce que tombe le mélange, et pour s'essuyer... la grosse face, on met le doigt sur un petit bouton qui met une brosse douce en action, qui vous nettoie bien à point, aller et retour, l'oeil qui ne voit pas.
Je vais lui montrer que je ne suis pas plus bête que lui, et qu'à Fraimbois on se met aussi bien qu'à Gerbéviller.
Et le Maire va trouver le garde-champêtre et lui explique l'affaire: 
"Tu te mettras derrière les lieux, n'est-ce pas, Augusse. Il y aura dans le bois de la chiotte un trou pour y mettre ton oeil, et voir ce qui se passe dedans. Quand tu verras qu'il aura déposé son aumône dans le trou de l'agriculture (le Maire de Fraimbois était tout savant: il avait été à l'école du Six de Vaucourt), te feras manoeuvrer le pinceau qui essuiera la pleine lune. Te lui passeras cela, doucement, trois fois, avec un petit intervalle (le temps de le laisser respirer). Comme ça, il sera content, et on ne pourra plus dire que les gens de Fraimbois sont des foutues bêtes."
Le Monsieur de Gerbéviller vient à Fraimbois, il est reçu du mieux du monde, avec tous les honneurs qu'on lui devait;
On se met à table et on mange les bonnes choses qu'étaient préparées.
Au dessert, le Mossieur de Gerbéviller, que le vin vieux de Deuxville avait rendu un peu tournisse, se lève et demande au maire où est-ce qu'on allait faire la... digestion.
Alors, le Maire le conduit aux lieux. Le garde-champêtre était à son poste. Il entre et expédie, en soufflant fort (le pauvre homme) sa lettre à Bismarck.
Quand ç'a été fait, mon garde-champêtre qui regardait par le trou, entre deux planches, ne lui laisse pas le temps de chercher du papier; il fait manoeuvrer le pinceau à deux reprises sur le noble derrière!
"Hé, hé, qu'il dit, mais c'est qu'à Fraimbois, c'est mieux installé que chez moi! On n'a pas besoin de bouton électrique; seulement ça doit être un nouveau système! Regardons voir de tout près!"
Et il se retourne pour voir l'appareil. Au même moment, le garde-champêtre le fait manoeuvrer pour la troisième fois, et en plein sur la figure du pauvre homme.
"Eh bien! qu'il dit, il n'y a qu'à Fraimbois qu'on voit ça! Quand on vous a essuyé le derrière, on vous fait la barbe par-dessus le marché... seulement, ça ne sent pas le savon du Congo, cré nom d'une!"

Jean LAHNIER - Les Contes de Fraimbois

dimanche 29 mars 2015

Francophonie

Double contrainte:caser dans un texte les dix mots sélectionnés par le ministère de la culture,  plus la phrase : "Tous les oiseaux ont disparu".

Dimoidimo

Sereine et dépitée,
Je me rendais à la kermesse
Songeant, il faut les retrouver ;
Nous sommes encore loin de l’été
Et qui l’eût cru :
Tous les oiseaux ont disparu !
Vous en êtes marrie, Madame,
Mais attention ! Pas d’amalgame !
Si les oiseaux ont disparu,
C’est que des braconniers sans  âme
Et sans pitié,
Les ont ciblés !
Madame en cherchant les oiseaux
Voilà que vous avez trouvé
Des trucs en plume , des gris-gris :
Un cas de sérendipité.
« Que dites-vous ? Sérendi… quoi ?
Je ne connais pas ce mot-là !
-Ce n’est pas grave, mais sur Wiki allez chercher…
Ah ! Bravo, vous l’avez trouvé !
Vous savez maintenant ce qu’il est.
Vous n’avez pourtant pas trouvé
Les petits oiseaux envolés.
Loin… loin… là-bas chez les Inuits
Dans les vastes déserts glacés…
J’ai bien du mal à terminer
Cette poésie un peu kitsch…
Donnez-moi donc un peu de kirsch ;
Je prendrai lors de l’altitude,
Retrouverai la zénitude

Et tous les oiseaux envolés…

Eudoxie

On forçait la petite fille à manger sa soupe, alors qu'elle désirait tant rester petite.
On la forçait à bien d'autres choses. Comme de faire des problèmes: Une locomotive part à telle heure de la gare d'Austerlitz dans le même temps que deux robinets sanglotent sur une cuve de telle capacité; la locomotive lancée à six cent kilomètres à l'heure est capturée intacte par la dernière tribu des Sioux, lesquels la mettent aussitôt sous cellophane tandis que le plombier arrive à propos pour arrêter le déluge, un nouveau déluge - et, de nos jours, il n'y a même plus un juste pour sauver l'humanité de sa destruction totale -  sachant qu'à vingt ans Noé avait déjà cent ans, quel âge lui donnez-vous lorsqu'il s'adonna définitivement à la boisson?
Résultat de recherche d'images pour "paul delvaux"Et comme elle était remuante, qu'elle s'appelait Eudoxie, on forçait la petite fille à regarder la télé vision. Pendant ce temps-là, on aura la paix!
Le Poste était devenu l'autel de la maison.
Papa, maman, le voisin et l'âne s'installaient commodément et fixaient l'autel; leurs yeux perdaient toute expression, leurs bouches toute parole. Une assemblée de muets.
Eudoxie espérait que l'âne allait soudain se mettre à braire, un grand cri d'entrailles au milieu des informations qui aurait secoué l'univers. Mais non, l'âne était vraiment un âne: rien qu'à voir sa façon d'essuyer ses sabots sur le paillasson... Les dieux envahissaient le petit écran; les plus jeunes semblaient extrêmement vieux, bon nombre ne dépassant guère l'âge de la mamelle exprimaient avec force la tristesse de la vie le long de couplets haletants. Eudoxie n'était pas triste. Au vrai, elle adorait aussi la télévision, le monde des images,  mais point de la même manière que les adultes qui se changeaient devant elle en cadavres. Papa, maman, l'âne et le voisin ignoraient qu'à trois heures du matin, alors qu'ils dormaient, Eudoxie descendait de sa chambre sur la pointe des pieds, arrivait devant le poste, éteint, parfaitement vierge, prenait une large respiration, joignait les mains, plongeait dedans d'une seule coulée et disparaissait, ses cheveux dénoués laissant dans l'espace, le temps d'un éclair, un sillage d'or.
C'est ainsi qu'une nuit - mais de l'autre côté, il faisait jour - elle se trouva à côté du pape, un homme très très bon. Sa Sainteté la reconnut aussitôt et la prit par la main, tandis que, de l'autre, il bénissait une foule immense, agenouillée. Et le coeur d'Eudoxie battait, battait... "Quand ils vont se relever, ils seront changés, pensait-elle. Ils n'auront plus tout à fait les mêmes visages. (Le pape capta certainement sa pensée car il lui pressa doucement la main.) Ils vont tous se mettre à jouer, à danser, à s'embrasser..." La foule murmurante se releva. Manifestement, personne n'avait changé. Mais Eudoxie remarqua un homme dans l'assistance, au visage radieux, certainement quincaillier de son état,qui lui sourit et ne la quitta plus du regard. Elle aurait voulu se marier avec lui, le pape leur aurait certainement accordé sa bénédiction sur-le-champ, mais il fallait rentrer: demain, composition de géographie. Elle prit congé de son fiancé et du pape. Ce dernier lui offrit un bonbon à l'angélique et lui souffla à l'oreille un mot latin, inconnu des Latins, qui ouvrait une des nombreuses portes du ciel. De l'autre côté de l'écran, l'âne, allongé dans des draps obscurs, ruminait dans son sommeil les sottises du jour.
Une autre fois, elle se trouva au milieu d'une bande de gangsters qui dévalisaient une banque. Elle comprit très vite qu'ils étaient arrivés au trentième chapitre d'un roman policier écrit spécialement pour la télévision. " A votre âge!" leur dit-elle. L'un des six fut surpris de son arrivée. Il portait une bonne grosse tête en forme de dé, traversée de balafres. Sa surprise fit place au ravissement/ " La jolie demoiselle", murmura-t-il de sa voix de pierre ponce!... Puis, saisissant une mitraillette, il se mit à tuer tous les autres afin de rester seul avec elle. Eudoxie, flattée, le suivit sans réticence lorsqu'il l'emmena devant le coffre monumental. Le gangster l'ouvrit sans peine: du miel, du pain frais, du beurre, des pots de confiture, quelques langoustes!... Il lui prépara une tartine fabuleuse, lui-même se mit à croquer une langouste, et tous deux cassèrent la croûte joyeusement. Mais ce dénouement rendit furieux, paraît-il, des millions de téléspectateurs chinois; le responsable de l'émission fut limogé et l'auteur jeté en prison.
Maman, l'âne, papa et le voisin étaient loin de se douter des aventures secrètes d'Eudoxie. A l'école, elle récoltait de plus en plus de mauvaises notes. 'Oh! sa composition de latin!) Par surcroît, de sa mignonne bouche sortaient maintenant des mots, des expressions, qui jetaient l'entourage dans la stupeur et la consternation. C'étaient des mots d'adultes, leurs propres mots, (Ceux même de la télévision.) Mais ils prenaient,  par la voix de l'enfant, une réalité terrible.
On força Eudoxie à manger de plus en plus de soupe. Vite, qu'elle grandisse! Qu'elle rattrape ses mots! Qu'elle leur ressemble enfin!
Une nuit - ses voyages se faisaient de plus en plus rares- Eudoxie se retrouva devant le poste magique.
Prit-elle mal sa respiration? Lorsqu'elle s'élança pour plonger, son front heurta la paroi opaque, le verre se cassa en mille morceaux.
Elle eut tout de même le temps de crier: "Au secours! Au secours!" avant de tomber, sans connaissance, au pied de l'appareil.

René de OBALDIA - Innocentines 
Illustration Paul DELVAUX

vendredi 27 mars 2015

Le Bouc de Fraimbois

A Fraimbois, ils avaient un beau bouc;il avait une belle grande barbe, aussi grande que celle du grand Jules. Un jour, il avait eu envie de se promener dans les champs. Comme il y avait de gros nuages et que le tonnerre roulait, le pauvre bouc s'avait sauvé dans l'église. La préfète de la congrégation, qu'était en train d'arranger l'autel, en avait été si épouvantée, la pauvre innocente, qu'elle en avait laissé choir un beau vase sur le sol, celui que le Batisse Brégeot avait donné en cadeau le jour de ses noces d'argent. Il paraît que le bouc prenait alors la pauvre fille pour une bocatte (chèvre). C'était la Phrasie (elle avait pourtant déjà trente-sept ans). Elle n'avait eu que le temps de se fourrer au confessionnal.
La pauvre malheureuse se sauve en mettant ses mains sur ses yeux pour ne pas voir le mandrin de bouc-là. Quand il a vu qu'il ne pouvait la rejoindre, il a été se coucher dans le banc de la Bibi. Alors la pauvre Phrasie a pu se sauver chez Mosseur Curé; et elle lui dit:"Le diable est dans l'église, j'ai vu ses cornes; venez vite avec le maître d'école." Ils arrivent avec leur petit seau d'eau bénite, ils se mettent à chanter des litanies pour chasser le démon; à chaque couplet, le maître d'école répond: Amen.
Voilà le bouc qui sort de sa cachette, et, les cornes en avant, qui passe entre les jambes de Mosseur Curé qui tombe sur le dos du bouc. Et il l'emporte au grand galop.
Voyant cela, Mosseur Curé se trompe dans ses  Oremus, le pauvre homme: " Que le diable m'emporte, qu'il dit. - Amen ", que répond le maître d'école,  et le bouc dit, lui aussi: "Amen", en foutant Mosseur Curé dans l'auge de la fontaine. La pauvre préfète en a restée sotte toute sa vie. Quand elle apercevait un bouc, elle se sauvait en mettant ses cottes sur sa tête.

Jean LAHNIER - Les contes de Fraimbois

Un bouc qu'Anne reconnaîtra certainement

jeudi 26 mars 2015

De sa grande amie

Résultat de recherche d'images pour "peynet"Dedans Paris, Ville jolie,
Un jour passant mélancolie
Je pris alliance nouvelle
A la plus gaie damoiselle
Qui soit d'ici en Italie.
D'honnêteté elle est saisie,
Et crois selon ma fantaisie
Qu'il n'en est guère de plus belle
Dedans Paris;
Je ne vous la nommerai mie
Sinon que c'est ma grande amie,
Car l'alliance se fit telle,
Par un doux baiser, que j'eus d'elle,
Sans penser aucune infamie
Dedans Paris.

Clément MAROT

mercredi 25 mars 2015

La Langue de la Jacasse

Les contes Provençaux sont aussi connus que l'accent ensoleillé qui nous enchante; Les contes Lorrains , beaucoup moins... Pour ce qui est de 'accent, allez un peu plus bas et faites-vous une idée....


... Ce soir-là, les habitués du couaraille de la Minette s'étaient donné rendez-vous chez le père Zabé, que, depuis quelque temps, le pelage des saules forçait à vivre en quelque sorte, comme un limaçon dans sa coquille. La visite soudaine du brandevinier connu de toute la région, le Cyrille du grand Pierrat, était venue à point pour lui attirer des compagnes et des compagnons de veillée. Nul, à vrai dire, ne pouvait prétendre surpasser en érudition locale le distillateur ambulant, et il n'appartenait pas davantage à aucun de conter avec autant de sérieux ou de cocasserie les vieilles histoires d'autrefois.
Aussi les couarailleurs avaient-ils afflué nombreux dans la grande buanderie du vieux Zabé, une pièce qui semblait faite pour l'audition des récits légendaires, avec sa décoration vieillotte et sa série de tableaux salis, évoquant la vie mystérieusement troublée de la douce Geneviève de Brabant.
Le cercle de veillée fut complet, lorsqu'arriva Jeanjean Mongarçon, auquel une appellation familière de sa mère avait valu l'épithète accolée à son prénom. Une parole mielleuse, agrémentée d'un sourire esquissé à dessein par une finaude, l"Aloïse de l'Anaïs Poirot, suffit pour mettre en route le Cyrille. Il se serait bien gardé assurément de commencer, de son plein gré, le récit qu'il savait attendu par tous avec impatience; mais il était aux anges quand l'une ou l'autre exprimait le désir de l'entendre: il ne se faisait pas alors tirer l'oreille.
Il y a bien longtemps, raconta-t-il, vivait au Chaufour, dans une très humble masure, une vieille femme dont le visage parcheminé, zébré de rides fendillées, était, à très peu près, celui d'une sorcière; ses petits yeux vairons dont le regard tenace vous poursuivait, témoignaient d'avoir vu bien des choses. Certes, ce n'était pas la commère la moins bavarde de la région, et sa loquacité, mise au service de la médisance et du mensonge, lui avait acquis le surnom peu honorable de Jacasse. On chuchotait son nom à dix lieues à la ronde; on fuyait sa rencontre, et on l'envoyait mentalement aux enfers, quand, effrontément hardie, elle venait s'implanter au sein des familles, comme au sein des veillées. Elle était quasiment regardée comme jeteuse de sorts; Lucifer en personne n'eût pas été plus mal accueilli. Tous deux devaient d'ailleurs avoir des accointances, ainsi qu'on va le voir.
Comme aujourd'hui dans une veillée, accentua le Cyrille, la conversation roulait bon train sur les récits du passé, mais le conteur n'avait pas précisément l'heur de plaire à la Jacasse. La méchante femme entreprit naturellement de l'exaspérer, en traitant de sornettes et de niaiseries des choses qui ne sont point à discuter.
ah! ouitch! disait-elle, avec sa manière de narguer les gens, tu perds la tête, Nannin! avec toutes tes balivernes! L'as-tu déjà vu le diable!... Comme si l'enfer n'était pas de ce monde! Où sont-ils donc tes sorciers? Où sont-elles tes fées? Que le démon m'emporte ma foi! si démon il y a !
Les vieilles femmes, choquées d'ouïr un tel langage et rendues craintives par la peur d'une mystérieuse revanche, avaient mis un doigt sur la bouche et se regardaient inquiètes. A ce moment, un bruit sec, analogue à celui de deux doigts frappant vivement à la porte, éveilla soudain l'attention de tous. Nul ne songeait à rompre le silence qui s'était fait instantanément, lorsque, par bravade, la sceptique mégère articula, d'une voix forte, le mot:" Entrez!" . Un étrage chevalier pénétra dans la salle, achevant de consterner l'assistance... Tous, glacés d'épouvante, retenaient leur souffle avec peine. La Jacasse ne riait plus maintenant... Coiffé d'un chapeau noir à larges bords, orné d'une plume verte de coq de bruyère, l'étranger était drapé dans un long manteau de pourpre, laissant dépasser l'extrémité acérée d'une rapière étincelante. Ses yeux n'étaient autre chose que deux charbons ardents qui dardaient partout, avec insistance, leurs regards fulgurants. Il dévisagea lentement les couarailleurs attérés, puis, quand il eut bien pénétré tous les yeux, il demanda, d'une voix dont la sonorité bruyante faisait mal à entendre, quelle était la personne qui, avec une audacieuse ironie, avait répondu:"Entrez!" .Pour la première fois de sa vie, la méchante femme eut peur. Elle se tut. Le singulier visiteur fit alors plusieurs fois le tour de la chambre, s'arrêtant à chaque reprise devant la Jacasse, qui pâlissait à vue d'oeil.
... La petite lampe à huile, dont la maigre lumière filante éclairait modestement le poële, s'éteignit soudainement. Un ricanement atroce et formidable fit trembler toute la maison, puis un cri terrible le suivit, après quoi l'on n'entendit plus que des plaintes sourdes, et finalement un râle d'agonisant...


L'effroi général dura jusqu'aux premiers chants du coq, dont la voix réconfortante, annonçant allègrement l'aube, rendit à tous comme un regain de courage. Personne jusqu'alors n'avait osé parler à son voisin, tant il est vrai que rien n'est plus effrayant qu'un grand malheur dans la nuit!... L'âtre, depuis longtemps, s'était éteint; tous étaient transis de froid.
A la lumière tremblante d'une lanterne, enfin allumée par le plus téméraire parmi les vieux, ils aperçurent avec horreur le corps de la Jacasse, baignant dans une mare de sang coagulé; quelques caillots étaient figés sur les lèvres de la victime. Ils hochèrent la tête comme pour approuver la punition échue à la malheureuse. Mais ce qui les surprit davantage encore, ce fut d'apprendre, au petit jour, par les bûcherons matineux, qu'une langue humaine était clouée au grand sapin, qui se dressait alors à l'endroit où s'élève aujourd'hui la maison forestière du Rouge-Vêtu. C'était bien la langue de la Jacasse que l'étrange chevalier avait horriblement arrachée. Trois corbeaux, d'une taille gigantesque, se la disputaient à coups de bec, en battant lugubrement des ailes.
... Longtemps, cette mystérieuse aventure, fut le sujet de toutes les conversations, mais on oublia vite la méchante femme qui en avait été pour ainsi dire l'héroïne. Jamais perte ne fut moins regrettée.
Il va sans dire que de tous les assistants réunis, ce soir-là, chez le père Zabé, personne n'osa contredire le Cyrille du grand Pierrat et qu'il ne vint à l'esprit d'aucun de douter un seul instant de l'existence des êtres mystérieux dont l'imagination populaire s'est plus à peupler le monde d'autrefois.
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La bise qui faisait chanter les vitres et claquer les volets, pleurait langoureusement dans la grande cheminée et chassait au dehors d'énormes flocons de neige, poursuivant, sous le cile étoilé, leur vol affolé de papillons blancs.

Paul HUMBERT (grand-père maternel de la chroniqueuse) - Souvenirs de Neufmaisons - Fleurs de veillées.

George chepfer la première communion du gamin

mardi 24 mars 2015

Par dessus la tête

J'essaye de faire mes voeux comme il faut
mais parfois ça ne marche pas.
Une fois, en faisant un voeu, j'ai mis un arbre la tête en bas
et ses branches
se trouvaient là où ses racines auraient du être!
Les écureuils devaient demander aux taupes
"Comment on descend de là
pour rentrer chez soi?"
Une fois ça s'est passé comme ça.
Et puis il y a eu cette autre fois, je m'en souviens à présent,
où en faisant un voeu j'ai mis un homme la tête en bas
et ses pieds se trouvaient où ses mains 
auraient du être!
Au matin ses chaussures 
ont dû demander aux oiseaux
"Comment on vole là-bas
pour rentrer chz soi?"
Une fois ça s'est passé comme ça.


JH Norman - L'arbre à voeux

lundi 23 mars 2015

La Banshie

Ce cri qui vous glace le sang, imprudents mortels qui rôdez dans la nuit, c'est celui de la Banshie, aussi terrifiante à voir qu'à entendre. A force de pleurer des rois défunts ses yeux sont rouges comme le sang, ses cheveux sont hirsutes et les vôtres de terreur deviendront blancs si vous ne fermez les yeux et ne vous bouchez les oreilles. La souffrance de la fée est contagieuse et comme vous n'êtes pas comme elle immortels vous trépasserez d'angoisse et de chagrin.

samedi 21 mars 2015

Plaidoyer pour les femmes

Après la sotte journée de la femme, voici la plus nécessaire journée de la poésie. Une bonne occasion de montrer Christine de Pisan, la première de nos grandes féministes. Elle écrivait au XIV° siècle...



 Or, sont ainsi les femmes diffamées
Par moult gens et à grand tort blâmées
Tant par bouche que par plusieurs écrits ;
Oui, qu’il soit vrai ou non, tel est le cri !
Mais, moi, tout le grand mal qu’on en a dit
Ne trouve en aucun livre ni récit
Qui de Jésus parle, soit de sa vie,
Soit de son trépas pourchassé d’envie ;

…. Mieux, l’Evangile, des femmes témoigne
Beaucoup de bien et maint haute besogne,
Grande prudence, grand sens et grand constance,
Parfaite amour, en foi digne arrestance,
Compassion, fervente volonté,
Ferme et entier courage enraciné
A Dieu servir et vraye preuve en firent
Car, mort ou vif, aucuns ne l’acceuillirent,
Fort des femmes fut de tous délaissé
Le doux Jésus, navré, mort et blessé.

… Quel mal font-elles qui puisse être honni ?
N’ont-elles pas mérité paradis ?

… Communément ne me fait-on pas règle
Et qui voudra par histoire ou par Bible
Me quereller en me donnant exemple
D’une ou de deux ou de plusieurs ensemble
Qui ont été réprouvées et males
-Encore sont-elles fort anormales
Mais je parle selon le commun cours.
Bien rares sont qui usent de tels tours.

… Laissons donc dire messieurs les prêcheurs,
J’affirme, moi, qu’elle n’on pas le cœur
Enclins à çà ni à cruauté faire
Car nature de femme est débonnaire,

…. Dévote, aimable, de paix soucieuse,
La guerre craint, simple ou religieuse.

 Et puisque n’ont pas dispositions
Pour faits de sang ou pour occisions
Ou d’autres grands pêchés laids et horribles,
Sont femmes innocentes et paisibles.

… Par ces preuves justes et véritables,
Je conclu que tout homme raisonnable
Doit les femmes priser, chérir, aimer ;
Qu’il ait souci de ne jamais blâmer
Celle de qui tout homme est descendu.
Ne lui soit le mal pour le bien rendu.

… C’est sa mère, c’est sa sœur, c’est sa mie,
Ne sied pas qu’il la traite en ennemie ;

… De ce s’abstienne tout noble courage
Car gain n’en peut venir, mais lourd dommage,
Honte, dépit et mainte vilenie ;
Qui tel vice a n’est pas de ma mesnie….

Extrait de l’Epître au Dieu d’Amour


vendredi 20 mars 2015

Le boeuf rôti

"Vous vous rappelez-tu la fois que le Coliche de Frambois a venu à Lunéville pour toucher chez Mossieu Fricadelle les sous d'un gros cochon qu'il avait vendu? Nenni?
Eh bien! je m'en vas vous raconter l'histoire-là qu'est la vraie vérité."
Mon Coliche avait son gousset bien garni, et malgré que sa femme lui avait bien recommandé de retourner à Fraimbois tout suite, il s'était dit:" Je m'en vas d'abord faire un bon repas."
Le Coliche va à l'hôtel; le garçon lui apporte le menu et lui dit:
"Vous voulez-ti un boeuf rôti ou un boeuf- à -la- mode?
-Mais, que répond le Coliche, je ne pourrai jamais manger tout ça!
-Mais si, que lui fait comme ça le garçon; il y a des fois que les gens qui viennent ici mangent les deux.
-C'est bon, j'en aurai assez d'un; donnez-moi un boeuf rôti."
Pendant que le garçon était parti à la cuisine chercher le boeuf rôti, voilà mon Coliche qui débarrasse les chaises de la salle et met les tables les unes à côté des autres dans un coin.
Il enlève en même temps les assiettes, les chopines, les cuillères, les verres.
Quand le garçon revient avec le morceau de boeuf sur un plat, il voit tout le bataclan qu'avait fait le Colche:
"Qu'est-ce que vous faites donc, bougre de foutue bête?
-Foutue bête, foutue bête..., regardez-voir l'effronté-là...; mais j'ai tout préparé pour mettre le boeuf que je dois manger."
Quand il a vu le petit morceau de viande que lui donnait le garçon, le Coliche lui a dit:" Vous êtes un bougre de menteur; vous promettez un boeuf et vous m'apportez un morceau de bouilli. Je m'en revas à Fraimbois; au moins, si les gens y sont un peu bêtes, ils ne sont pas si menteurs qu'à Lunéville."

mercredi 18 mars 2015

Francophonie

J'oublie parfois que les lecteurs et trices de ce blog ne vont pas forcément sur almanachronique et que donc, ils ne peuvent pas jouer... Je répare...

L'idée vient de la Rose des Vents... La Rose des Vents c'est une librairie, dans une petite ville.... Un librairie qui rame, comme beaucoup, mais qui a choisi d'y faire un lieu de rencontres, de partages; des lectures, des signatures et cette semaine, semaine de la francophonie de lancer un défi: écrire un texte comprenant les mots suivants:
AMALGAME, 
BRAVO,
CIBLER, 
GRIGRI,
INUIT,
KERMESSE,
KITSCH,
SERENDIPITE,(sérendipité)
WIKI,
ZENITUDE.

Et parce que ce serait trop simple, une contrainte supplémentaire, introduire la phrase:
Les oiseaux ont disparu.

Nous autres rendrons notre copie le 24 mars devant un verre...
Et si le coeur vous en dit, j'y ajouterai ceux que vous nous offrirez.



A vous de jouer! 

mardi 17 mars 2015

La Belle Dame sans merci

Au nombre des fées sinistres qui hantent les vallons perdus , on compte la Belle-Dame-Sans-Merci.
Elle tend au chevalier errant une couronne de fleurs; lui séduit, l'aide à monter en croupe sur son cheval.
Mais quand parvenus dans la chambre d'amour, il baise les lèvres qu'elle lui tend,la diabolique aspire sa vie et son âme. 
Celui qui n'en meurt pas passera sa vie sous le joug de la Belle-Dame-Sans-Merci

lundi 16 mars 2015

Pourquoi ils sont noirs

Du temps qu'il était l'ami d'Apollon, le corbeau était blanc. Mais en temps qu'ami fidèle, Maître Corbeau crut bon d'avertir le dieu que Coronis, sa maîtresse aimée, avait succombé au charme d'Ischys un avenant jeune homme qui passait par là. Fou de colère, Apollon de son regard de flamme embrasa les plumes du corbeau qui depuis sont restées noires.
Il restait au dieu outragé de punir l'infidèle qu'il transperça d'une de ses flèches. Avant de mourir, Coronis qui était enceinte supplia son amant divin de prendre soin de l'enfant qui était le sien. Apollon voulut bien la croire et c'est ainsi qu'il transmit sa science de la médecine à Asclépios, ce rejeton d'amours malheureuses.

Quand à la corneille, elle était l'amie d'Athéna. Elle eut le tort de se moquer des filles de Cécrops et de leur air ahuri en découvrant que l'enfant Erichtonios avait une queue de serpent. Elle ignorait, sot oiseau qu'elle était, que cet enfant était le fils de la déesse!
Comment, me direz-vous indignés lecteurs, mais Athéna était vierge, chacun sait cela!
Et alors? Marie l'était aussi! Mais Marie accepta docilement l'annonce que lui fit l'ange, tandis qu'Athéna dont Héphaïstos (qui n'était pas un ange), était épris se défendit farouchement contre les entreprises du forgeron boiteux. Le viol fut évité mais le sperme de l'agresseur se répandit sur la cuisse de la déesse. Elle l'essuya de son voile qu'elle jeta au loin.
C'est ainsi que la terre, fécondée par hasard donna naissance à un être mi-homme mi-serpent dont Athéna fit tout de même le premier roi d'Athènes.
A la suite de cette aventure, la déesse se détourna de la corneille pour lui préférer la chouette et c'est ainsi que de dépit, les plumes de la corneille sont devenues noires.

dimanche 15 mars 2015

Pour Manouche.....Dean Martin - Memories Are Made Of This

La Table Ronde



Résultat de recherche d'images pour "arthur et table ronde"L’avènement d’Arthur avait été bien accueilli par le peuple.  Les petites gens s’imaginaient toujours qu’un nouveau règne pouvait améliorer leur sort. Et la petite noblesse, honorée de savoir que le nouveau roi avait grandi chez un des leurs, l’avait d’emblée reconnu. Mais pour les grands barons, les anciens compagnons d’Uther, il n’en allait pas de même. Ils n’entendaient pas se laisser diriger par un adolescent, pas même encore armé chevalier et dont les origines n’en faisaient pas leur égal. Ils refusaient d’autant plus de lui prêter serment que chacun d’entre eux s’estimait capable de diriger le pays.  Il est vrai  qu’Arthur était jeune et devait encore faire ses preuves et c’était la raison pour laquelle Merlin qui savait tout, laissait  planer le doute sur  ses origines.
Or il advint qu’en Petite Bretagne, le roi Léodagan de Carmélide eût à lutter contre son voisin, le roi Claudas de la Terre Déserte allié des Germains qui envahissaient la Gaule. Léodagan était soutenu par les rois Bohort de Gaunes et Ban de Bénoïc . Cependant, leurs trois armées réunies ne venaient pas à bout de leurs ennemis. Léodagan qui avait prêté serment à Arthur lui demanda de l’aide. Le roi réunit une armée et suivi de Keu, son frère de lait et de Bedwyr son ami, il traversa la mer. Il portait avec lui Excalibur sa bonne épée et Merlin l’accompagnait.
La bataille fut sanglante ; les Germains étaient nombreux et féroces ; l’armée de Claudas, entraînée et dirigée par des soldats romains était redoutable. Celle d’Arthur semblait ne pas pouvoir résister à une telle force. Mais le jeune roi et ses compagnons se battaient comme des lions, Excalibur faisait des ravages, les tours de Magie de Merlin déconcertaient les adversaires. Léodagan, Ban et Bohort avaient repris courage, si bien qu’à la fin du jour, les Germains s’étaient repliés, Claudas était en fuite, Arthur et ses compagnons restaient maîtres du champ de bataille.
Depuis les tours du château, dames et damoiselles suivaient les combats, tremblant pour leurs champions et plus d’une admirait Arthur. L’une d’entre elles surtout : Guenièvre la fille du roi Léodagan. Et quand, après les cérémonies d’actions de grâce, les festins, les chants et les danses, Arthur quitta la Carmélide, il emportait avec lui le cœur de Guenièvre et lui-même aurait bien voulu l’embarquer sur son navire.
Car il devait rentrer et de toute urgence : les grands barons, les anciens compagnons d’Uther qui avaient refusé de s’unir sous la bannière d’Arthur Pendragon, en restant isolé chacun dans son domaine avaient laissé le champ libre aux envahisseurs. Les Pictes au nord, franchissaient le mur d’Hadrien et les Saxons par la mer, abordaient l’Angleterre de toutes parts.
Merlin s’en fut trouver Uryen, le plus ancien compagnon d’Uther,  et lui remit en mémoire certains évènements qui s’étaient passés une quinzaine d’années auparavant et auxquels il avait pris part. Comment la reine Ygerne, avait une nuit accouché d’un garçon que lui, Uryen, avait confié à un étranger, aux portes de la forteresse d’Uther. Uryen se souvenait de tout ; il réunit les rois et barons et leur apprit comment Merlin avait confié cet enfant à Antor le vavasseur qui l’avait élevé. Cet enfant, le fils d’Uther et de la reine Ygerne était bien ce jeune Arthur qui avait réussi à s’emparer d’Excalibur fichée dans son enclume.
Alors Merlin prit la parole : « Seigneurs, les ennemis sont aux portes de vos forteresses ; ils sont nombreux, aucun de vous seul, ne peut rien contre eux. Unissez-vous sous la bannière d’Arthur Pendragon, le fils d’Uther que vous avez si bien servi ! »
Les rois, ducs et seigneurs ont écouté Merlin et c’est une armée grossie encore de celles des rois de Petite Bretagne , Léodagan, Ban et Bohort qui,  sous la conduite d’Arthur conseillé par Merlin se mit en route pour affronter Pictes et Saxons dans la plaine que domine le Mont Badon.
Entraînés par Arthur qui faisait des merveilles à l’aide d’Excalibur, encouragés, par les conseils et la magie de Merlin, les seigneurs d’Angleterre et leurs armées ont fait un massacre des Saxons dont les morts se sont comptés par milliers et qui, décimés et dans le plus grand désordre, ont repris la mer, tandis que les Pictes regagnaient l’Ecosse.
La victoire du Mont Badon fit d’Arthur le roi légitime et incontesté de toute l’Angleterre. Mais il manquait encore quelque chose : il ne peut être de roi sans reine. Arthur devait se marier. Il ne manquait pas de fille ou sœur des seigneurs de la cour parmi lesquelles Arthur n’avait qu’à choisir. Mais une seule régnait sur son cœur : Guenièvre, la fille de Léodagan de Carmélide qu’il n’avait pas oubliée Léodagan, sensible à l’honneur que lui faisait Arthur, réunit les plus beaux présents de mariage. Bijoux, vaisselle d’or et d’argent, étoffes précieuses, meubles sculptés et parmi ces meubles le plus beau : une immense table ronde qui avait appartenu à Uther et qu’il n’était que juste de rendre à Arthur.
Les noces célébrées, Merlin vint trouver le roi et lui dit qu’il était temps de remettre à l’honneur une coutume instituée au temps d’Uther : celle de réunir les meilleurs chevaliers, les soutiens du royaume autour de cette table ronde et d’en rappeler les règles.

La table est ronde afin que nul de ceux qui siègent autour ne soit supérieur à un autre. Le roi lui-même devient autour de cette table l’égal de ses chevaliers. Et pour être certain qu’aucun lien de préférence ne s’établisse avant chaque réunion, le nom d’un participant se lit sur son siège et change à chaque séance. Seul un siège n’est jamais occupé ; c’est le siège périlleux. Il est réservé au meilleur chevalier du monde, celui qui seul sera digne de découvrir le Graal. Quiconque autre que lui tente d’occuper ce siège risque sa vie.
Car cette réunion des meilleurs chevaliers du royaume autour de cette table ronde a un but : la Quête, la quête des aventures dont l’aventure ultime est la quête du Graal. Ce Graal dont personne n’a jamais su, ni ne sait encore ce qu’il est vraiment, puisque ceux qui l’ont vu ou approché ne sont pas revenus.
Mais peu importe au fond ce qu’est le Graal. Le plus important, est de le chercher avec un cœur et une âme qu’il faut rendre digne de sa découverte.



Le Blaireau -

 Dictionnaire du Zoodiac  : Signe de Poil, gouverné par l’ennuyeuse planète Rasoir.  Les natifs du blaireau sont généralement taquins...