samedi 28 février 2015

Mélusine

Raymondin était le plus jeune fils des Comtes de Forez. Un jour qu"il chassait, il s'arrêta pour boire à une fontaine. Une jeune fille était là, si belle que Raymondin en tomba aussitôt amoureux; tant qu'il lui demanda sa main.
La jeune fille hésita un peu: "Si je vous prend pour époux, sire Raymondin, vous devrez chaque samedi me laisser ma liberté et jurer que vous ne chercherez ni à me voir, ni à savoir ce que je fais."
Raymondin trop épris, jura sans bien savoir à quoi il s'engageait. Or cette fille si belle était fée; on la nommait Mélusine.
Mélusine et Raymondin furent heureux, ils eurent de beaux enfants. Chaque samedi, Mélusine s'enfermait dans une chambre tout en haut de la plus haute tout du château et ne réapparaissait que le dimanche au matin. Pendant longtemps, Raymondin resta fidèle à sa promesse mais il était dévoré de curiosité, une curiosité à laquelle il devenait de plus en plus difficile de résister. Si bien qu'un samedi, pensant que son épouse ne se douterait de rien, il allé l'épier par une fente de la porte. Mélusine en effet, n'en aurait rien su, si l'horreur de ce qu'il voyait ne lui avait fait pousser un grand cri.
Dans la pièce interdite, son épouse si belle, se baignait dans une grande cuve tout en peignant ses longs cheveux; sous la taille, ses jambes avaient disparu et à la place, une longue queue de serpent ondulait et frappait l'eau de la cuve, faisant jaillir de l'écume tout à travers la pièce.
C'était là le secret de Mélusine, la femme-serpent qui par amour avait quitté une apparence qu'elle devait reprendre un fois par semaine. Quand elle se vit découverte, elle déploya de larges ailes de chauve-souris et s'envola par la fenêtre en maudissant Raymondin, se descendance, ses terres et tous ses biens. 
On dit pourtant qu'elle est revenue la nuit aussi longtemps que les plus jeune de ses enfants ont eu besoin d'être allaités. Au fil du temps, les demeures et châteaux des comtes de Forez se sont démantelés pierre à pierre. De nos jours, il n'en reste que le souvenir.

vendredi 27 février 2015

Grand Duc , Petit Frère





-Ainsi donc Il est revenu ;
Le dieu oublié de la nuit ;Le frère de Pallas à la plume en aigrette,
Désigné par le sort pour détrôner son père….


N
i homme ni oiseau, il est un dieu ; un dieu oublié, le protecteur des nuits, celui qui veille sur nos sommeils, le frère inconnu de la sage Athéna. Le costume de notre siècle lui sied mal ; il  lui faut sandales et tunique , les ailes aussi. Rendons le à nos rêves, réinventons sa légende car son nom s’est perdu au fil du temps….

Quand pour échapper à la fureur d’Héra, Athéna dut trouver refuge dans le cerveau de son père, elle laissa derrière elle un jeune frère. Zeus le changea en grand-duc et en fit une des divinités de la nuit. Immortel désormais, le jeune Brachyos ne put jamais retrouver son apparence première. Sur un corps d’homme il garda la tête du hibou..

Oublié du Panthéon, oublié des légendes, seule Athéna garda en souvenir de son jeune frère la chouette comme emblème…

Créature de la nuit, longtemps Brachyos a fait peur aux hommes ; aux hommes qui se plaisent à crucifier les dieux . C’est pourquoi  longtemps on a cloué ses pareils aux portes des granges ; ils sont encore dans les esprits, rangés avec les animaux maudits, les nuisibles.

Brachyos est revenu ; il est temps de lui rendre la place qu’il mérite !








jeudi 26 février 2015

La Selkie

C'était un pêcheur, tout là-haut dans le nord, dans la mer des Shetland.
Par une belle nuit d'été, il avait tiré sa barque sur une plage et dormait entre deux rochers. Il rêvait et dans son rêve, il entendait chanter. Un rayon de lune l'a réveillé; il s'est levé; les voix chantaient toujours; il est allé vers elles. Au clair de lune des jeunes filles dansaient nues; elles étaient belles et gracieuses. Des peaux de phoques étaient étendues sur la grève. 
Le pêcheur les a reconnues: les femmes-phoques, les Selkies! Il connaissait la légende, alors sans se faire voir, il est allé s'emparer d'une des peaux. Celle qui l'avait posée là, obéissant au charme a suivi le voleur; elle est montée dans la barque et de retour au pays, elle est devenue son épouse aimante, fidèle et docile; elle lui a donné de beaux enfants.
Le mari aurait dû brûler la peau de phoque, mais il s'est contenté de la cacher. De bien la cacher... Pourtant, si loin et si profond était-elle dissimulée, la peau était-là et la Selkie si aimante et fidèle ne pouvait s'empêcher de la chercher. Et tant elle l'a cherchée qu'elle a fini par la trouver. 
Alors revêtue de cette peau qui était sienne, la femme-phoque a laissé son époux, ses enfants et sans un regard en arrière, elle a plongé dans les vagues pour rejoindre au fond de l'océan ses soeurs, les Selkies.

mercredi 25 février 2015

Les Elfes

Si les poètes et musiciens d'Irlande vont dormir sur les tertres magiques, l'oreille collée au sol, c'est dans l'espoir d'entendre les airs merveilleux composés par les elfes. Certains pris de langueur aux accents de cette musique enchantée se sont laissés mourir pour rejoindre le royaume des elfes et devenir elfes eux aussi.
Leur maîtrise des arts et de la poésie leur vaut d'être considérés comme les créatures les plus élevées du monde de féerie. On distingue les elfes de lumière, créatures éthérées et célestes, semblables aux sylphes et aux anges qui évoluent dans l'air, des elfes noirs qui redoutent le jour et se cachent au plus profond de la terre.
Pour les Irlandais , ils font partie des Tuatha Dé Danann, peuple légendaire et savant, féru de musique et de poésie. Dagda, leurs souverain pouvait par ses chansons provoquer le rire, les larmes, la nostalgie ou le sommeil. Bodhb Derg, l'un de ses fils s'entourait de bardes érudits et habiles musiciens, tels le fameux Cainchinn et son fils Cascorach. Ils jouaient du tympan, sorte de harpe aux accents étranges et envoûtants qu'ils portaient en bandoulière. Saint Patrick, évangélisateur de l'Irlande fut séduit par ces harmonies.

mardi 24 février 2015

Les étranges marchés du diable

Dans un pays pas bien différent du nôtre, trois frères cherchaient du travail et n’en trouvaient pas. Ils furent bientôt au bout de leurs maigres ressources.
Au bout d’un certain temps, le diable lassé d’avoir la queue tirée décida d’aller les voir. Le temps qu’ils se remettent de leur frayeur, le diable eut l’idée d’un marché.
« Mes bons amis dit-il, vous êtes complètement fauchés. Si vous voulez bien laisser ma queue tranquille, je vous donne cette bourse pleine. Et non seulement elle est pleine mais elles se remplit à mesure que vous y puisez ».
Les trois garçons qui connaissaient les contes savaient bien que le diable ne donne jamais rien pour rien.
« Avant d’accepter dit le plus âgé des trois, nous voudrions savoir, mon cher diable, ce que vous allez exiger en échange. »
-Pas grand-chose dit Satan, pas grand-chose ! Vous n’avez qu’à vous engager, mais vous engager solennellement à répondre à toute question qui vous sera posée et sans changer l’ordre des réponses. Ce n’est pas bien difficile ! »
-Quelles réponses devrons nous faire, reprit  l’aîné méfiant, et dans quel ordre ?
C’est tout simple : vous qui semblez le plus vieux répondrez invariablement : tous les trois ; votre frère dira : Pour de l’argent et vous le plus jeune votre phrase sera : C’était juste. Ces trois phrases et aucune autre.
Mais dit un des frères, quel est celui d’entre nous qui devra vous céder son âme ?
-Rien ne presse , dit le diable bon enfant, vivez chers garçons, l’addition est pour plus tard.
Il est avec le Diable des pactes plus terribles ; les trois frères étaient dans la misère et la bourse était pleine d’or ; ils acceptèrent et reprirent leur chemin.
Pour la première fois depuis bien longtemps, quand ils arrivèrent devant une auberge, ils avaient le moyen d’y entrer.
L’aubergiste, les accueille : « Ces messieurs désirent-ils dîner ? – Tous les trois répond l’aîné !
Les autres clients de l’auberge dévisagent les arrivants ; ils n’ont guère bonne mine pour des gens qui commandent sans lésiner.
Ce que tous ignoraient c’est que l’auberge était rouge et que l’aubergiste pour ne pas faillir aux traditions, la nuit même assassina un de ses clients. Il n’eut aucun mal à convaincre ses hôtes que les coupables étaient ces trois garçons de mauvaise mine arrivés la veille. La chose était d’autant plus facile qu’ils se laissèrent ligoter et traîner jusqu’à la prison de la ville voisine sans dire un seul mot.
Dans leur cachot, ils appelèrent le ciel à leur secours, mais ce fut le diable qui se montra.
« Ne craignez rien dit-il, si vous respectez notre pacte à la lettre, bientôt, vous serez libres et riches.
Et nos trois frères arrivent au tribunal ; le juge les questionne :
« Etes-vous des assassins ?- Sans aucune hésitation, le premier répond : ‘Tous les trois ! »
« Pourquoi avez-vous tué ce marchand ? – Pour de l’argent, dit fermement le second.
« Comment, reprend le juge, avez-vous osé commettre pareil crime ? – C’était juste ! et la voix du plus jeune était claire.
Le juge, indigné d’une pareille audace les condamne tous trois à avoir la tête tranchée. Arrivés au pied de l’échafaud, les trois frères se lamentent. Ils vont mourir et aller tout droit en enfer alors qu’ils n’ont commis d’autre crime que de faire confiance à Satan ; ce qui on en convient, n’est guère raisonnable, mais ne mérite pas la mort.
Tandis que le premier pose le pied sur la première marche, un carrosse d’un rouge éclatant tiré par quatre chevaux noirs arrive au galop. Un seigneur tout de noir vêtu en sort ; il porte un parchemin signé du roi qui fait grâce aux trois condamnés.
On les libère ; ils reconnaissent leur sauveur qui les délie de leur serment. Ils peuvent alors raconter ce qui s’est vraiment passé. Le prince de ce royaume depuis longtemps soupçonnait l’aubergiste ; il ne lui fallait qu’une preuve pour le faire condamner. Une preuve que le diable venait de lui fournir en échange de Dieu sait quel marché ! Car il arrive parfois que les voies de Dieu et du Diable se croisent et chacun sait qu’elles  sont impénétrables au commun des mortels.
Nos trois frères reprirent leur chemin et rentrèrent chez eux où ils vécurent heureux et prospères grâce à l’inépuisable bourse du Diable.

lundi 23 février 2015

Révisons nos classiques

Blanche-Neige
(d'après Grimm et surtout Walt Disney)

Il était une fois, un roi et une reine qui n’avaient pas d’enfants et comme toujours dans les contes, la reine s’en désolait. Un jour d’hiver que, mélancolique, elle brodait près de sa fenêtre, elle voyait les corbeaux si noirs sautiller sur la neige si blanche.
-          Oh ! pensait-elle, si je pouvais avoir une petite fille ! Une petite fille au teint blanc comme la neige… une petite fille aux chevaux aussi noirs que l’aile de ces corbeaux !!
Rêveuse et distraite, la reine se piqua le doigt et une goutte de sang tomba sur sa broderie…
-Une petite fille, continua-t-elle, aux lèvres aussi rouges que cette goutte de sang !
Il faut croire que le désir de la reine était si puissant que l’année suivante, il lui vint une petite fille telle qu’elle l’avait désirée, au teint de neige, aux chevaux de jais et aux lèvres semblables à des rubis. Mais comme il arrive dans les contes, elle eut à peine le temps de l’admirer, avant de rendre un dernier soupir.
La petite fille qu’on avait appelée Blanche-Neige était encore presque un bébé quand le roi son père, lui offrit pour un de ses anniversaire une belle-mère, belle oh  combien ! mais mère fort peu et de plus sorcière.
Cette reine si belle ne pouvait supporter une rivale et chaque jour consultait son  miroir magique :
-Miroir, mon beau miroir, dis-moi quelle est la plus belle en ce pays. ?
Et chaque jour le miroir répondait :
-Par de-là les sept monts, par de-là les sept vallons, Reine, nulle n’est aussi belle que toi.
Cependant Blanche-Neige grandissait et chaque jour devenait plus belle, si bien que le miroir un matin, répondit à la reine.
-Tu es la plus belle oh ! Reine, mais bientôt Blanche-Neige sera plus belle que toi !
La reine entra dans une fureur aussi noire que les cheveux de sa belle-fille, appela son chasseur et lui donna l’ordre d’entraîner Blanche-Neige au plus profond de la forêt profonde, de la poignarder et de rapporter son cœur.
Le Chasseur obéit, mais arrivé au plus profond de la forêt profonde, ému par la grâce et l’innocence de sa victime, il lui révéla l’horrible projet de la reine.
-Sauve-toi, lui dit-il pars vite,  et ne revient jamais dans ce royaume !
Puis il tua une biche dont il apporta le cœur à la reine, qui le dévora tout cru et tout sanglant.
Blanche-Neige  pendant ce temps, fuyait éperdue dans la forêt, déchirant ses jolis souliers des satin, laissant des lambeaux de sa robe et de ses jupons de soie aux ronces des taillis. A la nuit, épuisée, affamée, elle se laissa choir au pied d’un grand chêne et s’endormit sur un lit de mousse et de feuilles mortes. Au petit matin, un rayon de soleil et le chant des oiseaux lui ouvrirent les yeux. Les oiseaux mais aussi tous les animaux de la forêt, les biches, les loups, les renards, les lapins, même les hiboux sur leurs branches retardaient l’heure de leur coucher pour observer l’étrange animal venu dormir dans leur domaine.
Effrayés d’abord, ils s’enhardissaient peu à peu ; la drôle de bête ne semblait pas féroce, elle émettait d’étranges petits sons, son corps se secouait doucement et de l’eau lui sortait des yeux.  Non, la bête ne semblait pas dangereuse ;  peut-être était-elle malade.
Une ourse survenue, suivie de son ourson éclaircit la situation :
-C’est une humaine, expliqua-t-elle…
-Une humaine ! grogna un gros sanglier… il faut la chasser ; les humains sont dangereux !
-Pas celle-ci, répliqua l’ourse qui « savait des choses », elle est jeune, elle est triste, les humains l’ont chassée.  Il faut l’aider,  sinon, elle va mourir..
-Ca en fera toujours une de moins, répliqua un insolent renard.
-Tais-toi, dit un loup, sévère, les humains ne sont pas bons pour nous, ce n’est pas une raison pour nous comporter aussi mal qu’eux !
-Je suis de ton avis dit un grand cerf, hochant sa ramure, mais que pouvons-nous faire…
-Conduisez-là chez les Nains, bâilla le hibou et cessez ce tapage, je voudrais pouvoir dormir..
-Oui, oui, chez les nains couinaient en sautillant les lapins… chez les nains, chez les nains …
Et Blanche-Neige, ahurie, qui avait mouché son nez, se leva et compris qu’elle devait suivre le cortège formé par les animaux.
Précédée d’un loup, la main posée sur un faon, encadrée d’ours et de sanglier, survolée d’oiseaux sonores, la jeune fille arriva dans une clairière ; une maison modeste, au toit de chaume dépeigné mais couronné d’iris se tenait retranchée derrière un jardinet mal tenu. Les animaux à l’arrêt semblaient lui signifier d’entrer là ; ce qu’elle fit. L’intérieur était aussi peu soigné que le dehors mais indiscutablement le lieu était habité par des gens dont l’ordre et la propreté n’était pas la préoccupation première. Bien que princesse et terriblement fatiguée, Blanche-Neige se crut tenue de mettre un peu d’ordre, avant de monter à l’étage et de s’écrouler sur un lit dont jamais l’envers du matelas n’avait vu le plafond. Après une nuit passée sous un chêne et un réveil plus que matinal, elle était plus morte encore de fatigue que de faim et puis… qui dort dîne !
Les habitants de la maison pendant ce temps, piochaient leur mine. Ils étaient sept,  les Sept Nains…
QUIZ : qui de vous lectrices (et teurs)saura me dire les noms des Sept Nains ??
Leur journée achevée, les nains mirent la pioche sur l’épaule et reprirent en chantant le chemin de leur chaumière. Quelle surprise en poussant la porte ! –« Mais, dit le moins aimable, qui donc s’est mêlé de ranger mes affaires ? »
-«  On dirait, ajouta celui qui portait des lunettes et qui semblait le plus âgé, on dirait que quelqu’un est entré ici… »
-Oh ! sans doute est-ce un monstre, bégayait en tremblant un qui se cacha sous la table »
Et chacun d’émettre son opinion, puis un autre bâilla et dit : « moi ça m’est égal ! J’ai sommeil et je vais me coucher… »
Mais arrivé en haut de l’escalier, il poussa un cri : «  Il y a une fille dans mon lit ! »
-« Ca alors, ça alors !! s’exclamèrent en chœur les sept.
Ils firent tant de bruit en grimpant l’escalier de bois, que Blanche-Neige ouvrit les yeux et se dressa sur son séant.
Le nain à lunettes s’approcha et lui demanda ce qu’elle faisait chez eux. Les larmes aux yeux, la jeune fille raconta son histoire et les nains émus décidèrent de l’adopter.

Pendant ce temps, dans le royaume du père de  Blanche-Neige, la reine interrogeait toujours son miroir qui lui dit un jour :
-«  Certes, Reine, tu es la plus belle en ce pays, mais par de-là les sept monts, par de-là les sept vallons, Blanche-Neige est bien plus belle que toi ! »
Le reine manqua s’étrangler de fureur ; heureusement le chasseur avait eu la bonne  idée de disparaître avant d’avoir fait les frais de la colère de sa souveraine.
Pâle de rage, la sorcière descendit dans les caves où elle avait son laboratoire et après avoir feuilleté de nombreux grimoires, elle composa une potion dans laquelle elle trempa une pomme à moitié. Puis elle prit l’apparence qui montrait sa vraie nature, remplit un panier de belles pommes rouges sur lesquelles elle posa celle qu’elle venait d’empoisonner. Vêtue d’une grande cape noire, s’appuyant sur un bâton et le panier au bras, elle prit le chemin de la forêt…
Les nains chaque matin, partaient travailler à la mine. Ils avaient recommandé à Blanche-Neige, sachant le danger qui la guettait, de ne jamais , surtout jamais, ouvrir la porte à quiconque en leur absence.  Seul le temps passait près de la maisonnette et à force de n’avoir d’autre compagnie que les animaux de la forêt, Blanche-Neige finit par oublier ses craintes. Un matin qu’en chantant elle allait tirer de l’eau au puits, elle vit s’approcher une vieille qui portait un panier. Il semblait bien lourd et la femme était visiblement fatiguée. La jeune fille lui proposa de l’eau et pour la remercier, l’horrible sorcière (on l’a reconnue !) lui offrit une pomme qu’elle coupa en deux tout en présentant la moitié empoisonnée à la belle sans méfiance. A peine eut-elle mordu dans le fruit, qu’elle tomba sur le sol, inanimée. Sans plus attendre, la mauvaise enfourcha son bâton et disparut dans le sommet des arbres.
En découvrant Blanche-Neige inanimée près du puits, le chant joyeux des nains se transforma en cris de désespoir. Elle respirait à peine et aucun de leurs efforts ne parvint à lui rendre la vie. Fous de chagrin, ils ne purent se résoudre à la mettre en terre. Ils lui firent un cercueil de verre et la laissèrent dormir là, au milieu de la clairière, parmi les animaux qu’elle aimait…
De longues, longues années s’écoulèrent avant qu’un prince ne vint s’égarer dans la clairière où dormait Blanche-Neige. Ebloui devant tant de beauté sans vie, le prince ne pouvait se décider à la quitter. Il voulut au moins l’embrasser ; mais quand ses lèvres eurent touché celles de la jeune fille, elle eût un hoquet et recracha le morceau de pomme qu’heureusement elle n’avait pas avalé…
Ca c’est un peu dégoûtant, jeunes filles je vous déconseille d’en faire autant avec vos soupirants ! Ils ne sont pas toujours des princes, alors…
Bon, ben, voilà !!! Blanche-Neigea a épousé son prince et la reine-sorcière a été forcée de danser toute une nuit chaussée de souliers de métal rougis au feu…. Ce qui ne lui fit aucun  bien…

dimanche 22 février 2015

Le fond et la forme

Il ne faut pas confondre la religion - le fond- avec les cultes -la forme-.
Le mot religion, de par sa racine, désigne ce qui relie. On peut donc légitimement penser que la religion est universelle. La religion relie, mais les cultes, la façon dont on l'enseigne et la pratique, séparent.
Ce n'est pas la religion qui provoque les conflits, mais les cultes.
Ainsi du bouddhisme dont on me dit qu'il n'est pas une religion mais une philosophie; cette philosophie cependant, relie. La Philosophie dans son ensemble relie les hommes , mais comme elle est sans culte, elle ne les pousse pas à s'étriper.
J'ai scandalisé naguère le curé de notre canton en lui disant que je ne vais pas à la messe parce que je suis profondément religieuse; cette messe qui n'est pour moi qu'un rite dépourvu de signification et pourtant, je crois à la parole du Christ.
Tout ce qui fait rêver, penser les hommes et les pousse à descendre au fond d'eux-même chercher la lumière est religion.
Ainsi les contes sont religion qui racontent à tout l'Univers connu la même histoire: celle de la vie.

samedi 21 février 2015

L'arrivée de Monseigneur

C'était le lendemain des premières communions. Monseigneur allait donner la confirmation à Gerbéviller en passant par Fraimbois.
Les membres du conseil municipal au complet étaient sur le pont de la Meurthe  pour voir passer le char de Monseigneur. Ils avaient mis leurs plus belles capotes, leurs redingotes et leurs chapeaux hauts de forme. Le maire était en tête, rasé de frais, avec une belle blanche chemise.
En attendant l'arrivée, comme il faisait chaud (c'était au mois de juillet), ils se déshabillent tous comme des jocrisses, et prennent un bain dans la rivière.
Résultat de recherche d'images pour "contes lorrains"Tout d'un coup, un gamin qu'était sur la route pour faire le guet, s'écrie:" Voilà Monseigneur, hâtez-vous, hâtez-vous! Le voici qu'arrive!"
Ils sortent de l'eau en se mettant à la recherche de leurs capotes et de leurs culottes; mais ils n'en ont pas le temps. La voiture arrive au grand galop.
"Faites tout comme moi", que dit le maire à ses conseillers!
Ils se mettent sur le pont, cul tout nu. Il n'y en avait qu'un qu'était en panneau de chemise. Ah! mes enfants, ça faisait un beau tableau allez!...
Le maire commence un petit discours, mais voilà que la malchance sen mêle: une guêpe vient le piquer sur la cuisse! Il se donne alors un grand coup sur la cuisse pour chasser la mouche.
Les conseillers en font autant (puisque le maire leur avait dit de faire comme lui!)
"Mais, c'est des possédés que crie Monseigneur, en voyant leur bodatte à l'air; mon Dieu, mon Dieu, le diable est à Fraimbois." Et le pauvre homme, en fermant les yeux, dit des oremus pour chasser le démon.

Jean LAHNER- Les Contes de Fraimbois

vendredi 20 février 2015

Faust

La légende de Faust prend pied dans la vie de Jean Fust de Mayence, un des inventeurs de l'imprimerie (méthode diabolique de propagation du savoir).
Faust, magicien et nécromancien aurait vécu entre la fin du XV° et le début du XVI° siècle (grande époque de la chasse aux sorcières), soit à Kundlingen et Wurtemberg, soit Roda près de Weimar.
Il étudie à Ingolstadt puis à Wittemberg en Saxe. Il connait la théologie, la jurisprudence,la philosophie, l'astronomie;il s'oriente finalement vers les sciences occultes: astrologie, chiromancie, démonologie.
Riche héritier d'un oncle fortuné, il dilapide son patrimoine en excès de toutes natures, puis fait avec le diable un pacte de 24 ans. Satan lui donne pour serviteur Méphistophélès en habit de moine; son autre compagnon est son valet Wagner qui a lui aussi un démon: Auerhahn.
Faust séduit l'innocente Marguerite.
Vers 1550, il se trouve à Limling en Wurtemberg quand expire le pacte; il est emporté par Satan.

Lire: Faust de Goethe

            Manfred de Lord Byron

jeudi 19 février 2015

Les Trois Fléaux de l'Île de Bretagne

Résultat de recherche d'images pour "Llud"Au temps où le roi Llud régnait sur la Bretagne,  trois fléaux se sont abattus sur l’ile.
Il y eût d’abord les Korrigans. De bien désagréables créatures  qui avaient le don de connaître tout ce qui se passait et se disait  dans tout le royaume et comme  rien ne leur échappait, ils étaient avertis de toute tentative de les supprimer.
Le roi Llud réunit son conseil mais aucun de ses pairs n’avait ma moindre idée sur la façon de venir à bout des Korrigans. Le frère du roi était un homme sage qui se nommait Llevelyn. Llud résolut de lui demander conseil.
Llevelyn fit embarquer son frère sur un bateau ; de la rive au milieu de la mer ils seraient à l’abri des oreilles indiscrètes. Mais là encore, le vent aurait pu porter leurs paroles jusqu’à la rive. Llevelyn eût l’idée d’une corne de cuivre pour communiquer avec son frère.. Pas de chance, un démon s’était logé dans la corne ! Aucune parole sensée n’en sortait ; pire ! la plupart étaient des injures. Alors llevelyn fit laver l’intérieur de la corne avec du vin. Le démon en bûtn se saoula et s’endormit ce qui permit de le déloger.
Llevelyn put alors donner à son frère le moyen de se débarrasser des Korrigans.
De retour dans son domaine, Llud fit proclamer une paix générale et donna un grand festin de réconciliation auquel tout le royaume fut convié y compris les Korrigans.
Quand tout le monde après avoir bu, mangé, écouté les bardes était sur le point des s‘assoupir, Llud fit répandre une mixture composée selon une recette de Llevelyn, d’eau et de certains insectes broyés. Cette potion ne troubla nullement les Bretons mais fut fatale aux Korrigans.
Ce premier fléau éliminé, en survint un second : chaque nuit de 1° mai se faisait entendre un cri si épouvantable que les hommes perdaient leur force, les femmes avortaient, les jeunes gens devenaient fous, les arbres perdaient leurs feuilles, les animaux et les plantes restaient stériles.
Llevelyn encore une fois consulté dit qu’il y avait au centre de l’île un dragon endormi et qu’un dragon étranger venait parfois attaquer. Chaque fois que les dragons se battaient, retentissait le cri épouvantable. Il fallait donc mesurer méthodiquement la Bretagne afin d’en trouver le centre. Il advint donc, que ce centre fut découvert non loin d’Oxford.
On y creusa une grande fosse que l’on remplit d’hydromel et qu’on dissimula sous un grand drap. Vint la nuit du premier mai et du combat des dragons. Aucun des deux ne parvint à terrasser l’autre et, épuisés, ils s’écroulèrent sur le drap, tombèrent dans la cuve où ils burent tout l’hydromel. Complètement ivres, assoupis, il ne restait plus qu’à replier le drap, les enfermer dans un coffre de pierre qui fut enterré sous la colline de Dinas Enrys. Ils y sont toujours et l’on dit que c’est grâce à eux que l’Angleterre ne peut être envahie.
Mais il restait le 3° fléau : c’était un sorcier, qui endormait tout le monde et s’arrangeait pour que les provisions amassées dans les greniers afin de  prévenir toute disette, disparaissent en une journée. Comme tout le monde dormait, personne n’arrivait à le surprendre.
Llevelyn cette fois fit préparer un grand festin et dit à Llud de placer non loin un cuveau d’eau froide.
A la nuit tombée commença la fête ; Llud se cacha près de la cuve. De là, il pouvait écouter la musique et les histoires extraordinaires que racontaient les bardes. Bientôt tout le monde s’endormit, Mais Llud sentant ses yeux se fermer se jeta dans l’eau froide. Bien réveillé, il put voir une sorte de géant, solidement armé et muni d’un panier gigantesque et qui semblait sans fond car il y entassait toutes les provisions du royaume. Quand il n’y eut plus rien, le géant s’en fut. Etonné par ce prodige, Llud ne perdit pourtant pas courage. Il s’élança à la poursuite du géant, finit par le rejoindre et l’attaqua. Le géant était faible et Llud courageux ; il terrassa le géant qui demanda grâce et jura fidélité à son vainqueur en échange de la vie.


mercredi 18 février 2015

Le Conteur

...Ha! toutes sortes d'hommes dans leurs voies et façons: mangeurs d'insectes, de fruits d'eau; porteurs d'emplâtres, de richesses! l'agriculteur et l'adalingue, l'acuponcteur et le saunier; le péager, le forgeron; marchands de sucre, de cannelle, de coupes à boire en métal blanc et de lampes de corne; celui qui taille un vêtement de cuir, des sandales dans le bois et des boutons en forme d'olives; celui qui donne à la terre ses façons; et l'homme de nul métier: homme au faucon, homme à la flûte, homme aux abeilles; celui qui tire son plaisir du timbre de sa voix, celui qui trouve son emploi dans la contemplation d'une pierre verte; qui fait brûler pour son plaisir un feu d'écorces sur son toit, et celui qui a fait des voyages et songe à repartir; qui a vécu dans un pays de grandes pluies; qui joue aux dés, aux osselets, au jeu des gobelets; ou qui a déployé sur le sol ses tables à calcul; celui qui a des vues sur l'emploi d'une calebasse; celui qui mange des beignets, des vers de palme, des framboises; celui qui aime le goût de l'estragon; celui qui rêve d'un poivron; ou bien encore celui qui mâche d'une gomme fossile, qui porte une conque à son oreille, et celui qui épie le parfum de génie aux cassures fraîches de la pierre; celui qui pense au corps de femme, homme libidineux; celui qui voit son âme au reflet d'une lame; l'homme versé dans les sciences, dans l'onomastique; l'homme en faveur dans les conseils, celui qui nomme les fontaines, qui fait un don de siège sous les arbres, de laines teintes pour les sages; et fait sceller aux carrefours de très grands bols de bronze pour la soif... ha! toutes sortes d'hommes dans leurs vies et façons et, soudain, apparu dans ses vêtements du soir et tranchant à la ronde toutes les questions de préséance, le Conteur qui prend place au pied du térébinthe....

SAINT-JOHN PERSE




mardi 17 février 2015

Le Zizi ¨Perpétuel



Mon petit frère a un zizi
Mais moi, Zaza,
Je n'en ai pas.

Mon petit frère a un zizi
Toujours placé au bon endroit
Mais moi, Zaza,
Je n'en ai pas.
Pourquoi?

Il me le montre sans répit
Pour me donner du dépit
Pour se donner un air gaulois
Pour m'enfoncer dans l'désarroi!

Il me le sort en catimini
En tapis rouge en tapinois
Et le le fait toucher du doigt:
C'est assez doux
Comme caoutchouc
Mais y'a pas de quoi
Perdre la foi.

Et moi, et moi, moi je me dis
Pourquoi mon frère a un zizi
Dans quel tiroir se font les lois?

Le jour et la nuit
Son zizi le suit
Toujours placé au bon endroit.

Et moi, Zaza, dans les draps blancs
J'ai beau me tâter
Me tâter souvent
A la place où c'aurait dû été
Que du vent! Que du vent!

"Tu verras Zaza
Avec mon zizi
Un jour je serai le Roi"
Qu'il dit 
Tout en lui collant tout autour du sparadrap.

A la fin c'est énervant
De manquer obstinément
De cette sorte d'émolument.

Si j'ai le regard zoulou
Si j'ai le nombril sournois
Si je fais des coups en d'ssous
Si je pousse de guingois
Si je ne fais pas mon poids
Faut pas demander pourquoi!

Mais pourquoi?
Pourquoi?

René De Obaldia



lundi 16 février 2015

Dictionnaire du Zoodiac

LE CHAT

 Signe évanescent, gouverné par la planète Moustache.

Les natifs du chat ont tendance à disparaître en finissant par le sourire ; ne partez pas à leur recherche.

Si vous vivez avec un chat, résignez vous : c’est lui qui dirige la maison.


dimanche 15 février 2015

Pour clore la St Valentin...une belle histoire d'amour

Le lai du chèvrefeuille - Marie de France- Traduction Philippe Walter

Il me plaît beaucoup et c’est mon désir de vous conter la véritable histoire de ce lai qu’on nomme Chèvrefeuille, pourquoi il fut composé et d’où il vient.
Plus d’un me l’a raconté et moi, je l’ai composé par écrit au sujet de Tristan et de la reine, de leur amour si parfait qui leur valut tant de souffrances avant de les réunir dans la mort, le même jour.
Le roi Marc était courroucé et emporté envers son neveu Tristan.
Il l’avait chassé de son royaume à cause de l’amour qu’il vouait à la reine.
Tristan s’en était retourné dans son pays.
Il resta une année entière sans jamais pouvoir revenir dans le sud du pays de Galles où il naquit.
Ensuite, il s’exposa à la mort et à l’anéantissement.
Ne vous en étonnez pas car celui qui aime très loyalement est rempli de tristesse et de souci quand il ne peut satisfaire ses désirs.
Résultat de recherche d'images pour "tristan et iseult"Tristan était affligé et anxieux.
C’est pourquoi il quitta son pays et retourna en Cornouailles où vivait la reine.
Il se cacha seul dans la forêt.
Il ne voulait être vu par personne.
Il en sortait le soir quand il fallait trouver un gîte.
Il était hébergé pour la nuit par des paysans, des pauvres gens.
Auprès d’eux, il s’informait sur les faits et gestes du roi.
Ils lui rapportent ce qu’ils ont entendu : les barons sont convoqués, ils doivent se rendre à Tintagel, car le roi veut y tenir sa cour.
A la Pentecôte, ils y seront tous ; il y aura beaucoup de joie et de plaisir ; le reine y sera.
A ces mots, Tristan se réjouit.
Yseut ne pourra se rendre là-bas sans qu’il la voie passer.
Le jour du départ du roi, Tristan retourne dans la forêt.
Sur le chemin que le cortège devait emprunter, il coupa une branche de coudrier par le milieu et l’équarrit en la taillant.
Quand le bâton est prêt, il y grave son nom avec un couteau.
Si la reine le remarque – car elle faisait très attention ; il lui était déjà arrivé précédemment de retrouver Tristan par un moyen similaire -, elle reconnaîtra parfaitement dès qu’elle le verra, le bâton de son ami.
Voici l’explication détaillée du message qu’il lui adresse : il était resté longtemps dans la forêt, aux aguets, attendant de connaître un moyen pour la revoir car il ne pouvait vivre sans elle.

« De ces deux il en fut ainsi
Comme du chèvrefeuille était
Qui au coudrier s’attachait :
Quand il s’est enlacé et pris
Et tout autour du fût s’est mis,
Ensemble peuvent bien durer.
Qui plus tard les veut détacher,
Le coudrier tue vivement
Et chèvrefeuille mêmement.
« Belle amie, ainsi est de nous :
Ni vous sans moi, ni moi sans vous ! »
trad. Jean Orizet

La reine s’avançait à cheval.
Elle scrutait le talus, vit le bâton, le reconnut et distingua les inscriptions.
A tous les chevaliers qui la conduisaient et l’accompagnaient, elle ordonna de s’arrêter.
Elle veut descendre de cheval et se reposer.
Ils lui obéissent ; elle s’éloigne de ses gens, appelle sa servante Brangien qui lui reste très fidèle.
Elle s’éloigna un peu du chemin et, dans la forêt, elle trouva celui qu’elle aimait plus que tout au monde.
Ils laissent tous deux éclater leur joie.
Il lui parle tout à loisir et elle lui dit ce qu’elle désire.
Ensuite, elle lui explique comment il pourra se réconcilier avec le roi qui regrette de l’avoir exilé : il a été abusé par des calomnies.
Puis elle part et quitte son ami.
Mais quand arrive le moment de la séparation, ils commencent à pleurer.
Tristan retourna au pays de Galles jusqu’à ce que son oncle le fît revenir.
Pour la joie qu’il éprouva de revoir son amie et pour se rappeler les paroles de la reine qu’il avait mises par écrit, Tristan qui savait bien jouer de la harpe avait composé un nouveau lai.
Je le nommerai brièvement : en anglais, on l’appelle Gotelef, les Français le nomment Chèvrefeuille.
Je viens de vous dire la véritable histoire du lai que j’ai raconté ici.
                                                                                                                



Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...