lundi 22 juin 2015

Les Trois Cygnes (image Salvador Dali)

Serge Fourcade : "Le langage des oiseaux, est utile aux voyageurs. L’oiseau se présente en miroir de l’homme en ce sens que miroir signifie « modèle,parangon, idéal ». D’où l’importance dans l’initiation des garçons de l’apprentissage des langages des oiseaux, du roucoulement et du ramage de l’éducation sexuelle. Quelquefois l’oiseau se transforme en passeur entre le masculin et le féminin, entre le passé et l’avenir, entre les vivants et les morts. »Résultat de recherche d'images pour "les cygnes salvador dali"


 Du temps où les filles épousaient des oiseaux, sur le bord d’un lac, un garçon rêvait. Dans la lumière dorée de la fin de l’été, il vit venir vers lui, lentement portés par les flots, trois cygnes ondulants.
Trois cygnes gracieux qui valsaient lentement sur l’eau verte et dorée. Approchant de la rive où rêvait le jeune homme, ils restèrent un moment immobiles, à le regarder. Il étendit la main, il voulait les toucher mais les cygnes alors, doucement se sont éloignés. Il ôta ses sabots et releva ses chausses, puis il entra dans l’eau ; mais les trois grands oiseaux, deux blancs, un autre noir, glissèrent vers le large sans le quitter des yeux.
 Dans les roseaux une barque était échouée, la rame encore au fond ; avec bien de la peine, il put la dégager, la pousser sur le lac ; les cygnes l’observaient, ils s’éloignaient toujours.
Il a sauté dans l’esquif et  ramé dans le sillage des trois grands oiseaux..
Bientôt il fut près d’eux et leur tendit la main ; ils s’éloignèrent encore ; il rama, il rama, longtemps, sans prendre garde à l’eau qui déjà lui couvrait les chevilles.
Le soleil descendait sur le lac, l’eau miroitait, aveuglante et les cygnes toujours glissaient dans le lointain .
Et le garçon ramait ; la barque s’enfonçait ; il n’y prenait pas garde, tant devenait, de plus en plus fort son désir de rejoindre les cygnes . Les cygnes qui s’éloignaient de la barque qui s’enfonçait. Il eut de l’eau bientôt jusqu’aux épaules, puis jusqu’au cou, puis dans la bouche et le soleil enfin, disparut comme lui, dans l’eau étincelante : quelques bulles, de grands cercles, il n’y eut plus sur le lac ni cygnes, ni barque, ni garçon.

Plus tard il s’éveilla dans une chambre étrange, dont les murs de cristal laissaient voir ondulant dans une eau verte, des algues et des poissons. Assises au pied du lit, trois dames belles à ravir, une brune et deux blondes l’observaient en silence….
L’une lui prit la main ; c’était je crois la brune.
-« Que fais-tu là, jeune homme ?
-Je ne sais, répond-il. J’étais au bord du lac et j’ai suivi trois cygnes. Ma barque a chaviré je pense. Je dois rentrer chez moi…
-Pourquoi dit une blonde, ne pas rester ici ?
Le jeune homme est tenté. Les dames sont si belles et les lieux si paisibles.
-« Reste avec nous trois jours, reprend la dame brune. Trois jours pas un de plus, car passé ce délai, tu devras demeurer pour toujours avec nous. L’air, le vent, le soleil des lieux où tu es né te seront odieux.
-Je resterai trois jours, je vous en fais serment.
Les trois jours ont passé comme une nuit de rêve, dans le palais magique aux chambres de cristal, dans le jardin aux fleurs étranges peuplé d’animaux fantastiques. C’était ainsi qu’il avait toujours imaginé le Paradis. Il oublia le temps…
Un jour, la nostalgie lui vint de sa maison, de ses parents… 5 années s’étaient écoulées. Il se souvint de la mise en garde de la dame brune : il avait dépassé les trois ans, tout retour lui était interdit. Petit à petit, il devint mélancolique, puis triste et le désespoir l’envahit. Les dames ne s’apercevaient de rien. Il s’isolait…
Tout au fond du jardin magique se dressait un arbre au large tronc, aux branches traînant jusqu’à terre. Il allait se cacher sous les feuilles et pleurait. Un jour qu’il venait là le cœur gros, une vieille, toute ridée, toute bossue se tenait à sa place.
-« Viens t’asseoir près de moi, mon beau désespéré et conte-moi ta peine. »
Alors il raconta : comment il avait suivi les cygnes, comment il s’était éveillé dans le palais des trois dames, comment il avait laissé filer le temps et comment il était prisonnier de ces lieux qu’il avait tant aimé.
-« Si tu le veux vraiment, je peux t’aider lui dit la vieille.
- Mais comment ?
- Epouse-moi et demain tu seras chez toi, riche et puissant car ma fortune est grande et immenses sont mes pouvoirs.
-Les dames sont mes amies, elles m’ont sauvé la vie. Quels que soient tes pouvoirs, quelle que soit ta fortune, je ne peux t’épouser !
Alors la vieille, dans un éclat de rire, disparait dans les branches, laissant la place aux trois dames, qui embrassent le jeune homme.
-« Puisque tu as été fidèle en dépit de ton grand désir de retourner chez toi, et bien que notre désir à nous est de te garder, nous allons lever le charme qui te retiens ici. Va dormir et ne t’inquiètes de rien. »
Ce sont les premiers rayons du soleil et la rosée du matin qui l’ont réveillé. Depuis le tertre où il était couché, il pouvait voir la maison de son père. Sur le lac à ses pieds, trois cygnes s’éloignaient. Avant de disparaître, ils ont tourné la tête et incliné le bec comme pour un adieu.
Ses parents, ses amis qui le croyaient noyé lui font la fête, heureux de le voir sain et sauf. Mais quand on lui demande  ce qui lui est arrivé, personne ne veut croire à son histoire. La joie des retrouvailles bientôt s’estompe. On le traite de menteur, puis de fou. Ses parents se désolent, ses voisins l’évitent, on se moque de lui. Les dames avaient raison, il n’est plus fait pour cette vie.

Dans l’espoir de pouvoir retourner au domaine enchanté, il va chaque jour au bord du lac et il attend. Et le temps passe et son chagrin grandit. Les cygnes ne reviennent pas, ils ne reviendront jamais… Les années ont passé et par un matin d’hiver, on l’a retrouvé mort, gelé de désespoir au bord du lac.

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