lundi 2 mars 2015

Les blés qui foutent le camp.

C'était en mille sept cent nonante. L'histoire-là n'est pas d'aujourd'hui: il avait fait une tempête terrible à Fraimbois.
Il avait tombé une calende qu'avait fait déborder toutes les chânettes du village, les ruisseaux et les goulottes des prés.
Et comme il faisait un grand vent, les blés qu'étaient mûrs, beaux et jaunes, bons pour la moisson, étaient secoués, courbés par la tempête, et on aurait dit qu'ils s'en allaient, qu'ils se sauvaient biene

loin, jusqu'à Saint-Clément.
Le garde champêtre qui passait dans les champs, et qu'était trempé comme une cane, revient en courant à Fraimbois. Il prend sa caisse et annonce:" Mes pauvres gens, mes pauvres gens, voilà vos blés qui foutent le camp."
Tout chacun se sauve du côté des champs, les hommes avec des fourches et des fouets, les femmes avec des pincettes, les enfants avec des jarrets de fagots pour empêcher les blés de se sauver.
A leur arrivée, comme il ne faisait plus de vent, les blés ne se sauvaient plus.
"Heureusement que nous sommes arrivés à temps, que disaient tous mes innocents, nos pauvres blés auraient bien été jisqu'à Bertrambois."
Depuis la journée-là, le garde champêtre se promène toujours avec son tricorne et son grand sabre, devant les champs de blés..., et pendant ce temps-là, sa femme est gardée par un galant... bien sûr, pour qu'elle ne se sauve pas non plus!

Jean LAHNER - Les contes de Fraimbois

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