samedi 24 janvier 2015

Le procès-

Les jours s’écoulaient bien trop vite au gré de la malheureuse. Chaque jour la rapprochait  de la date fatidique, chaque elle était de plus en plus terrifiée et désespérée et chaque jour elle versait des torrents de larmes. Pendant ce temps, Merlin allait, venait, jouait comme un enfant de son âge ; il riait, joyeux, insouciant.
-N’avez-vous pas honte, lui reprochaient ses nourrices, de rire et de vous amuser quand,  à la fin de cette semaine, votre pauvre mère sera brûlée vive. Et c’est à cause de vous ! Maudit soit le jour de votre naissance !
Merlin embrassa sa mère :
-Elles ne savent pas ce qu’elles disent ma mère ! Tant que je serai vivant, je ne permettrai pas qu’on vous fasse le moindre mal. Jamais je ne vous laisserai condamner à mort et monter sur le bûcher…
La mère un peu rassurée sécha ses larmes et les  nourrices furent remplies d’étonnement  devant les sages paroles d’un si jeune enfant. Ce qu’elles ne manquèrent pas de rapporter aux juges quand fut venu la terrible échéance. Elles sortirent de la tour les premières suivies de la mère portant Merlin dans ses bras.
-Eh bien, dirent les juges sceptiques, ce sage enfant devra trouver de bons arguments s’il veut tirer cette femme d’affaire.
Tout le monde enfin réuni, le confesseur se présenta et le jugement fut rendu :
-Demoiselle, l’heure est venue ; il faut vous préparer. Quelles sont vos dernières volontés ?
- J’aimerais une dernière fois me confesser.
La permission accordée, elle se retira dans une pièce,  seule avec le saint homme.
Merlin était resté dehors ; les uns et les autres le pressent de question, mais il ne daigne pas leur répondre. Pendant ce temps, toute en larmes et tremblante, la mère répétait au prêtre  les propos de son fils.  Il comprit alors que quelque chose d’inattendu allait se produire et alla se placer à côté des juges.
Vêtue seulement de la chemise des condamnés, la pauvre femme allait subir un dernier interrogatoire. On lui mit un manteau sur les épaules et voyant son fils près d’elle, elle le prit dans ses bras.
-Demoiselle, nous vous demandons une dernière fois de nous dire qui est le père de cet enfant. Dites la vérité, il en va de votre salut.
-Je sais répondit-elle, que je n’échapperai pas au supplice. Mais que Dieu me refuse son pardon si j’ai jamais vu et connu le père de cet enfant et si jamais je me suis volontairement livrée à un homme.
- Bien que nous sachions la chose impossible, dirent les juges, nous allons néanmoins demander à ces sages-femmes, s’il est possible de porter un enfant sans père pour l’engendrer.
- Pas à notre connaissance, fut leur réponse, si l’on excepte bien sur la Vierge Marie.
- Dans ce cas dirent les juges que la justice suivre son cours !


1 commentaire:

manouche a dit…

Justice et religion, nous sommes vraiment obsédées...il faut dire qu'il y a de quoi !