dimanche 6 juillet 2014

La fileuse


Soline allait au Bois des Biches, à la main son panier rond. On était en mai et la lune en montant avait dû faire lever la morille. La rosée, dans la douce lumière du matin embrumait le chemin, s’accrochait aux buissons. Soline avait quitté le sentier, le roncier devenait plus dense ; en le contournant, elle fut devant une mare dont les bords argileux portaient des traces de sabots. Des biches et des chevreuils fréquentaient les lieux et la mare était d’abord difficile ; on ne la trouvait que par hasard. Une cabane s’abritait sous un chêne et devant la porte, une vieille filait.
Soline avait de bons yeux et sur la quenouille le fil était si fin, si léger qu’une fée seule aurait pu le produire ; elle s’approcha. La vieille leva la tête et lui fit signe d’approcher. Soline intimidée, la salua et lui fit compliment de son travail.
« Tu aimerais sans doute, filer aussi finement ? tu me sembles bonne fille. Si tu me fais la promesse de ne révéler à personne d’où tu la tiens, je te fais don de ma quenouille. Ton travail sera aussi beau que le mien. »
Soline comprit alors que la vieille était la fée de la Mare aux Biches, celle dont on parlait toujours et que personne ne voyait jamais. Elle fit sa révérence et remercia.
« Promets d’abord, tu me remercieras ensuite ! »
Soline promit ; la fée lui donna la quenouille.
Rentrée chez elle, Soline en grand mystère s’installa au grenier pour filer. Jamais fil aussi fin, aussi soyeux ne fut produit dans la région. Et la quenouille était inépuisable, aussi tous les jeudis au marché de Brezolles on faisait queue devant l’étal de Soline. On vit venir du monde de Dreux, de Chartres et même du Perche et de Normandie. Toutes les belles dames voulaient des jupons dans les étoffes qu’on tissait avec le fil de Soline. Les pièces d’or et d’argent s’entassaient dans le coffre de la jeune femme.
Hélas, elle avait une amie ; une amie qui aurait bien voulu savoir le secret du fil merveilleux. Elle questionna, cajola tant et tant la fileuse que l’imprudente sous le sceau du secret parla de la fée à la curieuse.


Quand Soline remonta au grenier, la quenouille enchantée avant disparu et dans le coffre au trésor ne restait qu’un peu de poussière.

1 commentaire:

manouche a dit…

Quand la lune fait lever la morille que Soline ne soit pas Solitaire ... :))