vendredi 1 août 2014

Bon anniversaire

Une Enfance en Russie

Un auteur, en France ne figure dans aucune histoire de la littérature ; dans aucun manuel scolaire ; un auteur pourtant, édité et réédité sans arrêt depuis près d’un siècle. Un des ses personnages dont les malheurs sont connus de toutes les petites filles, porte le même prénom qu’elle : Sophie.
Sophie de Ségur, née Rostopchine, était sans doute trop aristocrate et trop catholique pour avoir droit à une place dans la républicaine et laïque école de Jules Ferry !
Née un 19 Juillet 1799, à Saint Petersbourg , on lui donne pour parrain le tsar Paul 1°. Le père de la Comtesse de Ségur, Fédor Rostopchine, figure dans son œuvre sous les traits imposants du général Dourakine :

« Dérigny attendait le général pour aider à sa toilette, qui fut longue et qui mit en évidence toute l’ampleur de sa personne. Grande tenue de lieutenant général, uniforme brodé d’or, culotte blanche, bottes vernies, le grand cordon de Sainte Anne et de Saint Alexandre, des plaques en diamants, l’épée avec une poignée en diamants, et une foule de décorations de pays étrangers à la Russie… »

« Dourak » en russe, ça veut dire idiot. Pas très aimable ? Peut-être…C’est la manière pour Sophie, de se venger gentiment d’un père dont la faiblesse envers son épouse Catherine est à l’origine de la plupart de ses malheurs …Pourtant Fédor adorait sa seconde fille ; il l’avait surnommée Sophaletta ; nous allons en faire autant pour distinguer la créatrice de sa créature, Sophie de Réan.
Sa mère, Catherine Rostopchine, née Protassov, est aussi difficile à assumer que Mme Lepic pour Poil de Carotte et que Folcoche pour Hervé Bazin. Folcoche avait fait scandale en 1948 ; dans la trilogie de Fleurville, publiée un siècle plus tôt, la Comtesse de Ségur fait de la marâtre une belle-mère : Madame Fichini, une folle furieuse qui fouette, punit, se laisse aller à une violence et une injustice terrifiantes ; aussi la rend-elle ridicule :

« Madame Fichini descendit triomphante, grasse, rouge, bourgeonnée. Ses yeux étincelaient d’orgueil satisfait ; elle croyait devoir être l’objet de l’admiration générale avec sa robe de mère Gigogne, ses gros bras nus, son petit chapeau à plumes de mille couleurs couvrant ses cheveux roux, et son cordon de diamants sur son front bourgeonné…

Mme de Réan , la mère naturelle de Sophie, à l’inverse, montre le bon côté de Catherine Rostopchine : une éducatrice rigoureuse, une femme belle, cultivée , austère, une mère toutefois peu affectueuse. La comtesse de Ségur la fera périr dans un naufrage. La mauvaise mère hantera longtemps son imagination ; plus tard elle en fera le titre et l’argument d’un de ses romans . Mais sur la pression de son entourage scandalisé, « La Mauvaise Mère » deviendra « François le Bossu ». Il est vrai que la futile Madame des Ormes, si elle en a certains défauts, n’a aucune des qualités de Catherine .
Elle aurait e?y ce mois-ci 215 ans... Bon anniversaire

1 commentaire:

Sophie Fleury a dit…

http://leblogdesophdelav.blogspot.fr/2010/05/les-malheurs.html

Je ne pouvais pas résister à l'envie de partager ce lien. Cette illustratrice (qui se prénomme Sophie aussi) a réalisé un travail magnifique avec ses Malheurs de Sophie.

Pour moi (qui suis une autre Sophie, née un 19 Juillet), la Comtesse de Ségur est à classer au même rang que le Petit Prince dans mes émerveillements et amours de jeunesse. Merci pour cet article!

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