S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


TCHONG TSEU


Quand vous arrivez quelque part,
Suivez la tradition locale.
Observez les us et coutumes
Que pratiquent les gens du lieu.

vendredi 13 juin 2014

Lionel et Bohort -



La Dame du Lac qui voulait pour son Beau Trouvé des compagnons de son âge, savait où les trouver. Elle fit venir près d’elle sa suivante Saraïde et l’envoya à la cour du roi Claudas. Saraïde se mit en route.
Claudas de la Terre Déserte avait  vaincu le roi Bohort de Gaunes et fait enfermer ses deux fils dans une tour, où rien ne leur manquait sauf la liberté. L’aîné se nommait Lionel en raison d’une marque qu’il avait sur la poitrine et qui avait la forme d’un lion ; le plus jeune portait le nom de son père : Bohort.
Leur maître, le sage Pharien et Lambègue son neveu avaient demandé à rester avec eux.  Lionel semblait s’accommoder de son état ; pourtant un soir que le vieux maître regardait son élève manger d’un bel appétit  il ne put s’empêcher de pleurer. Lionel lui en demanda la raison. Après s’être fait prier, Pharien lui avoua sa grande tristesse de voir ainsi les enfants de son roi prisonniers tandis qu’un usurpateur faisait la loi dans le royaume. Lionel ne répondit rien, mais repoussa violemment la table en faisant tomber tous les plats à terre. Puis il quitta la salle et grimpa tout en haut de la tour où assis sur la balustrade, il contemplait l’horizon.  Pharien inquiet vint le rejoindre, lui demanda de redescendre et d’achever son dîner afin de ne pas inquiéter son jeune frère.
« Je suis votre seigneur, répondit Lionel, à toi, à mon frère et à ton neveu. Je vous ordonne à tous d’aller manger. Quant à moi, je ne toucherai plus aucune nourriture tant que mon père ne sera pas vengé. »
Pharien, ému de la résolution de l’enfant finit par lui arracher la promesse de ne rien tenter contre Claudas tant qu’il ne serait pas plus âgé et plus fort.  « Alors, ajouta le maître, je t’aiderai de tout mon pouvoir ! »
Lionel après bien des réticences, finit par promettre, mais à la condition que jamais Claudas ne se trouverait en sa présence.  Dans ce cas, il ne serait plus maître de lui-même assez pour tenir sa promesse.
C’est le lendemain, jour de la fête de la Madeleine, où chaque année, Claudas tenait sa cour,  qu’on vit entrer dans la grande salle du palais une femme très belle qui tenait par des chaînes d’argent deux beaux lévriers blancs.  C’était  Saraïde, l’envoyée de Viviane.
« Roi, dit-elle à Claudas, pourquoi garder en prison deux enfants innocents ? Le bruit court que tu veux les faire mourir et le peuple qui aimait leur père, pourrait bien se soulever pour leur venir en aide. »
Claudas avait un neveu, Dorin, qu’il aimait beaucoup. Il voulait lui laisser le royaume prospère et en paix ; pour cela, il  était décidé à s’amender. Il fit venir son sénéchal et lui ordonna d’aller chercher les enfants après avoir rassemblé pages et barons en grand équipage pour escorter les deux frères jusqu’à lui.
Tandis qu’ils se préparaient, Pharien surpris Lionel en train de dissimuler sur lui un fort grand coutelas. « Que veux-tu en faire demanda-t-il ? – Tuer Claudas, répondit simplement le garçon.- Comment penses –tu dissimuler sur toi un arme de cette taille ? tout le monde la verra ! Donne-là moi plutôt- A la condition que tu me la rendes quand je te la demanderai – Je te la rendrai si tu renouvelles ta promesse de ne rien tenter contre Claudas – Je te promets, répondit l’enfant, de ne rien tenter qui soit contre mon honneur et dont on puisse me blâmer. – Ce n’est pas ce que je te demande, répondit Pharien – Alors, dit lentement Lionel menaçant, garde donc cette arme… il se pourrait que tu en aies besoin pour te défendre !
Puis il s’en fut rejoindre son frère ;  tous deux montèrent à cheval,  et c’est accompagnés d’une escorte digne des deux princes qu’ils étaient qu’ils se rendirent au palais du Roi.
Ils s’avancèrent dans la grande salle main dans la main, tête haute et le regard fier. Les amis de leur père  d’abord rassurés à la vue des enfants, se mirent à prier pour qu’il ne leur arrive rien de fâcheux. Claudas, assis au haut bout de la table semblait un roi sage et puissant mais son regard cruel était  toujours celui d’un félon. Devant lui, sur un plateau d’argent étaient posés sa couronne et son sceptre et sur un autre plateau une épée droite, tranchante et claire. Très impressionné par les manières et le maintien de Lionel, il lui tendit la coupe et l’invita à boire en signe d’amitié. Le garçon ne pouvait détourner ses yeux de l’épée luisante. Saraïde s’avança vers lui et doucement, lui prit a tête dans les mains et la tourna vers la coupe. Puis elle couronna les deux enfants d’une guirlande de fleurs parfumées et leur passa au coup des colliers d’or et de pierreries.
« Bois maintenant, Fils de Roi dit-elle à Lionel – Certes je vais boire, répondit-il, mais qui paiera le vin ?. Il prit en main la coupe, tandis que le jeune Bohort lui criait : « Ne bois pas ! Brise cette coupe ! Jette-là à terre ! » Il craignait pour son frère quelque traîtrise de l’usurpateur.
Lionel avait empoigné la  lourde coupe. Il en frappa le roi au visage et le blessa au front. Claudas assommé s’écroula sur le sol tandis que Lionel renversait le sceptre et l’épée, jetait à terre la couronne et la piétinait faisant jaillir les pierreries.  Dorin se précipita au secours de son oncle tandis que fidèles de Claudas et partisans des enfants s’affrontaient sauvagement. Lionel armé de l’épée  et Bohort brandissant le sceptre repoussaient les gardes de Claudas qui tentaient de s’emparer d’eux. Ils n’auraient pu résister longtemps si la magie des fleurs et des colliers dont les avaient parés Saraïde ne les avaient rendus invulnérables. Elle les avait pris chacun par une épaule et les dirigeait vers la porte quand Dorin les voyant fuir, se précipita vers eux. Lionel qui n’avait pas lâché l’épée lui en porta un coup qui lui coupa la joue et la moitié du cou ; Bohort au même moment, lui fendit le crâne d’un coup de sceptre. Dorin tomba raide mort.
Claudas voyant son neveu abattu se releva, empoigna l’épée d’un de ses barons et roulant son manteau autour de son bras gauche, sans se soucier des hommes menaçants qui le haïssaient à mort courut sus aux deux enfants. En le voyant déchaîné, comme un fauve prêt à tout, Saraïde eut un instant de panique vite surmonté. Elle jeta un charme sur les deux enfants qui prirent l’aspect des lévriers tandis que les deux chiens avaient l’apparence des garçons. Cependant  comme elle se trouvait devant le roi, il la heurta de son épée et lui fit au sourcil une blessure dont elle garda la marque sa vie entière.
Claudas dont les pensées devenaient confuses crut voir les deux enfants s’enfuir mais parvenu près d’eux il vit deux lévriers affolés qui cherchaient à quitter la salle.
Saraïde, sans se faire remarquer attacha les deux chiens, quitta la cité de Gaunes et gagna la forêt proche où elle avait laissé sa suite. Ses compagnes soignèrent sa blessure, puis Saraïde se mit en selle portant un des deux lévriers, un de ses suivantes mit l’autre sur l’arçon de son cheval et la troupe chevaucha à bonne allure sur les routes de Bretagne en direction du lac de Diane où Viviane avait sa demeure. A la nuit tombée, Saraïde et sa suite s’arrêtèrent pour prendre un peu de repos  et elle leva le charme qu’elle avait jeté sur les deux frères qui redevinrent de beaux enfants
Pendant ce temps, Claudas titubant sous l’effet de ses blessures et de la douleur d’avoir perdu le neveu qu’il aimait retournait dans la grande salle où régnait la plus grande confusion. Il fit saisir ceux qu’il prenait pour les deux frères et les fit reconduire sous bonne garde à la tour où on les enferma.
Lambègue et Pharien, voyant leurs princes emprisonnés et craignant pour leur vie  s’en furent dans toute la cité de Gaunes pour avertir et rassembler les partisans des deux héritiers de leur ancien roi. Manants, bourgeois et seigneurs sous la conduite de Pharien se dirigèrent vers la tour pour les délivrer.
Claudas pendant ce temps pleurait la mort de son neveu bien-aimé ; celui pour qui il avait décidé de se réformer afin de lui laisser une couronne sans tache. Le tumulte et les clameurs venant du dehors le sortirent de son chagrin. Il se vit alors en bien mauvaise posture : le peuple de Gaunes et tous les barons du roi Bohort se soulevaient contre lui et il n’avait pour se défendre que les hommes  qui venaient de la Terre Déserte, beaucoup moins  nombreux que les révoltés.
Claudas était brave et résolu à lutter et à se défendre jusqu’au bout.  Mais il ne pouvait rien contre le nombre. Blessé, épuisé, il dut se rendre à Pharien et accepter de rendre Lionel et Bohort qu’il tenait en otages. Mais le charme avait cessé d’opérer et ce sont deux lévriers qu’on vit sortir de la tour. Lambègue persuadé que les deux frères avaient été assassinés et furieux d’avoir été joué, se saisit d’un épieux et en frappa Claudas en pleine poitrine. Le vieux roi déjà affaibli par le combat, tomba sur le sol pour ne plus se relever.
Lionel et Bohort pendant ce temps, guidés par Saraïde avaient atteint le domaine de la Dame du Lac qui les accueillit avec joie. Lancelot, heureux d’avoir des compagnons les serra dans ses bras et ce fut le début d’une longue amitié.
Une chose pourtant assombrissait l’humeur du Beau Trouvé : il avait entendu sa Dame bien-aimée appeler les deux frères : Fils de Roi. Et lui, alors, qui était-il ? d’où venait-il et quel était son nom ?



1 commentaire:

manouche a dit…

..Et le Beau Trouvé cherchait, cherchait ...