S'il est vrai que la parole est le meilleur véhicule du conte, de même que c'est en marchant qu'on regarde le mieux un paysage, il est néanmoins utile, par désir ou par commodité, de prendre la voiture le train ou l'avion.

Le conte, pour se faire entendre, doit parfois lui aussi voyager au moyen d'encre et de papier. Voici qu'un carrosse nouveau lui est offert... le blog.
Puisse-t-il vous emporter dans son périple magique.


A un ami...



A un ami...


... Tu m'as fait oublier mes maux....

ALCEE (VII°-VI° av.JC) Traduction Marguerite Yourcenar

samedi 7 juin 2014

Les Merveilles, Chroniques et Légendes du Bois des Biches (5)

L’étoile-


En ces temps très anciens, un jeune chasseur était amoureux d’une étoile.
Toutes les nuits, il sortait de la grande hutte des célibataires pour contempler le ciel où brillait son étoile. Il aurait tant voulu l’avoir près de lui, pour lui seul. Mais comment capturer une étoile ?
Le garçon avait pour seule fortune, un flacon transparent qu’il avait trouvé près de la Meuvette. Il n’avait jamais su au juste à quoi pouvait servir cet objet mais il l’aimait beaucoup et le trouvait très beau. Il l’aurait volontiers donné comme demeure à son étoile.
Une nuit, il a rêvé. Un  rêve si intense qu’il s’est réveillé ; près de lui se trouvait une jeune fille aux yeux brillants, si brillants qu’aucun doute n’était permis : elle était son étoile. Ils se sont aimés tant et tant qu’au matin, elle n’eut pas envie regagner le ciel et accepta d’habiter le flacon.
Ils sont restés longtemps heureux. Toute la journée, l’étoile était dans le flacon et il pouvait la contempler à loisir ; toutes les nuits, elle le rejoignait sous ses peaux de loup et de castor et ils s’aimaient, oh comme ils s’aimaient !
Mais les journées sont longues pour une étoile enfermée dans un flacon, même sous l’apparence d’une minuscule jeune fille. Elle finit par s’ennuyer terriblement, par regretter le ciel et sa famille d’étoiles.
Ses yeux, la nuit, brillaient toujours mais le jeune homme  y voyait  à présent le regard farouche d’un chat sauvage. Il en fut très malheureux.
Un soir, en sortant du flacon, l’étoile lui fit ses adieux. Tout en larmes, il la vit prendre une baguette, toucher un arbre qui se mit à grandir, à grandir jusqu’à toucher le ciel. Il l’a suivie quand elle s’est élancée dans les branches.  Elle s’est retournée pour le lui interdire, mais il n’a rien voulu  entendre. Légère, elle montait bien plus vite que lui. Il la perdit de vue mais n’en continua pas moins à grimper, grimper. Soudain, il entendit des tambours de fête, un grand feu illuminait une clairière. Mais ceux qui dansaient n’étaient pas des guerriers ni des chasseurs, mais de squelettes en tenue de cérémonie. Terrifié, il manqua une branche,  glissa, glissa,  dégringola et finit par s’écraser sur le sol dans une douleur immense,  son cœur et son corps  brisés. Il se traîna jusqu’à la hutte pour trouver refuge sous ses peaux de castor où il se blottit dans le parfum de son amour perdu. Il resta couché là  bien des jours et bien des nuits.
Le chaman a chanté tous ses chants, a essayé tous ses remèdes, il l’a baigné, fait transpirer. Aucune purification n’a pu le rendre à la nature. Sa tête et son cœur le faisaient souffrir chaque jour un peu plus.
Une nuit, l’étoile visita son rêve. A son réveil, elle était encore là. Ni son cœur ni sa tête n’étaient plus douloureux.  Il l’a suivie jusqu’à l’arbre qui de nouveau s’est mis à grandir, grandir  jusqu’à toucher le  ciel. Quand elle est montée dans les branches, elle ne lui a pas défendu de le suivre. A sa suite il a grimpé, grimpé. Il a entendu les tambours de fête et ceux qui dansaient, dansaient pour leurs noces n’étaient plus des squelettes : c’étaient des femmes et des guerriers faits de lumière.








1 commentaire:

manouche a dit…

Yves Montand a bien mis Pâris en bouteille !