lundi 17 mars 2014

Universalité du Conte




Les contes viennent de partout ; on peut prendre en exemple le conte de Cendrillon dont on a recensé 163 versions sans source commune vraisemblable.
Bernadette Bricout écrit dans la revue de la Maison du Conte 2005 :
On ne peut pas tricher avec ce conte-là. Il nous pose des questions intimes .
Car nul ne sait ce qui se cache dans le secret d’un cœur de femme et dans la danse du balai. De la maison, Cendrillon est tout à la fois la gardienne et la prisonnière. Le foyer, la pierre de l’âtre, est-ce le lieu que Cendrillon s’est choisi, son territoire, son refuge, est-ce le lieu de sa réclusion ? »
Bernadette Bricout rappelle, à la lueur des recherches menées par Nicole Belmont, que ce conte est dominé par les figures antithétiques dans la mythologie grecque d’Hestia, gardienne du foyer, et d’Hermès, le voyageur, garant de l’ouverture au monde (le bal du roi, le monde du dehors). Or le bal est le lieu d’un spectacle social où rien n’est laissé au hasard. La fuite de Cendrillon s’inscrit-elle alors dans une science du désir que vient creuser l’absence ? La marraine enseignerait alors à sa filleule l’art de la fugue. Il nous faut méditer sur cet enseignement. "

Si les anciens conteurs avaient pour but essentiel de divertir leur auditoire, on voit que les intellectuels qui depuis se sont penchés sur les contes leur en ont attribué d’autres : initiatique, philosophique ou éducatifs.
Le conte est donc une œuvre collective dont les origines rendent encore perplexes ethnologues, folkloristes, psychanalystes et historiens.
Les différentes théories proposent sans doute chacune une part de vérité.
a)La théorie indo-européenne ou mythique fait des contes populaires un reflet des mythes solaires indo-européens diffusé lors des grandes migrations de ces populations à travers l’Asie et l’Europe.
b)La théorie indianiste fait venir les contes merveilleux de l’Inde par le biais des conquêtes musulmanes.
c)La théorie ethnographique : les contes merveilleux sont les restes de civilisations primitives ; ils seraient nés au sein de différentes cultures éloignées géographiquement mais parvenues au même développement culturel : le stade de l’animisme et du totémisme ; ceci est surtout valable pour les contes animaliers. Les personnages des contes pourraient être le souvenir de célébrants d’anciens rites populaires. (Les fées, sorcières et magiciens représenteraient pas exemple les druides.)
d)La théorie marxiste : le conte garderait le souvenir de croyances et rituels primitifs, ceux des sociétés de clan du régime de cueillette et de chasse. Il serait né au début de l’ère agricole dans des sociétés aux croyances différentes qui ne comprenant plus les anciens rituels, finissent par les déformer. On peut donner cette interprétation du « Fidèle Jean » de Grimm, mais elle éloigne de la signification essentielle du conte qui est avant tout une initiation à la quête intérieure.
Il reste que, la religion chrétienne a peu à peu substitué les histoires tirées de la bible et des évangiles, les vies des saints, à celles venues du monde celte ou gréco-romain.

1 commentaire:

manouche a dit…

Très savantes explications du conte où je ne voyais qu'un plaisir innocent !