mercredi 8 janvier 2014

Revisons nos classiques

Le Chat Botté (d'après Perrault)
A la mort de son père,un garçon avait reçu pour tout héritage un chat ; ce dont il était bien marri. L’aîné avait eu le moulin, le second hérita de l’âne et pour lui, le dernier, ne restait que ce chat. Et il savait bien que ses frères n’allaient pas le nourrir juste pour qu’il envoie son chat à la chasse aux rats et aux souris. Aussi que faire d’un chat ? un bonnet de sa peau ? Il y songeait, le mauvais bougre !

Alors le chat lui dit (tous les chats savent parler, s’ils ne le font pas c’est qu’ils savent bien que nous ne les écoutons pas)…
Donc, le chat lui dit : « Un bonnet de ma peau ne vous fera que quelques hivers, alors que vivant, mon maître, je puis faire votre fortune.
-Ma fortune, dit le garçon dans un tel marasme qu’il ne s’étonnait même plus d’entendre son chat parler, ma fortune ? et comment ?
- Employez mon maître, les quelques pistoles qui vous restent… si, si, ne hochez pas la tête, il vous en reste… employez-les vous dis-je à me faire faire une paire de bottes, et vous verrez…
Le garçon et son chat s’en furent à la ville voisine, entrèrent dans l’échoppe d’un cordonnier qui ne s’étonna guère de l’étrange commande qu’on lui passait. Les cordonniers sont artisans dotés de grands pouvoirs, nombre de contes l’attestent. Celui-ci réalisa la plus élégante petite paire de bottes qu’on puisse imaginer.
Notre Minet, équipé de la sorte, demanda en outre à son maître un sac et une corde pour le lier  (Le sac, bien entendu!) Pour quelques rats et souris exterminés, il obtint du meunier une mesure de grains, puis il s’en fut dans les bois. Là, il disposa le sac ouvert, l’ouverture entourée de la corde ; il fit des grains un chemin qui se terminait dans le sac, puis tenant l’extrémité de la corde, il s’alla musser, invisible , dans un fourré.
Le roi de ce pays était gourmand de gibier, de perdrix surtout dont il raffolait. Cette année-là par malheur, une épidémie avait décimé la volaille, tant celle des basse-cour que celle des champs et des bois. La perdrix se fit rare et manqua bien souvent à la table royale. Notre rusé minet le savait. Quelques perdrix rescapées rencontrèrent pour leur malheur les grains de blé disposés par lui. Piquant et picorant les unes derrière les autres, elles suivirent leur gourmandise jusqu’au fond du sac. Quand la dernière y fut entrée, le chat tira sur la corde et jeta les prisonnières sur son épaule. Ôtant ses bottes qui le gênaient un peu, il galopa jusqu'à la cour d’honneur du palais royal. Quand il eût montré ses perdrix, il obtint sans peine une audience.
« Voici, Majesté, dit-il en s’inclinant bien bas, quelques perdrix des chasses de mon maître, le marquis de Carabas. »
Le roi, les papilles en émoi, remercia du présent en emplissant d’or le sac vidé de ses perdrix. Le chat fit une nouvelle révérence et s’en retourna vers son maître qui caressa son favori, assurant que les bottes étaient remboursées au centuple.
« Cela ne suffit pas, mon maître, dit le chat. Quand vous aurez dépensé tout cet or, vous ne serez pas plus avancé qu’hier. Je tiens moi, à assurer votre avenir, qui est aussi le mien.
Au garçon étonné, il conseilla de s’aller baigner nu dans la rivière voisine, puis il cacha ses vêtements sous un buisson. Bientôt, il entendit le galop de chevaux tirant un carrosse. Ce malin avait ouï dire, quand il était au palais, que le roi allant visiter ses terres passerait le long de cette rivière. Dès que le carrosse fut en vue, il se dressa au milieu de la route, criant de tous ses poumons :
« Au secours ! au secours ! mon maître le marquis de Carabas est victime de brigands : ils lui ont pris ses vêtements et l’ont jeté à la rivière… Au secours ! au secours ! mon maître se noie ! »
En entendant le nom de celui qui lui avait offert des perdrix, le roi fit arrêter son équipage et ordonna à ses gens de repêcher le « marquis ». Comme la tenue dans laquelle il se trouvait n’était guère convenable pour les yeux de la princesse qui accompagnait son père, on l’enveloppa d’une couverture, tandis qu’un serviteur galopait jusqu’au château pour y chercher des vêtements. La fille du roi avant de détourner pudiquement ses regards, avait eu le temps de voir que ce jeune homme était fort bien fait, aussi était-elle ravie de l’aventure.
Pendant ce temps, le chat en quelques enjambées avait gagné des prés où des faucheurs coupaient du foin.
« A qui sont ces prés bonnes gens, demanda-t-il ?
-Ils sont à notre seigneur le sorcier qui vit dans ce château, là-haut sur la colline.
-Bien, le roi va passer tout à l’heure. Craignez la colère de votre maître si vous ne dites pas, quand on vous le demandera, qu’il est le marquis de Carabas.
Quand passa le carrosse du roi dans lequel la princesse et le « marquis » se regardaient tendrement, les faneurs ne manquèrent pas de dire que ces prés étaient à monsieur le marquis de Carabas.
Le chat était parti devant. Des moissonneurs dans les champs, liaient le blé en gerbes. Comme auparavant, il demanda à qui étaient les champs. Comme ils appartenaient également au terrible seigneur de la colline, il renouvela son avertissement et quand le roi passa, il apprit que toute cette moisson allait dans les granges du marquis de Carabas qu’il regardait avec de plus en plus de considération.
Toujours devançant la suite royale, le chat somma des bûcherons de dire que les bois aussi étaient au marquis de Carabas et le roi se mit à penser que cet homme-là était donc bien riche.
Enfin le chat entra dans le château de la colline où tout était en grand arroi car le redoutable seigneur attendait d’autres sorciers de ses amis pour on ne sait quel sabbat et il comptait bien festoyer avec eux. Quand le chat parut devant lui, il fronça le sourcil qu’il avait fort noir et touffu, lui jeta un regard perçant, et demanda d’une voix terrible que venait faire là ce chat étrangement chaussé.
«Monseigneur, lui dit hardiment le félin, je suis comme vous magicien et voyez, comme je me déplace sur mes pattes arrière.  Je sais nombre de tours, mais on m’a vanté vos pouvoirs que les miens je le crains ne sauraient égaler. On m’a dit que vous aviez celui de vous changer en toutes sortes d’animaux, même les plus gros. Mais vous ne pourriez pas , je pense, vous changer en éléphant ?
« En éléphant, en ours ou bien en lion, rien ne m’est impossible !
Et pour montrer son pouvoir, le sorcier aussitôt devint pachyderme. De crainte de se faire marcher sur les bottes, le chat sauta sur la table dressée pour un festin. Ce que voyant, le maître des lieux, pour le faire descendre, se changea en lion. Le chat se réfugia sous un fauteuil et d’une voix tremblante continua :
« Certes, certes, vous semblez bien terrible ! aussi je pense que vous ne consentiriez jamais à prendre l’apparence d’un animal inoffensif, d’un animal minuscule… une souris, par exemple ?
-Rien ne m’est impossible, ne l’as-tu pas compris ?
Il secoua orgueilleusement sa crinière et se changea en une souris, sur laquelle se jeta le chat. Sans prendre le temps de s’en amuser comme il avait coutume de faire, il la croqua, l’avala et courut sur le perron pour recevoir son maître qui fit au roi les honneurs de son nouveau château.
Enchanté de voir sa fille éprise d’un aussi riche seigneur, il accorda sa main au marquis de Carabas qui plus tard, devint roi à la suite de son beau-père.
On proposa au chat différents ministères ; les finances, les affaires étrangères, premier ministre même.
Il refusa, rangea ses bottes et passa le reste de ses jours, à faire la sieste au soleil, à jouer et croquer quelques souris, à rêver d’attraper une hirondelle, à méditer et profiter de la vie et du temps qui passe, comme font la plupart des chats.

1 commentaire:

manouche a dit…

Quel sage ce minou là ...

Rimes à rien...

Que deviendra Arsinoë la Belle quand le sort l'enverra loin de son élément? Son avenir sera celui de la lentille qui se veut papillon...