vendredi 29 novembre 2013

Quand vous serez bien vieille...

... au soir, à la chandelle,
Assise auprès du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers et vous émerveillant:
"Ronsard me célébrait du temps que j'étais belle!"

Lors, vous n'aurez servante, oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi someillant,
Qui au bruit de mon nom ne s'aille réveillant,
Célébrant votre nom de louange immortelle.

Je serai sous la terre et, fantôme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,

Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si m'en croyez, n'attendez à demain:
Cueillez dès aujourd'hui les roses de la vie.

RONSARD


COURBET -La fileuse endormie



mercredi 27 novembre 2013

Pensée d'automne



le sumac est légèrement rouge, les chrysanthèmes 
peu à peu éclosent
haut dans le ciel le vent emporte les cris plaintifs
des oies sauvages
mon inspiration poétique est aussi tranchante
que des ciseaux de Ping-chow
elle découpe un morceau de paysage d'automne
pour le faire entrer dans mon poème.

Lu yu (1125-1210)

lundi 25 novembre 2013

Sainte Delphine (1284-1369)




Epouse d'Elzéar, comte de Sabran, elle ne connut d'autre mode de contraception que la continence. Est-ce de cette privation que mourut le pauvre homme?
Toujours est-il que devenue veuve, Delphine se dépouilla de tous ses biens et finit ses jours en prières.

A la Sainte-Delphine, 
Mets ton manteau à pèlerine

dimanche 24 novembre 2013

Sainte Catherine


A la Sainte Catherine,
Tout bois prend racine.




Au temps de l’empereur Maximin, (ou Maximilien on ne sait plus trop), vivait à Alexandrie , Catherine.  Elle était fille de roi, extraordinairement belle, intelligente, instruite et savante. Toutes ces belles qualités en faisaient une personne intouchable qu’aucun homme ne désirait prendre pour épouse ; Catherine était vierge, elle se fit chrétienne.
On parlait d’elle dans tout l’empire, aussi Maximin, passant par Alexandrie la fit venir devant lui et la questionna sur les raisons de son appartenance à cette secte réunissant surtout des esclaves et des pauvres gens. Catherine entreprit alors de lui prêcher les beautés de la parole du Christ. Ebranlé mais désireux avant tout de faire rentrer une si belle et si docte personne dans le droit chemin de la religion romaine, l’empereur fit appeler trente savants et philosophes chargés de démontrer ses erreurs à la belle. Pendant des heures et des heures, la jeune chrétienne leur tint tête et c’est eux qu’elle finit par gagner à sa foi. Furieux, César les fit brûler vifs.
Pour lui, séduit par la beauté de Catherine, il lui offrit la seconde place à sa cour, mais la jeune fille refusa. L’empereur outragé, la condamna au pire des supplices et comme aucun de ceux en vigueur ne lui semblait assez cruel, il en fit inventer. Son choix se porta sur une machine infernale faite de roues aux dents acérées qui tournaient en sens inverse ; un hachoir en somme, dans lequel on introduirait le tendre corps de la vierge afin de le réduire en une bouillie sanglante.
Mais les anges protégeaient Catherine,  les roues refusèrent de tourner et finirent par se briser. Maximin la fit décapiter. On était au cœur de l’automne dans les jours sombres et brumeux  qui sont maintenant novembre.  L’Eglise plus tard, en fit une sainte .La première à porter un chapeau extravagant fait de trois auréoles : la blanche des vierges, la verte des savants et la rouge des martyrs.
Au XVI° siècle , c’est au mois de novembre qu’en souvenir du martyr de Catherine, dans les églises, on confiait  à des célibataires âgées de 25 à 35 ans le soin de renouveler  la coiffe de la sainte .
Catherine la décapitée est devenue la sainte patronne des modistes qui la fêtent chaque année, le 25 novembre. Ce jour là, la tradition veut que salons et ateliers soient ouverts mais on n’y travaille pas. On rit, on chante, on s’amuse, on boit le champagne. Les clientes ne sont pas servies mais invitées à trinquer avec le personnel. Et si par chance , dans la maison on trouve une célibataire de 25 ans, on la coiffe du plus extravagant chapeau jaune et vert qu’on puisse inventer et on la couvre de cadeaux.
J’en connais (une au moins) qui pour ne pas manquer la fête, n’aurait pour rien au monde accepté de se marier avant ses 25 ans révolus.

samedi 23 novembre 2013

Pensée d'automne



une haie de ronces tressées, toute la journée le portail
reste fermé
mûriers et chanvres cachent le chemin, on ne distingue plus 
le village
toute ma vie mes poèmes se sont répandus sous le ciel
la tête blanche,je suis retourné au pays pour arroser le jardin

Lu Yu (1125-1210)

vendredi 22 novembre 2013

De l'élection de son sépulcre



Antres, et vous, fontaines,
De ces roches hautaines
Qui tombez contre-bas
D'un glissant pas,

Et vous forêts et ondes
Par ces prés vagabondes,
Et vous, rives et bois,
Oyez ma voix.

Quand le ciel et mon heure
Jugeront que je meure,
Ravi de beau séjour
Du commun jour,

Je défends qu'on ne rompe
Le marbre, pour la pompe
De vouloir mon tombeau
Bâtir plus beau;

Mais bien je veux qu'un arbre
M'ombrage au lieu d'un marbre;
Arbre qui soit couvert
Toujours de vert.

De moi puisse la terre
Engendrer un lierre
M'embrassant en maint tour
Tout à l'entour,

Et la vigne tortisse
Mon sépulcre embellisse,
Faisant de toutes part
Un ombre épars.

Là viendront chaque année
A ma fête ordonnée
Avecque leurs troupeaux
Les pastoureaux;

Puis, ayant fait l'office
De leur beau sacrifice,
Parlant à l'île ainsi,
Diront ceci:

"Que tu es renommée,
D'être tombeau nommée
D'un de qui l'univers
Chante les vers!"

Ronsard

jeudi 21 novembre 2013



A Tzu-hu-chia, contrarié par le vent

le mât et ses cordages se dressent en sifflant dans le ciel
le batelier dort profondément au milieu des vagues
qui moutonnent
les filins des amarres doivent deviner ma pensée profonde
fragiles cordes elles résistent à un vent de dix mille li

Su Tung-po (1037-1101)

mercredi 20 novembre 2013

Drôle d'oiseau!



Où Dieu avait-il la tête ? Ou alors il avait bu (ou c’est moi) ? ou alors après avoir pris des restes d’autres animaux pour fabriquer rhinocéros , hippopotame, girafe et autres animaux improbables, il avait encore des éléments disparates qu’il ne fallait pas laisser perdre ? Etait-il d’humeur folâtre avec désir de nous en faire de bien bonnes… on simplement n’existe-t-il pas et quelque magicien fou (ils sont les ancêtres des actuels scientifiques) était-il en quête d’expériences ?
Toujours est-il qu’en voyant le portrait de cet oiseau onirique j’ai cru pouvoir renouveler l’histoire du Dodo qui vous est servie chaque premier avril. Mais non ! le Balaeniceps Rex dit encore Bec-en-sabot existe bel et bien et vous le rencontrerez, bien qu’il soit fort rare, dans les marais des cours supérieurs du Nil. Si vous tenez à le voir autrement qu’en image ne tardez pas : s’il n’était protégé, il finirait par s’éteindre à l’instar de l’Oiseau éléphant de Madagascar qui pesait 500kg et dont on trouve encore des œufs fossiles d’un mètre de diamètre.
Le Bec- en –sabot pour sa part, ne mesure que 1,20m de haut et doit son nom à la forme de son bec cornu, extrêmement dur et prolongé d’un éperon recourbé et fort acéré. Arme utile pour attraper poissons, crapauds, serpents et lézards dont il se régale.

Le Bec-en-sabot est farouche et ne demeure jamais immobile. Si vous voulez l’apercevoir, laisse-vous guider par son cri rauque et peu harmonieux et par certains claquements du bec dont le son évoque les lavandières au lavoir frappant leur linge à coups de battoir…. Espèce encore plus rare à rencontrer de nos jours que le Balaeniceps Rex.

vendredi 15 novembre 2013

Savez-vous compter?





Saint Clément
A rarement
Visage avenant.


– LE 11-



Le onze du Tao montre la voie, le chemin ; les Africains le relient aux mystères de la fécondité. Cependant, les Anciens détestaient se trouver onze à table.
St Augustin dit de lui qu’il est « l’armoirie du péché ». Sans doute parce que venant après le dix, nombre du décalogue, il évoquerait les impies qui transgressent ses règles.

mercredi 13 novembre 2013

L’Eté Indien

Si l’hiver va droit son chemin,
Vous l’aurez à la Saint-Martin


A la 11° heure du 11° jour du 11° mois de 1918 ; après 1562 jours de guerre, l’Allemagne capitule en forêt de Compiègne, au carrefour de Rethondes.
François Cavanna dans son almanach de 1985 nous apprend que la veille, « à 22h 45, Kaiser Guillaume II comprit soudain toute l’atrocité de la guerre après s’être assis par inadvertance sur la chaise où il avait posé son casque à pointe…. ».
Les combats cessent, mais la paix ne sera signée qu’en juin 1919 à Versailles.
Un imprimeur de Rennes, François Simon, avait dès 1916 avancé l’idée du « Soldat Inconnu ». Le 11 novembre 1920, Auguste Thoin, orphelin de guerre et survivant su 234° RI est choisi pour désigner le corps d’un soldat non identifié qui sera inhumé solennellement sous l’Arc de Triomphe de la place de l’Etoile à Paris. Trois ans plus tard, le ministre de la Guerre, ex sergent Maginot, y fait jaillir la flamme qui perpétuera le souvenir d’un million et demi de poilus morts pour la France, soit 20% de la population active masculine.
Pour que fanfares, porteurs de gerbes et de drapeaux, sans oublier les lecteurs de discours et ceux qui les écoutent, n’aillent pas prendre froid et rejoindre prématurément nos glorieux disparus, le temps est généralement clément à cette époque ; c’est « l’été de la Saint-Martin ».
C’est parce qu’un jour d’automne, Martin qui n’était encore que soldat Romain, a donné la moitié de son manteau à un homme nu, que le Christ (c’était lui, vous l’avez reconnu !) fit sortir le soleil de la brume afin que le généreux Martin ne s’enrhume pas.
Depuis, chaque année, un retour de soleil et de douceur avant la mi-novembre, est dédié au futur évêque de Tours.
On dit aussi de ces quelques jours de soleil qu’ils sont « l’été Indien », parce qu’à l’automne 1625, dans le Massachussetts, deux indiens accusés d’avoir violé une jeune fille, furent massacrés par les colons. La tribu vengea ses deux guerriers  selon la coutume indienne qui veut que pour honorer la vaillance de son ennemi, on le fasse mourir le plus lentement possible, dans des souffrances à la mesure de son courage.
Quand le carnage fut découvert, le sol et les arbres étaient de la même couleur écarlate tant le sang des victimes semblait avoir éclaboussé jusqu’aux plus hautes branches.
Depuis, dans le nord de l’Amérique,  on nomme « été indien » la période où les forêts d’érables prennent la couleur du sang.

dimanche 10 novembre 2013

Rites funéraires

Quand un Ojibway meurt, son corps est placé dans une tombe, généralement en position assise, regardant l'Ouest. avec son corps sont enterrés tous les articles nécessaires au voyage d'une vivant. Si c'est un homme, son fusil, sa couverture, une bouilloire, un briquet et des mocassins; si c'est une femme, ses mocassins, une hache, un collier de portage, une couverture et une bouilloire. L'âme est présumée partir immédiatement après la mort du corps, et prendre un sentier battu qui conduit vers l'ouest. La première chose qu'elle rencontre en suivant le sentier,Justifierc'est le grand Oda-e-min (baie du coeur), autrement dit la fraise, qui s'élève sur le côté du chemin comme un énorme rocher; il en prend une poignée qu'il mangera en route. Il continue à voyager jusqu'à ce qu'il arrive près d'un cours d'eau profond et rapide sur lequel s'étire le très redouté Ko-go-gaup-o-gun, autrement dit le pont qui roule et qui croule; une fois en sécurité de l'autre côté, le voyageur qui se retourne se figure le pont comme un gigantesque serpent nageant, tanguant et déroulant ses ondulations au-dessus des rapides.
Après avoir campé quatre nuits et voyagé pendant autant de jours à travers une plaine, l'âme arrive dans la terre des esprits où elle trouve, rassemblés en masse, ses parents depuis les origines de l'humanité; joyeux, chantant et dansant, ils vivent dans une belle contrée où s'entremêlent lacs clairs et rivières, forêts et prairies où l'on trouve des fruits en abondance et du gibier à volonté - en un mot, profusion de tout ce que l'homme rouge convoite le plus dans cette vie et qui lui apporte le plus de bonheur. Voilà le paradis que seule sa conduite sur terre lui permettra de goûter.

William W. WARREN

samedi 9 novembre 2013

L'Epée du Rocher

A la fin de la journée, la foule se rassembla autour du tertre. Les rois, les barons, tous les grands du royaume, maussades, espéraient bien que personne ne réussirait l’épreuve et que bientôt chacun pourrait faire valoir ses droits sur la couronne de  Logres. L’archevêque prit place, fit venir Arthur et lui donna l’ordre de prendre l’épée. Le jeune homme s’avança, saisit à deux mains le pommeau et sans le moindre effort sortit l’arme de l’enclume et la brandit au-dessus de sa tête. Quel amertume, quel colère sourde se propagea chez ces grands guerriers en voyant cet adolescent, pas même encore chevalier triompher là où tous avaient échoué ! Un garçon de naissance obscure, un inconnu avait été choisi par Dieu pour les commander, pour être le roi de toutes les Bretagnes. Pourtant il fallait l’accepter et tous de plus ou moins bon cœur se dirigèrent vers l’église pour chanter un Te Deum. 


Amis conteuses et conteurs, vous allez sans doute me dire que j'enfonce une porte ouverte, mais bon, pour moi c'était nouveau. J...