mardi 30 avril 2013





Le quatrièm’ mois de l’année
Que donnerais-je à ma mie ?
Quatre canards volant en l’air,
Trois rats des bois,
Deux tourterelles,
Un partriole,
Qui va, qui vient, qui vole,
Un partriole,
Qui vole dans ce bois.

dimanche 28 avril 2013

Mon peuple est rare...


... il ressemble aux arbres épars d'une plaine balayée par la tempête... Il fut un temps où notre peuple couvrait cette terre comme les vagues d'une mer agitée couvrent le sol pavé de coquillages. Mais ce temps est bien passé et la grandeur des tribus n'est plus qu'un souvenir funèbre...
Pour nous, les cendres de nos ancêtres sont sacrées et l'emplacement où ils reposent, une terre sanctifiée. Vous errez loin des tombes de vos ancêtres, apparemment sans regret. Votre religion fut écrite sur des tables de pierre par le doigt de fer de votre Dieu afin de vous empêcher d'oublier. L'homme rouge n'a jamais pu la comprendre, ni même s'en souvenir. Notre religion est faite des traditions de nos ancêtres- les rêves que le Grand Esprit a envoyés à nos anciens aux heures solennelles de la nuit, les visions de nos sachems- et elle est écrite dans les coeurs de notre peuple.
Vos morts cessent de vous aimer, vous et la terre qui les a vu naître, dès qu'ils passent les portes du tombeau et errent au-delà des étoiles. Ils sont vite oubliés et ne reviennent jamais plus. Nos morts n'oublient jamais le monde merveilleux qui leur a donné la vie...
Quand le dernier homme rouge aura péri, et que le souvenir de ma tribu sera devenu un mythe chez les hommes blancs, les rivages seront couverts des morts invisibles de ma tribu; et quand les enfants de vos enfants se croiront seuls dans leurs champs, leurs boutiques, ou le silence d'un bois sans chemin, ils ne seront pas seuls... La nuit, quand les rues de vos villes seront silencieuses et que vous les croirez désertes, ils se presseront avec la foule des revenants qui les habitaient autrefois et continuent à aimer ce beau pays. L'homme blanc ne sera jamais seul.
Puisse-t-il être juste et traiter mon peuple avec égards, car les morts ne sont pas impuissants! Morts, ai-je dit? Mais il n'y a pas de mort! Seulement un changement de monde.
Justifier
Chef SEATTLE - Dwamish

samedi 27 avril 2013

Temps Perdu



Un cheveu sur la langue
Et un poil dans la main,
Un coup Ying, un coup Yang,
Qui est donc Albertin ?

La nuit il se maquille,
Le jour porte cravate.
Il est peut-être fille,
En tout cas névropathe.

La démarche incertaine,
La fesse chaloupée,
C’est sûr, il est vilaine
Et devrait se cacher.

Albertin et Marcelle
Ou bien est-ce Albertine
Se sont mis en ménage,
Qui met Marcel en cage ?

Ils vont le soir au bois
Draguer des brésiliennes
Aux longs cheveux de soie
Aux airs de parisiennes.

Ni filles ni garçons
Ils pourraient être heureux,
Mais les deux polissons
Ne sont pas amoureux.

Or, sans amour la vie
Ne vaut d’être vécue.
L’histoire des deux amis
N’est qu’une histoire de cul !






jeudi 25 avril 2013

La parole d'honneur du bandit (2)-





Sir Gevil est amené devant don Quebranta, assis à l'entrée de la grotte qui lui sert de repaire.
Le bandit accueille très courtoisement son prisonnier en lequel dit-il, il ne veut voir qu'un hôte dès lors que le montant de la rançon sera fixé.
Tout sera fait pour rendre son séjour agréable en attendant le versement de l'argent. Mais sir Gevil est pauvre. Le gouvernement anglais acceptera-t-il de négocier sa libération?
Mais soudain....


DE VIOLENTES CLAMEURS REMPLISSAIENT LE CAMP DES BANDITS. LE QUEBRANTA BONDIT DE SA CHAISE, JETA SON LARGE CHAPEAU DE FEUTRE, ET SE PENCHA VERS L'ABÎME, ECOUTANT LA QUERELLE.

mercredi 24 avril 2013

La parole d'honneur du bandit (1)




Sir Gevil Hay, Officier de l'armée britannique en retraite, promenait à travers l'Espagne son mal de vivre et ses peines de coeur.
L'hôte de l'auberge où il avait passé la nuit l'avait prévenu:
-"N'allez pas plus avant, senor; vous entreriez sur les terres de don Quebranta et Dieu sait ce qui pourrait vous arriver!"
Sir Gevil, parce qu'il était las de vivre ou pour se prouver qu'il était encore vivant, ne tint pas compte de l'avertissement et emprunta les chemins sauvages qui montent vers la Sierra.
Quand soudain...

TANDIS QU'IL CHEVAUCHAIT DANS LA BOCA D'JABILI, UNE CORDE SIFFLA, UN NOEUD COULANT TOMBA SUR SES EPAULES, SERRA SON COU...


New-York sur l'Almanach
Rhubarbe au Jardin

lundi 22 avril 2013

Le Vautour de la Sierra





Dans les montagnes d'Andalousie, il est une grotte creusée au flanc d'un rocher noir. C'est le repaire de Don Quebranta, le seigneur vautour. De ces hauteurs désolées, il domine les plaines fertiles couvertes d'orangers et de grenadiers. Venu d'on ne sait où, depuis on ne sait quand, le cruel sequestrador, entouré des plus hardis brigands d'Espagne et même du monde entier rançonnait les puissants, protégeait les pauvres gens, et terrorisait le reste de la population.





Poireaux au Jardin,
Charles d'Orléans sur l'Almanach

Marie José chante "lis- moi dans la main Tzigane" ( 1949 )

dimanche 21 avril 2013

Baubô


Quand Hadès eût entraîné aux Enfers la fille aimée de Déméter, Coré (Perséphone ou Porserpine, au choix) pour en faire son épouse, la déesse en eût un chagrin tel qu’elle refusa de rendre la terre fertile, de faire mûrir les moissons ; le monde entier devint stérile et la famine fit rage parmi les hommes.
L’affaire fut portée au tribunal de Zeus qui rendit son verdict : Coré passerait les six mois d’hiver bien au chaud sous la terre auprès de son époux et les six mois d’été au grand soleil avec sa mère.
Déméter pourtant satisfaite, restait si choquée qu’elle ne parvenait pas à retrouver son sourire sans lequel rien ne peut fructifier sur la Terre. L’humanité était en péril.
Zeus lui envoya Iambé, la fille de Pan et d’ Echo ; la nymphe tenait de son gaillard de père un répertoire fourni de chansons paillardes propres à réjouir tous ceux qui reprenaient les refrains. Déméter restait morose et sans voix et la Terre sans moissons.
Iambé avait pour nourrice Baubô, une sorte de monstre femelle qui portait ses yeux au bout des seins et parlait avec l’orifice que généralement on garde silencieux en public. Devant l’impuissance de sa nourrissone  et l’urgence de la situation, l’étrange personne intervint et, soulevant sa tunique, elle dévoila sa grotesque anatomie, puis, parlant par la bouche qu’en principe on fait taire, elle fit éclater le grand rire des Dieux et à sa suite, celui de la déesse offensée.
 Déméter avait ri, la pluie se mit à tomber, un arc-en-ciel traversa les nuages ramenant le soleil et sur la terre reverdie, le premières pousses se sont montrés : le monde était sauvé !

samedi 20 avril 2013

Hermès

 
Maïa, la magicienne « aux belles tresses » vivait retirée dans une grotte du mont Cylène  en Arcadie.  Elle avait apprivoisé un pic noir. L’oiseau se perchait sur son épaule, venait picorer dans sa main et se montrait si tendre que la solitaire avait fini par l’aimer au point  d’avoir certaines nuits, des rêves troublants…
Elle fut bien davantage troublée, quelques mois plus tard ! Comment des rêves pouvaient-ils se matérialiser à ce point et quel genre de créature allait-elle mettre au monde ?
Elle employa tout ce qu’elle savait de magie pour tenter de comprendre ce qui lui arrivait, et c’est en rêve encore, que Zeus lui parla : le pic noir, c’était lui, qui avait pris cette apparence pour épargner à son amante la possible vengeance d’Héra, son épouse, éternellement jalouse puisque éternellement trompée. Maïa allait mettre au monde non  pas un monstre emplumé mais un dieu ; il se nommerait Hermès.
 A peine né, le malicieux enfant de ces étranges amours savait parler et marcher. Maïa comme toutes les mères, ne voyait pas grandir ce bébé qui pourtant, chaque fois qu’elle avait le dos tourné, se débarrassait de ses langes, quittait son berceau d’osier, et sortait de la grotte pour découvrir le monde.
Une infortunée tortue qui passait par là, attira son attention. Le placide animal n’avait aucune chance d’échapper à celui qui serait le plus rapide des dieux. Hermès l’observe ; quel amusant jouet ! Il la tripote, la retourne et fait tant et si bien qu’il vient à bout du pauvre animal.  «  Tu ne seras pas morte en vain, lui dit le jeune dieu, plus curieux que chagrin ». Il vide la carapace, la frappe, dessus, dessous, elle résonne, il aime ce son qu’il veut encore améliorer. Il ajuste dessus des tiges de roseau. C’est bien, mais ce n’est pas parfait. Il verra plus tard…blog 120509
Pour l’instant, il s’estime assez grand pour quitter la grotte maternelle. Sa tortue sous le bras, il part à l’aventure.
Ses petites jambes robustes et agiles le portent jusqu’en Thessalie, sur le mont Piéros. Là, broutent 50 génisses, quelques bœufs et des taureaux : le troupeau d’Apollon. L’enfant divin, précoce et malhonnête contemple ce bétail qui lui fait bien envie. Le berger n’est pas là… Sait-il ce qu’est le vol ?
Ce qu’il sait en tout cas, c’est le dissimuler : entourer de feuillages les pieds des ruminants, attacher à leurs queues des balais d’herbes sèches, pour Hermès c’est un jeu. Il pousse devant lui le troupeau dérobé et traverse la Grèce. Seul, un vieillard l’a vu ; il se nomme Battos. A Pylos, il s’arrête et dans une caverne, camoufle le bétail.
Voilà que la nuit tombe ; l’enfant Hermès frissonne. Comment lui vint l’idée d’assembler des fagots et de faire pivoter une branche de laurier sur la souche d’un arbre, sans doute un grenadier ? Bientôt des étincelles embrasent le bois sec qui fume, qui crépite et des flammes s’élèvent. Hermès qui avait froid vient d’inventer le feu.
Au matin, il s’éveille et offre en sacrifice ses deux plus beaux taureaux. Il y avait sur l’Olympe, jusque là onze dieux ; il se dit  le douzième. Puis il brûle les carcasses mais garde les boyaux. Satisfait de lui-même, il regagne Cyllène, la grotte maternelle et comme un enfant sage, s’endort dans son berceau.
Apollon, cependant, recherche son troupeau. Il demande à Silène d’envoyer ses satyres partout en Thessalie. Lui-même parcourt la Grèce. Et c’est le vieux Battos, qui le met sur la piste. Hermès avait pourtant acheté son silence en lui offrant un bœuf, mais le dieu du soleil en a proposé deux. Battos a mal choisi ; Hermès n’oubliera pas  et fera de Battos pour toujours un rocher.blog 130509
Et puis quelques satyres, revenant d’Arcadie sans avoir vu les vaches racontent à Apollon qu’au pied du mont Cyllène, une musique étrange s’échappe d’une grotte. Apollon est devin et aussi musicien. Il part pour l’Arcadie et voit devant la grotte la nymphe Cyllené qui se dit la nourrice d’un enfant merveilleux qui en jouant gentiment avec une carapace de tortue et quelques boyaux de vaches a fabriqué ce jouet mélodieux, avec lequel il a bercé sa mère. Apollon est furieux, sur le sol et aux murs des peaux sont étendues ; il entre dans la grotte et réveille Maïa. Il la somme de rendre le bien qu’a pris son fils. Maïa hausse les épaules et montre le bébé qui dort dans son berceau. Qui ne dort que d’un œil ; Apollon n’est pas dupe. Il secoue le gamin qui ouvre de grands yeux, demande ce qu’est une vache et à quoi ça ressemble.
Pour être dieu lui-même il connaît le pouvoir d’une divinité, même encore en enfance. Hermès n’avouera pas. Il le prend sous un bras ; sous l’autre, les peaux roulées qui serviront de preuves et va montrer le tout au tribunal de Zeus.
 Le  monarque des Dieux qui est aussi son père interroge l’enfant.  Hermès fait le troublé, bafouille et balbutie, mais il ne quitte pas des yeux l’arc et les flèches d’Apollon. Ces armes lui font terriblement envie ; il les lui faut. Profitant de la discussion entre Apollon et son père, il escamote l’arc et les flèches. Mais Zeus l’a vu. Il est certain maintenant qu’Hermès a dérobé le bétail. Très fier d’avoir un fils aussi astucieux et précoce, Jupiter le nomme dieu des voleurs, puisque aussi bien il s’était compté au nombre des dieux. Il faudra cependant qu’il restitue les vaches et les armes.
Mais Apollon a vu la carapace tendue de trois boyaux. Intrigué, il la prend, quand il touche les boyaux le son est si merveilleux que le dieu musicien est ébloui.
Hermès le voyant tenté, entame une négociation : Apollon aura la lyre, s’il lui laisse en échange le troupeau dérobé. Zeus de plus en plus charmé nomme ce fils précoce, non seulement dieu des voleurs mais aussi dieu du commerce. Les deux vont ensemble pense le Maître des Dieux.blog 140509
Puis Hermès, prend l’apparence d’Arès pour aller se faire nourrir par Héra qui le prend sur ses genoux et lui donne le sein. Même après avoir découvert le subterfuge, la déesse pourtant si vindicative avec les enfants adultérins de son époux, gardera toujours une certaine tendresse pour le jeune et sympathique énergumène.
Hermès devint à son tour berger ; le berger du troupeau qu’il avait extorqué à Apollon. C’est avec le tibia d’une vache, qu’il inventa la première flûte. Le dieu musicien en eut envie et l’échangea contre une houlette aux propriétés particulières : sa baguette d’augure .
Hermès exigea en outre quelques leçons de divination. Les Thries, nourrices des dieux lui apprirent à prédire l’avenir à l’aide de petits cailloux. Le jeune Hermès, toujours prêt à s’amuser, en fit aussi un jeu. On joue encore aux osselets.
De plus en plus charmé des talents de ce fils, Zeus lui remet le pétase des voyageurs, des sandales d’or ailées et  en fait son messager personnel. Il entoure la baguette offerte par Apollon de rubans blancs qui, plus tard, deviendront des serpents. C’est le caducée, bâton oraculaire insigne d’Hermès psychopompe et aussi maître des songes qui a le pouvoir d’endormir et d’éveiller les hommes.
Hermès assiste les mourants ; poser les yeux sur la baguette les fait mourir en douceur. Mais le caducée peut aussi guérir.
Après que les trois Parques eurent inventé les cinq voyelles du premier alphabet et Palamède les onze consonnes, Hermès convertit ces sons en caractères. Il fit des lettres en forme de coins en pensant à la formation triangulaire du vol des grues. Puis il introduisit cette écriture de Grèce en Egypte.

Clématite au Jardin
Véranda sur l'Almanach

vendredi 19 avril 2013

Contes de fées et de sagesse

 « Initiation et sagesse des contes de fées » de Dennis Boyes P ;103 et suivantes

Tout conte de fées est un creuset d’alchimie qui transmute le minéral en équation psychologique : l’univers est mental ou il n’est pas. Des images oniriques aux pensées diurnes, il y a un fil de continuité. Son, image, pensée : le chant de l’océan est représentation avant d’être concept. Voilà la base de tout bon apprentissage de l’écriture et de la lecture.
            Chacun imagine son monde et le peuple à partir de l’étoffe de ses rêves pour meubler sa solitude. .. 
C’est une des valeurs incontestables des contes de fées de montrer que nous rêvons la vie et l’univers. Le « comment » et le « pourquoi » de la création demeurent un mystère pour la philosophie, mais l’Orient nous fait silhouettes oniriques dans le rêve cosmique de Vishnou.
            Si nous rêvons la vie en images et pensées, n’en est-il pas de même, en partie, de nos chagrins et désespoirs ? La chagrin existe-t-il sans image mentale ? L’angoisse subsiste-t-elle si l’on n’y pense pas ? Qu’est une chose pour moi si elle quitte mon esprit ?
            Après avoir éveillé en nous des sentiments de tendresse et de peur, c’est comme si les contes de fées nous disaient :  « Vous voyez, ce ne sont que des images dans votre âme ! » Ils nous enchantent pour nous désenchanter. Ils nous font rêver puis, grâce à un événement brusque ou à une parole mensongère, ils nous réveillent soudainement, nous évitent l’enlisement dans la somnolence.
            Plus encore, les contes de fées ressuscitent des images que nous avions supprimées à cause de la souffrance qu’elles occasionnaient. Ainsi, ils incitent à déchiffrer dans nos rêves les obstacles à notre épanouissement psychologique. Prenons l’exemple de l’insomnie  due au sentiment d’insécurité qui, chaque matin à trois heures nous tire du sommeil avec un  sursaut de panique et un besoin d’être assurés que nous sommes bien vivants. Ce sentiment nous pousse à nous accrocher au cadre purement extérieur des choses, où nous espérons, à tort, trouver la paix et le bonheur. Impossible pour nous, alors, de réintégrer le sommeil, et nous nous débattons avec les ombres mentales jusqu’au moment où épuisés, nous devons nous lever.
            Il se peut que, pendant ces périodes de confusion, nous soyons avertis de notre erreur par des rêves, rêvasseries ou signes émanant de contes de fées. Voici quelques exemples :
1)      On rêve d’être un oiseau pris dans la glace ou la boue.
2)      On rêve d’un prince qui, bien qu’heureux dans son palais, ne résiste pas à la tentation de partir malgré le présage de beaucoup d’ennuis.
3)      On rêvasse d’un gros ballon qui descend du ciel puis, en se posant sur la flèche d’une cathédrale.
Dans de nombreux contes de fées, l’avidité et la méchanceté d’un personne se  retournent contre elle en la soumettant à un dur labeur pendant de longues années. Ce type de situation nous aide également à percevoir les causes cachées de nos problèmes. En ce qui concerne l’insomnie, ces récits rendent conscients les facteurs qui provoquent le réveil ; ils permettent aussi d’entrevoir les mécanismes internes qui nous déterminent à nous engager dans des voies pénibles et sans issue. Les contes de fées nous révèlent les impressions latentes de l’inconscient (samskaras), les désirs insatisfaits, les dettes karmiques qui nous obligent à agir, et notre demande de sécurité qui, malgré la paix du sommeil profond, nous propulse dans le corps et dans la vie à la recherche du plaisir.
Ce constat peut être libérateur, il forme la charnière où la vie des images se métamorphose en une méditation qui consiste à mettre en lumière rêves et mobiles ; à rester dans l’arrière-plan silencieux jusqu’au dépérissement des facteurs perturbateurs.
A l’autre extrême, existe la réticence qu’éprouve l’âme à quitter l’état de sommeil et à réintégrer le corps et ses activités…
…Parfois, des méditants abandonnent momentanément leurs activités mentales et corporelles et demeurent en transe (samadhi). Swedenborg, Ananda Moyée  et sainte Thérèse d’Avila ont connu de tels états. Or, les contes de fées soignent cette peine d’âme qui répugne à la vie. C’est le cas de la Belle au Bois Dormant et de Blanche-Neige qui, endormies, ne se réveilleront qu’avec le baiser du chevalier.
La transe n’est guère possible tant que l’inconscient est chargé de tendances latentes qui, sous formes d’attachements et de problèmes, obligent le moi à vaquer à ses préoccupations. Mais lorsque cette obligation manque, Il arrive que l’individualité ne soit plus motivée et préfère rester « endormie » comme les héroïnes des contes. Pourtant, elle a besoin d’être stimulée si elle veut accomplir sa mission sur terre. L’exemple du baiser du prince réveillant la demoiselle démontre une des formes d’action des contes sur ce point : le méditant embrassant  l’âme, le mystique perdu dans le cœur, l’individu épris du parfum du sommeil profond finissent par découvrir et libérer un flot de douceur et d’affection qui les ramène vers l’action et vers les hommes.

New-York sur l'Almanach

jeudi 18 avril 2013

Le hibou


Une fois alors que je marchais
j'ai vu un bec de hibou
sans face de hibou tout autour!
Ce bec était perché
sur un arbre
et chantait.
Ce n'était pas un de mes tours!
Jamais je ne laisserais ma bouche
dans un arbre
juste pour redescendre à terre
et l'écouter chanter.
Alors le bec s'envola et attrapa une souris.
Je n'étais sûrement pas affamé à ce point.
Ce n'était pas moi.
Puis le bec
vola jusqu' à un trou-nid dans un arbre
où il y avait deux petits becs de hibou.
Ils étaient affamés
et mangèrent la souris.
C'est vraiment arrivé!
Je n'y étais pour rien, hé! hé!

Howard A. NORMAN - L'os à voeux

Descente aux Enfers sur l'Almanach
Cueillez des joncs au Jardin.


lundi 15 avril 2013

Wichikapache


Une fois j'en avais assez d'être jeune.
Alors j'ai fait le voeu d'être un vieil homme.
Mais j'étais mourant!
Les enfants se rassemblèrent autour de moi
en disant
"Ne meurs pas.
Sortons et amusons-nous.
Regarde! la lune nous pardonne d'un autre soleil."
Mais j'étais en nage et dis
"Il est temps.
Ce tronc s'est creusé de lui-même
et m'attend.
Ma vieille âme a déjà ses chaussures aux pieds."
Alors j'ai rampé dans le tronc
et la lune commençait juste 
à me pardonner.

Howard A. NORMAN - L'os à voeux



Au Jardin la pelouse est en fleurs et l'Almanach laisse tomber.

dimanche 14 avril 2013

Les mots qui font peur








La cigarette fait un tabac
Plaisir d’amour donne le sida !
Le nucléaire, me fout en l’air
La pollution, c’est du béton ;
Au coin du bois guette Alzheimer
Et sous un pont l’inondation.
La génétique me donne des tics
Et l’audimat, quel acrobate
Vend des floppées de médicaments.
Trop énergique, l’antibiotique
Prenons l’avion pour des pays
Sans communisme, sans intégrisme.!
Quelle drôle de tête fait la planète
Trop réchauffée pour de l’argent.
Publicité, insécurité.
Mort aux dandys du pacifisme
Vive les lions de la corruption
Quand viendra le temps de vieillir
Avortera notre sagesse.
Puis sur la route un accident
Et pour moi-même un chrysanthème :


Prenez le Water-Taxi sur l'Almanach et poussez jusqu'au Jardin pour découvrir l'euphorbe

vendredi 12 avril 2013

La Mariage de Gauvain (fin)


Tristes noces… ni les bijoux, ni la robe de velours dont on avait revêtu la mariée ne purent empêcher l’époux de pâlir et de trembler en lui prenant la main. C’est en boitant qu’elle l’accompagna jusqu’à l’autel.
Nul ne fit honneur au festin qui suivit la cérémonie ; les âmes étaient lourdes et les gorges serrées ; nul non plus n’eut le cœur à la danse quand les ménestrels se mirent à jouer. Gauvain  s’était levé ; tout souriant, il s’inclina devant sa nouvelle épouse et lui offrit son bras. Réglant son pas sur un air plus lent qu’il avait demandé, il ouvrit le bal avec elle. Arthur et Guenièvre vinrent les rejoindre suivis des chevaliers et de leurs compagnes. Perdue dans la foule, la boiteuse épouse de Gauvain ne se remarquait plus.
Quand minuit sonna, le Roi et la Reine donnèrent congé à l’assistance pour mener les nouveaux mariés jusqu’au lit nuptial. Guenièvre embrassa la mariée et Arthur serra son neveu dans ses bras en lui souhaitant tristement une  bonne nuit. Les herbes et les feuiilages dont on avait jonché le sol de la pièce embaumaient ; de souples et douces fourrures garnissaient le lit ; un feu crépitait dans la cheminée. Gauvain épuisé, se laissa tomber sur un fauteuil. Comment allait-il pouvoir se comporter avec cette épouse ? que commandait le code de la chevalerie dans ce cas et que pouvait la chevalerie face à certaines réalités ?
Comment honorer en époux une telle compagne ce soir et jusqu’à la fin de ses jours ? Son honneur, son courage, sa loyauté, sa valeur ne pouvaient rien contre l’absence de désir pour la repoussante personne qui l’attendait sous les fourrures du grand lit. Il avait entendu non sans apréhension, derrière lui, le bruissement des étoffes qui une à une tombaient à terre… et la douce voix du monstre qui l’appelait.
« Ne venez- vous pas vous coucher, sire mon époux ?
Avec un frisson d’angoisse, il tourna la tête… et pour voir la femme la plus belle qu’il ait jamais rêvée : ses cheveux blonds tombaient jusqu’à ses reins à la cambrure parfaite ; son corps était droit et souple, ses jambes longues et galbées ; sa peau était de satin et son visage plus doux, plus gracieux que celui des madones des églises. Elle se blottit contre lui et passant les bras autour de son cou, elle l’embrassa doucement sur la joue.
« C’est bien moi votre épouse, loyal Gauvain : la laide dame que vous avez menée à l’autel, c’est moi. En m’acceptant, vous avez levé la moitié du sort qui m’avait emprisonnée dans ce corps hideux. Pourtant, je ne suis qu’à demi délivrée ; je dois maintenant pendant une moitié du jour reprendre ma précédente apparence… à moins que vous ne puissiez répondre à une question…
-Mon aimée…je vous en prie ! Quelle question ?
-La voici : que préférez-vous ? M’avoir à vous seul, belle toutes les nuits et passer vos jours à la cour accompagnée d’un laideron, ou au contraire, m’avoir belle le jour et repoussante la nuit ?
Elle regardait intensément Gauvain ; perplexe devant ce choix étrange, lui ne savait que répondre. Et comme c’était sa nuit de noces :
« Viens, lui dit-il, en l’entraînant vers le lit, viens comme tu es maintenant !
La belle se rembrunit et s’écarta de lui :
« Vous ne pensez donc qu’à vous Messire ? Je serai belle la nuit pour votre plaisir et tous le jour je devrai endurer moqueries et quolibets à moins de vivre solitaire en cachée en quelque recoin. C’est donc ainsi que vous m’aimez ?
-Oh, pardon ! s’écria Gauvain en lui baisant la main. Oui, je suis égoïste ; sois belle autant que tu veux mon amour et cache dans la nuit de cette chambre ta part de laideur.
Elle retira vivement sa main :
« Ainsi vous m’aimez si peu que mon apparence vous soit indifférente ? Un laideron peut donc satisfaire votre cœur et vos sens. Avez-vous pensé à ma honte quand je devrai me montrer nue devant vous ?
Gauvain venait de comprendre que quel que soit son choix, il ne serait pas le bon. Désemparé, il haussa les épaules et soupira :
« Je suis incapable de décider, ma mie. Faites votre choix et je m’en accommoderai !
A ces mots, toute heureuse, la jeune femme se jeta dans ses bras :
« La voilà, la bonne réponse. Vous m’avez donné ce que toute femme désire : la liberté de choisir sa vie et son apparence. Le sort est levé, messire et je suis à vous belle le jour et la nuit , pour toujours ;

Le lendemain, Arthur et sa cour voyant les heures passer sans que paraissent les nouveaux mariés, s’inquiétaient de savoir comment Gauvain avait surmonté la terrible épreuve. C’est à midi largement passé que l’assemblée vit paraître, un peu fatigués mais radieux, un jeune couple éclatant de bonheur.
Arthur avait sauvé son royaume ; Gauvain avait délivré son épouse d’un sort horrible. Il ne restait plus à Keu le Sénéchal qu’à organiser la plus grande fête qu’eût connu le château de Kaerleon.